mardi 13 octobre 2026

 

Le bien qui part en secret

Article du père Paul Siladi

– 13 octobre 2026

Saint Marc l'Ascète dit souvent des choses qui invitent à la méditation et peuvent susciter un certain malaise. Il dit : « Tout bien vient du Seigneur, selon un ordre précis, et se retire secrètement des mécontents, des ingrats et des paresseux. »

La première partie nous est très familière. Nous savons que tout bien vient de Dieu. Cette idée nous est familière. Et pourtant, même si tout bien vient de Dieu, il nous arrive de ressentir un manque. Voici la seconde partie de cette affirmation, qui est surprenante. Le bien vient de Dieu, mais il s'en va aussi. Il s'en va secrètement, de personnes qui possèdent certaines caractéristiques.

Le bien est fondamentalement discret. Il agit sans fanfare ni trompettes et laisse les choses inchangées. Secrètement, comme le souligne Marc l'Ascète. Un lent amincissement, que l'on ne remarque que tard, lorsqu'on réalise que la prière est devenue monotone, que la joie s'est éteinte, que les gens autour de soi ont cessé de nous parler.

Le mécontentement agit en premier. La personne insatisfaite reconnaît souvent avoir reçu quelque chose, puis reporte aussitôt son attention sur ce qui lui a manqué, sur ce qui aurait pu être différent, sur l'écart entre le don reçu et ses attentes. C'est une sorte d'aveuglement sélectif : elle voit le bien, le touche, le pèse, et le laisse passer. Le don a besoin d'un endroit pour s'installer, et dans l'âme insatisfaite, cet endroit est déjà occupé par l'absence de quelque chose d'autre.

L'ingratitude est d'une autre nature. L'homme peut se satisfaire de ce qu'il possède, mais il ne fait plus le lien entre le don qu'il tient entre ses mains et Celui de qui il provient. Il l'utilise comme sa propre réussite ou comme une donnée neutre du monde. Il oublie donc quelque chose de bien plus profond que la formule de la gratitude : il oublie la structure même de la réalité, la nature des choses. Le don vit d'une relation et présuppose une direction, un de et un à.

Le paresseux peut être reconnaissant, il peut se contenter de peu, et pourtant il ne fait rien de ce qu'il a reçu. Le bien inexploité est comme une graine gardée dans sa poche : elle reste intacte, elle reste à vous, et elle se dessèche. Les dons spirituels doivent être mis en œuvre pour rester vivants. C'est aussi ce que raconte la parabole des talents, où le talent enfoui se révèle perdu au moment même où le maître demande des comptes. Un dépôt inerte ne peut être conservé indéfiniment.

Saint Marc l'Ascète ne dit pas que Dieu punit les mécontents, les ingrats et les paresseux. Il dit seulement que le bien s'échappe, comme la chaleur d'une maison sans portes ni fenêtres. Le bien demeure en nous et ne se développe que si nous l'observons, ainsi que sa source, et si nous le mettons en œuvre, le multipliant.

Source : Ziarul Lumina