20e dimanche après la Pentecôte
(Résurrection du fils de la veuve de Naïn)
Luc 7, 11-16
Chaque dimanche est un appel à la Résurrection. Non pas un jour détaché de la semaine, non pas une simple pause dans notre course, mais une rencontre avec le Christ ressuscité. Ainsi, chaque dimanche est une petite Pâques, un avant-goût du jour où la mort sera définitivement vaincue.
Nous venons à l'église parce que c'est là que nous rencontrons
le Christ. C'est là que nous entendons sa voix, c'est là que nous recevons sa
grâce, c'est là que nous nous souvenons de ce que le monde oublie si
facilement : l'homme n'est pas fait pour la mort, mais pour la
Résurrection. L'Évangile d'aujourd'hui nous présente une image d'une beauté et
d'une puissance bouleversantes : aux portes de la ville de Naïn, deux
foules se rencontrent. L'une suit le Christ. L'autre suit un mort. L'une porte
la Vie. L'autre porte la mort. Et entre les deux se tient le Christ.
Un jeune homme est conduit à la tombe. Il est fils unique
d'une veuve. Elle n'a plus de mari, plus de soutien, plus aucun espoir. Et
l'Évangile dit avec simplicité et profondeur : « Quand le Seigneur la
vit, il fut rempli de compassion pour elle et lui dit : “Ne pleure
pas !” » Le Christ la voit.
Il ne voit pas seulement le visage d'une femme en deuil. Il
perçoit la profondeur de sa douleur. Il voit ce que personne autour d'elle ne
pouvait pleinement voir. Dans le grec de l'Évangile, le verbe traduit par «
voir » est horaō : voir, mais aussi percevoir, pénétrer, comprendre ; et « Il
fut ému de pitié », un mot qui renvoie aux entrailles de l'homme, aux
profondeurs de son être. En grec biblique, cela signifie « être ému d'une
profonde compassion », « avoir pitié » ou « éprouver une profonde pitié ». Il
ne s'agit pas d'une pitié froide et distante. C'est une compassion qui
s'approche et touche la souffrance (une traduction littérale serait « ses
entrailles furent émues » ou « émues de pitié »).
Voici le Christ. Le Dieu qui voit. Le Dieu qui s'approche. Le
Dieu qui n'est pas insensible aux larmes de l'homme.
Le Christ s'approche du cercueil. Il le touche. Et, face à la
mort, il prononce une parole qui bouleverse l'ordre de ce monde :
« Jeune homme, je te le dis : lève-toi ! » Et le
jeune homme se lève. Remarquez ces mots : « Je te le
dis ! ». Ce n'est pas un appel anonyme. Ce n'est pas un appel adressé
à une foule indifférente. C'est un appel personnel. Le Christ s'adresse à
chacun de nous : Je te le dis ! À toi qui es fatigué. À toi qui es
tombé. À toi qui t'es éloigné. À toi qui as commencé à croire qu'il n'y a pas
de retour. À toi qui as peut-être un corps vivant, mais dont l'âme est devenue
insensible.
« Je vous le dis : levez-vous ! » est aussi l’appel de
l’Église. Levez-vous du péché ! Levez-vous de l’indifférence ! Levez-vous du
désespoir ! Levez-vous de la peur ! Levez-vous de cette vie où Dieu a été
lentement, insidieusement, relégué aux confins de votre existence ! Le saint
apôtre Paul nous exhorte à être « morts au péché, mais vivants pour Dieu en
Jésus-Christ » (Rm 6, 11). Là réside l’un des grands mystères de la vie
chrétienne : mourir au péché pour vivre pleinement. Car « si le vieil homme a
su mourir avant de mourir, alors, lorsqu’il mourra, l’homme nouveau ne mourra
pas ».
Car on peut être vivant physiquement, mais mort
spirituellement. On peut avoir la santé, l'argent, une maison, un travail, des
projets, des gens autour de soi, et pourtant se sentir seul intérieurement. On
peut parcourir le monde et, en même temps, être loin de Dieu. C'est pourquoi la
question de l'Évangile n'est pas seulement : « Es-tu vivant ? »
mais : « Pour qui vis-tu ? » Et surtout : « Ton
âme est-elle vivante devant Dieu ? »
L'Évangile d'aujourd'hui est, d'une manière particulière, un
appel aux jeunes. « Jeune homme, je te le dis : lève-toi ! » Lève-toi de ce
monde où l'écran commence à remplacer le visage humain. Lève-toi de ce royaume
d'images, où l'on peut tout voir et pourtant ne rien voir. La technologie peut
être un bon outil. Mais quand l'outil devient maître, l'homme perd sa liberté.
Et le Christ nous appelle à la liberté. À la rencontre. À la prière. À l'amour.
À la vérité. C'est pourquoi il est si important d'emmener nos enfants à
l'église. Même s'ils jouent. Même s'ils ne comprennent pas encore tout. Même
s'ils nous semblent parfois distraits.
La parole entendue, le chant, l'icône, la prière, la lueur des
bougies, la bénédiction reçue, tout cela s'enracine profondément en eux. Et
peut-être viendra un jour où les vents de la vie les emporteront. Mais ce qui a
été semé dans l'enfance peut demeurer comme une graine. Et un jour, lorsque la
vie les conduira vers un lieu où ils ne sauront plus où aller, ils pourront de
nouveau entendre cette voix : « Je vous le dis : levez-vous ! »
Il est la Vie qui pénètre dans la cité des morts. Il est la
Lumière qui pénètre dans les ténèbres. Il est Celui qui arrête le cortège. Et
cela nous concerne tous. Car il y a en nous des cortèges que nous portons,
parfois depuis des années. De vieux péchés. De vieilles blessures. Le
ressentiment. Les peurs. Le désespoir. Des habitudes qui nous ont enchaînés à la
terre. Et peut-être nous y sommes-nous tellement habitués que nous ne savons
même plus que nous sommes morts.
Mais le Christ s’approche. Et il dit : « Je te le
dis : lève-toi ! » Il ne dit pas : « Descends
toi-même ! » Il ne dit pas : « Rends-toi digne et alors je
viendrai ! » Il vient. Il s’approche. Il touche. Il appelle. Et
l’homme répond. Tel est le mystère de la rencontre avec Dieu : la grâce
précède, mais l’homme doit répondre.
L’Évangile nous parle aussi de la peur. Nous vivons dans un
monde qui nous apprend à craindre : les autres, la maladie, la perte, l’avenir,
la mort. Mais le chrétien remet sa peur entre les mains de Dieu. « Le Seigneur
est mon secours, je ne craindrai rien : que peuvent me faire les hommes ? »
(Hébreux 13,6).
Craignons le péché ! Craignons de perdre l'amour de Dieu !
Craignons de perdre l'amour de ceux qui nous entourent ! Mais n'oublions pas
qu'en Christ, la mort n'a plus le dernier mot. Christ a ressuscité la fille de
Jaïre. Il a ressuscité le jeune homme de Naïn. Il a ramené Lazare à la vie. Et,
par tout cela, il nous invite à contempler sa propre Résurrection.
Saint Grégoire de Nysse voit dans ces miracles une approche
progressive du grand mystère de la Résurrection du Christ : de la fille de
Jaïrus au jeune homme de Naïn, puis à Lazare, jusqu’à ce que, finalement, Celui
qui est la Vie entre lui-même dans la mort et la terrasse de l’intérieur. C’est
là la grande nouvelle du chrétien : non pas que nous ne mourrons pas, mais
que la mort ne peut nous retenir éternellement. Aussi, si le monde antique
exhortait : « Memento mori ! » – Souviens-toi que tu vas
mourir ! –, l’Évangile nous transmet un message plus grand encore :
Souviens-toi que tu ressusciteras !
Cette vie n'est pas une fin en soi. Elle est un commencement,
une préparation, un chemin. Et la cité que nous attendons n'est pas ici. Là,
dit l'Apôtre, « il n'y aura plus ni mort, ni deuil, ni cris, ni douleur ».
C'est pourquoi le Christ dit à la femme : « Ne pleurez pas ! » Non pas parce
que les larmes sont mauvaises – le Christ lui-même a pleuré sur le tombeau de
Lazare –, mais parce que nos larmes doivent être porteuses d’espérance .
Pleurons, mais ne désespérons pas. Souffrons, mais ne perdons
pas Dieu dans notre souffrance. Traversons la mort, mais regardons au-delà. Car
au-delà de la tombe se tient le Christ.
Aux portes de Naïn, deux processions se rencontrèrent. L'une
portait la mort, l'autre le Christ. Et lorsque la mort rencontra la Vie, la
mort s'arrêta. Voilà l'Évangile. Voilà notre espérance. Voilà notre foi. Et
aujourd'hui, le Christ vient à chacun de nous. Il nous voit. Il s'approche. Et
il nous dit, personnellement, sans équivoque : « Je vous le
dis : levez-vous ! »
Si tu es tombé, relève-toi ! Si tu as péché, reviens à Dieu !
Si tu as désespéré, tourne-toi vers le Christ ! Si tu as peur, remets ta vie
entre ses mains ! Si tu as oublié qui tu es, souviens-toi que tu es appelé au
Royaume !
N'oublions jamais : la tombe n'est pas la fin du chemin. La
fin du chemin, c'est la Résurrection. Quittons donc l'église aujourd'hui en
portant ces paroles dans nos cœurs, comme un appel et une promesse : « Jeune
homme, je te le dis : lève-toi ! » Et surtout, cette parole si édifiante :
Souviens-toi, homme, que tu ressusciteras !
Source : Ziarul Lumina