mardi 30 mai 2017

Calendrier Liturgique du mois de Juin 2017.
Chapelle St Jean de Grasse
2 ch.de St jean. 06130 Grasse
tel/ 06 47 36 09 34


Samedi 24 Juin : Nativité du vénérable et glorieux prophète, Précurseur et Baptiste Jean. 

Dimanche 25 Juin : 3ème Dimanche après la Pentecôte. (Les soucis du monde). Laudes et Divine Liturgie à partir de 9h30, puis agapes.

Mercredi 28 Juin : Vêpres suivies de la Divine Liturgie de la fête des Saints Apôtres Pierre et Paul à 19h30 .

Jeudi 29 Juin : Fête des Saints, glorieux et illustres Apôtres Pierre et Paul.

jeudi 25 mai 2017

Bonne et sainte lecture.

Conférence donnée lors de la retraite du clergé
du diocèse américain de l’est de l’Eglise Orthodoxe Russe à l’Etranger
à Howell, New Jersey, USA
Mardi 21 mars 2017
*
Votre Eminence, Métropolite HILARION,
Votre Eminence Métropolite  JONAS,
Votre Excellence, Evêque NICOLAS,
Votre Excellence, Evêque IRENEE,

Vénérables Pères et Frères en Christ, le Christ est parmi nous !

Je considère que c’est un honneur de me tenir devant vous aujourd'hui, pour parler avec les bergers et les pasteurs du troupeau spirituel du Christ, et en particulier pour les successeurs du grand travail initié dans la diaspora russe par ces saints comme saint Jean le Thaumaturge et les métropolites Antoine, Anastase, Philarète et Vitaly, l’archevêque Averky et le métropolite Laure et beaucoup d’autres, qui sont des Pères vénérés non seulement de l’Eglise russe à l’étranger, mais bien de l’Eglise toute entière.

Le témoignage donné par les Pères de l’Eglise russe à l’Etranger en ce qui concerne la Sainte Tradition, l’idéal monastique et ascétique et en particulier l’ecclésiologie de l’Eglise, continue d’inspirer et de guider les orthodoxes du monde entier.

Aujourd'hui, alors que l’arche de l’Eglise vacille à la suite du décès de l’autoproclamé "Grand et Saint Concile » de Crète, nous avons grand besoin de leur exactitude dans la vie et la foi - ou, mieux, nous avons grand besoin de les suivre et de les imiter dans ce domaine.

Dans le court espace de temps qui m’est alloué aujourd'hui, j’espère pouvoir brièvement mais clairement vous présenter ce qui est notable et la signification des événements en Crète en juin de l’année dernière, afin qu’étant informés vous puissiez agir selon la volonté de Dieu. En particulier, je vais brièvement examiner et critiquer les trois aspects suivants du « Concile » et ses conséquences :

1. Organisation et réalisation
2. Documents
3. Résultats et Implications

Nous nous concentrerons, en particulier sur les aspects de cette réunion qui représentent nécessairement des écarts par rapport à la Sainte Tradition et à la sainte foi de l’Eglise, car ces derniers méritent une réponse de la plénitude de l’Eglise.
Avant de commencer cette analyse, il est nécessaire de préciser ce qui suit, afin d’éliminer ce qui est devenu une sorte de « fausse piste » dans l’ensemble de la discussion de Crète et de son importance. Les partisans, les sympathisants et les indifférents à l’événement réagissent aux critiques de celle-ci de diverses façons. On les entend dire, par exemple :

• Le succès de la réunion a été la réunion elle-même !

• Ce n’est qu’un début et il va être amélioré !

• Rien de conséquent n’est apparu, il n’est pas nécessaire d’en faire toute une histoire !

• Pourquoi même se soucier [du Concile] de la Crète maintenant ? Il est mort et enterré ! Dans quelques années il sera oublié. (Et d’autres sentiments semblables.)
Nous pouvons tous éprouver de la sympathie pour la « puissance de la pensée positive, » toutefois, je crains que toutes ces belles pensées ne fonctionnent que pour esquiver la question : qu’en est-il du « Concile » lui-même ? Qu’en est-il de ses décisions et  de ses conséquences ? On ne peut s’attendre à croire que nous avons attendu plus de 50 ans (ou pour d’autres calculs 100 !) pour un grand Concile dont l’objectif principal était... d’avoir lieu ! Certes, ce qui est arrivé en Crète agira et a déjà influé sur l’Eglise (et grandement dans certains endroits) et cela va devenir un précédent pour le futur.
En effet, c’est pour cette raison que ces clercs qui l’ignorent ou le minimisent le font pour leur propre bénéfice- et au détriment de leurs ouailles. Dans l’histoire de l’Eglise, les Conciles -Conciles œcuméniques ou faux conciles- sont acceptés ou rejetés par le plérôme [la plénitude] de l’Eglise. Ils ne sont pas, et ne doivent pas être ignorés, surtout quand ils innovent et introduisent de faux enseignements dans l’Eglise. Tout comme on doit se repentir d’une chute, et ne pas la dissimuler comme de la poussière sous un tapis, ainsi trop erreurs présentées et acceptées au Concile doivent être rejetées et corrigées [idéalement en Concile]. Nous n’ignorons pas les maladies lorsqu’elles infectent nos corps. Combien plus devrait être notre soin pour le corps du Christ ! Nous sommes tous coresponsables, chacun portant le fardeau de l’autre.

1. Organisation et exécution :

Commençons par regarder brièvement la composition de base statistique du « Concile » :

• Eglises participantes : 10 des 14 Eglises locales (71 %)

• Représentation des chrétiens orthodoxes : près de 30 %.

• Participation des évêques orthodoxes : 162 ont participé sur 350 invités (46 %)

• Représentation des évêques orthodoxes : 162 sur un total de 850 (19 %)

• Nombre d’évêques votant : 10 des 162 évêques présents (6 %), ou 10 des 850
évêques de l’Eglise orthodoxe (1,1 %).
Si nous comparons cela avec les véritables « Grands et Saints Conciles » de l’Eglise, reconnus plus tard comme « œcuméniques », la différence est énorme, surtout si l'on considère les obstacles rencontrés par les anciens hiérarques en termes de voyage et de communication. Par exemple, le Premier Concile Œcuménique avait 325 Pères, le Quatrième 630 Pères et le Septième 350 Pères - qui y participaient avec droit de vote.
Qu’est-ce alors, que le monde est allé voir en Crète? Un « Grand et Concile ? » Qu’a-t-il vu? Un rassemblement libre d’évêques orthodoxes de partout dans le monde ? Et voyez, la plupart d'entre eux n’ont pas été invités, et presque tous ceux qui sont venus ne reçurent pas le droit de vote. Donc, que sont-ils allés voir en Crète ? « Un Concile de primats avec leur suite. » [1]
Cette dernière phrase - « un Concile de primats avec leur suite » - c’est ainsi que le métropolite Hiérothéos Vlachos de Naupacte caractérise le rassemblement auquel il a assisté et que maintenant il critique sévèrement pour avoir introduit des nouveautés en ce qui concerne notre foi. La grande ironie et la tragédie est que pour l’ensemble des grand organisateurs qui clamaient que la conciliarité dirigerait et serait montrée en Crète, c’était plutôt une nouvelle forme orientale de primauté papale - des primats - qui s’est attribuée le devant de la scène. [2]
L’ironie tragique est que, tandis que les représentants du Patriarcat Œcuménique sillonnaient les autoroutes d’internet en vantant la conciliarité du processus pré-synodal et du futur Concile, plusieurs des Saints-Synodes des Eglises locales commençaient seulement à examiner l’Orthodoxie des textes acceptés par leurs Primats sans leur approbation. Ce qui montre que l’échec de ce « Concile des Primats avec leur suite » était assuré d’avance.

A. Présages préconciliaires de la catastrophe imminente
Beaucoup a été dit sur le long processus conciliaire qui a conduit au  rassemblement crétois. Sans aucun doute, beaucoup de sueur et d’encre avaient été dépensés pour que cette manifestation ait lieu. Au cours des 55 ans de préparation organisationnelle active pour la convocation, il y a eu :

•  Six réunions de la « Commission préparatoire inter orthodoxe »

• Trois rassemblements de la « Commission inter orthodoxe spéciale »

• Cinq conférences préconciliaire panorthodoxes

• Trois réunions de la synaxe des primats des Eglises locales

•  Deux conférences théologiques spéciales pour la rédaction des règles de fonctionnement des assemblées épiscopales de la Diaspora

•  Deux conférences universitaires, sur la question d’un calendrier ecclésiastique commun et d’une célébration commune de la fête de Pâques avec les hétérodoxes, et une autre sur les questions de bioéthique contemporaines

• Et une conférence universitaire sur la question de l’Ordination des femmes, à Rhodes, en 1989.
Il est vraiment tragique qu’après une quantité si considérable de temps et d’efforts, le résultat ne plaît pratiquement à personne, ni n’apporte l’honneur ou la gloire aux organisateurs ou à l’Eglise. Le hiérarque du Patriarcat œcuménique qui caractérisa le Concile comme un « fiasco » ou le journaliste ecclésiastique qui l’appela « le grand titre qui a fini en note de bas de page » étaient peut-être injustes ? {Il est évident que l’adage antique a été accompli en Crète : « La montagne a accouché d’une souris !» Si seulement il s’agissait uniquement de cela et de rien de pire ! Tout ce labeur pour donner naissance à un tel « Concile », est une honte pour toute l’Eglise).
On peut se demander : quelle faute a été commise, pour qu’en dépit de tant de labeur, chose unique dans les annales conciliaires - nous ayons eu une issue aussi tragique ?
Nous avons une expression en Grèce : « Une bonne journée est évidente dès le départ. » Eh bien, l’inverse est également vrai dans le cas du Grand Concile. Très tôt dans le processus conciliaire, il était évident que la Crète normalement ensoleillée ne brillerait pas pour l’Orthodoxie. Comme je l’ai examiné ailleurs longuement, [3] les visionnaires derrière ce Concile en Crète ont scellé le sort de leur Concile en ne suivant pas les pas des Saints Pères par le fait de s’être imprégnés de « l’esprit » d’un autre concile de mémoire récente, encore plus grandiose et trois fois défectueux : le Concile Vatican II.
Les deux conciles partagent des racines et des débuts communs, une méthodologie et des buts similaires et au moins une allergie superficielle au dogme. Les deux rassemblements entendaient et affirmaient consolider l’engagement de leurs hiérarchies dans l’œcuménisme et tous deux autorisaient leurs décrets conciliaires et les documents à être façonnés par les théologiens académiques. Et, surtout, les deux rassemblements virent l’introduction d’une nouvelle ecclésiologie « inclusiviste », étrangère à la foi de l’Eglise, Une, Sainte, catholique et Apostolique. [4]
Un autre point malheureusement ferment de parenté entre les deux rassemblements est l’absence de toute démonologie. Est révélateur quant à l’état d’esprit et aux priorités des rédacteurs des textes conciliaires, le fait que nulle part, dans aucun des textes, on ne découvre les termes suivants :
• Diable, démon, diabolique ou Malin [5]
• Hérésie, hérétique [6], schisme ou schismatique
Toutefois, le discernement des méthodes des esprits déchus ou la démonologie, est une exigence dans la formation de la christologie et de l’ecclésiologie. [7] comme l’écrit  l’Evangéliste Jean, « à cette fin, le fils de Dieu a paru pour détruire les œuvres du Diable » (1 Jean 3:8). L’absence de toute mention du Malin ou de ses machinations (hérésie, schisme, etc.) dans n’importe quel texte conciliaire, est indicative d’une conception mondaine, sécularisée, non d’une mentalité patristique.
Enfin, suivant Vatican II et non les Saints Pères, le « Concile » de Crète ne fait non seulement aucune référence à l’hérésie, mais il invite des représentants des confessions hérétiques à participer comme observateurs, y compris ceux reconnus comme tels par les précédents Conciles Œcuméniques. Bien que sans précédent dans l’histoire des conciles, cela avait été pratiqué dans les conciles du Vatican, confirmant une nouvelle fois l’esprit et l’état d’esprit qui, malheureusement, animaient les organisateurs.

B. l’Abolition « conciliaire » de la Conciliarité
Voyons maintenant plus particulièrement la conciliarité (ou son absence) de la période pré-synodale et le Concile lui-même. L’unité de l’Eglise est manifeste et façonnée par le biais de la conciliarité. Comme le dit le 34e canon apostolique : « car ainsi il y aura unanimité, et Dieu sera glorifié par le Seigneur dans l’Esprit Saint.» Lorsque la voie conciliaire est perdue, la victime première et souvent immédiate est l’unité de l’Eglise.
À cet égard, un examen attentif du « Concile » de Crète révèle que, paradoxalement, il se produisit une abolition « conciliaire » de conciliarité. Dans l’histoire de l’Eglise, à l’exception des conciles connus sous le nom de brigandage, aucun autre concile n’a montré autant de dédain pour le sens même de conciliarité comme l’a fait le « Concile » de Crète.
Tout d’abord, le peuple de Dieu, le plérôme de l’Eglise (qui comprend le clergé, les moines et les laïcs), a été contourné entièrement dans la préparation et la réalisation du « Concile ». Ce n’est pas seulement un oubli majeur, c’est un grave défaut ecclésiologique. En 1848, les patriarches orthodoxes déclarèrent au pape que dans l’Eglise du Christ « ni les patriarches, ni les conciles n’auraient pu introduire des nouveautés parmi nous, parce que le protecteur de la religion est le corps même de l’Eglise, le peuple même... ». [8]
Cependant, non seulement le corps de l’Eglise a été maintenu dans l’ignorance, mais en outre une grande partie de la hiérarchie l’a été également. La majorité des évêques et même des synodes des Eglises locales n’étaient pas impliqués dans la préparation du « Concile, » y compris dans la rédaction de ses textes. À cet égard, nous rappelons le douloureux cri de protestation émis par le métropolite Hiérothéos de Naupacte, des  mois avant le « Concile » [selon lequel] les textes pré-conciliaires « étaient inconnus de la plupart des hiérarques et de moi-même, ils demeuraient retenus en commission et nous ne connaissions pas leur contenu. » [9]
Il n'est pas exagéré dans notre cas d’affirmer que le décret rendu par le Septième Concile Œcuménique en ce qui concerne le faux « concile » iconoclaste de Hiéreia est applicable ici : « les choses ont été dites comme dans un coin reculé, et non sur la montagne de l’Orthodoxie. » C’est parce que les responsables de l’élaboration des textes connaissaient très bien l’opposition du peuple de Dieu aux textes problématiques et pour cette raison refusèrent de les publier. Ainsi que cela ressort du procès-verbal de la 5ème (et dernière) conférence préconciliaire (en octobre de 2015), ce fut seulement sur l’insistance du Patriarcat de Géorgie et (plus tard à la synaxe des Primats en janvier 2016 - juste 5 mois avant le « Concile»), et à la demande du Patriarcat de Moscou, que les textes ont finalement été rendus publics pour l’Eglise. Dans cet esprit, alors, on peut mieux comprendre pourquoi quatre patriarcats se sont retirés à la dernière minute.
Irénée, évêque de Bačka (Eglise serbe) avait ceci à dire au sujet de cette dernière et cruciale réunion de la commission préconciliaire qui eut lieu en octobre 2015 :
« En ce qui concerne le texte « Les Relations de l’Eglise orthodoxe avec le reste du monde chrétien » une révision et une correction profonde, se sont malheureusement, avérées impossible, parce que pendant la majeure partie de la réunion... en dépit de la désapprobation de nombreux présents et les vives critiques exprimées, le texte - pour des raisons jamais divulguées - ne fut pas sérieusement réévalué. Il a été plutôt été envoyé en l’état, essentiellement intact, au Concile, où, en raison du manque de temps et d’un consensus, des changements seulement cosmétiques furent effectués. » [10]
Une étude attentive du procès-verbal de la 5e Conférence panorthodoxe préconciliaire, (octobre 2015) révèle que le travaux ont été effectués dans une atmosphère de pression et de  hâte, la responsabilité en incombant au Président de la réunion, le métropolite Jean de Pergame, qui fut remplacé par la suite.
Il est évident, et c’est une opinion communément admise parmi les critiques du « Concile » qu’une des causes principales de la transformation du [Concile de] Crète en « fiasco » fut cette méthodologie anti synodale, peu orthodoxe et le secret préconciliaire appliqué par les organisateurs.
Nous avons dit précédemment que les hiérarchies des Eglises locales ont été tenues dans l’ignorance à l’égard de la période préparatoire et des textes. C’est aussi évident si l'on considère que les règles de préparation du Concile requerraient uniquement les signatures de deux représentants de chaque Eglise afin de confirmer les textes préconciliaires - c'est-à-dire, sans l’approbation des saints synodes. Ainsi, le texte peu orthodoxe sur les hétérodoxes était considéré comme « approuvé » par les églises locales après la réunion d’octobre 2015 sans être envoyé, sans être discuté et sans être confirmé par les Saints-Synodes des Eglises locales. De cette façon, sur la base des signatures de deux représentants, le texte était considéré comme accepté et contraignant pour l’Eglise de Grèce, puis transmis au Concile.
Où est le caractère conciliaire de l’Eglise à l’œuvre ici ?

Mais ce n’est pas tout. Pour que le texte soit modifié, ou même qu’une phrase de celui-ci soit changé en Crète, il fallait l’approbation de toutes les Eglises locales. Si seulement une [Eglise locale] était en désaccord avec le changement, il restait comme il était, parce que l’on le considérait comme déjà approuvé par toutes les Eglises à la 5e Conférence  préconciliaire !
Une fois de plus, nous pouvons voir ici pourquoi les Eglises de Bulgarie et de Géorgie ont refusé d’y assister : elles ont compris que des changements fondamentaux aux textes serait impossibles.
Ce processus a été à l’œuvre avec les règles de fonctionnement pour le Concile lui-même. Les textes ont été approuvés par les primats (à l’exception de l’Eglise d’Antioche), sans discussion ni approbation des hiérarchies des Eglises locales.

Aussi répréhensible et malheureux qu’il soit, le processus préconciliaire, est plutôt bénin en comparaison avec le summum du mépris de la conciliarité manifesté au Concile lui-même. Là, la fonction juste et appropriée de chaque évêque pour voter sur les textes proposés a été bafouée et niée, et réservée au seul primat. Incroyable, sans précédent et totalement irrecevable canoniquement parlant.
L’ironie est que bon nombre des évêques présents avec enthousiasme, ont déclaré qu’il y avait une grande liberté et facilité pour les évêques à prendre la parole. Cela est important, mais c’est évidemment secondaire en importance par rapport au vote. Ce qui importe, ce n’est pas qui parle en premier, mais qui a le dernier mot, c'est-à-dire qui décide. Même si tous les 152 évêques non-votants  ont exprimé leur désaccord avec un mot ou un passage ou même un document entier, cela importait peu, car les votes des 10 primats était tout ce qui était enregistré.

Comme chacun le sait, selon l’ecclésiologie orthodoxe, les évêques sont égaux. Le primat n’est pas au-dessus de tous les évêques. Au contraire, il est le « premier parmi ses pairs ». Dans ce contexte, alors, la pratique en Crète de reconnaître le vote du primat seul et non celui de l’ensemble de la hiérarchie, ne représente-t-il une chute de conciliarité et ne glisse-t-elle pas dans le papisme ? Cette élévation « papale » des primats est extrêmement dangereuse pour toute l’Eglise, car en plus de signifier l’abolition de la conciliarité dans chaque Eglise locale, elle conduira rapidement au primat des primats étant élevé au statut de pape de l’Orient sine paribus (sans pair), pour utiliser le terme privilégié du métropolite Elpidophore de Prousse.

Je voudrais donner trois exemples qui illustrent qu’en Crète, se produisit une « abolition conciliaire de la conciliarité. »
Avant le « Concile» de Crète, la hiérarchie de l’Eglise de Grèce a accepté à l’unanimité et a fait connaître sa position selon laquelle, les communautés hétérodoxes dans les textes conciliaires, ne doivent pas être qualifiées « d’Eglises. » La hiérarchie donna mandat à l’archevêque et à son entourage de transmettre et de défendre la présente décision. Il n’y avait aucune autorisation conciliaire pour toute modification de la décision de la hiérarchie. Néanmoins, l’archevêque d’Athènes et son entourage (à l’exception du métropolite Hiérothéos du Naupacte) modifièrent leur position et votèrent en faveur d’une version modifiée du texte en question (#6) qui contredit clairement la décision unanime de l’ensemble de la hiérarchie. En faisant cela, lui et ceux qui étaient avec lui méprisaient le 34e Canon apostolique, qui dit : « Mais lui aussi (le premier) ne doit rien faire sans l'opinion de tous. C'est seulement de cette façon qu'il y aura unanimité et que Dieu sera glorifié par le Seigneur dans le Saint Esprit.»

Dans notre second exemple, celui de l’Eglise de Serbie, nous avons un exemple encore plus flagrant de papisme rampant. La délégation de l’Eglise serbe se composait de 24 évêques. 7 seulement parmi eux prirent position en faveur du texte final sur les hétérodoxes (#6). Dix-sept des 24 hiérarques refusèrent de signer. Néanmoins, parce que le patriarche de Serbie y était favorable et qu’il signa le texte, le « Concile » a considéré que l’Eglise de Serbie avait accepté le texte ! Une fois de plus, le Concile a dédaigné le 34e Canon apostolique, qui appelle le premier hiérarque « à ne rien faire sans le consentement de tous. » L’ironie est, bien sûr, que tandis que les représentants orthodoxes au dialogue avec Rome soulignent la nécessité pour le Vatican de  baser les relations entre un primat et l’Eglise locale sur 34e Canon apostolique, le « Concile » Panorthodoxe l’a violé à plusieurs reprises.
Dans notre troisième exemple, nous avons l’approche tragique anti-synodale et papiste de l’archevêque de Chypre. Quatre des 17 évêques de Chypre présents ont refusé de signer le texte définitif sur les hétérodoxes (#6), y compris Mgr Athanase, métropolite de Limassol. Après que ces évêques soient partis, la réaction de l’archevêque fut de signer pour eux, comme s’il avait leur accord ! Dans une interview qu’il donna plus tard à un journal grec d’Amérique, l’archevêque caractérisa ces évêques dissidents de son Eglise comme d’une « cinquième colonne » du Concile.
Ici, il est évident que ces exemples indiquent non seulement un mépris pour le système conciliaire et même son abolition, mais aussi le mépris de la dignité épiscopale par les « premiers hiérarques». Ces innovations et ces détournements ont été non seulement tolérés et acceptés par le « Grand et Saint Concile » ; c’est sur leur base que  le « Concile » a été réalisé. En effet, sans cette activité anti-conciliaire, le « Concile » se serait entièrement désintégré. [11]
Avec le recul, compte tenu de la fondation anti-conciliaire et de l’échec du « Concile » à unir l’Eglise orthodoxe, l’expression suivante s’applique : « une maison n’est bonne que par les fondations sur lesquelles elle est bâtie. » (voir Luc 6:48). La « Grande et Sainte » Maison du Concile n’a été pas construite sur le roc de la conciliarité - « il parut bon au Saint-Esprit et à nous » - mais sur le sable du papisme - « notre Saint Patriarche a parlé !»

2. les Documents et déclarations du Concile

Passons maintenant de l’organisation du « Concile», à ses documents.
Trois des six documents présentaient de graves problèmes pour plusieurs des Eglises. Ce sont : la Mission de l’Eglise orthodoxe dans le monde contemporain, [12] le sacrement du mariage et ses obstacles, et les Relations de l’Eglise orthodoxe avec le reste du monde chrétien. Je ne parlerai que brièvement du deuxième texte et me concentrerai sur le troisième, qui est vraiment à la base du Concile.

A. Le sacrement de mariage et ses empêchements
Dans le document sur le mariage, les trois déclarations ont été faites successivement au sujet des « mariages mixtes », i.e. le mariage d’un chrétien orthodoxe avec un membre d’une confession hétérodoxe ou d’une des religions non chrétiennes du monde :

1. le mariage entre les orthodoxes et les chrétiens non orthodoxes est interdit selon l’acribie canonique (Canon 72 du Concile œcuménique in Trullo).

2. avec le salut de l’homme comme  but, le Saint-Synode de chaque Église orthodoxe autocéphale apostolique doit envisager la possibilité de l’exercice de l’économie ecclésiastique en ce qui concerne les empêchements au mariage selon les principes des saints canons, et dans un esprit de discernement pastoral.

3. le mariage entre les orthodoxes et les non-chrétiens est catégoriquement interdit conformément à l’acribie canonique.
Maintenant, certainement, cette question des mariages mixtes est un sujet pastoral épineux et difficile, surtout pour l’Eglise en dehors des terres orthodoxes traditionnelles, telles que l’Amérique. Sans vouloir déprécier ce défi pastoral, défi traité par les pasteurs au cas par cas, il est impératif que la pratique pastorale ne soit jamais détachée de ses liens dogmatiques. Mon intérêt ici, ce sont les implications dogmatiques de la présente décision.
Selon le professeur Dimitrios Tselengidis, le mouvement qui tend à « à légitimer l’office du mariage mixte [est] quelque chose qui est clairement interdit par le canon 72 du Concile in Trullo. [Ainsi, il est inacceptable] pour un concile comme le « Grand et Saint Concile » de Crète de transformer explicitement une décision d’un Concile œcuménique en quelque chose de relatif. » [13]
Dans l’extrait concerné, que j’ai lu dans le document conciliaire, remarquez que, si le mariage kat'oikonomian [selon l’économie] des hétérodoxes avec les orthodoxes, est considéré comme possible, le même est interdit pour les non-chrétiens. Pourquoi cette différence ? Sur quelle base les hétérodoxes sont-ils admis à un mystère de l’Eglise ? Quels sont les critères d’acceptation ?
N’oublions pas le 72è Canon, qui ne pouvait pas indiquer plus clairement qu’il est basé sur le dogme de l’Eglise et n’admet donc pas d’économie :
« Qu'un homme orthodoxe ne doit pas épouser une femme hérétique.
Qu'il ne soit pas permis a un homme orthodoxe de s'unir à une femme hérétique, ni à une femme orthodoxe d'épouser un homme hérétique et si pareil cas s'est présenté pour n'importe qui, le mariage doit être considéré comme nul et le contrat matrimonial illicite est à casser, car il ne faut pas mélanger ce qui ne se doit pas, ni réunir un loup a une brebis. Si quelqu'un transgresse ce que nous avons décidé, qu'il soit excommunié. Quant à ceux qui étant encore dans l'incrédulité, avant d'être admis au bercail des orthodoxes, s'engagèrent dans un mariage légitime, puis, l'un d'entre eux ayant choisi la part la meilleure vint à la lumière de la vérité, tandis que l'autre fut retenu dans les liens de l'erreur sans vouloir contempler les rayons de la lumière divine, si l'épouse incroyante veut bien cohabiter avec le mari croyant, ou vice versa le croyant avec la non-croyante, qu'ils ne se séparent pas, car selon le divin apôtre, "le mari non croyant est sanctifié par sa femme, et la femme non croyante est sanctifiée par son mari."»
Ce qui est important ici, c’est que le Concile de Crète introduit, pour la première fois dans l’histoire, une décision synodale qui permet l’abolition d’un canon d’un Concile œcuménique et - surtout – de son fondement dogmatique. Je ne vois pas comment on pourrait le comprendre autrement, car sur quelle base permettent-ils les mariages mixtes si ce n’est pas par une certaine considération (nouvelle) de ce qu’est l’Eglise et ses limites, y comprenant désormais les hétérodoxes (en quelque sorte - « parce qu’ils sont baptisés » ?). Car, dans le cas contraire, ce serait folie de parler de mariage - vrai mystère d’unité en Christ - entre un membre baptisé et initié au corps de Christ, et un autre qui n’est pas baptisé et non initié.
Par conséquent, l'implication, même lorsque l’on se réfère ici à la décision «kat'oikonomian» [selon l’économie], est que les hétérodoxes sont «baptisés» et, sur cette base, ils (par opposition à ceux d'autres religions) peuvent participer au mystère du mariage. En effet, c'est ce que l'on entend quand on prête attention au raisonnement de ces champions des mariages mixtes. Ceci, cependant, signifie que de la supposée "économie" sous-jacente des mariages mixtes est la soi-disant théologie baptismale et les théories de l'église inclusive qui sont au cœur de l'œcuménisme syncrétiste. Ceci est conforme aux fruits que nous avons vus des mariages mixtes, à savoir que, sur la base des mariages mixtes, les mentalités œcuméniques justifient d'autres violations des canons, comme la prière conjointe avec les hérétiques, ou même la communion [des hétérodoxes] pendant la cérémonie du mariage. (On me dit que, en fait, cela est pratiqué par un professeur éminent dans un séminaire orthodoxe nord-américain).
Il est clair qu'il n'y a pas de base théologique pour le mariage mixte, qu'il ne peut pas être considéré comme étant selon « l’économie » puisqu'il ne conduit pas à « l’acribie », mais il renverse l'identité d'unité des mystères avec le Mystère Unique du Christ, et cela ouvre la porte à une nouvelle érosion de l’ordre canonique et sacramentel de l'Eglise.

B. Relations de l'Église orthodoxe avec le reste du monde chrétien
Passons maintenant au texte que beaucoup considèrent constituer la base du Concile: «Les relations de l'Église orthodoxe avec le reste du monde chrétien». [14] Il est communément admis que ce texte, le sixième et dernier texte accepté par le «Concile», est rempli d'erreurs et de confusion, malgré des passages dignes d’éloges.

1. Le produit d'une perspective œcuménique
En tant que texte avec une orientation dogmatique et ecclésiale claire, ce texte aurait dû se distinguer par une clarté absolue du sens et de l'exactitude dans la formulation, de manière à exclure la possibilité d'une variété d'interprétations ou de mauvaises interprétations intentionnelles. Malheureusement, au contraire, dans les passages clés, nous rencontrons une obscurité et une ambiguïté, ainsi que des contradictions théologiques et une antinomie, ce qui permet des interprétations polaires opposées.
Il est caractéristique de noter avec quelle difficulté le «Concile» a assumé la tâche d'approuver ce texte que près de trente évêques ont refusé de signer, et que beaucoup d'autres n'ont signé qu'après la fin du Concile, après que les quatre versions (en quatre langues) aient finalement été achevées.
Pour voir que le texte est le produit d'une mentalité œcuméniste - et non vraiment œcuménique au sens orthodoxe du terme -, il suffit de considérer ce que le métropolite Hiérothéos (Vlachos) a écrit concernant le texte et le débat qui le concerne au cours du «Concile»:
"Lorsque les procès-verbaux du Concile seront publiés, où les vues véritables de ceux qui ont décidé et signé le texte seront enregistrées, il sera clair que le Concile était dominé par la théorie des branches, la théologie baptismale et surtout le principe d'inclusivité, à savoir un recul du principe d'exclusivité en faveur du principe d'inclusivité. Pendant les travaux du Concile en Crète, diverses distorsions de la vérité ont été dites [afin de renforcer le texte] concernant saint Marc d'Ephèse, le Concile de 1484 et l'encyclique synodale des Patriarches orientaux de 1848, en ce qui concerne le mot «Église» comme s'appliquant aux chrétiens détachés de l'Église Une, Sainte, Catholique et Apostolique ».
Le métropolite rapporte ailleurs que les partisans du texte et de la reconnaissance de «l'ecclésialité» des confessions occidentales ont employé une agression et beaucoup de pression, y compris des explications contre ceux qui s’y sont opposés.

2. Approbation de l'œcuménisme
Nous avons déjà mentionné que l'un des objectifs de ce «Concile» était de solidifier l'engagement de l'Église orthodoxe envers l'œcuménisme. Ce texte sur les relations avec les hétérodoxes atteint cet objectif. Il contient des références positives au Conseil Œcuménique des Eglises [COE], faites avec un enthousiasme apparent.
Au paragraphe 21 du texte, il est indiqué ce qui suit:
L’Église orthodoxe souhaite renforcer le travail de la commission « Foi et Constitution » et suit avec un vif intérêt l’apport théologique que celle-ci a réalisé à ce jour. Elle évalue positivement les textes théologiques publiés par celle-ci, avec l’appréciable contribution de théologiens orthodoxes, ce qui représente une étape importante dans le Mouvement œcuménique vers le rapprochement des Églises.
 L'évaluation positive des textes acceptés au sein du COE suffit pour qu'un chrétien orthodoxe rejette le texte. Est-il possible pour un Concile panorthodoxe de voir favorablement les documents théologiques du COE lorsque ces mêmes textes sont remplis de vues protestantes hérétiques qui ont été critiquées à maintes reprises par de nombreuses Eglises orthodoxes locales?
Au paragraphe 19 du texte, on se réfère positivement à la Déclaration du COE de Toronto, en tant que document fondamental pour la participation orthodoxe. Cependant, qu'exprime cette déclaration? Entre autres choses, elle indique que le COE comprend des églises qui considèrent que:
  ° L'Église est essentiellement invisible,
  ° Il y a une distinction entre le corps visible et invisible de l'Église,
  ° Le baptême des autres églises est valable et véritable,
  ° Il y a des «éléments d'une véritable Église» et des «traces d'Église» dans d'autres églises membres du COE et le mouvement œcuménique est basé sur cela.
  ° Il y a des membres de l'Eglise extra muros (à l'extérieur des murs), et
  ° Ceux-ci aliquo modo (d’une certaine manière) appartiennent à l'Église, et
  ° Il y a une «Eglise dans une Eglise».
Sur cette base, les orthodoxes participent au COE, organisation dans laquelle la théorie anti-orthodoxe «Église invisible et visible» domine clairement, renversant toute l'ecclésiologie orthodoxe.
Le «Concile» de Crète est le seul concile des évêques à reconnaître, promouvoir, louer et accepter l'œcuménisme et le Conseil Œcuménique des Eglises. Cela s'oppose directement au témoignage du chœur des saints, y compris - parmi beaucoup d'autres [Pères] - du grand staretz Éphrem de Katounakia qui, par révélation, a été informé que l'œcuménisme est dominé par les esprits impurs.
Les implications sont énormes: quelle expérience et inspiration du Saint-Esprit pourraient être exprimée en Crète quand elles sont en opposition aux saints de l'Eglise?

3 Un long chemin vers la reconnaissance de l’ecclésialité des hétérodoxes
Ce chemin vers l’acceptation conciliaire de l’œcuménisme a été long et tumultueux. L’adoption de ce texte sur l’œcuménisme est clairement l’objectif numéro un des visionnaires du « Concile » - objectif qui était évident, dès 1971. Le premier texte produit au sein du processus préconciliaire qui reconnaît la soi-disant ecclésialité des confessions hétérodoxes est le texte la Commission préparatoire inter-orthodoxe de 1971 intitulé « L’économie dans l’Eglise orthodoxe, » où il est dit : « car notre Église orthodoxe reconnaît - bien qu’elle soit, l’Eglise Une, Sainte, catholique et apostolique - l’existence ontologique de toutes les Eglises et Confessions chrétiennes. » [15] (ce texte fut sévèrement critiqué par les théologiens de Grèce à l’époque et finalement retiré). Cette phrase a été modifiée par la suite à la troisième réunion de la commission en 1986 en « reconnaît l’existence réelle de toutes les Eglises et Confessions chrétiennes. »Elle a été changée de nouveau en 2015, lors de la cinquième réunion de la commission préparatoire, en « reconnaît l’existence historique d’autres Eglises et Confessions chrétiennes qui ne sont pas  en communion avec elle. »
Quand, en janvier 2016, le texte final a été finalement rendu public, cette phrase a provoqué une foule de réactions et de protestations du plérôme de l’Eglise et des synodes d’Eglises locales, y compris l’Eglise russe à l’Etranger. Après que la proposition de dernière minute en Crète en juin 2016 par l’archevêque d’Athènes ait été généralement acceptée par les primats et leur entourage (bien que près de 30 évêques aient refusé de signer), le texte final inclue la formulation : « L’Eglise orthodoxe accepte le nom historique des autres Eglises et Confessions chrétiennes [16] qui ne se trouvent pas en communion avec elle. » On peut voir que progressivement, au cours des 45 dernières années, ce membre de phrase a été modifié en réponse aux objections avancées par les Eglises locales. Néanmoins, la version finale reste peu orthodoxe et inacceptable ou, comme l’écrit le métropolite Hiérothéos (Vlachos), « anti-orthodoxe. » Il y a plusieurs points importants à soulever à cet égard.

4. Anti orthodoxe et condamné synodalement comme hérésie
Tout d’abord, comme le remarque le métropolite Hiérothéos, peut-être que, en acceptant le terme « église » pour les confessions hétérodoxes, une distinction importante a été perdue par les hiérarques participants. Saint Grégoire Palamas a clairement défini cette question dans le Tomos synodique du neuvième Concile œcuménique de 1351. Il y écrit : « c’est une chose d’utiliser les contre-arguments en faveur de la piété et autre chose de confesser la foi. » Autrement dit, il faut utiliser tous les arguments dans la lutte contre quelque chose, alors que la confession doit être brève et précise doctrinalement. Par conséquent, dans ce contexte, au Concile, dans un souci de précision doctrinale l’utilisation du terme « église » pour les hétérodoxes est manifestement irrecevable. Nous pouvons seulement espérer, ainsi que le métropolite Hiérothéos, que les hiérarques en Crète « ont été « induits en erreur » par ceux qui ont soutenu -sans nombreuses références - qu’au cours du deuxième millénaire, les orthodoxes caractérisent les groupes hérétiques comme Eglises. La vérité est que ce ne fut pas avant le XXe siècle que le christianisme occidental a été caractérisée comme église, lorsque la terminologie et la théologie orthodoxes se sont différenciées de la terminologie et de la théologie du passé, surtout avec [et après] l’encyclique de 1920 du Patriarcat œcuménique » « aux Eglises du Christ dans le monde. » Il faut seulement se rappeler que Saint Grégoire Palamas a comparé l’hérésie latine comme apparentée à l’arianisme, et les Latins comme étant des organes obéissants du Malin.

Le terme Eglise n’est pas utilisé seulement comme une description ou une image. Au contraire, il indique le véritable Corps de notre Seigneur Jésus-Christ. L’Eglise est identifiée avec le même corps Théanthropique [« Divino-humain »] du Christ et parce qu’en tant que Chef, il est Un, son Corps est Un. Comme l’apôtre Paul l’écrit :«…  Il a tout mis sous ses pieds, et il l'a donné pour chef suprême à l'Église,  qui est son corps, la plénitude de celui qui remplit tout en tous.» (Éphésiens 1:22-23)« Il y a un seul corps et un seul Esprit, comme aussi vous avez été appelés à une seule espérance par votre vocation; il y a un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême,  un seul Dieu et Père de tous, qui est au-dessus de tous, et parmi tous, et en tous.» (Éph. 4 : 4-6). Bien qu’il ait été affirmé que l’expression choquante se référant aux « églises », particulièrement dans sa dernière forme, est conforme à l’ecclésiologie orthodoxe et à l’apôtre Paul, la vérité est qu’elle est, au contraire, conforme à la nouvelle, ecclésiologie « inclusiviste ». Comme le métropolite Hiérothéos l’a déclaré : « bien que prima facie, elle semble inoffensive, elle est anti-orthodoxe. » Pourquoi « anti-orthodoxe ? » Tout d’abord, il est impossible de parler de « simplement » « accepter le nom historique » des « autres Eglises chrétiennes hétérodoxes, » car il n’y a aucun nom sans existence, parce que sinon un nominalisme ecclésiologique est exprimé.

Deuxièmement, loin de faire écho à l’apôtre Paul, « la bouche du Christ, » l’expression « L’Eglise orthodoxe accepte le nom historique d’autres Eglises chrétiennes hétérodoxes, » si cela est compris dans le contexte, cela rappelle la théorie de l’église invisible de Calvin et de Zwingli, ce que Vladimir Lossky appela une « ecclésiologie nestorienne. » Cette ecclésiologie suppose que l’Eglise est divisée en parties visibles et invisibles, tout comme Nestorius imaginait que les natures divine et humaine en Christ étaient séparées. D’autres théories hérétiques sont venues de cette idée, comme la théorie des branches, la théologie baptismale et l’inclusivisme ecclésiologique. Cette théorie d’église invisible a en fait déjà été rejetée en Concile par l’Eglise orthodoxe.

L’idée qu’une église puisse être caractérisée comme hétérodoxe (hérétique) a été condamnée par les conciles du XVIIe siècle à l’occasion de la soi-disant « Confession de Loukaris, » supposée avoir été rédigée ou adoptée par Cyrille Loukaris, patriarche de Constantinople. L’expression condamnée était : « il est vrai et certain que l’église peut pécher et adopter le mensonge au lieu de la vérité. » Au contraire, les Conciles de l’Eglise de l’époque condamnèrent cette infidélité au Christ, déclarant que l’Eglise ne peut pas commettre d’erreur.
Cet enseignement conciliaire est très important et il convient de le souligner à nouveau de nos jours, car il s’agit de guérir le délire parmi nous de ces humanistes qui ont perdu la foi en Christ et la suite de l’Incarnation. C’est cette incrédulité qui se cache derrière la réticence de plusieurs à embrasser le « scandale du particulier, » le scandale de l’Incarnation et de déclarer que l’Eglise est Une comme Christ est Un, et  qu’elle est dans une époque et un lieu particulier,  la continuation de l’Incarnation et l’Eglise Une, Sainte, catholique et apostolique. Cette infidélité équivaut à un abandon de l’Orthodoxie comme condition sine qua non d’ecclésialité, et ce n’est pas simplement une crise de convictions, mais, comme le Père Georges Florovsky l’a écrit il y a quelques 60 ans, cela indique que les gens « ont abandonné le Christ. »

Certes, les formes contemporaines que prennent les théories de l’hérésie de « l’Eglise invisible » sont un peu plus nuancées que celles du XVIe siècle, mais pas de beaucoup. Regardons à nouveau l’expression offensive en contexte, et nous allons en voir plus clairement les similitudes. Le texte dit ceci : «D’après la nature ontologique de l’Église, son unité ne saurait être perturbée. Cependant, l’Église orthodoxe accepte l’appellation historique des autres Églises et Confessions chrétiennes hétérodoxes qui ne se trouvent pas en communion avec elle, mais elle croit aussi que ses relations avec ces dernières doivent se fonder sur une clarification aussi rapide et objective que possible, de la question ecclésiologique dans son ensemble et, plus particulièrement de l’enseignement général que celles-ci professent sur les sacrements, la grâce, le sacerdoce et la succession apostolique.»

(Paragraphe 6)
Cela commence en disant que, selon la nature ontologique de l’Eglise, l’unité ne peut être perturbée. Ici l’église invisible, unie dans les cieux est implicite. C’est le sens « d’ontologique ». Ceci est immédiatement suivi par « mais malgré cela... » et il est fait référence à l’aspect fracturé, visible de l’Eglise, avec l’acceptation des autres, « églises hétérodoxes. »

5. Une Expression déjà acceptée de la nouvelle ecclésiologie
Ce n’est pas la première fois que cette dichotomie de l’Église Unie ontologiquement dans le ciel, hors du temps, avec l’Eglise divisée sur la terre, dans le temps, est apparue parmi la hiérarchie orthodoxe. Voici comment le patriarche de Constantinople, Bartholomée, l’exprime au Saint-Sépulcre à Jérusalem en 2014 :
« L’Eglise Une, Sainte, Catholique et Apostolique, fondée par le « Verbe au commencement, » par Celui « vraiment avec Dieu » et Verbe « Dieu véritable», selon l’Evangéliste de l’amour, malheureusement, elle a été divisée dans le temps au cours de son engagement sur la terre, en raison de la prédominance de la faiblesse humaine et de l’impermanence de la volonté de l’intellect humain. Celle-ci amena diverses conditions et groupes, dont chacun a réclamé pour lui-même « authenticité » et « vérité ». La Vérité, cependant, est Une, le Christ et l’Eglise Une fondée par Lui.
Avant et après le grand Schisme de 1054 entre Orient et Occident, notre Sainte Eglise orthodoxe fit des tentatives pour surmonter les divergences, qui dès le début et pour la plupart proviennent de facteurs extérieurs à l’Eglise. Malheureusement, l’élément humain prévalut, et à cause de l’accumulation d’ajouts « théologiques »,  « pratiques » et « sociaux », les Eglises locales ont été conduites dans la division de l’unité de la foi, dans l’isolement, qui s’est développé parfois en polémiques hostiles. »
La similitude avec la théorie d’Eglise invisible condamnée par l’Eglise et ces paroles du patriarche sont manifestes dans la nette distinction entre l’Eglise céleste ontologiquement Une  avec l’église terrestre, censée elle être fragmentée. Cela reflète la division « nestorienne » des natures divines et humaines du Corps de Christ. Ce point de vue, cela n’est pas surprenant, est en harmonie avec la nouvelle ecclésiologie proposée au Concile Vatican II, qui postule une église terrestre avec des degrés plus ou moins grands de plénitude [17] en raison des soi-disant « disputes de l’histoire humaine ». [18] Ces points de vue sur l’Eglise impliquent l’identification de l’Eglise avec l’hérésie, des choses saintes avec les choses déchues et mondaines.
Le cœur douloureux, les paroles de saint Taraise, patriarche de Constantinople, aux Pères du Septième Concile Œcuménique, sont présentes à l’esprit, quand il blâmait les décisions du faux concile des  iconoclastes de Hiéreia :
« Ô le désordre et la folie de ces [hommes]. Ils n’ont pas séparé  le profane et le sacré, et comme les cabaretiers mélangent le vin avec de l’eau, ils mélangent la parole véritable avec la parole pervertie, le mensonge avec la fausseté, tout comme [comme s’ils  mélangeaient] le poison avec du miel, à eux, le Christ notre Dieu s’adresse par le prophète : « les prêtres a annulé ma loi et profané mes sanctuaires. Ils n’ont fait aucune distinction entre le profane et le sacré. »
Il devrait être clair, alors que ce texte choquant avec son ecclésiologie hérétique doit être rejeté par l’Eglise (par chaque Eglise locale séparément, puis dans un futur Concile), et remplacé, car sans aucun doute il sera la source d’une déchéance de l’Orthodoxie. Il est encore temps d’en corriger le cours et de guérir la plaie déjà infligée à l’Eglise. Une solution pratique, donnée par le métropolite Hiérothéos, qui contribuerait à faciliter la restauration de l’Orthodoxie, serait pour un futur Concile de corriger les erreurs et de publier un nouveau document orthodoxe. Il y a à la fois un soutien  contemporain pour cela (venant des patriarcats d’Antioche, de Serbie, de Russie, de Géorgie, de Bulgarie et même de Roumanie) aussi bien qu’un précédent historique (les réunions des Conciles œcuméniques s’étendirent pendant des mois et des années, le Concile in Trullo acheva les Ve et VIe Conciles et le IXe Concile Œcuménique était en fait quatre Conciles séparés). Nous espérons que partout les évêques prendront immédiatement des mesures dans ce sens, car la question est des plus urgente dans les Eglises locales qui ont accepté le texte et le Concile. 

3. les conséquences et les Implications du « Conseil » de la Crète

A. les réponses des églises locales
Tournons-nous maintenant brièvement sur la suite du Concile et sur l’état actuel des choses. Tout d’abord, parmi ceux qui ont participé au Concile, il y a près de 30 évêques qui ont refusé de signer son document final sur les hétérodoxes et l’œcuménisme. Parmi eux sont les évêques bien connus, les métropolites Hiérothéos (Vlachos) de Naupacte (Grèce), Athanase de Limassol (Chypre), Néophytos de Morphou (Chypre), Amphilochios du Monténégro (Serbie) et Irénée de Bačka (Serbie).
Irénée, évêque de Bačka en Serbie a résumé la position de beaucoup sur l’après Concile: « Concernant le « Grand et Saint Concile » de notre Eglise à Colombari en Crète qui vient de s’achever, triomphalement mais pas tout à fait convaincant : il n’est déjà pas reconnu comme tel par les Eglises qui étaient absentes, voire même caractérisé par elles comme  « rassemblement en Crète », et il a également été contesté par la plupart des hiérarques orthodoxes participants! »
Les partisans et sympathisants du Concile en appellent au précédent du Deuxième Concile œcuménique, à titre d’exemple de concile au cours duquel certaines églises locales étaient absentes (Rome et Alexandrie). Ce qu’ils ne disent pas, cependant, c’est que ce Deuxième  Concile œcuménique ne s’appelait pas œcuménique ou Concile panorthodoxe pour commencer, mais plutôt comme l’un des nombreux Conciles locaux de l’Empire d’Orient, qui en raison des décisions orthodoxes qui avaient été prises, fut plus tard accepté par toutes les Eglises locales comme œcuménique.
En Crète, nous avons fait le contraire : il a été appelé panorthodoxe et quatre patriarcats ont refusé d’y assister. En outre et surtout, ils ont également refusé de le reconnaître comme Concile, même après coup.

Le patriarcat d’Antioche, dans sa décision de l’an dernier du 27 juin, a déclaré qu’il considérait la rencontre de Crète comme « une réunion préliminaire pour le Concile panorthodoxe, » qu’il « refuse d’attribuer un caractère conciliaire à toute réunion orthodoxe qui n’implique pas l’ensemble des églises orthodoxes autocéphales, » et, ainsi,  « l’Eglise d’Antioche refuse d’accepter que l’Assemblée de Crète soit appelée « Grand Concile orthodoxe » ou  « Grand et Saint Concile. »

Le Patriarcat de Moscou (dans la décision de son Saint-Synode du 15 juillet 2016) a déclaré que « le Concile qui s’est déroulé en Crète ne saurait être considéré panorthodoxe, et que les documents qu’il a ratifiés ne constituent pas une expression du consensus panorthodoxe ».

Le Patriarcat de Bulgarie (dans sa décision datée du 15 novembre 2016) a déclaré lors d’un rassemblement de l’ensemble de sa hiérarchie que « le Concile de Crète n’est ni grand, ni saint, ni panorthodoxe. C’est en raison de la non-participation d’un certain nombre d’Eglises autocéphales locales, ainsi que des erreurs d’organisation et des erreurs théologiques acceptées. Une étude attentive des documents adoptés lors du Concile de Crète nous amène à la conclusion que certains d'entre eux contiennent des contradictions avec l’enseignement de l’Eglise orthodoxe, avec la Tradition dogmatique et canonique de l’Eglise, et l’esprit et la lettre des Conciles Œcuméniques locaux. Les documents adoptés en Crète doivent faire l’objet d’un examen théologique plus approfondi dans le but de modification, de révision et de correction ou de remplacement par d’autres (nouveaux documents) dans l’esprit et la Tradition de l’Eglise. »

Le Patriarcat de Géorgie s’est réuni en décembre dernier et a rendu une décision finale sur le Concile de Crète. Dans celle-ci, il dit qu’il n’est pas un concile panorthodoxe, qu’il abolit le principe de consensus, et que ses décisions ne sont pas obligatoires pour l’Eglise orthodoxe de Géorgie. En outre, les documents délivrés par le Concile de Crète ne tiennent pas compte des critiques importantes faites par les Eglises locales et ils ont besoin de correction. Un véritable Grand et Saint Concile a besoin d’être tenu et l’Eglise géorgienne est confiante qu’il aura lieu à l’avenir, et qu’il prendra des décisions par consensus, basé sur l’enseignement de l’Eglise orthodoxe. Pour atteindre cet objectif, le Saint Synode a formé une commission théologique pour examiner les documents acceptés en Crète et se préparer à un futur Concile qui sera panorthodoxe.

Le Patriarcat de Roumanie, qui a participé au Concile, a déclaré plus tard que « les textes peut être expliqués, en partie nuancés, ou encore développés par un futur Grand et Saint Concile de l’Eglise orthodoxe. Cependant, leur interprétation et la rédaction des nouveaux textes sur diverses questions ne doivent pas être prises dans la précipitation ou sans accord panorthodoxe, sinon ils doivent être retardés et amendés jusqu'à ce que l’accord puisse être trouvé ».

L’Eglise orthodoxe autocéphale de Grèce, tout en ne statuant pas cataphatiquement en faveur de la décision finale du Concile, a publié une encyclique qui le représente comme un Concile orthodoxe. Beaucoup ont conclu que cette position impliquait un accord, même si au sein de la hiérarchie il y a des évêques qui ont fortement rejeté et condamné le « Concile ». Cette confusion a provoqué du dégoût de la part des fidèles.

B. l’évolution après la Crète en Grèce et en Roumanie
Avant de terminer, je crois qu’il est également important de vous informer des derniers développements en ce qui concerne la réception ou le rejet du « Concile » crétois par le peuple de Dieu.

Il y a eu des réponses positives, surtout parmi les organes officiels des Eglises participantes, qui ont pris  la forme de conférences et de petites causeries sur l’importance du « Concile, » impliquant parfois les hétérodoxes. On peut également observer une insatisfaction surprenante des partisans jugeant que « le Concile » n’en a pas fait assez ,ou n’est pas allé assez loin dans la reconnaissance des hétérodoxes ou en ce qui concerne les autres questions « brûlantes » pour, principalement, les universitaires orthodoxes d’Occident. Nul doute qu’il y aura un effort continu pour influencer les fidèles en faveur du « Concile » - tâche difficile, étant donné que la plupart n’ont jamais ressenti que le « Concile » les concernait.

En dépit de l’accueil officiel positif du « Concile » en Grèce et en Roumanie, la réponse prépondérante parmi le peuple de Dieu a été négative. Les implications du Concile crétois sont considérables pour beaucoup dans les Eglises locales qui ont accepté le Concile. La réponse de nombreux clercs, moines et théologiens à l’accueil favorable réservé au « Concile » par leur hiérarchie a varié du rejet écrit et verbal par les théologiens connus, à la grave décision par les moines et pasteurs, de cesser la commémoration des évêques égarés.
La cessation de la commémoration du patriarche de Constantinople qui a commencé sur le Mont Athos à l’automne de l’année dernière, avec peut-être 100 moines y participant, s’est maintenant propagée à plusieurs diocèses de l’Eglise de Grèce, mais aussi en Roumanie, où plusieurs monastères et clercs cessé de commémorer leurs évêques.
Un des développements plus importants a eu lieu il y a tout juste deux semaines. L’éminent professeur de patrologie le protopresbytre Théodore Zisis a annoncé, le Dimanche de l’Orthodoxie, qu’il cessait la commémoration de son évêque, le métropolite de Thessalonique, Anthimos, à cause de son accueil enthousiaste du « Concile » crétois et de ses textes. Par sa stature et son grand renom (il fut le professeur de nombreux hiérarques actuels en Grèce), cette décision en a influencé d’autres et a « bousculé » le statu quo ecclésiastique en Grèce. Cette voie a été suivie par quatre membres du clergé sur l’île de Crète, trois monastères dans le diocèse de Florina, du clergé et des moines dans les diocèses de Thessalonique, de Céphalonie, de Syros, d’Andros et d’ailleurs.

En outre, il y a quelques jours, l’archimandrite Chrysostome, higoumène du saint monastère de la Source Vivifiante à Paros (Grèce) (où le saint staretz Philothéos [Zervakos] s’est illustré dans la vie ascétique) a soumis au Saint-Synode de l’Eglise de Grèce une accusation formelle historique d’hérésie contre le patriarche Bartholomée. L’higoumène Chrysostome a demandé au Saint-Synode de reconnaître, de rejeter et de condamner les enseignements hétérodoxes (« eterodidaskalia ») du patriarche comme étant contraires à l’enseignement correct, de l’Eglise du Christ Une, Sainte, Catholique et Apostolique.

Il a écrit au Saint Synode :
« En vous soumettant cette lettre, nous exposons devant le corps honorable de la hiérarchie de l’Eglise de Grèce le scandale pour moi-même, notre fraternité, le clergé, les moines et laïcs innombrables, causé par des vagues successives d’enseignements hétérodoxes qui ont été exprimés à différents moments par sa Sainteté le patriarche œcuménique, Bartholomée, le summum duquel [a été exprimé ] au Saint et Grand Concile tenu à Colombari en Crète. »
La plainte officielle fournit 12 exemples d’enseignements hétérodoxes émis par le patriarche au cours des dernières décennies, ainsi que 9 des canons de l’Eglise qui s’y rapportent, et elle se termine par une liste de 13 évêques, 14 higoumènes, hiéromoines et clercs, et 9 théologiens, que l’higoumène suggère d’appeler comme témoins favorables à sa cause devant le Saint-Synode lorsqu’il sera officiellement appelé à défendre son accusation.
Vos Eminences, vos Excellences et très révérends Pères,

Ceux-ci, ainsi que d’autres développements similaires en Ukraine, Moldavie et  Roumanie soulignent les pressions croissantes sur tous les bergers de l’Eglise, enjoints de répondre patristiquement au danger posé à l’unité de l’Eglise par le « Concile » crétois mal planifié, mal réalisé et enfin anti-orthodoxe.

L’histoire de l’Église nous indique clairement que cette unité inestimable en Christ existe et se développe seulement quand tous sont « unanimes », et confessent la même foi dans l’Eglise Une. En outre, l’histoire récente nous apprend aussi que l’accommodation ou l’indifférence, une ecclésiologie novatrice, telles que celles exprimées en paroles et en actes, en Crète, ne sont pas une option et conduiront seulement vers plus de polarisation et de naufrages à gauche et à droite de la Voie Royale.

C’est dans ces mers spirituelles pleines de récifs comme celles-ci que l’habileté du chef spirituel est testée et confirmée, montrant que non seulement il connaît la vérité, mais qu’il est aussi versé dans la VOIE par laquelle tous peuvent y parvenir en toute sécurité.
Par la Providence de Dieu, l’Eglise orthodoxe russe à l’étranger continue d’occuper une place unique dans l’Eglise orthodoxe, d’où elle peut parler librement et même prophétiquement annoncer la Parole de Vérité - « une parole» qui unit les fidèles, guérit les vieux schismes et en prévient de nouveaux. L’Eglise catholique [i.e. orthodoxe] a besoin d’elle maintenant en ces temps difficiles.

Par les prières de nos saints pères et surtout des saints nouveaux martyrs et confesseurs, et par la sage conduite pastorale de nos premiers pasteurs nous tous pouvons continuer dans la confession salvatrice de la foi dans l’Eglise, de celle qui est la continuation de l’Incarnation – pour l’édification de l’Eglise et le salut du monde ! Je vous remercie tous pour votre attention et votre bienveillance de m’avoir écouté aujourd'hui et je vous souhaite à tous une Pâques lumineuse et radieuse !

Père Peter HEERS
Version française Claude Lopez-Ginisty
D’après Romfea.gr

BIBLIOGRAPHIE CHOISIE :
Γκοτσόπουλος, Ἀναστάσιος, Πρωτοπρεσβύτερος, «Πῶς δ’ αὖθις Ἁγία καί Μεγάλη, ἣν οὔτε..., οὔτε..., οὔτε...;» 10 Δεκεμβρίου 2016 (En grec)
Metropolitan Hiérothéos of Nafpaktos and St. Vlassios, Intervention and Text in the Hierarchy of the Church of Greece (November 2016) regarding the Cretan Council: https://orthodoxethos.com/post/intervention-and-text-in-the-hierarchy-of-the-church-of- greece-november-2016-regarding-the-cretan-council. (En anglais)
 Notes:
[1] Métropolite Hiérothéos (Vlachos), Intervention and Text in the Hierarchy of the Church of Greece (Novembre 2016, en anglais)
Concernant le « Concile de Crête »: https://orthodoxethos.com/post/intervention-and-text-in-the-hierarchy-of-the-church-of- greece-november-2016-regarding-the-cretan-council. (En anglais)
[2] Ce n'est qu'une des nombreuses innovations ecclésiologiques alarmantes introduites en Crète, dépassées en  gravité uniquement par l'acceptation des termes contradictoires «Églises hétérodoxes». C'était, cependant, le premier – la séparation de la conciliarité - qui a rendu possible ce dernier - l'acceptation de l'incongruité (sinon la monstruosité) que sont les termes «églises hétérodoxes». Cela est vrai dans plusieurs sens. Si tous les évêques avaient voté, et pas seulement les primats, il est peu probable que le texte choquant sur les hétérodoxes aurait été accepté. Cependant, il est également vrai que si l'archevêque d'Athènes avait respecté le mandat clair et conciliaire qui lui avait été conféré par sa hiérarchie, qui a voté à l'unanimité pour refuser d'accepter le terme «Eglise» pour les hétérodoxes, il n'aurait pas accepté la correction spécieuse et peu judicieuse.
[3] voir aussi: From the Second Vatican Council (1965) to the Pan-Orthodox Council (2016): Signposts on the Way to Crete: https://orthodoxethos.com/post/from-the-second-vatican- council-1965-to-the-pan-orthodox-council-2016-signposts-on-the-way-to-crete. (En anglais)
[4] Dans un article datant de l’époque où le patriarche œcuménique Bartholomée était encore métropolite, dans la revue The National Catholic Reporter, le patriarche dit la chose suivante, révélant ses intentions pour le Concile the panorthodoxe: “ Nos buts sont les mêmes que ceux de Jean (Le pape Jean XXIII): moderniser l’Eglise et promouvoir l’unité chrétienne... Ce Concile signifiera aussi une ouverture de l'Eglise orthodoxe aux religions non-chrétiennes, à l'humanité dans son ensemble. Cela signifie une nouvelle attitude envers l'islam, le bouddhisme, la culture contemporaine, aux aspirations pour une société fraternelle libre de discrimination raciale... En d'autres termes, il marquera la fin de 12 siècles d'isolement de l'Eglise orthodoxe.  Voir: “Council Coming for Orthodox", interview by Desmond O'Grady, The National Catholic Reporter, in the January 21, 1977 edition. Voir aussi :http://orthodoxinfo.com/ecumenism/towards.aspx. (En anglais)
[5] Dans les textes du Concile de Vatican II, les choses sont légèrement mieux exprimées. Dans Lumen Gentium, le Malin est mentionné quatre fois, bien que dans Unitatis Redintegratio, il ne soit pas mentionné.
[6] La seule exception à ce dernier cas, est lorsque l’hérésie ecclésiologique du phylétisme est mentionnée dans l’encyclique des Primats, ce qui montre bien aussi les priorités de la réunion.
[7] See: J. S. Romanides, “The Ecclesiology of St. Ignatius of Antioch,” The Greek Orthodox Theological Review 7:1 and 2 (1961–62), 53–77. (En anglais)
[11] Cette section de ma conférence est largement basée sur la recherche et la publication excellentes du Père Anastasios Gotsopoulos, Recteur de l’Eglise St. Nicolas du diocèse de Patras, en Grèce, avec sa permission.
[12] A cause de l’importance et de la nature de ce sujet, une analyse de ce texte sera faite dans une étude séparée.
[14] Suivra mon analyse qui sera largement basée sur celle du métropolite Hiérothéos (Vlachos) of Nafpaktos, en Grèce.
[15] Συνοδικἀ, ΙΧ, σ. 107, Γραμματεία Προπαρασκευής της Αγίας και Μεγάλης Συνόδου της Ορθοδόξου Εκκλησίας, Διορθόδοξος Προπαρασκευαστική Επιτροπή της Αγίας και Μεγάλης Συνόδου 16-28 Ιουλίου 1971, έκδ. Ορθόδοξο Κέντρο Οικουμενικού Πατριαρχείου (en grec) Chambesy Γενεύης 1973, σ. 143, και Γραμματεία Προπαρα-σκευής της Αγίας και Μεγάλης Συνόδου της Ορθοδόξου Εκκλησίας, Προς την Μεγάλην Σύνοδον, 1, Εισηγήσεις, της Διορθοδόξου Προπαρασκευαστική Επιτροπή επί των εξ θεμάτων του πρώτου σταδίου, έκδ. Ορθόδοξο Κέντρο Οικουμενικού Πατριαρχείου Chambesy Γενεύης 1971, σ. 63. (en grec)
[16] Note du traducteur: La version officielle dit « non orthodoxe » alors que l’original grec dit « hétérodoxe ».
[17] « On peut penser que l’Eglise universelle est une communion à divers niveaux de plénitude d’organismes qui sont plus ou moins complètement des églises… C’est une communion véritable, réalisée à divers degrés d’intensité ou de plénitude, d’organismes qui tous, ont un véritable caractère ecclésial, bien que certains  l’aient plus que d’autres »,  in (Francis A. Sullivan, S.J., “The Significance of the Vatican II Declaration that the Church of Christ ‘Subsists in’ the Roman Catholic Church,” in René Latourelle, ed., Vatican II: Assessment and Perspectives, Twenty-five Years After (1962– 1987) (New York: Paulist Press, 1989), 283). (en anglais)
[18] 267. Joseph Ratzinger, “The Ecclesiology of Vatican II,” a talk given at the Pastoral Congress of the Diocese of Aversa (Italy), Sept. 15, 2001, http://www.ewtn.com/library/CURIA/CDFECCV2.HTM. (en anglais)



lundi 24 avril 2017


4 ans !


vendredi 31 mars 2017

Pour les lecteurs de ce blog, ainsi que pour les autorités qui viennent chercher quelques informations:

Alors que dans nos belles provinces, Provence-Alpes-Côte d'Azur et désormais Poitou-Charente, pardon Aquitaine, commencent à sévir quelques pseudo-évêques, il m'a semblé bon après en avoir rendu compte au Métropolite Joseph de la Métropole Orthodoxe Roumaine d'Europe Occidentale et Méridionale de reprendre ces deux communiqués publiés par l'AEOF afin de mettre en garde ceux ou celles qui pourraient se laisser abuser par quelques personnages arborant fièrement une soutane et des attributs...Patriarcaux et épiscopaux!

http://www.lanouvellerepublique.fr/Deux-Sevres/Actualite/24-Heures/n/Contenus/Articles/2017/03/28/La-chapelle-de-Prailles-est-maintenant-orthodoxe-3048647#

Communiqué

L’Assemblée des évêques orthodoxes de France, où siègent les évêques relevant des patriarcats orthodoxes constitués historiquement et s’assurant d’une mutuelle reconnaissance, communique ce qui suit :

L’ecclésiologie orthodoxe est une ecclésiologie de communion. Ainsi, autour de son évêque, chaque église locale constitue la manifestation plénière de l’Eglise universelle à condition d’être en communion avec toutes les autres dans l’unité de la foi et du calice, attestée par la "succession apostolique" et la conciliarité des évêques.

En ce qui concerne la France, les Eglises orthodoxes canoniques sont représentées par tous les évêques qui sont membres de l’association légalement constituée sous la dénomination "Assemblée des évêques orthodoxes de France". Elle seule est habilité à manifester l’unité et la canonicité de l’Eglise orthodoxe dans ce pays.
 
Par conséquent, toute personne se prétendant être évêque orthodoxe sans être en communion avec la dite Assemblée ne peut se prévaloir d’un statut canonique orthodoxe en France.

L’Assemblée des évêques orthodoxes de France tient donc à mettre en garde les personnes dont la bonne foi pourrait ainsi se trouver surprise, et déclare que la responsabilité de l’Église orthodoxe en France ne saurait être aucunement engagée par les activités ou les déclarations de toute personne ou de tout groupe n’étant pas en communion avec elle.

Fait à Paris, le 3 avril 1997.

Le métropolite Jérémie

Président de l’Assemblée des évêques orthodoxes de France


Communiqué

Constatant la recrudescence en France de communautés, de groupes ou de personnes (clercs ou laïcs), qui se prétendent de l’Eglise orthodoxe, l’Assemblée des évêques orthodoxes de France (AEOF) entend dissiper toute confusion à cet égard en précisant ce qui suit.

L’Eglise orthodoxe confesse une unité doctrinale et sacramentelle, qui se manifeste de façon ininterrompue depuis son origine jusqu’à aujourd’hui, dans la fidélité à la foi apostolique. Ceci s’exprime par sa théologie, son ecclésiologie et sa Tradition, dans la nature conciliaire de son organisation.

L’Eglise orthodoxe dans le monde est constituée par des Eglises-soeurs, autocéphales ou autonomes, qui s’assurent d’une reconnaissance et d’une communion mutuelles, partageant la même ecclésiologie, confessant la même foi et appliquant le même droit canonique.

L’organisation canonique définitive des communautés orthodoxes en France et dans les autres pays se trouvant en dehors des limites géographiques historiques des Eglises autocéphales, sera examinée par le Grand et Saint Concile panorthodoxe dont la préparation se poursuit actuellement. Dans l’attente d’une telle organisation, la commission inter orthodoxe préconciliaire préparatoire, réunie à Chambésy (Suisse) en novembre 1993, a préconisé la création d’Assemblées épiscopales. En application de cette recommandation, une Assemblée des évêques orthodoxes de France s’est constituée en février 1997, succédant ainsi au Comité inter épiscopal orthodoxe créé en 1967. C’est pourquoi l’Assemblée des évêques orthodoxes de France est canoniquement la seule habilitée à représenter l’orthodoxie et à manifester l’unité et la canonicité de l’Eglise orthodoxe en France.

Ainsi, toute personne (clerc ou laïc), groupe ou communauté se prétendant être "chrétien orthodoxe" ou s’attribuant cette appellation sans être en communion avec l’Assemblée des évêques orthodoxes de France ne peut se prévaloir d’un statut canonique orthodoxe dans ce pays. Par conséquent l’Assemblée des évêques orthodoxes de France ne peut être tenue responsable de leurs agissements et / ou déclarations.

Aussi, et afin d’éviter toute confusion ou amalgame dans l’opinion publique, l’Assemblée des évêques orthodoxes de France invite-t-elle les médias à se renseigner auprès d’elle sur le statut canonique de toute communauté, groupe et / ou personne (clerc ou laïc) se réclamant de l’orthodoxie en France.

Fait à Paris, le 1 avril 1999.
Le métropolite Jérémie

Président de l’Assemblée des évêques orthodoxes de France

vendredi 20 janvier 2017


Le 19 janvier, mémoire de notre
Saint Père MARC EUGENIKOS, Métropolite d'ÉPHÈSE
 et Confesseur de la Foi Orthodoxe

Ce luminaire de la Foi Orthodoxe brilla pendant la sombre époque où l'empire byzantin agonisant, acculé à la ruine économique et pressé de toutes parts par l'envahisseur turc, se trouvait placé devant la douloureuse alternative: ou tomber aux mains des infidèles et disparaître comme empire chrétien, ou se livrer à la domination orgueilleuse des hérétiques Latins, qui n'étaient disposés à accorder leur soutien financier et militaire qu'au prix d'une union des Eglises, ou plutôt de la soumission de l'Orthodoxie à la Papauté.

Né au sein d'une famille pieuse de Constantinople vers 1392, Saint Marc reçut une brillante éducation auprès des meilleurs maîtres de la capitale qui, quoiqu'appauvrie et dépeuplée, restait le centre culturel du monde chrétien. Il devint très tôt professeur à l'école patriarcale, mais abandonna la carrière académique, à l'âge de 26 ans, pour devenir moine dans un petit monastère proche de Nicomédie. Il y commença une vie d'ascèse intense et de prière; mais, sous la menace des Turcs, il dut bientôt se replier à Constantinople, dans le Monastère de Saint-Georges des Manganes. A la vie contemplative et au service des frères il joignait l'étude des Saints Pères, et il rédigea alors plusieurs traités dogmatiques dans la ligne de Saint Grégoire Palamas (voir 14 novembre) et quelques ouvrages sur la prière. Malgré son désir de rester effacé, sa science et sa vertu lui attirèrent l'estime de l'empereur Jean VIII Paléologue (1425-1448) qui préparait un grand concile d'union avec l'Eglise Romaine, dans l'espoir d'obtenir le soutien du pape et des princes européens. C'est par obéissance au monarque que ce pieux moine hésychaste accepta de monter sur la tribune de l'Eglise, d'être consacré Métropolite d'Ephèse et de prendre part à la délégation byzantine au titre de remplaçant des Patriarches de Jérusalem, d'Antioche et d'Alexandrie, et d'exarque du concile.

La délégation grecque, composée de l'Empereur, du Patriarche Joseph II (1416-1439), de vingt-cinq Evêques et d'une suite d'environ sept cents personnes, s'embarqua pour l'Italie dans un grand élan d'enthousiasme. Tout le monde était convaincu de réaliser rapidement l'Union désirée par tous les Chrétiens. Saint Marc aussi, loin d'être l'étroit fanatique que l'on présente souvent, partageait cette espérance, sans préjugés contre les Latins, mais en se tenant ferme sur le roc de la Foi. Pour lui, comme pour la plupart des Grecs, il ne pouvait être question d'union que dans le retour de l'Eglise Romaine à l'unité dans la charité qu'elle avait rompue par ses innovations. Mais dès leur arrivée à Ferrare, le pape Eugène et ses théologiens montrèrent de toutes autres dispositions. Par des détails de protocole d'abord, puis de manière de plus en plus évidente, ils traitèrent les délégués byzantins comme de véritables prisonniers, les empêchant de sortir de la ville et retardant de manière excessive la distribution des subventions promises pour leur entretien, si bien que certains Evêques furent réduits à vendre leurs effets personnels pour se nourrir.

Les sujets mis à l'ordre du jour étaient les suivants:

a) le dogme de la procession du Saint-Esprit et la question de l'addition de la formule «qui procède du Père et du Fils (Filioque) » au symbole de Foi1;
b) l'existence du Purgatoire;
c) l'usage du pain non fermenté (azyme) pour la Liturgie chez les Latins, et la question de la Consécration des Saints Dons par les seules paroles de l'Institution (Latins) ou par l'invocation du Saint-Esprit (épiclèse);
d) la primauté du pape. Comme les Latins se trouvaient en majorité écrasante, et que tout vote sur les questions dogmatiques aurait vu leur opinion adoptée d'avance, l'Empereur et le Patriarche retardèrent l'ouverture des débats sur les questions fondamentales, jusqu'à ce qu'on s'entende sur un autre mode de scrutin.


 En attendant, on décida de discuter de la question secondaire du Purgatoire. En réponse aux arguments des théologiens latins Saint Marc prit la parole au nom de l'Eglise Orthodoxe: «Certes les âmes des défunts peuvent bénéficier d'un certain "progrès", et même les damnés d'un relatif "soulagement" de leur sort, grâce aux prières de l'Eglise et par la miséricorde infinie de Dieu; mais l'idée d'un châtiment avant le Jugement Dernier et d'une purification par un feu matériel est tout à fait étrangère à la tradition de l'Eglise». Les plus avertis constatèrent bien vite que deux mondes s'affrontaient et que toute discussion doctrinale aboutirait nécessairement à une impasse. Les semaines passaient sans aucun progrès. La peste ayant interrompu la discussion sur le Purgatoire, on passa à la question brûlante de l'addition arbitraire du Filioque dans le symbole latin. Le Métropolite d'Ephèse éleva à nouveau fermement la voix de la conscience de l'Eglise: «Le Symbole de la Foi doit être conservé intact, comme à son origine. Tous les Saints Docteurs de l'Eglise, comme tous les Conciles et toutes les Ecritures nous mettent en garde contre les hétérodoxes, dois-je malgré ces autorités, suivre ceux qui nous incitent à nous unir derrière une façade de fausse union, eux qui ont adultéré le Saint et Divin Symbole et introduit le Fils comme cause seconde du Saint-Esprit?».

Au bout de sept mois d'attente stérile et de vains palabres, le pape Eugène IV fit transférer le concile à Florence. Une fois installé, on décida d'aborder enfin la question dogmatique. L'esprit constamment fixé en Dieu et purifié par la prière, Saint Marc put exposer, avec une claire sobriété, la Doctrine de l'Ecriture et des Saints Pères sur la procession du Saint-Esprit. Quand les théologiens latins prirent la parole, ils accablèrent l'auditoire, au cours de séances interminables, par des arguments subtils, soutenus par tout un appareillage rationnel et par quantité de citations des Pères tirées hors de leur contexte ou faussement interprétées. Le combat ressemblait à celui de David contre Goliath (I Sam. 17:32 sv). Pendant ce temps, les Métropolites de Nicée, Bessarion, et de Kiev, Isidore, devenus partisans acharnés de l'union -soit par ambition personnelle (ils devaient en effet devenir par la suite tous deux cardinaux du pape), soit par la vieille hostilité du courant humaniste contre l'Hésychasme et le Monachisme, représentés par Marc-, s'ingéniaient dans les coulisses à convaincre les autres prélats que les Latins ne se sont pas séparés de la vérité et que leur doctrine du Saint-Esprit n'est pas hérétique, mais qu'ils ont seulement développé l'enseignement traditionnel dans leur propre langage. Accablés par un long désœuvrement, par le manque de subsides et par la morgue des Latins, inquiets du sort de la capitale menacée et se sentant pris au piège, les Evêques se laissèrent peu à peu gagner à la cause d'une union de compromis, pour laquelle l'Empereur et le Patriarche ne cessaient de faire pression. Le débat dogmatique aboutissant, comme toutes les autres discussions, à une impasse, on voulait en finir, quitte à se rétracter une fois rentré en terre byzantine. Malgré les pressions et les injures de ses adversaires, Saint Marc restait inflexible: «Il n'est pas permis de faire des accommodements en matière de Foi» déclarait-il. Il avait réalisé qu'il était inutile de vouloir s'opposer par la parole aux sophismes des Latins, et comme la dissension allait croissant parmi les Byzantins, il décida de se retirer de la lutte et de montrer sa réprobation en souffrant en silence. Les Latins prirent alors de l'assurance, ils refusaient eux aussi le compromis et exigeaient désormais la reconnaissance par les Grecs du Filioque et l'adoption de certains de leurs usages liturgiques. Les dernières résistances de la conscience des Grecs ayant été vaincues sur l'ordre de l'Empereur, tous signèrent finalement le décret de la fausse Union. D'Union, on ne pouvait en effet pas parler en vérité, puisque lors de la Liturgie solennelle, célébrée devant le pape et tout le concile, le 6 juillet 1439, on lut certes le décret dans les deux langues, mais aucun Grec ne communia et les deux délégations, situées de part et d'autre de l'Autel, n'échangèrent même pas le baiser de paix.

Saint Marc avait été le seul à refuser de signer. Lorsque le pape Eugène l'apprit, il s'exclama: «L'Evêque d'Ephèse n'a pas signé, alors nous n'avons rien fait! » Il convoqua le Saint et voulut le faire condamner comme hérétique; mais, grâce à la protection de l'Empereur, celui-ci put rentrer à Byzance avec le reste de la délégation.

En arrivant à-Constantinople, après dix-sept mois d'absence, les artisans de la fausse Union furent reçus par le mépris et la réprobation générale du Clergé et de la population. L'assemblée des Croyants, le Peuple Saint, le Sacerdoce Royal (I Pierre 2:9), qui est porteur de la plénitude de la vérité et reste le critère ultime de la validité des Conciles, le peuple rejetait unanimement le pseudo-concile de Florence et désertait les églises de quiconque était en communion avec les unionistes, alors qu'il saluait Saint Marc comme un nouveau Moïse, comme un Confesseur de la Foi et comme la colonne de l'Eglise. Sortant de son silence, le Saint partit alors en campagne contre l'Union, ou plutôt pour rétablir l'unité de l'Eglise Orthodoxe, par sa prédication et ses écrits, et aussi par ses larmes et ses prières. Il disait: «Je suis convaincu qu'autant je m'éloigne d'eux (les unionistes), autant je m'approche de Dieu et de tous les Saints, et autant je me sépare d'eux d'autant plus je m'unis à la Vérité». Quand on procéda à l'élection du nouveau Patriarche, Métrophane, il dut s'enfuir de Constantinople pour échapper à la Concélébration forcée avec lui, et se rendit dans son diocèse, Ephèse. Mais il se heurta là aux unionistes et repartit, espérant trouver refuge au Mont Athos. Il fut arrêté en route et placé, par ordre de l'empereur, en résidence forcée dans l'île de Lemnos. Libéré en 1442, il retourna dans son monastère, d'où il continua la lutte jusqu'à son dernier souffle (23 juin 1444). Sur son lit de mort, le Confesseur confia le flambeau de l'Orthodoxie à son ancien élève, Georges Scholarios, qui s'était laissé gagner un moment à la cause de l'Union mais se repentit. Celui-ci devint un ardent défenseur de la Foi et fut le premier Patriarche de Constantinople après la prise de la ville, sous le nom de Gennade (voir sa mémoire le 31 août).

La croisade des puissances européennes, levée par le Pape, ayant lamentablement échouée lors de la défaite de Varna (10 nov. 1444), rien ne pouvait plus faire obstacle à l'offensive turque. En désespoir de cause, on réussit à faire proclamer officiellement l'Union à Constantinople, en décembre 1452, mais sans obtenir l'aide espérée de l'Occident. Finalement lors de la prise de Constantinople, le 29 mai 1453, la fausse union des Eglises se consuma sous les cendres et les décombres de la cité terrestre laissant la Foi Orthodoxe vivante et inaltérée pour le salut du Peuple Chrétien.


LA CONFESSION DE FOI

 de saint Marc d’Ephèse

Nourri, par la grâce de Dieu, dans les dogmes de la piété, et suivant en tout et par tout l’Eglise sainte et catholique, je crois et je confesse Dieu le Père, seul sans origine ni cause, mais source et cause du Fils et du Saint Esprit : car de Lui naît le Fils, et lui procède l’Esprit, sans que le Fils contribue en rien à la procession, parce que l’Esprit non plus ne contribue nullement à la Génération, ou parce que leurs Provenances sont simultanées et conjointes l’une à l’autre, comme l’enseignent les Pères théologiens (saint Jean Damascène, De Fide 1, 8). Car c’est aussi pour cela que l’Esprit Saint est dit procéder par le Fils, c’est-à-dire avec le Fils, et comme le Fils, quoique non par engendrement comme ce dernier. Mais le Fils n’est pas dit engendré par l’Esprit, de peur que, le nom du Fils étant un terme relatif, on n’aille croire qu’il est le Fils de l’Esprit.

Il s’ensuit également que l’Esprit est dit Esprit du Fils à cause de leur identité de nature et du fait que c’est par le Fils que l’Esprit est apparu et qu’il est donné aux hommes ; mais le Fils n’est pas et pas dit Fils de l’Esprit, selon Grégoire de Nysse.
Que si l’expression "procéder par le Fils" indiquait, comme le prétendent les néo-théologiens, la cause de l’Esprit, et non le fait qu’il resplendit par le Fils, qu’il est apparu par lui, et, absolument parlant, le faite qu’ils sortent tous deux conjointement et s’entr’accompagnent selon les mots de Damascène (De Fide 1,7), le héraut de Dieu, jamais les théologiens que voici ne refuseraient à l’unanimité, et en termes exprès, le rôle de cause au Fils.

L’un de déclarer en effet : "Le Père est seule source", c'est-à-dire seule cause "de la Divinité suressentielle" et c’est en quoi il se distingue du Fils et de l’Esprit (Denys l'Aréopagite. Des noms divins; 2,5).

Un autre : "Seul inengendré et seule source de la divinité : le Père" c'est-à-dire que seul il est cause aussi bien que seul non-causé (Athanase d'Alexandrie. Contre les Sabelliens; 2).

Un troisième : "Le tout du Père est au Fils sauf d’être cause" (Grégoire le Théologien. Discours 34;10.)
Un autre affirme que : "les gens de Rome non plus ne font pas du Fils la cause de l’Esprit"
(Maxime le Confesseur. Lettre à Marin; PG 91,136 ).

Tel autre que : "Le Père est le seul causateur" ; le même, ailleurs : " Pour le Fils, nous le disons point cause ni Père" ; ailleurs, encore : "Tout ce qu’implique la notion de source, de cause, de géniteur, ne doit s’appliquer qu’au Père seul" (Jean Damascène. De Fide; 1,12 ).

Non, jamais Damascène, qui est extrêmement précis dans sa théologie, attribuant le "par" au Fils, ne bannirait le "de, issu de" comme il le fait dans son traité théologique au chapitre huit, en ces termes : "Nous ne disons pas Esprit issu du Fils mais nous le nommons Esprit du Fils et confessons que c’est par le Fils qu’il est manifesté et nous est transmis" (PG 94, col.849) ; puis de nouveau, au chapitre treize du même ouvrage : "Esprit du Fils, non comme issu de lui, mais comme procédant par lui du Père ; car le Père est seul causateur" (Idem. Col.849). Ensuite, dans l’Epître à Jordan, vers la fin : "Esprit enhypostatique, fruit de la procession, fruit de la projection ; venant par le Fils, et non du Fils, comme le Souffle de la Bouche de Dieu, héraut annonciateur de Verbe" (PG 95, 60). Enfin, dans l’homélie sur l’ensevelissement du corps théandrique du Seigneur où il s’exprime ainsi : "Esprit Saint de Dieu le Père, parce qu’il procède de lui, il est également appelé Esprit du Fils, non qu’il tire de celui-ci son existence, mais parce qu’il est manifesté par le Fils et par lui transmis à la création" (PG 96, 605).
Car il est bien clair que partout où la préposition "par" indique un moyen terme causant et une cause prochaine, comme les latins veulent que ce soit le cas ici, elle équivaut absolument à la préposition "de" et les deux tours s’emploient indifféremment ; ainsi "j’ai acquis un homme par Dieu" (Gen. 4.1) revient au même que "de Dieu" ; et "l’homme vient par la femme" (Cor. 11, 12) veut dire "de la femme".

Il en résulte que dans les cas où la préposition "de" est proscrite, l’idée de cause se trouve évidemment proscrite avec elle.

Reste donc que les mots "procéder du Père par le Fils" signifient dans le style de la théologie succincte, que l’Esprit qui procède du Père, est rendu manifeste, se fait connaître, resplendit ou apparaît par le Fils.

"Tel est en effet, dit Basile le Grand, le signe lui appartenant, auquel se reconnaît sa propriété hypostatique : c'est d'être connu avec le Fils et conjointement à lui, et de tirer du père son existence hypostatique" (Lettre 38,4). Voilà donc ce que l'expression "par le Fils" veut encore dire: le fait d'être connu avec lui. En effet, on n'attribue ici à l'Esprit nulle autre propriété singulière par rapport au Fils, que le fait d'être connu avec Lui ; et nulle autre, par rapport au Père, que le fait de tirer de Lui son existence hypostatique. Si donc le propre, à strictement parler, n'a pour corrélatif que cela précisément dont il est le propre, l'Esprit Saint n'a pas d'autre relation au Fils que le fait "d'être connu avec lui"; de même qu'il n'a pas d'autre relation au Père, que le fait de tirer de lui son existence hypostatique.

Ce n'est donc pas du Fils que l'Esprit Saint tire son existence hypostatique ou qu'il tient l'être. S'il en allait autrement, en effet, qu’est ce qui empêcherait de dire "par le Fils procède l'Esprit Saint", exactement comme on dit: "par le Fils tout est venu à l'être"? Or, tandis que cette dernière formule se dit effectivement, la préposition "par" étant mise pour "de", la première, en revanche ne se dit pas, et on ne saurait nulle part la trouver telle quelle, sans mention du Père ; car on dit toujours "du ère par le Fils". Et ces mots ne confèrent pas nécessairement le rôle de cause au Fils; c'est aussi pourquoi l'expression "du Fils" au sens de "issu du Fils" est absolument introuvable et explicitement proscrite.

II) Les voix des Pères et des Docteurs occidentaux qui attribuent au Fils la cause de l'Esprit, je ne les reconnais ni ne les accepte - car elles n'ont jamais été seulement traduites en notre langue ni examinées par les conciles œcuméniques et je présume qu'elles ont été falsifiées et altérées; témoin, entre mille, ce texte* du septième concile œcuménique présenté par eux tout récemment, dont le credo comporte l'addition faite au Symbole; lu en séance, ce document les a inondés de honte, et de quelle honte, les personnes alors présentes le savent. Par le fait, jamais ces Pères n'ont pu dire dans leurs écrits le contraire des conciles œcuméniques et de leurs dogmes communs, ni s'y opposer aux docteurs d'Orient, ni même simplement diverger d'avec eux, comme tant d'autres passages de ces mêmes Pères en font foi.
C'est pourquoi je condamne comme inauthentiques ce genre de témoignages périlleux sur la procession du Saint Esprit, et, m'accordant à saint Jean Damascène, je ne dis pas l'Esprit issu du Fils, quand même un autre, quel qu'il soit, semblerait le dire; je ne dis pas non plus le Fils cause ni projeteur de l'Esprit, crainte de reconnaitre dans la Trinité un second causateur et par là deux causateurs et deux principes.
Alors, en effet, la cause n'est pas même un attribut de l'essence - auquel cas elle serait une et commune aux trois Personnes - et c'est pourquoi, par aucun biais ni aucun moyen, les latins ne pourront échapper aux deux principes, tant qu’ils diront que le Fils est principe de l'Esprit. Or, être principe est un attribut personnel, et qui distingue les personnes entre elles.

* Les Latins présentèrent, en effet, un manuscrit, qu'ils disaient fort ancien, des Actes du VIe Concile, comportant le "filioque". Les orthodoxes n'eurent aucun mal à prouver qu'il s'agissait d'un faux.

III) Suivant donc en tout les sept conciles œcuméniques et les Pères qui y ont brillé de l'éclat de la sagesse divine :
Je crois en un seul Dieu, le Père tout -puissant, Créateur du ciel et de la terre et de toutes les choses visibles et invisibles.
- Et en un seul Seigneur Jésus-Christ, Fils unique de Dieu, né du Père avant tous les siècles, Lumière de Lumière, vrai Dieu de vrai Dieu, engendré, non créé, consubstantiel au Père, par qui tout a été fait.
-Qui, pour nous hommes, et pour notre salut, est descendu des cieux, s'est incarné du Saint Esprit et de Marie la Vierge et s'est fait homme.
-Il a été crucifié pour nous sous Ponce -Pilate, a souffert et a été enseveli et il est ressuscité le troisième jour selon les Ecritures.
-Et il est monté au ciel et siège à la droite du Père, d'où il reviendra en gloire juger les vivants et les morts et son règne n'aura point de fin.
-Et en l'Esprit Saint, Seigneur, qui donne la vie, qui procède du Père, qui est adoré et glorifié avec le Père et le Fils, qui a parlé par les prophètes.
-En l'Eglise, Une, Sainte, Catholique et Apostolique. Je confesse un seul baptême en rémission des péchés. J'attends la résurrection des morts et la vie du siècle à venir. Amen.

IV) Cette doctrine et ce Symbole sacré de la Foi exposés par les premier et second conciles, ratifiés et confirmés par tous les autres, je les accepte et je les garde de toute mon âme; je reconnais et j'embrasse également, outre les sept conciles susdits, le concile qui s’est réuni ensuite, sous le règne du pieux empereur de Rome Basile et le patriarcat du très saint Photios et qu'on appelle même huitième œcuménique*; avec la participation des représentants de Jean, le bienheureux pape de l'ancienne Rome, -j'ai nommé les évêques Paul et Eugène et le prêtre et cardinal Pierre-, ce concile tout d'abord a ratifié et proclamé le septième concile œcuménique et décrété de le mettre au rang des précédents; en second lieu il a rétabli sur son trône le très saint Photios. Enfin il a condamné et anathématisé, exactement comme les conciles antérieurs, ceux qui osent innover en ajoutant, ôtant ou modifiant quoi que ce soit du Symbole énoncé ci-dessus: "Celui qui osera déclare-t-il en effet, composer un autre symbole que celui-là, ou faire à ce Symbole sacré une addition ou une soustraction, et aura l'audace de l'appeler règle de foi, qu'il soit condamné et rejeté de toute communion chrétienne" (Mansi. Tome 17 ; col. 520 E).

Le pape Jean, écrivant au très saint Photios, dit la même chose, de façon plus développée et plus claire encore, au sujet de l'addition faite au Symbole. Ajoutons que ce concile a édicté des canons qui se trouvent dans tous les recueils canoniques.
* Concile de 879 à Constantinople. Le témoignage de Marc d'Ephèse est ici important. Il montre que ce Concile, qui a condamné le "filioque" et le papisme, est considéré par l'Eglise Orthodoxe comme le vrai huitième Concile Œcuménique.

V) Conformément donc aux décrets de ce concile et des précédents, je juge qu'il faut garder immuable le Symbole sacré de la Foi, tel qu'il a été exposé; et recevant ceux que les conciles ont reçus, rejetant ceux qu’ils ont rejetés, je n'entrerai jamais en communion avec ceux qui ont osé ajouter dans le Symbole l'innovation relative à la procession du Saint Esprit, tant qu'ils persisteront dans ce genre d'innovations. Il est dit en effet: "Que celui qui communique avec un excommunié soit lui-même excommunié".

Et le divin Chrysostome, expliquant les paroles de l'Apôtre: " Si quelqu'un vous annonce un évangile qui diffère de celui que vous avez reçu, qu’il soit anathème!" déclare ceci: "L'Apôtre n'a pas dit: "s’ils vous annoncent le contraire" ni "s'ils mettent tout sens dessus-dessous", non; mais bien "Quand même leur évangile ne diffèrerait que pour un détail, de celui que vous avez reçu; quand même ils ne dérangeraient que l'accessoire, qu'ils soient anathème!". Le même dit encore: «Il faut tempérer, non transgresser la loi" (Commentaire Ep. aux Gal. 1,7.).

Et Basile le Grand, dans ses "Ascétiques": "C'est manifestement déchoir de la foi et faire preuve d'orgueil, que de condamner une des choses écrites ou d'en introduire de non écrites, alors que Notre Seigneur Jésus Christ a dit:"Mes brebis entendent ma voix", et un peu auparavant: "Elles ne suivront pas un étranger, mais fuiront de devant lui, car elles ne connaissent pas la voix des étrangers". Et il écrit aux moines: "Ceux qui font semblant de confesser la Vraie Foi et communient avec les hétérodoxes, si après avoir été avertis, ils ne rompent pas cette communion, non seulement il ne faut pas avoir de relation avec eux, mais même ne plus les nommer frères" (PG 31, 680).
Et avant ces Pères, Ignace le théophore écrivait au divin Polycarpe de Smyrne: "Quiconque parle contre les ordonnances, quand même il serait de bonne foi pratiquerait le jeûne, garderait la virginité, opérerait des miracles ou ferait des prophéties, considère-le comme un loup, travaillant sous une peau de brebis, à la mort des brebis".

Et que servirait de parler davantage?
Tous les docteurs de l'Eglise sans exception, tous les conciles et toutes les divines Écritures exhortent à fuir les hétérodoxes et à se départir de leur communion.
Et je les mépriserai tous et toutes pour m'en aller suivre ceux qui appellent à l'union sous le prétexte d'une paix factice? Ceux qui ont falsifié le Symbole divin et sacré et admettent le Fils comme second causateur du Saint Esprit?
Car je laisse de côté pour le moment les autres absurdités dont une seule eût suffit pour nous faire rompre avec eux.


Puissé-je, Consolateur, Toi qui es bonté, ne jamais connaître ce sort, ni devenir à ce point étranger à moi-même et aux raisonnements convenables!
Puissé-je, attaché à Ton enseignement et à celui des hommes bienheureux que tu inspiras, faire à mes Pères une seule addition - la seule chose que je remporterai d'ici - la piété !