Quelles
sont les perspectives théologiques sur l'institution du mariage entre un homme
et une femme dans l'Ancien Testament ?
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Un article de : Rev.
Assoc. Prof. Dr. Cătălin Vatamanu
- 02 février 2026
Dans les Saintes Écritures, Dieu se révèle comme une Trinité
de Personnes, une communion parfaite d'amour. Dans la « Préface » de
son ouvrage La Sainte Trinité ou Au commencement était l’amour, le saint
prêtre confesseur Dumitru Stăniloae pose la question rhétorique suivante :
« Quoi de plus justifiant l'existence que l'amour ? L'amour ne satisfait
jamais personne. Il peut donc être infini ; et par conséquent, il peut
aussi être sans commencement. » Il soutient ainsi théologiquement que la
Sainte Trinité « est un amour sans commencement », éternellement
partagé entre le Père, le Fils et le Saint-Esprit, et « étend son
amour » à ceux qui sont appelés à la communion avec lui.
« Dieu dit : “Faisons l’homme à notre image, selon notre
ressemblance, et qu’il domine sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du
ciel, sur le bétail, sur tous les animaux qui se meuvent sur la terre, et sur
toute la terre !” Dieu créa l’homme à son image, il le créa à l’image de Dieu,
il créa l’homme et la femme » (Genèse 1, 26-27). Ce passage constitue
l’apogée de l’acte créateur, lorsque Dieu appelle l’être humain à l’existence,
synthèse et couronnement du cosmos tout entier. Après avoir tout créé par le
Verbe et par le Saint-Esprit, source de vie, Dieu le Père crée l’homme « à son
image », un être rationnel, libre et responsable, capable de communion et de
relation. La précision immédiate : « Il créa l’homme et la femme » ne décrit
pas une simple différence biologique, mais révèle la structure relationnelle de
l’image divine imprimée en l’homme, montrant que l’humanité n’existe pleinement
que dans la communion, dans l’ouverture à l’autre. En ce sens, la relation
originelle voulue par Dieu n’est ni arbitraire ni interchangeable, mais porte
en elle une finalité théologique : la participation de la personne humaine
à la dynamique de l’amour créateur et vivifiant, qui soutient et accomplit
l’ordre du monde tout entier. Ainsi, le texte biblique présente le commencement
de l’histoire humaine sous le signe de l’appel à l’amour, à la fécondité et à
la coopération avec Dieu, dans un monde « très bon », béni et destiné
à la vie parfaite.
Dans la perspective de la révélation de l'Ancien Testament, le
mariage n'est pas présenté comme le fruit d'un accord révocable entre individus
autonomes, ni comme une construction façonnée par l'évolution des circonstances
culturelles, mais comme une institution divine, fondée sur l'acte créateur de
Dieu. Il précède toute forme de négociation humaine, précisément parce qu'il ne
repose pas sur des volontés conjoncturelles, mais sur la volonté créatrice qui
oriente l'existence vers la communion et la fidélité. Dès lors, le lien
conjugal ne se définit pas par son caractère consensuel et temporaire, mais par
l'appel à participer à l'état céleste et à l'éternité, appel accompli ici et
maintenant par un engagement qui transcende le choix individuel, assumant la
responsabilité d'un don qui engage la personne dans sa totalité et l'inscrit
dans la continuité de la vie et l'histoire du salut. De plus, dans le judaïsme,
le mariage ( qiddushin ) est compris comme un acte de sanctification,
par lequel un homme et une femme se choisissent, se donnent l'un à l'autre et
se consacrent ensemble à Dieu, étant tirés de la multitude des individus pour
former une communion unique, porteuse d'une mission sainte au sein du peuple
élu et de l'ordre créé.
« Et de la côte qu’il avait prise à Adam, l’Éternel Dieu forma
une femme, et il l’amena vers Adam. Et Adam dit : Voici cette fois celle qui
est os de mes os et chair de ma chair ! On l’appellera femme, car elle a été
tirée de l’homme » (Genèse 2, 22-23). Cette déclaration d’Adam n’a aucun caractère
biologique ou descriptif, mais une dimension liturgique et prophétique,
puisqu’elle exprime la reconnaissance de la personne de l’autre comme un don de
Dieu. Le fait qu’Ève ne soit pas créée « de la terre », comme Adam, mais de sa
côte, indique symboliquement son égalité en dignité et en vocation. Saint
Grégoire de Nysse interprète cette origine commune comme une invitation à une
unité qui n’annule pas l’altérité, à un amour sans domination, posant ainsi les
fondements patristiques de l’anthropologie relationnelle chrétienne. Dans le
même esprit, saint Jean Chrysostome souligne qu’Adam ne choisit pas sa femme,
mais la reçoit comme un don de Dieu, un fait qui confère au mariage, dès son
origine, un caractère eucharistique et doxologique, fondé sur la gratitude et
la communion.
L’acte par lequel Dieu « la conduisit à Adam » (Genèse
2, 22) institue une cérémonie primordiale, qui s’ouvre comme un événement
théologique. Dieu le Père « amène » la femme à l’homme, les plaçant
tous deux devant « l’autel de la Gloire » de la Trinité. Le
monde « très bon » (Genèse 1, 31) est compris par les Pères
de l’Église comme un palais royal et un sanctuaire cosmique. Cadre de beauté,
d’ordre et d’harmonie, le jardin, en tant que Paradis, est le lieu même de la
communion sacramentelle, un espace transfiguré, une anticipation de la sainte
Église.
Dans cette perspective, l’amour conjugal se revêt du vêtement
neuf et immaculé de la virginité de vie, au sens d’une royauté spirituelle,
puisque les deux époux sont appelés à vivre comme des « rois » de grâce,
s’élevant par le sacrifice et le dévouement à l’image de Dieu. Ainsi, la
couronne posée sur la tête de la famille symbolise non seulement la gloire,
mais aussi la dignité et la responsabilité sacrificielle.
Dieu est le Souverain Prêtre des noces d’Éden, et cette
présence sanctifiante se retrouve parfaitement dans le Nouveau Testament. Le
Christ Seigneur participe aux noces de Cana en Galilée (Jn 2), où il change
l’eau en vin, confirmant ainsi la continuité entre les noces édéniques et le
Mystère du Saint Mariage, dans l’économie du salut de l’homme. « Nous avons ici
plus qu’une simple analogie », avertit le théologien Paul Evdokimov ( Le
Mystère de l’Amour , p. 105) : à travers l’eau et le vin, le miracle « annonce
déjà la naissance de l’Église sur la Croix (…) et relie les noces, lieu du
miracle, à l’essence eucharistique de l’Église ».
« Dieu les bénit en disant : « Soyez féconds, multipliez-vous,
remplissez la terre et soumettez-la ; dominez sur les poissons de la mer, sur
les oiseaux du ciel, sur tout le bétail, sur tout animal qui se meut sur la
terre, et sur toute la terre » (Genèse 1:28).
Cette bénédiction, et non le commandement, est l'expression de
la grâce répandue au sein de la famille et place à la lumière des dons nuptiaux
du Donateur : le don de la fécondité et de la prospérité, le don de la vie et
de sa transmission, le don de la terre comme lieu de découverte divine, le don
d'une humble autorité et d'une liberté bénie. Ces dons, déposés au trésor de la
vie familiale, œuvrent, par l'amour commun des époux et de leur union avec
Dieu, à la naissance des enfants, fruit de la bénédiction et signe de la
présence de la grâce dans la vie conjugale. Les enfants sont le « fruit d'un
mystère », ils sont le signe que l'amour des époux est ouvert à la vie et à la
bénédiction. Le foyer familial devient le lieu où Dieu continue d'agir dans le
monde par le don de la vie, un espace de sanctification, une préfiguration de
l'Église, tous deux destinés à témoigner de la joie, de l'harmonie et de la
gloire de Dieu dans le monde.
Ainsi, les premières noces au Ciel constituent, dans un sens
mystérieux et spirituel, l’entrée dans la communion de la Sainte Trinité, la
participation à la logique de la création « très bonne » et,
simultanément, une anticipation de l’Église comme Corps du Christ. L’institution du mariage entre l’homme et
la femme, telle que révélée dans l’Écriture de l’Ancien Testament, est le
fondement d’une anthropologie théologique vivante, toujours nouvelle, confirmée
par le Christ Seigneur, approfondie par les Pères de l’Église et développée
dans l’hymnographie de l’Église ; un jalon essentiel pour le dialogue
contemporain entre la foi, la culture et la société.
(Chronique écrite par le
Père Ciprian Bâra)