samedi 17 octobre 2026

 

20e dimanche après la Pentecôte 

(Résurrection du fils de la veuve de Naïn)

 Luc 7, 11-16

Chaque dimanche est un appel à la Résurrection. Non pas un jour détaché de la semaine, non pas une simple pause dans notre course, mais une rencontre avec le Christ ressuscité. Ainsi, chaque dimanche est une petite Pâques, un avant-goût du jour où la mort sera définitivement vaincue.

Nous venons à l'église parce que c'est là que nous rencontrons le Christ. C'est là que nous entendons sa voix, c'est là que nous recevons sa grâce, c'est là que nous nous souvenons de ce que le monde oublie si facilement : l'homme n'est pas fait pour la mort, mais pour la Résurrection. L'Évangile d'aujourd'hui nous présente une image d'une beauté et d'une puissance bouleversantes : aux portes de la ville de Naïn, deux foules se rencontrent. L'une suit le Christ. L'autre suit un mort. L'une porte la Vie. L'autre porte la mort. Et entre les deux se tient le Christ.

Un jeune homme est conduit à la tombe. Il est fils unique d'une veuve. Elle n'a plus de mari, plus de soutien, plus aucun espoir. Et l'Évangile dit avec simplicité et profondeur : « Quand le Seigneur la vit, il fut rempli de compassion pour elle et lui dit : “Ne pleure pas !” » Le Christ la voit.

Il ne voit pas seulement le visage d'une femme en deuil. Il perçoit la profondeur de sa douleur. Il voit ce que personne autour d'elle ne pouvait pleinement voir. Dans le grec de l'Évangile, le verbe traduit par « voir » est horaō : voir, mais aussi percevoir, pénétrer, comprendre ; et « Il fut ému de pitié », un mot qui renvoie aux entrailles de l'homme, aux profondeurs de son être. En grec biblique, cela signifie « être ému d'une profonde compassion », « avoir pitié » ou « éprouver une profonde pitié ». Il ne s'agit pas d'une pitié froide et distante. C'est une compassion qui s'approche et touche la souffrance (une traduction littérale serait « ses entrailles furent émues » ou « émues de pitié »).

Voici le Christ. Le Dieu qui voit. Le Dieu qui s'approche. Le Dieu qui n'est pas insensible aux larmes de l'homme.

Le Christ s'approche du cercueil. Il le touche. Et, face à la mort, il prononce une parole qui bouleverse l'ordre de ce monde : « Jeune homme, je te le dis : lève-toi ! »  Et le jeune homme se lève. Remarquez ces mots : « Je te le dis ! ». Ce n'est pas un appel anonyme. Ce n'est pas un appel adressé à une foule indifférente. C'est un appel personnel. Le Christ s'adresse à chacun de nous : Je te le dis ! À toi qui es fatigué. À toi qui es tombé. À toi qui t'es éloigné. À toi qui as commencé à croire qu'il n'y a pas de retour. À toi qui as peut-être un corps vivant, mais dont l'âme est devenue insensible.

« Je vous le dis : levez-vous ! » est aussi l’appel de l’Église. Levez-vous du péché ! Levez-vous de l’indifférence ! Levez-vous du désespoir ! Levez-vous de la peur ! Levez-vous de cette vie où Dieu a été lentement, insidieusement, relégué aux confins de votre existence ! Le saint apôtre Paul nous exhorte à être « morts au péché, mais vivants pour Dieu en Jésus-Christ » (Rm 6, 11). Là réside l’un des grands mystères de la vie chrétienne : mourir au péché pour vivre pleinement. Car « si le vieil homme a su mourir avant de mourir, alors, lorsqu’il mourra, l’homme nouveau ne mourra pas ».

Car on peut être vivant physiquement, mais mort spirituellement. On peut avoir la santé, l'argent, une maison, un travail, des projets, des gens autour de soi, et pourtant se sentir seul intérieurement. On peut parcourir le monde et, en même temps, être loin de Dieu. C'est pourquoi la question de l'Évangile n'est pas seulement : « Es-tu vivant ? » mais : « Pour qui vis-tu ? » Et surtout : « Ton âme est-elle vivante devant Dieu ? »

L'Évangile d'aujourd'hui est, d'une manière particulière, un appel aux jeunes. « Jeune homme, je te le dis : lève-toi ! » Lève-toi de ce monde où l'écran commence à remplacer le visage humain. Lève-toi de ce royaume d'images, où l'on peut tout voir et pourtant ne rien voir. La technologie peut être un bon outil. Mais quand l'outil devient maître, l'homme perd sa liberté. Et le Christ nous appelle à la liberté. À la rencontre. À la prière. À l'amour. À la vérité. C'est pourquoi il est si important d'emmener nos enfants à l'église. Même s'ils jouent. Même s'ils ne comprennent pas encore tout. Même s'ils nous semblent parfois distraits.

La parole entendue, le chant, l'icône, la prière, la lueur des bougies, la bénédiction reçue, tout cela s'enracine profondément en eux. Et peut-être viendra un jour où les vents de la vie les emporteront. Mais ce qui a été semé dans l'enfance peut demeurer comme une graine. Et un jour, lorsque la vie les conduira vers un lieu où ils ne sauront plus où aller, ils pourront de nouveau entendre cette voix : « Je vous le dis : levez-vous ! »

Il est la Vie qui pénètre dans la cité des morts. Il est la Lumière qui pénètre dans les ténèbres. Il est Celui qui arrête le cortège. Et cela nous concerne tous. Car il y a en nous des cortèges que nous portons, parfois depuis des années. De vieux péchés. De vieilles blessures. Le ressentiment. Les peurs. Le désespoir. Des habitudes qui nous ont enchaînés à la terre. Et peut-être nous y sommes-nous tellement habitués que nous ne savons même plus que nous sommes morts.

Mais le Christ s’approche. Et il dit : « Je te le dis : lève-toi ! » Il ne dit pas : « Descends toi-même ! » Il ne dit pas : « Rends-toi digne et alors je viendrai ! » Il vient. Il s’approche. Il touche. Il appelle. Et l’homme répond. Tel est le mystère de la rencontre avec Dieu : la grâce précède, mais l’homme doit répondre.

L’Évangile nous parle aussi de la peur. Nous vivons dans un monde qui nous apprend à craindre : les autres, la maladie, la perte, l’avenir, la mort. Mais le chrétien remet sa peur entre les mains de Dieu. « Le Seigneur est mon secours, je ne craindrai rien : que peuvent me faire les hommes ? » (Hébreux 13,6).

Craignons le péché ! Craignons de perdre l'amour de Dieu ! Craignons de perdre l'amour de ceux qui nous entourent ! Mais n'oublions pas qu'en Christ, la mort n'a plus le dernier mot. Christ a ressuscité la fille de Jaïre. Il a ressuscité le jeune homme de Naïn. Il a ramené Lazare à la vie. Et, par tout cela, il nous invite à contempler sa propre Résurrection.

Saint Grégoire de Nysse voit dans ces miracles une approche progressive du grand mystère de la Résurrection du Christ : de la fille de Jaïrus au jeune homme de Naïn, puis à Lazare, jusqu’à ce que, finalement, Celui qui est la Vie entre lui-même dans la mort et la terrasse de l’intérieur. C’est là la grande nouvelle du chrétien : non pas que nous ne mourrons pas, mais que la mort ne peut nous retenir éternellement. Aussi, si le monde antique exhortait : « Memento mori ! » – Souviens-toi que tu vas mourir ! –, l’Évangile nous transmet un message plus grand encore : Souviens-toi que tu ressusciteras !

Cette vie n'est pas une fin en soi. Elle est un commencement, une préparation, un chemin. Et la cité que nous attendons n'est pas ici. Là, dit l'Apôtre, « il n'y aura plus ni mort, ni deuil, ni cris, ni douleur ». C'est pourquoi le Christ dit à la femme : « Ne pleurez pas ! » Non pas parce que les larmes sont mauvaises – le Christ lui-même a pleuré sur le tombeau de Lazare –, mais parce que nos larmes doivent être porteuses d’espérance .

Pleurons, mais ne désespérons pas. Souffrons, mais ne perdons pas Dieu dans notre souffrance. Traversons la mort, mais regardons au-delà. Car au-delà de la tombe se tient le Christ.

Aux portes de Naïn, deux processions se rencontrèrent. L'une portait la mort, l'autre le Christ. Et lorsque la mort rencontra la Vie, la mort s'arrêta. Voilà l'Évangile. Voilà notre espérance. Voilà notre foi. Et aujourd'hui, le Christ vient à chacun de nous. Il nous voit. Il s'approche. Et il nous dit, personnellement, sans équivoque : « Je vous le dis : levez-vous ! »

Si tu es tombé, relève-toi ! Si tu as péché, reviens à Dieu ! Si tu as désespéré, tourne-toi vers le Christ ! Si tu as peur, remets ta vie entre ses mains ! Si tu as oublié qui tu es, souviens-toi que tu es appelé au Royaume !

N'oublions jamais : la tombe n'est pas la fin du chemin. La fin du chemin, c'est la Résurrection. Quittons donc l'église aujourd'hui en portant ces paroles dans nos cœurs, comme un appel et une promesse : « Jeune homme, je te le dis : lève-toi ! » Et surtout, cette parole si édifiante : Souviens-toi, homme, que tu ressusciteras !

 Un article de : Rev. Assoc. Prof. Dr Alexandru-Corneliu Arion -

Source : Ziarul Lumina