mercredi 12 décembre 2018


mardi 11 décembre 2018

lundi 10 décembre 2018


Nouvelle parution





vendredi 7 décembre 2018


Dieu permet ce qui ce passe, car notre société a apostasié
aussi commençons à nous repentir !

Repentance.


Saint Nicolas (Vélimirovitch):



Pour tous les péchés des hommes, je me repens devant Toi, Seigneur miséricordieux. En effet, la semence de tous les péchés coule dans mon sang! Avec Ta miséricorde et mon effort, j'empêche de pousser cette moisson de mauvaises herbes jour et nuit, de sorte qu'aucune ivraie ne puisse pousser dans le champ du Seigneur, mais seulement du blé pur.

Je me repens pour tous ceux qui sont inquiets, qui chancellent sous le poids des soucis et ne savent pas qu'ils doivent mettre tous leurs soucis sur Toi. Pour l'homme faible, même l'inquiétude la plus mineure est insupportable, mais pour Toi une montagne de soucis, c'est comme une boule de neige jetée dans une fournaise ardente.

Je me repens pour tous les malades, car la maladie est le fruit du péché. Quand l'âme est purifiée par le repentir, la maladie disparaît avec le péché, et Toi, mon Eternelle Santé, tu fais Ta demeure dans l'âme.

Je me repens pour les incrédules, qui, par leur incrédulité amassent des tracas et des maladies à la fois sur eux-mêmes et sur leurs amis.
Je me repens pour tous ceux qui blasphèment Dieu, qui blasphèment contre Toi sans savoir qu'ils blasphèment contre le Maître, Qui les vêt et les nourrit.

Je me repens pour tous les tueurs d'hommes, qui prennent la vie d'un autre pour préserver leur propre vie. Pardonne-leur, Seigneur, Très Miséricordieux, car ils ne savent pas ce qu'ils font. Car ils ne savent pas qu'il n'y a pas deux vies dans l'univers, mais une seule, et qu'il n'y a pas deux hommes dans l'univers, mais un seul. Ah, comme ils sont morts ceux qui déchirent le cœur en deux!

Je me repens pour tous ceux qui portent de faux témoignage, car en réalité ils sont homicides et se suicident.

Pour tous mes frères qui sont des voleurs et qui accumulent des richesses inutiles, je pleure et je soupire, car ils ont enterré leur âme, et n'auront rien pour aller devant Toi.

Pour tous les arrogants et les vantards je pleure et je soupire, car devant Toi, ils sont comme des mendiants aux poches vides.

Pour tous les ivrognes et les gloutons, je pleure et je soupire, car ils sont devenus serviteurs de leurs serviteurs.

Pour tous les adultères je me repens, car ils ont trahi la confiance de l'Esprit Saint, Qui les a choisis pour former une nouvelle vie à travers eux. Au lieu de cela, ils se sont détournés du service de la vie pour détruire la vie.

Pour toutes les mauvaises langues, je me repens, car ils ont détourné le don le plus précieux, le don de la parole, en sable de pacotille.

Pour tous ceux qui détruisent le foyer et la maison de leur prochain et la paix de leur prochain, je me repens et je soupire, car ils appellent une malédiction sur eux-mêmes et sur les leurs.

Pour toutes les langues mensongères, pour tous les yeux méfiants, pour tous les cœurs enragés, pour tous les estomacs insatiables, pour tous les esprits enténébrés, pour toutes les mauvaises volontés, pour toutes les pensées inconvenantes, par toutes les émotions meurtrières... Je me repens, je pleure et je soupire.

Pour toute l'histoire de l'humanité depuis Adam jusques à moi pécheur, je me repens car toute l'histoire est dans mon sang. Car je suis en Adam et Adam est en moi.

Pour tous les mondes, grands et petits, qui ne tremblent pas devant Ta présence ineffable, je pleure et je clame:

Ô Maître Miséricordieux, aie pitié de moi et sauve-moi! "


PRIÈRE POUR LA FRANCE

Seigneur Jésus Christ notre Dieu, Toi qui es venu, non pour juger le  monde, mais pour le sauver; Toi qui es monté librement sur la Croix pour tous les humains; Toi qui, dans ton amour ineffable et ton indicible compassion, veilles au bien et au libre salut de chacun; Toi qui es invisiblement présent dans ton monde et dans notre pays par le Corps de ta sainte Eglise, accepte les prières de supplication et de louange que nous t’adressons pour notre patrie la France, justement mais cruellement éprouvée. Seigneur Jésus Christ notre Dieu, par les prières et la protection de ta Mère très pure et immaculée, du saint archange Michel, Protecteur de la France, des saints de notre pays, en particulier de notre mère parmi les saints Marie Madeleine Egale-aux-apôtres dont les reliques sanctifient notre sol, de son disciple saint Maximin, de saint Lazare ton ami, des saints Jean Cassien et Victor de Marseille, Martin de Tours, Irénée de Lyon, Hilaire de Poitiers, Germain d’Auxerre, Germain de Paris; de saint Cloud, sainte Geneviève et sainte Radegonde et de tous les saints moines et moniales de notre pays; des saints et victorieux martyrs Pothin et Blandine de Lyon et de tous les saints martyrs de France : éclaire, inspire, convertis et sauve notre patrie la France, ceux qui la gouvernent et tout son peuple. A nous qui te supplions dans la vraie Foi, accorde la grâce du non jugement, la conscience libre, la force du saint Esprit pour témoigner de ta vérité dans la paix qui vient de toi. Accorde-nous la grâce de voir nos propres fautes et d’accueillir ton pardon. Donne-nous de te glorifier et de te célébrer pour la bienveillance que Tu manifestes à notre pays, à ceux qui le gouvernent et à tout son peuple. Inspire-nous de te célébrer en premier lieu pour la révélation que Tu as donnée de toi-même à nos Pères et à ceux qui, en ce jour, sur cette même terre bénie de France, te confessent avec ton Père coéternel et ton très saint, bon et vivifiant Esprit, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles : Amen!
Ou bien : « … ceux qui, en ce jour, sur cette même terre bénie de France, te confessent avec foi, nous t’en prions, écoute-nous et fais-nous miséricorde! »

– Kyrie eleison (3 fois) et la doxologie :

« Car Tu es le Dieu de miséricorde, plein d’amour pour les hommes et nous te rendons gloire, ô Christ notre Dieu, avec ton Père coéternel et ton saint Esprit, maintenant… »


jeudi 6 décembre 2018


Calendrier Liturgique du mois de Décembre 2018.
Chapelle St Jean de Grasse,
 2 ch.de St jean. 06130 Grasse
Tel : 06 47 36 09 34
site: eglise-orthodoxe-grasse.blogspot.com

Samedi 22 Décembre: Samedi avant la Nativité; avant-fête de la Nativité. Grandes vêpres à 18h, chapelle St Jean.

Dimanche 23 Décembre : Dimanche avant la Nativité. ( De la Généalogie). Matines et Divine  Liturgie à partir de 9h15, puis agapes.

Lundi 24 Décembre : 10h Heures Royales, et confessions. (Jeûne)( St Jean).

Vêpres à 16h (Spéracedes).

Paramonie de la Nativité à partir de 20h :

 Complies et Matines. Collation : (Chocolat chaud et brioche).

Mardi 25 Décembre: Nativité de Notre Seigneur, Dieu et Sauveur Jésus-Christ.  (Noël). Petites heures et Divine Liturgie de Saint Jean Chrysostome à partir de 10h, puis agapes festives.

Samedi 29 Décembre:  Clôture de la fête de la Nativité.

Dimanche 30 Décembre : Dimanche après la Nativité (La fuite en Egypte). Matines et Divine  Liturgie à partir de 9h15, puis agapes.

Lundi 31 Décembre - 18h, Vigiles, (Vêpres et Matines). De la circoncision selon la  de Notre Seigneur Jésus. (Chapelle St Jean).

Mardi 1 janvier 2019 : Petites Heures et Divine liturgie de Saint Basile à 10h. Agapes.

mercredi 28 novembre 2018


Constantinople bouleverse la carte de l’orthodoxie européenne

Pierre Sautreuil , le 28/11/2018 à 17h29 La Croix.

Le Saint Synode a décidé l’intégration et le rattachement des paroisses de l’archevêché des églises orthodoxes russes en Europe occidentale aux différentes métropoles du Patriarcat de Constantinople dans les pays où elles se trouvent.

Par un communiqué publié le 28 novembre, le Patriarcat de Constantinople a annoncé avoir décidé dans sa session du 27 novembre de « révoquer le tomos patriarcal de 1999 » par lequel il octroyait « le soin pastoral et l’administration des paroisses orthodoxes de tradition russe en Europe occidentale à son archevêque-exarque ». Dans les faits, cette révocation signe la disparition de cet archevêché, et le rattachement de ces paroisses aux métropoles du Patriarcat de Constantinople dans les pays où elles se trouvent.

Issue de l’émigration russe blanche en Europe occidentale à l’époque de la révolution bolchevique de 1917, l’archevêché des églises orthodoxes russes en Europe occidentale est rattaché au Patriarcat œcuménique de Constantinople depuis 1931. Clercs et fidèles émigrés avaient à l’époque refusé de demeurer sous l’autorité d’un Patriarcat de Moscou perçu comme soumis au pouvoir soviétique. Marquées par l’exil, ces paroisses avaient conservé une tradition spirituelle russe, et célèbrent tout ou partie de la liturgie en slavon.

Renforcer le lien avec Constantinople

Reconnu comme exarchat temporaire par Constantinople en 1931, l’archevêché des églises russes en Europe occidentale avait été élevé en 1999 au statut d’exarchat permanent par un tomos (décret) de l’actuel patriarche Bartholomeos. C’est cet acte qui a été révoqué par le Saint Synode du Patriarcat œcuménique réuni à Istanbul du 27 au 29 novembre.
« Les circonstances historiques ayant conduit à la création d’une telle structure au lendemain de la Révolution russe d’octobre 1917 (…) ont profondément évolué », affirme le communiqué du Synode. « La décision d’aujourd’hui a pour but de renforcer encore plus le lien des paroisses de tradition russe avec l’Église mère du Patriarcat de Constantinople. »

Le Saint Synode a déclaré vouloir « rassurer » les fidèles de ces paroisses en précisant avoir décidé leur intégration et leur rattachement « aux différentes saintes métropoles du Patriarcat œcuménique dans les pays où elles se trouvent », tout en continuant à « assurer et garantir la préservation de leur tradition liturgique et spirituelle ». Les paroisses françaises se trouveront ainsi intégrées aux paroisses de la métropole orthodoxe grecque de France, dirigée par Mgr Emmanuel Adamakis. Le communiqué ne précise pas dans quel cadre et selon quelles modalités sera assurée cette préservation.

Trouble dans l’archevêché

L’annonce inattendue a pourtant jeté un trouble profond dans l’archevêché, qui a précisé dans un communiqué qu’une telle décision « n’a aucunement été demandée », et que l’archevêque Jean, qui a appris cette décision lors d’un entretien privé avec le Patriarche à Istanbul, « n’a pas été consulté préalablement ». L’archevêché a annoncé une réunion de son conseil « dans les jours qui viennent » afin de débattre de la question, et appelle d’ici là ses clercs et ses fidèles à « garder leur calme » et à « se recueillir dans la prière ».
Au trouble se mêle la perplexité des observateurs, qui peinent à discerner les motifs derrière la décision du Patriarcat de Constantinople. « Je suis très étonné par cette décision », avoue Yves Hamant, professeur émérite des universités, « cela va être difficile à avaler pour les paroissiens de l’archevêché, qui célèbrent la liturgie en slavon, accordent une grande place aux laïcs, et sont très attachés à leur autonomie ». Une autonomie qui s’était ouvertement manifestée par un désaccord entre le conseil de l’archevêché et le Patriarcat au moment de l’élection d’un nouvel archevêque en 2013, et qui « ne reçoit pas l’approbation unanime du Patriarcat de Constantinople », note Jivko Panev, maître de conférences à l’Institut de théologie orthodoxe Saint Serge à Paris. « Difficile de déterminer dans quelle mesure cette autonomie a motivé la décision du Patriarcat de Constantinople », nuance-t-il cependant.

Primauté et fidélité, Soumission et Dhimminitude!(p.g)

Car outre la volonté de réduire l’autonomie de l’archevêché, aurait également pesé dans cette décision l’ambition pour le Patriarcat de Constantinople d’affirmer plus encore sa primauté honorifique et pratique dans le monde orthodoxe, actuellement mise à mal du fait de graves tensions avec le Patriarcat de Moscou depuis la reconnaissance en octobre par Constantinople de l’autocéphalie du Patriarcat de Kiev.
Cette assertion de la primauté de Constantinople pourrait toutefois avoir un prix. « C’est une manœuvre extrêmement périlleuse, il n’est pas garanti que tous les paroissiens de l’archevêché rejoignent la métropole grecque de France » tranche Antoine Nivière, professeur de civilisation russe à l’Université de Lorraine, rejoint sur ce point par Yves Hamant. Avec en tête l’exemple de la paroisse de Florence, qui a voté le 28 octobre son départ de l’archevêché pour rejoindre l’Église orthodoxe russe hors-frontières (EORHF) administrée par le métropolite Hilarion d’Amérique et de New York.

Pierre Sautreuil


mardi 27 novembre 2018

Au final, c'est la beauté qui sauvera le monde.
A voir de toute urgence. Pour le cœur et l’âme.


http://www.pravoslavie.ru/117471.html?fbclid=IwAR3z0Yn4YbXYLDe3kDkvwfZpw1zykgAFWWq4s4eVXbAApv3C9w9PEWFiCLg#image30672

samedi 24 novembre 2018



LES FEMMES ET LA LAINE :
UN EFFORT DE COLLABORATION AVEC UN MONASTÈRE DU KOSOVO
Moine Sophronije [Copan]

"Dans cette rue, toutes les maisons sont vides maintenant ", dit Biljana, du village serbe de Koretište au Kosovo. Depuis la fin de la guerre en 1999 et le retrait de l'armée yougoslave et les vagues de violence anti-chrétienne qui ont suivi, quelque 250 000 Serbes ont été contraints de fuir leur foyer, il a été difficile de tenir bon pour ceux qui ont réussi à rester. Ils vivent dans des villages isolés, souvent appelés "enclaves" - des enclaves du christianisme orthodoxe, du Christ, de l'Église, au milieu d'un monde chaotique qui les entoure de tous côtés, ce qui les pousse à partir pour toujours.


Pour les chrétiens orthodoxes qui restent au Kosovo, trouver un emploi stable est presque impossible. Une nouvelle société s'est installée au Kosovo, que l'on pourrait qualifier d'État d'apartheid, dans laquelle la majorité musulmane albanaise, bien que moins riche elle-même, est certainement dominante et a connu une croissance et un développement depuis la fin de la guerre, tandis que les derniers Serbes chrétiens orthodoxes ont été laissés en plan, relégués dans des villages isolés des zones montagneuses. Il n'y a pas une seule ville du Kosovo qui compte une population serbe importante, à l'exception de Mitrovica, dans l'extrême nord du pays, qui borde la Serbie centrale et qui est majoritairement serbe. Dans les villes qui comptaient jusqu'à 40 % d'orthodoxes serbes, le nombre de chrétiens orthodoxes restants, pour la plupart des personnes âgées, peut presque être compté sur les mains. Un peuple et une histoire sont ainsi en train d'être effacés, détruits, anéantis, comme s'ils ne l'avaient jamais été. Les chrétiens orthodoxes sont autorisés à exister, d'une manière ou d'une autre, dans des villages éloignés. Et même alors, les Albanais plus riches leur offrent souvent de grosses sommes d'argent pour vendre leurs maisons ancestrales et quitter le Kosovo pour toujours.


Suzana, 35 ans, est mère de quatre enfants et vit dans une telle enclave serbe. Son mari gagne environ 80 euros par mois en tant qu'ouvrier - environ 100 dollars - tandis que Suzana s'occupe des enfants et entretient un jardin pour la nourriture, ainsi qu'une vache, qui fournit du lait et du fromage à la famille. La vie est certainement difficile, mais ils parviennent à s'en sortir d'une manière ou d'une autre.   


"C'est comme si le monde nous avait oubliés ", dit-elle en parlant de ce que c'est que de vivre dans une enclave isolée, entourée d'une société à laquelle on ne lui permet pas de participer. Il faut préciser clairement que ce ne sont pas que les Serbes ne souhaitent pas participer à la société albanaise plus large qui les entoure, qu'ils ne veulent pas travailler dans des entreprises albanaises ou faire des achats dans leurs magasins, mais qu'ils n'y sont pas autorisés. Il s'agit en réalité d'un pays où la discrimination ethnique et religieuse est endémique, tolérée à un point tel qu'elle n'est presque même plus remarquée par les étrangers qui travaillent au Kosovo dans divers bureaux étrangers et ONG.


Et vraiment, c'est comme s'ils avaient été laissés dans la poussière, dans un passé qui n'existe plus, comme s'ils devaient s'accrocher à un monde qu'ils savent eux-mêmes ne plus exister. Ils vivent encore souvent dans des maisons qui ont été construites avant la Seconde Guerre mondiale et qui sont en très mauvais état, tandis que la majorité musulmane albanaise construit de belles maisons tout autour d'eux. Ils utilisent des tracteurs construits il y a plusieurs décennies dans l'ex-Yougoslavie pour labourer leurs champs, tandis que les musulmans albanais ont depuis longtemps abandonné l'agriculture au profit d'emplois plus rentables et "modernes". Les chrétiens orthodoxes du Kosovo souffrent à la fois d'une pauvreté matérielle et d'un isolement psychologique. Comme ils ne peuvent normalement pas quitter leurs villages, aujourd'hui remplis de vieilles maisons vides et délabrées, il semble souvent que le monde entier s'effondre sur lui-même autour d'eux. Être chrétien orthodoxe au Kosovo, c'est souvent se sentir le dernier à tenir bon, le dernier à témoigner encore de la résurrection du Christ, dans un monde qui s'écroule autour de soi.  
Bien qu'il soit bien sûr important de prier pour nos frères et sœurs du Kosovo, il reste encore beaucoup à faire pour les aider à simplement survivre. Les monastères du Kosovo et l'Église orthodoxe dans son ensemble ont été une énorme source de soutien pour les chrétiens orthodoxes qui sont restés depuis la fin de la guerre en 1999, étant une source d'emploi et d'aide. Récemment, les moines du monastère de Draganac, dans l'est du Kosovo, ont eu l'idée d'utiliser la laine du grand troupeau de moutons élevés pour la production de fromage et de lait par le monastère de Dečani de l'ouest du Kosovo (Métochie) pour donner un nouvel espoir aux familles de ces communautés chrétiennes isolées. Le monastère de Draganac paie pour que la laine brute du monastère soit transformée en fil, puis donne le beau fil du monastère local aux femmes des villages locaux pour en faire des pulls, des chaussettes, des chaussons et des sacs.


Les femmes peuvent utiliser leurs talents et leur créativité pour apporter à leurs familles le soutien économique dont elles ont tant besoin. Mais ce n'est pas seulement une question d'argent. Slađana, la matriarche d'une grande famille d'un village enclavé, travaillait dans une usine textile, jusqu'à sa fermeture après la guerre. Depuis lors, elle n'a pas eu d'emploi formel, mais a dû se contenter d'une agriculture de subsistance et de petits boulots. Mais, lorsqu'elle a été approchée par le monastère de Draganac pour faire partie du nouveau collectif Women's Wool Collective, comme le projet a été baptisé, elle a l'impression qu'une nouvelle vie lui a été donnée. "Je me sens de nouveau en vie", dit-elle. Elle et certains de ses amis restent jusqu'à 2 heures du matin pour faire des sacs paysans de style traditionnel à vendre par l'intermédiaire du Collectif, non pas parce que n'importe qui les y oblige, mais parce que faire un travail utile et créatif de leurs propres mains, pour subvenir aux besoins de leur famille, leur donne un nouveau but et un sens.


Les articles en laine créés par les femmes sont vendus via la boutique en ligne du monastère de Draganac, les bénéfices allant entièrement aux femmes elles-mêmes. Les femmes savent que leurs produits sont vendus en Amérique, en France, en Australie, aux Pays-Bas, dans le monde entier, et c'est justement ce fait qui leur donne le sentiment que non, le monde ne les a pas oubliées. De partout dans le monde, les chrétiens orthodoxes (et bien d'autres) montrent qu'ils sont au courant de leurs luttes, et qu'ils veulent aider, offrir leur main dans l'amour. Pour Slađana, savoir qu'un sac qu'elle a fabriqué est maintenant porté par une femme à Los Angeles, ou pour Radica, une autre femme du Collectif qui fabrique des pulls à capuche, savoir qu'un homme à New York porte son pull, les aide à se sentir connectés. Elles sont, ne serait-ce qu'un peu, sortis de l'isolement psychologique de la vie d'enclave, dans un domaine où leurs compétences et leurs connaissances sont valorisées, où elles sont connectés au monde, où elles sont utiles et où elles peuvent subvenir aux besoins de leurs familles.
Le Collectif donne de l'espoir aux familles locales. Si une femme vend un chandail ou deux sacs, elle a déjà doublé le revenu mensuel de sa famille. Et à leur tour, les gens de l'Ouest peuvent recevoir des produits traditionnels entièrement uniques, faits à la main, qu'ils ne pourront trouver nulle part ailleurs. Tout est fait par les femmes elles-mêmes, en utilisant leurs propres connaissances, en utilisant des motifs et des dessins traditionnels. Un chandail prend de 40 à 50 heures de travail, tandis que les sacs paysans traditionnels à vendre peuvent prendre jusqu'à deux semaines, selon la complexité du motif. Certains de ces sacs sont eux-mêmes des pièces d'histoire, car les femmes utilisent parfois des tissus anciens qu'elles estiment vieux d'environ 100 ans, transmis par leurs familles et conservés en excellent état. Chacun est unique.
Aidez une sœur. Aidez-la à subvenir aux besoins de sa famille. Nous avons tous le choix d'acheter ce dont nous avons besoin, ce que nous voulons. Nous pourrions acheter auprès d'une grande entreprise bien connue, ou nous pourrions acheter des produits complètement uniques qui aident concrètement les femmes démunies à atteindre l'indépendance financière. Aidez Slađana à payer les frais de scolarité de ses petits-enfants et à se chauffer pour l'hiver. Aidez Suzana à acheter de la nourriture et à payer pour les besoins de ses enfants. Montrez-leur que le monde ne les a pas oubliés, que l'Église est vraiment universelle et que nous sommes tous dans le même bateau. Apporter espoir et vie nouvelle aux communautés chrétiennes orthodoxes serbes assiégées du Kosovo.


Veuillez visiter la page du Collectif de la laine des femmes sur le site du monastère de Draganac, et passez le message : http://www.draganacmonastery.com/product-category/women-wool-collective/. [traduction ci-dessous. Les photos de ce lien montrent les différents produits et leur prix.]
[Le monastère de Draganac a lancé un projet pour aider les femmes des villages isolés à aider leurs familles, qui vivent souvent avec seulement 100 dollars par mois, à devenir plus indépendantes financièrement, en utilisant leur créativité et leurs compétences. Cela fait partie d'un projet plus vaste du diocèse de Raška-Prizren (l'Église orthodoxe serbe du Kosovo) visant à aider les familles locales, à les aider à rester dans leurs maisons ancestrales et à leur fournir du travail. Ce projet met particulièrement l'accent sur le fait que la femme est le cœur de la famille et que c'est en aidant les femmes à trouver du travail et à utiliser leurs compétences que nous pouvons avoir un impact important sur les familles du Kosovo. Les femmes serbes du Kosovo sont réputées pour leurs produits en laine et leurs travaux d'aiguille ; nous trouvons donc des femmes qui sont dans le besoin dans des villages isolés et leur offrons la possibilité d'améliorer la vie de leur famille.
Nous prenons la laine de Dečani moutons du monastère, notre monastère paie pour qu'elle soit transformée en fil, et ensuite nous donnons le fil gratuitement aux femmes pour faire leur travail créatif. Ici, vous pouvez acheter les fruits de leur travail. De nombreux produits sont uniques et uniques, et des commandes spéciales sont toujours possibles. Bien que le projet ait commencé et se concentre sur la laine produite au monastère, nous avons aussi d'autres produits de coton disponibles, mais tout est fait à la main avec amour par les femmes du Kosovo. Nos créations se veulent une combinaison de motifs traditionnels serbes avec una attention pour les goûts modernes. Nos produits en laine sont fabriqués exclusivement à partir des moutons du monastère de Dečani au Kosovo et sont soit de la couleur naturelle et blanche de la laine des moutons, soit teints avec des colorants traditionnels à base végétale comme le font les femmes serbes depuis des siècles. Tous les profits de la vente de ces articles vont directement aux femmes ; votre achat a un impact très réel sur la vie des familles en difficulté financière au Kosovo.]

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après



jeudi 22 novembre 2018



L’ECCLESIOLOGIE ORTHODOXE

INTRODUCTION


On ne saurait en aucun cas définir l’Eglise Orthodoxe en lui appliquant le qualificatif d’"orientale". Du seul point de vue historique, l’Eglise de Dieu a toujours été universelle, c’est-à-dire, susceptible de s’adapter à toutes les cultures. Comme la grande Ville du passé antique et médiéval, Constantinople, l’Orthodoxie a été et demeure la porte qui mène de l’Orient à l’Occident, de l’Occident à l’Orient, du Septentrion au Midi, et du Midi au Septentrion.

Elle a conservé toutes les valeurs culturelles qu’elle trouvait utiles, que ce fût dans le monde romain, l’hellénisme, le judaïsme, chez les Perses, les Slaves ou les Africains. L’Orthodoxie est la religion de saint Patrick et de saint Alban, de saint Anschaire et saint Wenceslas, de saint Hilaire de Poitiers et saint Paulin de Nôle, de saint Basile le Grand et saint Athanase d’Alexandrie, de saint Isaac et de saint Ephrem, de saint Cyprien et de saint Moïse l’Ethiopien, de saint Nil Sorsky et de saint Pierre l’Aleu.

L’Orthodoxie est la Foi universelle, la Foi du ciel et de la terre. Ceux qui lui sont étrangers ne peuvent pas la comprendre véritablement, quoi qu’ils puissent trouver d’attirant en elle. Car, comme le dit saint Hilaire de Poitiers, « la propriété caractéristique de l’Eglise est qu’elle ne devient compréhensible que lorsqu’on l’adopte » (Sur la Trinité, 8,4). On ne saurait l’étudier comme aucune autre institution historique, quelle qu’elle soit, ni comme aucune autre version du christianisme. Elle dépasse de beaucoup ce qui est observable du point de vue de la vie ou de la pensée, car, comme Son Seigneur, elle demeure dans deux royaumes –le céleste et le terrestre.

Il n’est donc pas vain de consacrer un volume entier de cet ouvrage à la doctrine de l’Eglise (l’ecclésiologie), surtout en cette ère d’œcuménisme, où la conception traditionnelle de l’Eglise perd du terrain au profit d’une idée "syncrétiste " ou relativiste du christianisme. Le commandement donné par le Christ en vue d’une Eglise universelle, se trouve subtilement subverti et remplacé par l’espoir d’une religion mondiale, incluant non seulement toutes les hérésies, mais encore toutes les perceptions du temps et de l’éternité que l’homme ait jamais connues. Cette nouvelle synthèse religieuse, ce processus d’assimilation et, donc, de nivellement, déploie ses efforts pour éliminer jusqu’à la plus petite notion de l’Orthodoxie comprise comme la religion voulue par Dieu pour le salut du genre humain. Du point de vue contemporain, toutes les religions humaines acquièrent une validité du moment qu’elles se trouvent incluses dans la nouvelle vision de Dieu et de l’Histoire. Cette crise ecclésiologique moderne nous incite à réaffirmer l’enseignement inaltérable que la Sainte Eglise Orthodoxe professe sur Elle-même. Certes, le mystère de l’Eglise échappe à toute conceptualisation systématique ; mais nous pouvons néanmoins offrir au lecteur l’enseignement des Ecritures et des Pères de l’Eglise sur ce sujet. De la sorte, le Peuple de Dieu sera à même de voir clairement la différence qui sépare l’Eglise révélée par le Sauveur de la "Tour de Babel" artificiellement édifiée par l’homme d’après la chute. Peut-être aussi ces chapitres aiderons-t-ils ceux qui se trouvent hors de l’enceinte divino-humaine de l’Eglise à découvrir la lumière salvatrice de l’Orthodoxie.

CHAPITRE 1

« Il y a un seul corps et un seul Esprit, comme aussi vous avez été appelés à une seule espérance par votre vocation : il y a un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême… » Ephésiens 7, 4.
L’Eglise Orthodoxe n’est pas une "branche", un "aspect", une "secte", une "dénomination", un "culte" ; elle n’est pas une "religion nationale", ni une "Eglise" parmi d’autres, ni même "l’Eglise la plus véritable ". Elle est l’Eglise du Dieu vivant, l’Eglise Une et unique établie par le Seigneur Jésus pour le salut du genre humain. Elle est le Peuple du Nouveau Testament (Nouvelle Alliance), le « nouvel Israël », « race élue, sacerdoce royal, nation sainte, peuple acquis par Dieu » (1 Pierre 2, 9). Elle est l’accomplissement de ce dont Noé et l’Arche étaient la figure, le « Fils » de Dieu, la Fiancée du Christ, l’Epouse de Yahvé, la « nouvelle Eve », « la Femme enveloppée du soleil, ayant la lune sous ses pieds, et sur sa tête une couronne de douze étoiles » (Ap. 12,1), selon les mots de saint André de Césarée [1]. Elle est la « cité céleste » (Phi. 3,20), « la nouvelle Jérusalem » (Heb. 12, 22-23 ; Gal. 4,26), « le Royaume de Dieu » (Ap. 1,6), « le tabernacle de Dieu avec les hommes » (Ap. 21,3), « le Corps du Christ » (1 Cor. 12), « la Cité de Dieu » et « le siècle à venir » (saint Jean Chrysostome).

L’Eglise Orthodoxe est l’Eglise contre laquelle « les portes de l’Enfer ne prévaudront pas » (Mt. 16,18), « la maison de Dieu, l’Eglise du Dieu vivant, la colonne et l’appui de la vérité » (Tm. 3,15), « édifiée sur le fondement des apôtres et des prophètes, Jésus Christ Lui-même étant la pierre angulaire », « temple saint,…demeure du Saint Esprit » (Eph. 2,20-22). Elle appartient de fait à un autre âge, et ses enfants sont « les fils de l’Adam céleste, une race d’enfants engendrés dans le Saint Esprit », comme le dit saint Macaire le Grand, « frères lumineux du Christ, tout comme leur Père, l’Adam céleste et lumineux. Etant de cette cité, de cette parenté, de cette puissance, ils ne sont pas de ce monde présent… » [2]

L’Eglise dite "Eglise Orthodoxe d’Orient" est en vérité l’Eglise Universelle (Catholique), hors de laquelle il n’est point de grâce salvatrice. Il est hors de doute qu’elle a toujours eu cette conscience d’elle-même, quelle que soit l’attitude actuelle de beaucoup de ceux qui se prétendent ses fils et ses filles. Il y a un seul Seigneur, et, en conséquence, une seul foi et un seul baptême par lesquels toute créature rationnelle existant sur cette terre peut entrer dans l’Eglise Une. Les Ecritures et les Pères démontrent unanimement qu’il ne peut y avoir qu’une seule Eglise de Dieu, une seule Eglise au ciel et sur la terre, toujours identique à elle-même, toujours accessible, toujours infaillible. Elle ne se laisse pas diviser en deux parties, d’un côté la vie, de l’autre la pensée ; elle n’enseigne jamais de fausseté, parce qu’elle est divine, ombre de l’éternité dans le temps, temps épousant l’infini.
Les prémisses du présent ouvrage sont les suivantes : l’Eglise Une existe, elle n’est autre que la Sainte Eglise Orthodoxe.
Avant d’aborder le "grand Mystère de l’Eglise ", nous ferons quelques remarques générales préliminaires.

1. L’Incarnation

La Tradition Apostolique décrit communément l’Incarnation du Seigneur, Dieu devenant homme, dans les simples termes d’ « économie » ou « gouvernement ». Comme nous l’avons vu, l’économie divine est le Plan de Dieu pour le salut de Son Univers. Saint Paul fait référence à « l’économie (du Père) pour la plénitude des temps, afin de réunir toutes choses en Lui (le Christ), celles qui sont dans les cieux et celles qui sont sur la terre » (Eph. 1, 10). L’Apôtre comprend ainsi sa tâche : « mettre en lumière l’économie du mystère caché de tout temps en Dieu qui a créé toutes choses, afin que par l’Eglise la sagesse infiniment variée de Dieu se fasse à présent connaître » (Eph. 3,9). Dans la génération suivante, saint Ignace d’Antioche, disciple de saint Jean le Théologien, s’adresse à l’Eglise d’Ephèse, en ces termes : « Notre Seigneur Jésus Christ a été, selon l’économie de Dieu, le fruit du sein de Marie, de la descendance de David » (Lettre aux Ephésiens, 18). Le même évêque fait précéder ses remarques sur le sacerdoce et l’Eucharistie de la promesse d’une autre lettre aux Ephésiens relative à « l’économie par laquelle on devient l’homme nouveau, Jésus Christ, qui est de la famille de David selon la Passion et Résurrection » (Lettre aux Ephésiens, 20).

En d’autres termes, le mystère du Plan divin était caché de toute éternité, avant la création du monde visible, préexistant comme « cité du Dieu vivant », « Jérusalem céleste », et révélée uniquement par l’économie du Seigneur. Le Christ est Celui qui, seul, unit ce qui est au ciel et ce qui est sur terre, et c’est pourquoi Il est « le seul médiateur entre Dieu et les hommes » (1 Tim. 2,5). Il a revêtu « chair de l’Eglise », écrit saint Jean Chrysostome, et a ainsi créé un nouvel être ; « rien n’est égal à l’Eglise » (Homélie, Avant son exil, 2).

L’unité de toutes choses en Christ implique le relèvement de la création déchue, sa libération du démon et sa réintégration auprès de son Père. En retour, le Père « a tout mis sous Ses pieds, et Il L’a donné pour chef suprême à l’Eglise, qui est Son corps, la plénitude de Celui qui remplit tout en tous » (Eph. 1, 22-23). L’Eglise, donc, embrasse toutes les choses créées, visibles et invisibles, les hommes mais aussi les anges. Ainsi, saint Grégoire le Grand (le Dialogue) disait : « La sainte Eglise a deux vies : l’une dans le temps et l’autre dans l’éternité » [3].

La destinée de l’Eglise est de réaliser l’unité parfaite de ces deux « vies », comme des deux dimensions en Christ ; de devenir déifiée comme le Christ après Sa Résurrection. L’Eglise, Son Corps, est le commencement de ce processus ; elle mûrit, devenant la plénitude de Celui qui remplit tout. Présentement, dit saint Ambroise, l’Eglise demeure composée des sans péchés qui sont aux cieux et des pécheurs qui sont sur terre, « et pourtant ils sont une seul Eglise » [4]. Cette unité explique tous ses pouvoirs et ses privilèges.

Quoique de façon imparfaite, l’Eglise est dès maintenant le Corps du Christ. Il est Sa Tête, « sans que nul espace ne les sépare » pour parler comme saint Jean Chrysostome [5]. Leur union est si intime, dit ailleurs le même saint, que saint Paul emploie souvent « le terme d’Eglise pour désigner le Christ… Et il nomme le Christ à la place de l’Eglise, indiquant par là qu’Elle est Son Corps » [6] En d’autres termes, le Christ et l’Eglise forment « une seule Personne » -un seul être nouveau (Gal.3,28)- comme l’époux et l’épouse. Quand son union avec le Christ sera parachevée, elle sera « sans tache, ni ride, ni rien de tel », « sainte et irrépréhensible » (Eph. 5,27).
En ce jour, le Huitième Jour, elle deviendra la pure et incorruptible offrande faite au Père par le Fils qui « s’est livré Lui-même » (Eph. 5,25) pour elle, et elle sera digne de la communion du Saint Esprit et de la participation à la Nature divine. Ayant atteint « l’état d’homme fait, à la mesure de la stature parfaite du Christ » (Eph. 4,13) –étant donc devenue le cosmos transfiguré- l’Eglise alors sera la Cité éternelle de Dieu, Son Royaume à jamais.

2. La Définition de Chalcédoine.
L’ecclésiologie et la christologie sont intimement liées ; elles s’impliquent nécessairement l’une l’autre. Dès les premiers temps de l’Orthodoxie, personne n’a jamais douté que la doctrine de l’Eglise et celle du Christ ne fussent étayées l’une par l’autre. Initialement, toutefois, aucune analyse n’avait isolé ce principe –ni, en conséquence, énoncé la relation entre l’humain et le divin en Christ, et, par là, défini l’Eglise, ses Mystères, le lien de l’âme et du corps, du temps et de l’éternité. Et cela, tout simplement parce qu’aucune hérésie n’avait encore rendu cette tâche nécessaire. Mais enfin, durant le IVème siècle, le Nestorianisme, et, au siècle suivant, le Monophysisme, amenèrent l’Eglise à formuler une définition dogmatique de la relation entre la Divinité et l’Humanité du Seigneur Incarné, et, par voie de conséquence, à préciser la nature de l’Eglise, de ses Mystères et des autres sujets connexes.

Le Concile de Chalcédoine (451), comprenant que la christologie est toujours la clef, le critère et le fil conducteur dans le tissu des dogmes, formula sa célèbre définition christologique des deux nature en Christ (Actes, V) :
-« Ainsi donc, marchant à la suite des saints Pères, nous enseignons, d’une voix unanime, que l’on doit confesser un seul et même Fils, notre Seigneur Jésus Christ, à la fois parfait dans la Divinité et parfait dans l’Humanité, vraiment Dieu et vraiment Homme, le même composé d’une âme raisonnable et d’un corps, consubstantiel au Père selon Sa Divinité, et en même temps à nous selon Son humanité ; semblable à nous en toutes choses, à l’exception du péché ; engendré du Père avant les siècle selon Sa Divinité, et dans le temps né de Marie la Vierge, la Théotokos (Mère de Dieu) selon Son Humanité, pour nous et pour notre salut » ; UN SEUL ET MEME JESUS CHRIST, FILS, SEIGNEUR, UNIQUE ENGENDRE, EN DEUX NATURES, SANS CONFUSION, SANS CHANGEMENT, SANS DIVISION, SANS SEPARATION, SANS QUE L’UNION OTE LA DIFFERENCE DES NATURES (c’est R.P. Azkoul qui souligne), les propriétés de chacune subsistant et concourant à former une seule personne ou hypostase : en sorte qu’il n’est pas divisé ou séparé en deux personnes, mais que c’est un seul et même Fils Unique, Dieu le Verbe, le Seigneur Jésus Christ ; comme les Prophètes de jadis l’ont dit de Lui, comme Notre Seigneur Jésus Christ l’a Lui-même enseigné, et comme la foi des Pères nous l’a transmis.

Appliqué à l’Eglise, cette formule affirme sa nature divino-humaine : elle est véritablement humaine parce que le Christ est Dieu, et véritablement humaine parce que le Christ fut homme « né d’une femme, né sous la loi » (Gal. 4,4). Mieux, l’Eglise est fondamentalement divine, dans l’exacte mesure où il n’y a en Christ qu’une seule Hypostase, l’Hypostase divine.

Elle est « une seule et même Eglise en deux natures »… son aspect invisible, noétique et céleste comprend la Trinité, la Mère de Dieu déifiée, les anges et les saints ; tandis que son aspect visible, rationnel et terrestre inclut tous les membres de la Sainte Eglise Orthodoxe. Ces deux aspects, ces deux dimensions sont unis « sans confusion, sans division, sans séparation, sans que l’union ôte la différence des natures, les propriétés de chacune subsistant et concourant à former » une seule Eglise.

L’Eglise est ainsi le point où le Ciel et la terre se rencontrent ; et nulle part leur conjonction n’est plus parfaite que dans la Divine Liturgie. C’est alors que Dieu et ceux qui L’entourent célèbrent avec Ses enfants qui sont sur terre la réalisation du grand mystère de Son économie. C’est alors que, pour un bref espace de temps, le futur devient présent, le Royaume de Dieu advient sur la terre. Naturellement, tous les Mystères, dans la mesure où ils sont ordonnés à l’Eucharistie comme à leur fin suprême, sont divino-humains. Les rites visibles de l’Eglise ne sont pas seulement pleins de beauté et riches de toute une pédagogie, ils reproduisent le monde divin qu’ils présupposent comme leur type indispensable.

Mais l’Eglise et ses Mystères ne sont pas les seules réalités analogues au Christ ; l’homme et la Nature, créés par le Christ en vue de l’Eglise, sont aussi de telles analogies, comme l’écrit, au 1er siècle, le Pasteur d’Hermas (1, 1,6). Certes, en l’homme, tout est créé, le corps et l’âme semblablement ; mais ce sont là deux aspects d’une seule créature ; de la même façon, l’univers matériel qui entoure l’homme reste lié au royaume spirituel ou noétique dont il dépend : le matériel et le spirituel se tiennent liés comme les deux natures du Christ. Comme le dit saint Maxime le Confesseur : « Le cosmos tout entier est une figure et une image de la Sainte Eglise de Dieu, composé (comme elle) d’essences visibles et invisibles et comportant comme elle unité et diversité » [7]

Enfin, la correspondance entre le visible et l’invisible, « entre ce qui est phénomène et ce qui ne l’est pas » selon les mots de saint Maxime le Confesseur, n’est pas, répétons-le, un simple parallélisme. Platon avait tort de penser que le temps imite l’éternité mais n’a pas de lien avec elle. Ils sont, comme le dit saint Denys dans sa Lettre IX, « entrelacés ». Certes, leur union n’est pas encore parfaite, et ne le sera qu’après le Jugement et la transfiguration ultime de tout l’ordre créé, lorsque, comme le disait un jour saint Jean de Kronstadt, « l’éternité absorbera le temps comme une éponge ». Néanmoins, le Christ a de manière visible, et pour toujours, comblé le fossé entre le temps et l’éternité.


3. La foi infaillible.

La foi de l’Eglise Orthodoxe, qu’elle apparaisse sous forme de dogme dans les saintes définitions, de rite dans les Mystères, de représentation imagée dans les icônes, de chant dans l’hymnologie céleste, qu’elle se manifeste dans la loi et les coutumes de l’Eglise, qui en sont la sage expression, ou dans les Ecritures inspirées de Dieu et infaillibles qui la portent gravée en elles, cette foi, au ciel et sur la terre, est infaillible.

L’Eglise visible, l’Eglise historique, ne peut faillir, non seulement parce que le Saint Esprit ne permettra pas que Son Temple soit souillé ; mais encore, parce qu’elle est inséparable du Ciel. En outre, quelle que soit la gloire du Royaume céleste auquel elle est jointe, l’Eglise historique et sacerdotale est le Corps du Christ. Elle est aussi « la voie, la vérité et la vie » (Jn 14,6), « la même hier, aujourd’hui et éternellement » (Heb. 13,8) et ne peut doc « se laisser entraîner par des doctrines diverses et étrangères » (Heb. 13,9).

Le Seigneur Lui-même a fait don à Son Eglise des dogmes que toute créature doit confesser. Avant Son Ascension vers le Père, Il a commandé à Ses Apôtres : « Allez, faites de toutes les nations des disciples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, et enseignez-leur à observer tout ce que je vous ai prescrit. Et voici, je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde. Amen » (Matt. 28, 19-20). Tout ce qu’Il a enseigné aux Apôtres, l’Eglise enseigne aux fidèles de l’observer. Ceux qui ignorent volontairement ou ne demeurent pas dans « la doctrine du Christ, n’ont pas Dieu », alors que ceux qui la reçoivent et sont fidèles « en toutes choses », possèdent le Père, le Fils et le Saint Esprit (2 Jn 9), au Nom duquel nous devons être baptisés.

L’Eglise n’est pas un caméléon, inconstant et versatile, qui changerait pour s’adapter à son environnement. Elle n’enseigne pas une chose à telle génération, et une autre à telle autre, mais persévère toujours « dans l’enseignement et la communion fraternelle des Apôtres » (Actes 2,42). «Elle reste attachée à la vraie parole» telle qu’elle a été enseignée, «afin d’être capable d’exhorter selon la saine doctrine et de réfuter les contradicteurs» (Tit. 1,9). Elle «applique la doctrine du Christ en toute chose» (Tit. 2,10). Nulle part dans sa vie elle ne permet «quoi que ce soit de contraire à la saine doctrine» (Eph. 4,14). Elle n’a de cesse d’exhorter ses enfants à ne pas adhérer à des opinions «contraires à l’enseignement que vous avez reçu» (Rom. 16,17).

Ainsi, nous disons que l’Eglise ne peut faillir –malgré les errances éventuelles de ceux qui lui appartiennent- parce qu’elle est « la colonne et le fondement de la vérité ». C’est par la volonté de Dieu qu’Elle est ce qu’Elle est. Il n’est pas d’autre voie qui mène au salut, ni d’autre doctrine que celle que Dieu lui a commandé d’enseigner. S’il y avait plus d’une Eglise, il y aurait aussi plusieurs vérités salvatrices, plusieurs Seigneurs, plusieurs baptêmes. L’idée d’une division de l’Eglise est tout aussi impossible, car, en ce cas, le Christ Lui-même serait divisé. Nous le répétons : s’il y avait plus d’une Eglise ou si l’Eglise Une était fragmentée, il s’en suivrait, ou bien que l’Eglise céleste connaîtrait elle aussi la division –absurdité manifeste- ou bien que l’Eglise, dans sa dimension terrestre, se trouverait radicalement séparée d’avec l’Eglise du Ciel. De fait, certains hétérodoxes pensent effectivement que les dénominations terrestres sont sans rapport aucun avec la véritable Eglise invisible ; mais cet expédient déforme totalement la réalité ; ou, dans le langage de la christologie traditionnelle, il introduit une division nestorienne entre la Divinité et l’humanité du Christ. Dans cette perspective, qu’a donc "assumé " le Christ ? Comment sommes-nous déifiés ? Et que peut bien valoir alors l’Incarnation ?

En outre, s’il était possible d’admettre l’existence de nombreuses Eglises, alors c’est ou Dieu ou l’homme qui serait responsable de multiplicité. Or, ce qui fait qu’il existe diverses Eglises, ce sont les divergences doctrinales ; nous devrions donc croire aussi que Dieu ou l’homme est cause –non sans l’aide prêtée par le démon- de doctrines qui se combattent. Si c’est Dieu, Il est alors "l’auteur de la confusion " –ce qui est le comble de l’ineptie- et le responsable de l’absence d’unité qui règne dans l’Eglise (Heb. 6,18). Si l’homme, d’autre part, est capable de diviser l’Eglise que Dieu a voulu Une, alors, Dieu est sans force, impuissant à préserver l’unité qu’Il a donnée à l’Eglise et à garantir sa vérité de la contradiction. Ou encore Il est, sinon impuissant, du moins indifférent aux paroles du Christ : « Qu’ils soient un comme nous sommes un » (Jn 17,22) ; ce qui veut dire : qu’ils aient non pas simplement une unité d’organisation, mais une unité surnaturelle de l’être et de l’esprit. Enfin, toujours dans cette hypothèse, Dieu aurait permis que la Vérité révélée fût souillée et profanée par "la ruse des hommes, par leurs artifices trompeurs" : Dieu serait donc injuste et sans pitié.

Abordons ce problème sous un autre angle. Admettons que l’unité de l’Eglise terrestre repose sur l’unité d’une doctrine de base –par exemple, l’idée que le Christ est Dieu- et non dans l’unité organique, canonique et dogmatique de l’Eglise. Supposons également que cette vérité salvatrice se trouve disséminée dans la multitude des diverses Eglises et groupes chrétiens. Qu’arrive-t-il alors ?

Premièrement, ni les Ecritures, ni les Pères ne reconnaissent l’existence de multiples Eglises : l’Eglise est une, parce que, comme le dit saint Cyprien de Carthage, « Dieu est un, et le Christ est un… et la foi est une, et un seul peuple est assemblé dans l’unité substantielle d’un corps maintenu par la concorde ».
  En second lieu, la Foi infaillible répandue parmi les nombreuses Eglises peut rendre compte de la vérité qu’elles possèdent, mais non de leurs erreurs. En outre, si l’erreur se mêle ainsi à la vérité, l’Eglise céleste ne saurait échapper à la contagion de l’erreur, en vertu de l’unité qui lie le Ciel et la terre créés par le Christ.
  
Troisième point : si la constitution de l’Eglise imite celle de la Trinité (voir plus haut), c’est-à-dire l’unité de personnes égales, alors les multiples Eglises doivent être égales, mais elles sont inégales du fait de la multiplicité des erreurs qui les corrompent. De surcroît, elles sont loin de s’accorder sur le contenu de la Révélation du Christ, et sur les additions ou soustractions éventuelles que les hommes y ont apportées ; et les diverses confessions n’enseignent pas identiquement le dépôt qu’elles prétendent avoir en commun avec les autres. Elles ne s’entendent même pas sur la façon de comprendre la nature du Seigneur et sa mission !

Y a-t-il un "contenu doctrinal minimum" qui serait indispensable au salut et peut-on tracer une ligne de démarcation entre ce qui est "essentiel" et ce qui ne l’est pas ? Qu’en est-il de la papauté ? Des Mystères ? De la Mère de Dieu ? Des icônes ? Du sacerdoce ? Sont-ils essentiels, ou inessentiels ? Comment le saurons-nous ? Quand même les Eglises s’accorderaient –ce qui n’est pas le cas- à reconnaître l’existence d’une vérité salvatrice de base, qui en déterminerait le contenu ? Et, à supposer qu’on découvre une manière unique et universelle de le concevoir, comment être certain que Dieu l’agrée ? En cherchant dans la Bible ? Mais dans quelle traduction et quelle interprétation ?

La vérité qui ressort de ces apories, c’est que, sans l’existence d’une Eglise infaillible, dotée d’une Foi infaillible, nous ne pourrions jamais découvrir la vérité qui sauve, celle que Jésus a commandé à ses Apôtres d’enseigner à toutes les nations. Si nous ne pouvons connaître ce qu’il nous faut croire, autant dire qu’il n’y a pour nous aucune vérité révélée et salvatrice, aucun salut d’aucune sorte.

Mais cette Eglise et cette foi existent. Elle est pour toujours en communion avec les cieux, le Saint Esprit demeure en elle, et sa Foi est pure, absolue et accessible à tous, en tout temps et en tout lieu. Hors d’elle, il n’est que doute et incrédulité. Voici comment saint Cyprien s’en explique :
« L’épouse du Christ ne saurait être adultère ; elle est pure et incorruptible. Elle ne connaît qu’une demeure et garde avec chasteté et modestie la sainteté d’une seule couche. Elle nous conserve pour le seigneur. Elle destine au Royaume les fils qu’elle a porté. Quiconque se sépare de l’Eglise s’unit à une prostituée et se trouve privé des promesses de l’Eglise ; celui qui abandonne l’Eglise du Christ ne peut non plus prétendre aux récompenses du Christ. Il est un étranger, un profane, un ennemi. Qui n’a pas l’Eglise pour Mère ne peut plus avoir Dieu pour Père. Si la mort n’a pu être évitée hors de l’Arche de Noé, il n’est possible d’y échapper en dehors de l’Eglise ! »

Les paroles de saint Cyprien sont énergiques, parce qu’il avait la certitude que l’Eglise dont il était membre, l’Eglise Catholique, avait été établie et fondée par Dieu sur une Foi infaillible et salvatrice.

Quoi que l’Eglise enseigne, rien n’y est faux ou inessentiel. Tour ce qu’elle donne à ses enfants est nécessaire à leur salut. Elle ne peut nous égarer, car Dieu la protège. Comme le dit saint Jean Damascène
« Il est désastreux de penser que l’Eglise ne connaisse pas Dieu tel qu’Il est en réalité ; qu’elle a sombré dans l’idolâtrie ; car, si elle s’écartait de la perfection ne fût-ce que d’un iota, elle souillerait d’une tache sa foi immaculée, et cette seule ride détruirait la beauté du tout. Rien n’est petit, qui conduit au grand ; et ce n’est pas un léger crime que d’abandonner le moindre des détails de la tradition ancienne de l’Eglise, car cette tradition a été défendue par tous ceux qui furent appelés avant nous, dont nous devons admirer la conduite et imiter la foi ».

Il est clair que saint Jean Damascène songe ici à l’Eglise historique ou visible, mais non au sens où elle serait séparée du Ciel. L’Eglise n’est pas une créature du temps ; elle est plus que cela. Elle est, comme le disait saint Jean Chrysostome avant lui, la manifestation d’une vie divino-humaine.

« L’Eglise n’a pas de pieds… ne parlez pas de murailles… les murs s’effritent avec le temps, mais l’Eglise ne vieillit jamais. Les murailles croulent sous les coups des barbares, mais contre l’Eglise les démons ne peuvent prévaloir… Voyez les ennemis de l’Eglise, qui l’ont assaillie. Ils se sont évanouis, alors que l’Eglise plane au-dessus des cieux. Telle est la puissance de l’Eglise : attaquée, elle l’emporte ; éprouvée, elle triomphe ; maltraitée, elle prospère ; blessée, elle guérit ; ballotée par les ondes, elle flotte sur les eaux ; elle lutte et n’est jamais soumise ; elle combat et n’est jamais vaincue… Ne reste pas à l’écart de l’Eglise, car rien n’est plus fort qu’elle. L’Eglise est votre espérance, votre salut, votre refuge. Elle est plus haute que les cieux, plus vaste que la terre. Elle ignore la faiblesse, elle ne connait que la vigueur. C’est pourquoi l’Ecriture, pour indiquer sa solidité et sa stabilité, l’appelle «montagne» ; pour monter sa pureté, elle la nomme «vierge» ; elle la dit «reine» à cause de sa majesté et «fille» dans sa relation à Dieu… Oui, elle possède beaucoup de noms, tout comme le Maître de l’Eglise en possède un grand nombre… »

Les parole de saint Jean Chrysostome sont, bien au-delà de la poésie, la vérité même. L’Eglise «nous donne la victoire», la victoire sur les démons, la souffrance, sur toute adversité, parce qu’elle partage la vie de Son Maître.

L’Eglise ignore l’erreur (infaillibilité) comme la chute (indéfectibilité) et la séparation d’avec le Christ, car elle est «une seule chair» avec Lui. Pourtant, humaine aussi bien que divine, elle peut parfois donner l’impression d’être dans l’erreur ou dans l’infidélité. Hommes et événements peuvent, pour un temps, ternir son éclat. Il arrive parfois que « l’Eglise, à l’instar de la lune, semble perdre de sa lumière, écrit saint Ambroise, mais elle ne perd jamais sa lumière ». Dans le même esprit, le philosophe russe Khomiakov affirme que, malgré les péchés de ses membres, l’Eglise ne peut être privée de l’esprit de vérité. « Il ne peut pas y avoir eu un temps où elle ait admis l’erreur en son sein… ».

Khomiakov ne faisait que rappeler la Lettre Encyclique des Patriarches d’Orient (1848), qui énonce, aux chapitres 12 et 20 :

« Gardons fermement la confession que nous avons reçue intacte d’aussi grands hommes, fuyant toute innovation comme une suggestion du malin. Celui qui accepte l’innovation accuse d’insuffisance la Foi Orthodoxe qui a été prêchée. Mais cette Foi a été marquée du sceau de la perfection, et n’est plus susceptible ni de diminution, ni d’augmentation, ni d’altération d’aucune sorte ; et quiconque ose exécuter, ou suggérer, ou concevoir un pareil acte a d’ores et déjà renié la Foi du Christ et s’est déjà soumis volontairement à l’anathème éternel comme blasphémateur du Saint Esprit… »

Et les Patriarches d’ajouter plus loin dans l’Encyclique :

 « Quand nous disons que les enseignements de l’Eglise sont infaillibles, nous n’affirmons rien d’autre que ceci : qu’ils sont inchangés, identiques à ceux qui furent donnés au commencement : ce sont les enseignements de Dieu ».

La foi infaillible de l’Eglise est inaltérable. Le malin n’a pas le pouvoir de lui ravir sa «chasteté». Sa doctrine et sa piété sont parfaites, qu’elles soient vues comme la gloire et la fierté de l’Eglise céleste, ou dans la pratique de l’Eglise terrestre. A l’encontre de l’ecclésiologie protestant, qui aime à affirmer que "l’Eglise doit sans cesse être réformée" (ecclesia est semper reformanda), nous confessons que l’Eglise n’est pas susceptible de réformation (ecclesia irreformabilis est). « Jamais l’Eglise n’est défigurée, dit Khomiakov, jamais elle n’a besoin de réformation ».

S’il se trouve des "exceptions" apparente à cette règle, elles sont dues à l’imperfection des membres terrestres de l’Eglise, les quels doivent continuellement lutter pour être «saints» (Matt. 5,48) et «sanctifiés dans la vérité» (Jean 17,17), en s’abstenant «des convoitises charnelles qui font la guerre à l’âme» (1 Pierre 2,11), et se montrant toujours ardents à «affermir leur vocation et leur élection» (2 Pierre 1,10), dans l’amour même (agapê) dont la Trinité s’aime elle-même (Jean 17,26). Ainsi, les membres terrestres de l’Eglise sont constamment en croissance ou en «réformation» spirituelle jusqu’à la perfection.

[1] Commentaire sur l’Apocalypse, PG 106, 320 B.
[2] Homélies Spirituelles, XVI, 8.
[3] Commentaire d’Ezéchiel, II, 10, PL 76, 1060.
[4] Sur les Mystères, 18, 35 et 39.
[5] Homélie sur l’Epitre aux Ephésiens, 3.
[6] Homélie sur la Première Epître aux Corinthiens, 30,1.
[7] Mystagogie, 2.






mercredi 21 novembre 2018


Orthodoxologie

Jean-Claude LARCHET: L’évolution inquiétante des prérogatives que s’attribue le patriarcat de Constantinople

Extrait du livre de Jean-Claude Larchet, L’Église, Corps du Christ, tome II, Les relations entre les Églises, Éditions du Cerf, Paris, 2012

Les années 20 du xxe siècle ont marqué un tournant im­portant dans la façon dont le patriarcat de Constantinople a compris ses prérogatives et a entendu les exercer au sein du monde orthodoxe.

Ces années furent marquées par la constitution en Europe, en Amérique du Nord et en Australie d’une importante diaspora composée d’abord par les Russes qui avaient été contraints de fuir leur pays à la suite de la Révolution de 1917, puis par les Grecs chassés d’Asie mineure par la politique du nouvel État turc.
De ce dernier fait, le patriarcat de Constantinople se voyait, sur son territoire canonique, privé d’une grande partie de ses fidèles; dans le pays où ils continuaient à résider, le patriarche voyait ses droits et sa liberté d’action considérablement limités, un processus qui s’accentua avec l’interminable conflit entre la Grèce et la Turquie.

D’un côté, le souci d’assurer sa subsistance dans les condi­tions difficiles imposées par l’État turc a conduit le patriarche de Constantinople, depuis ces années vingt à jusqu’à nos jours, à entreprendre et à développer une action diplomatique tous azi­muts, afin de s’assurer un maximum de soutiens politi­ques au­près des différents États [[i]]. C’est en vue de s’assurer aussi le sou­tien de l’importante Église catholique romaine et celui des di­verses communautés protestantes répandues dans le monde, qu’il a développé les relations œcuméniques sous dif­féren­tes formes et multiplié les tentatives d’union [[ii]].

D’un autre côté, le souci de maintenir ses prérogatives et son influence parmi les Églises orthodoxes (alors que ce qui avait motivé leur octroi par les conciles Constantinople I et Chalcé­doine, à savoir la position politique de capitale de l’em­pire de la ville où résidait l’évêque de Constantinople était dé­sormais caduque) s’est traduit, premièrement par la volonté d’étendre sa juridiction à l’ensemble de la diaspora [[iii]]; deuxièmement par une tentative d’inclure dans sa sphère d’influence les Églises non chalcédoniennes (en développant à leur égard une politique unioniste); troisièmement par un intervention­nisme intempestif (c’est-à-dire ne respectant pas l’indépendance qui leur est garantie par les canons) dans les affaires internes de nom­breuses Églises autocéphales et par le soutien apporté à des groupes schismatiques ou la constitution dans plusieurs pays (par exemple l’Ukraine, l’Estonie et la Moldavie, et plus récemment l’Amérique du Sud) d’une hiérar­chie parallèle, dans le but principal d’étendre sa juridiction; quatrièmement par la prétention à être – sur le modèle de la papauté – le centre d’unité [[iv]] et de communion [[v]] des Églises orthodoxes; cinquièmement par la volonté de faire de sa pri­mauté d’honneur une primauté d’autorité et de pouvoir [[vi]], là encore en s’inspirant du modèle de la papauté.

Cette politique a été étayée par une réinterprétation des ca­nons fondant les prérogatives du siège de Constantinople. On a ainsi affirmé que le canon 3 de Constantinople I (381), bien qu’il ne mentionne qu’une primauté d’honneur du siège de Constantinople à la suite de celle de Rome, supposait l’exis­tence d’une égalité de pouvoir [[vii]]. Le 34e canon apostolique a été compris comme permettant que le patriarcat de Constantinople soit responsable de l’ordre canonique dans les autres patriar­cats [[viii]]. Les canons 9 et 17 de Chalcé­doine ont été interprétés par les canonistes constantino­politains comme lui conférant à la fois un droit de juridiction universel (se caractérisant notam­ment par la capacité de constituer une instance d’appel pour tout clerc d’une autre Église qui serait en conflit avec le primat de sa propre juridiction) et un droit stavropégiaque (se caractérisant par le pouvoir de créer des entités dépendant directement de lui au sein des autres Églises autocé­phales). Ces canonistes ont même étendu la compétence du siège de Constantinople en matière d’appel en le considérant comme l’héritier, depuis le schisme de 1054, des prérogatives accordées au siège de Rome par le concile de Sardique conçues comme « l’exercice extraterritorial du droit de recours [[ix]] ». Le canon 28 a été interprété quant à lui comme instituant une juri­diction du patriarche de Constantinople sur la diaspora (les ca­nonistes précédemment évoqués prenant cependant soin, pour les raisons susdites, de préserver les « droits » de l’Église de Rome [[x]]). Mais indépendamment de la question de la diaspora, ces cano­nistes attribuent rétroacti­vement à Constantinople un territoire qui va très au-delà de ses attributions canoniques et semble relever de leur imagination, comme quand l’archiman­drite Gri­go­rios Papathomas écrit que « le territoire patriarcal juri­diction­­nel [du siège de Constanti­nople], jusqu’à la fin du premier millénaire, est étendu et déter­miné historique­ment et choro-géographiquement par quatre mers (Noire, Méditerranée, Adriatique et Baltique [[xi]]) ».

Cette politique s’est traduite aussi, sur le plan de l’organi­sa­tion ecclésiale, contrairement aux canons et aux principes élé­men­taires de l’ecclésiologie orthodoxe, par la multiplication d’évêques/métropolites titulaires (c’est-à-dire ayant un titre ne correspondant à aucun diocèse ou aucune éparchie réelle) selon une pratique identique à celle des cardinaux catholiques, et qui n’ayant en charge aucun fidèle, ont une activité purement diplo­matique.

Cette politique universaliste et globalisante s’est traduite éga­lement par un relativisme dogmatique et canonique qui n’est sans doute pas sans rapport avec l’appartenance notoire de son principal initiateur, le patriarche Mélétios IV Métaxakis (1921-1923) et de l’un de ses principaux promoteurs, le patriarche Athénagoras Ier (1949-1972) au mouvement maçonnique [[xii]].

Par cette politique, le patriarcat de Constantinople est devenu au xxe siècle une source importante de troubles au sein du monde orthodoxe. Par son soutien apporté à la constitution de  hiérarchies parallèles dans divers pays – notamment en Estonie, en Ukraine et en Moldavie –, par des tentatives, mal fondées théologiquement et canoni­quement, d’union avec les Églises non chalcédoniennes, par un dialogue mené avec l’Église ca­tholique sur la seule question de la primauté dans le but mani­feste de trouver une justification à une conception de sa propre primauté qui s’est considérablement rapprochée de la concep­tion catholique romaine du second millénaire, le patriarcat de Constantinople est entré en conflit avec la plupart des autres Églises autocéphales [[xiii]]; il a donné lieu à l’émergence de schismes (dont celui des Vieux-calendaristes, né en Grèce comme une conséquence directe de la politique réformiste et œcuméniste du patriarche Mélétios IV Métaxakis [[xiv]], mais qui s’est maintenant répandu dans tous les pays orthodoxes et dans la diaspora); il a provoqué un développement considérable de la mouvance inté­griste au sein du monde orthodoxe.

Les reproches que faisait au patriarche de l’époque le saint pape Léon Ier d’ « une ambition coupable qui désire ce qui ne lui appartient pas, et cherche à s’accroître en diminuant les au­tres [[xv]] »,  et de « porter le désordre dans des provinces tranquil­les [[xvi]] » retrouvent à travers ces faits une certaine actualité. Il est certain que le patriarcat de Constantinople, tout en prétendant non seulement devenir au sein de l’Orthodoxie le principal fac­teur d’unité mais être le centre de l’unité ecclésiale, y est depuis quelques années le principal facteur de division.

L’Église russe, dans les conclusions d’un concile local tenu en 2008, après avoir constaté l’évolution inquiétante, inaccep­table du point de vue de la Tradition orthodoxe, de l’ecclésio­logie du patriarcat de Constantinople, et avoir rappelé ses prin­cipales caractéristiques, a adressé à ce sujet une mise en garde au siège de Constantinople:

« Aujourd’hui, l’unité est menacée non seulement dans l’Église or­thodoxe russe, mais aussi dans l’Orthodoxie universelle. Le danger vient de tentatives imprudentes de revoir l’organisation séculaire des rapports entre les Églises locales fixée dans les saints canons. Sou­cieux de la communion avec toutes les Églises orthodoxes locales, et surtout avec le patriarcat de Constantinople, Église mère à laquelle l’héritage de la Sainte Russie est inséparablement lié depuis des siè­cles, le concile exprime sa profonde préoccupation devant les tendan­ces à altérer la tradition canonique qui apparaissent dans les déclara­tions et les actes de certains représentants de la Sainte Église de Constantinople. Se fondant sur une interprétation du 28e canon du IVe concile œcuménique qui n’est pas acceptée par l’ensemble de l’Église orthodoxe, ces évêques et théologiens élaborent une nouvelle concep­tion de l’ecclésiologie qui met en péril l’unité de l’Orthodoxie. Selon cette conception: a) seules les Églises en communion avec le siège de Constantinople appartiendraient à l’Orthodoxie universelle; b) le pa­triarcat de Constantinople aurait le droit exclusif de juridiction au sein de la diaspora orthodoxe; c) dans les pays ayant une diaspora ortho­doxe, le patriarcat de Constantinople représenterait lui seul l’avis et les intérêts de toutes les Églises locales face aux pouvoirs publics; d) tout évêque ou membre du clergé qui exerce son ministère hors du territoire canonique de son Église locale se trouverait automa­tique­ment dans la juridiction ecclésiale de Constan­tinople, même s’il n’en est pas conscient, et pourrait de ce fait être reçu dans cette juridiction sans aucune lettre dimissoriale de son Église (comme ce fut le cas avec Mgr Basile, ancien évêque de Serguéiévo); e) le patriarcat de Constantinople aurait la prérogative de définir les frontières géogra­phiques des Églises et, si son avis diverge avec celui d’une autre Église, pourrait créer sur le territoire de cette Église ses propres structu­res (comme ce fut le cas en Estonie); f) le patriarcat de Constantino­ple déciderait unilatéralement quelle Église orthodoxe locale peut participer aux manifestations interorthodoxes et inter­chrétienns.

Cette vision qu’a le patriarcat de Constantinople de ses propres droits et prérogatives est en contradiction manifeste avec la tradition séculaire sur laquelle s’est édifiée la vie de l’Église orthodoxe russe et d’autres Églises orthodoxes locales, et va à l’encontre de leurs devoirs pastoraux auprès de leurs fidèles dans la dispersion.

Considérant que les problèmes mentionnés ne pourront être résolus définitivement que par un concile œcuménique de l’Église orthodoxe, ce concile épiscopal appelle la Sainte Église de Constantinople à la prudence en attendant l’examen de ces nouveautés par l’ensemble de l’Orthodoxie et à s’abstenir de gestes qui pourraient faire exploser l’unité orthodoxe. Cet avertissement concerne particulièrement les ten­tatives de revoir les frontières canoniques des Églises ortho­doxes [[xvii]]. »

Nous avons vu que le siège de Constantinople a été constitué et ses prérogatives accordées relativement à un facteur pure­ment politique: le fait que Constantinople soit devenue la capitale de l’empire. Ce fondement, reconnu par les canons de Constantinople I, de Chalcédoine et du concile in Trullo, étant aujourd’hui devenu caduque, la place et le rôle de Constantino­ple sont susceptibles d’être remis en cause [[xviii]], et le facteur de l’importance politique de Constantinople qui avait été autre­fois mis en jeu dans un sens pourrait aujourd’hui être mis en jeu dans l’autre sens.

Les canons qui ont défini la place du siège de Constantinople font partie des canons qui n’ont qu’une valeur relative parce qu’ils définissent l’organisation de l’Église en fonction de cir­constances historiques particulières ; si ces circonstances chan­gent, ils peuvent être abolis ou modifiés. Ainsi, le canon 28 de Chalcédoine prend des positions tout à fait différentes du canon 6 de Nicée en ce qui concerne l’ordre des Églises et la place du siège d’Alexandrie, et du canon 2 de Constantinople I en ce qui concerne le statut des diocèses d’Asie, du Pont et de Thrace ; ou encore, à la suite du schisme de 1054, le siège de Rome a perdu par rapport à toutes les autres Églises toutes les prérogati­ves que les canons lui accordaient.

S’il s’avérait que l’action du siège de Constantinople était plus nuisible qu’utile à l’Église orthodoxe dans son ensemble, un concile à venir pourrait envisager une réorganisa­tion  de la structure de l’Église analogue à celles auxquelles procédèrent les conciles de Constantinople I et de Chalcédoine. Le patriarcat de Constan­tinople n’a plus en charge, en Turquie même, que mille cinq cents fidèles environ [[xix]], qui pourraient être confiés à un exarque de l’Église de Grèce, à laquelle pourraient être confiées également les régions situées sur le territoire de la Grèce mais qui sont actuellement sous la juridiction du patriar­cat de Cons­tantinople. Le retrait du siège de Constan­tinople permettrait aussi de régler un grand nombre de pro­blèmes survenus dans la diaspora du fait de son interven­tion­nisme intempestif, de sa vo­lonté de puissance ou du fait qu’il est venu y doubler les hiérar­chies existantes, autant de facteurs qui ont été jusqu’à présent des obstacles à la constitution d’Églises locales [[xx]] ; il pourrait permettre aussi de régler le problème de la multiplication de groupes schisma­ti­ques intégristes dans les différentes Églises au cours de ces dernières années, et qui est pour une grande part due au relati­visme dogmatique et ecclésiologique dans lequel le siège de Constantinople a entraîné les autres Églises à travers des insti­tutions et des mouvements dont il a été l’initiateur et l’ani­ma­teur.

Toutes les Églises autocéphales orthodoxes s’entendent à considérer que la juridiction du patriarcat de Constantinople reste limitée au territoire qui lui a été traditionnellement re­connu par les canons, à savoir, selon les dénominations actuel­les : une partie de l’actuelle Turquie, les métropoles du Dodé­canèse, l’Église (semi-autonome) de Crète, les « Nou­veaux territoires » de la Grèce du Nord (Épire, Macédoine, Thrace), les îles de l’archipel d’Égée, le Mont-Athos.

Elles reconnaissent au patriarche de Constantinople des pré­rogatives d’honneur se traduisant concrètement par un rôle de présidence lorsque plusieurs primats sont réunis ou lors d’une célébration liturgique commune, par un rôle d’initiative (par exemple dans la convocation d’un nouveau concile où la publi­cation d’une encyclique exprimant de manière unitaire des po­sitions communes). Elles reconnaissent qu’il est habilité à rece­voir des appels et à en juger avec son synode, dans les limites prescrites par les canons. Mais ces prérogatives doivent s’exer­cer dans le cadre de la synodalité qui caractérise tradition­nel­lement les processus de délibération et de décision de l’Église orthodoxe, et dans le cadre du respect strict des canons qui reconnaissent l’égalité fondamentale de toutes les Églises auto­céphales et l’indépendance de chacune. Le non-respect de la synodalité ne peut que dégénérer en rivalités pour le pou­voir ou l’autorité au sein du monde orthodoxe (comme on l’a vu ces dernières années entre le patriarcat de Constantinople et le patriarcat de Moscou) selon un esprit et un mode de fonction­nement de type politique propre aux États du monde déchu, mais profondément étranger à l’esprit de l’Église, dont le Christ est le seul chef, et où les relations sont régies par des vertus qu’inspire l’Esprit Saint, seule source de paix, de concorde, d’har­monie et d’unité: l’amour et l’humilité.




NOTES





[i]. Dans leur étude sociologique (dont la méthodologie exclut tout parti pris) M. Anastassiadou et P. Dumont parlent d’ « une stratégie d’ancrage dans le monde occidental qui semble aujourd’hui seule capable d’assurer au Phanar les soutiens politiques nécessaires pour échapper à une mort par asphyxie » (Les Grecs d’Istan­­bul et le patriarcat œcuménique au seuil du xxie siècle. Une com­munauté en quête d’avenir, Paris, 2011, p. 137).
[ii]. Cf. ibid., p. 137-138.
[iii]. Comme le souligne le patriarche Alexis II dans sa lettre intitulée Paix, diaspora et division dans l’Église : le canon 28 du IVe concile œcuménique, adressée le 28 mars 2002 au patriarche Bartholomée Ier, la prétention du patriarcat de Constantinople à avoir juridiction sur la diaspora est récente et remonte, comme nous avons dit, aux années 20 du XXe siècle : « Des faits historiques indiqu[e]nt que jusque dans les années vingt du XXe siècle il n’y avait aucune autorité de fait du patriarche de Constantinople sur toute la diaspora orthodoxe dans le monde entier, et qu’il ne prétendait pas non plus à une telle autorité. À titre d’exemple, en Australie la diaspora orthodoxe était initialement desservie par Jérusalem et le patriarcat de Jérusalem y envoyait des prêtres. En Europe occidentale, dès le commencement, les paroisses et les communautés orthodoxes dépendaient canoniquement de leurs Églises mères et non pas de Constantinople, de même que dans d’autres parties du monde où pour suivre l’enseignement du Christ (Mt 28, 1-20) des missionnaires zélés des Églises locales orthodoxes, y compris celle de Constantinople, prêchaient l’Évangile et baptisaient les aborigènes qui devenaient enfants de l’Église, qui les avait éclairés par le baptême. Pour ce qui est de l’Amérique, dès 1794, l’Orthodoxie sur ce continent a été représentée exclusivement par la juri­diction de l’Église russe qui en 1918 regroupait 300 000 orthodoxes de nationalités différentes (Russes, Ukrainiens, Serbes, Albanais, Arabes, Alé­ou­tes, Indiens, Africains, Anglais); y appartenaient également les Grecs ortho­do­xes recevant l’antimension pour leurs paroisses de la part des évêques russes. Une telle situation était reconnue par toutes les Églises locales qui pour les paroisses américaines envoyaient leur clergé dans la juridiction de l’Église orthodoxe russe. Le patriarcat de Constantinople aussi s’en tenait à cette même pratique. Par exemple, lorsque en 1912 les Grecs orthodoxes d’Amé­rique adressèrent une requête pour l’envoi d’un évêque grec à Sa Sainteté le Patriarche de Constantinople Joachim III, le Patriarche ne l’a ni envoyé lui-même, ni n’a adressé cette requête à l’Église orthodoxe de Grèce mais il a recommandé d’en référer à l’Archevêque Platon d’Aléoutie et d’Amérique du Nord afin que cette question soit tranchée par le Saint Synode de l’Église orthodoxe russe. »
[iv]. Comme l’affirme par exemple le métropolite Stéphanos de Tal­linn, « Le 28e canon du IVe concile œcuménique et la diaspora ortho­doxe », page Internet sur le site http://www.orthodoxa.org. Sur ce point, voir aussi les remarques de E. Mélia, « Pentarchie et primauté », dans La Primauté romaine dans la communion des Églises, Paris, 1991, p. 102.
[v]. Sur ce dernier point, voir par exemple l’affirmation du canoniste attitré du Phanar, V. Phidas, selon laquelle le patriarcat de Constantinople est « le garant de la communion ecclésiale de l’Église orthodoxe » (« Le Primat et la conciliarité de l’Église dans la tradition orthodoxe », Episkepsis, 671, 2007).
[vi]. C’est en faveur d’une telle primauté que milite le métropolite Jean (Zizioulas) de Pergame, « Recents Discus­sions on Primacy in Orthodox Theology », dans W. Kasper (éd.), Il ministero petrino. Cattolici e ortodossi in dialogo, Rome, 2004, p. 249-264 ; « Les conférences épiscopales comme institution “Causa nostra agitur” ? Point de vue orthodoxe », dans L’Église et ses insti­tutions, Paris, 2011, p. 170-171 ; « Là où il y a l’eucharistie, il y a l’Église catholique », dans L’Église et ses institutions, p. 233-234.
[vii]. Cf. P. Polakis, Présupposés historiques du primat de l’évêque de Constantinople, Athènes, 1954, p. 82 (en grec) ; Maxime de Sardes, Le Patriar­cat œcuménique dans l’Église orthodoxe, Paris, 1975, p. 131, 138 ; G. Mpoumès, « La Primauté de pouvoir des sièges de Rome-Constantinople. L’exégèse du canon 3 du IIe Concile œcuménique, Theologia, 53, 1982, p. 1084-1101.
[viii]. Métropolite Jean Zizioulas, « La primauté dans l’Église, une approche orthodoxe », dans L’Église et ses institutions, Paris, 2011, p. 224. L’auteur affirme parallèlement que, conformément au même canon, le patriarche de Constantinople ne pourrait pas interférer dans les affaires des autres pa­triar­cats, mais ces deux exigences sont manifestement contradic­toires.
[ix]. Voir G. D. Papathomas, « Les différentes modalités d’exercice de la juridiction du Patriarcat de Constantinople », Istina, 40, 1995, p. 379. Cet article qui, sur plusieurs sujets qu’il aborde, se joue des réalités historiques et géographiques, a été sur certains aspects critiqué par D. Struve, « Réponse au P. Grégoire Papathomas », Le Messager orthodoxe, 141, 2004, p. 73-88.
[x]. Voir par exemple G. D. Papathomas, « Les différentes modalités d’exercice de la juridiction du Patriarcat de Constantinople », Istina, 40, 1995, p. 369-385.
[xi]. Ibid., p. 372 et 380.
[xii]. Sur l’appartenance de Mélétios Métaxakis à la franc-maçonnerie, voir A. Zervuldakis, « Meletios Metaxakis », Tektonikon Deltion : Organos tès Megalès Stoas tès Hellados [Bulletin maçonnique: Organe de la Grande Loge de Grèce], 71, 1967, p. 49-50. La politique réformiste de Mélétios Métaxakis (qui est loin de se limiter à l’introduction du nouveau calendrier) fut inspirée par le président grec Vénizélos, lui-même franc-maçon, selon un programme très précis (voir D. Kitsikis, « Les Anciens calendaristes depuis 1923 et la montée de  l’intégrisme en Grèce », Cahiers d’études sur la Méditerranée orientale et le monde turco-iranien, 17, 1994, p. 3-5). Entre Mélétios et Athénagoras, le patriarche Basile III (1925-1929) fut également franc-maçon (voir V. A.Lambropoulos, Dokoumenta tis Ellinikis Masonias, éd. Yannis V. Vasdhekis, 4e éd., Athènes 1990, p. 340).
[xiii]. Les conflits et tensions les plus récents avec les Églises de Grèce, de Russie et de Roumanie sont évoqués dans l’étude sociologique de M. Ana­s­tas­siadou et P. Dumont, Les Grecs d’Istan­­bul et le patriarcat œcuménique au seuil du xxie siècle. Une com­munauté en quête d’avenir, Paris, 2011, p. 135-137, 149-155.
[xiv]. Voir D. Kitsikis, « Les Anciens calendaristes depuis 1923 et la montée de  l’intégrisme en Grèce », Cahiers d’études sur la Méditerranée orientale et le monde turco-iranien, 17, 1994.
[xv]. Lettre 114, aux Pères du concile de Chalcédoine.

[xvi]. Lettre à Pulchérie.

[xvii]. Déclaration du concile épiscopal (25-29 juin 2008) sur l’unité de l’Église orthodoxe,  trad. fr. dans le Messager de l’Église orthodoxe russe, 10, juillet-août 2008, p. 24-26.

[xviii]. C’est ce que suggère avec finesse le patriarche Alexis II dans sa lettre intitulée Paix, diaspora et division dans l’Église: le canon 28 du ive concile œcuménique adressée au patriarche Bartholomée Ier : « Historiquement, il convient également de constater qu’aussi bien la primauté d’honneur établie par le canon 3 du IIe Concile œcuménique, que les pouvoirs juridictionnels dans les trois diocèses ont été donnés à l’Église de Constantinople uniquement pour des raisons politiques, à savoir parce que la ville où se trouvait son siège a acquis le statut politique de capitale, est devenue “la ville de l’empereur et du sénat”. Ainsi le 28e canon stipule: “Nous prenons la décision au sujet de la préséance de la Très Sainte Église de Constantinople, la Nouvelle Rome. Les pères en effet ont accordé avec raison au siège de l’ancienne Rome la préséance parce que cette ville était la ville impériale. Mus par ce même motif, les 150 évêques aimés de Dieu ont accordé la même préséance au Très Saint Siège de la Nouvelle Rome, pensant à juste titre que la ville honorée de la présence de l’empereur et du sénat et jouissant des mêmes privilèges civils que Rome, l’ancienne ville impériale, devait aussi avoir le même rang supérieur qu’elle dans les affaires d’Église, tout en étant la deuxième après elle.” Nous n’avons pas pour le moment l’intention de nous lancer dans une discussion sur ce thème. Toutefois, il convient de ne pas oublier un fait évident : la situation actuelle de Constantinople après la chute de l’empire byzantin ne justifie absolument pas un recours trop insistant à ce canon, sans parler d’interprétations excessivement élargies à son sujet. »

[xix]. Autour de deux mille selon M. Anastassiadou et P. Dumont, Les Grecs d’Istan­­bul et le patriarcat œcuménique au seuil du xxie siècle. Une com­munauté en quête d’avenir, Paris, 2011, p. 21-22; mais tous ne sont pas orthodoxes pratiquants.
[xx]. Un exemple typique est celui de l’Amérique du Nord, où l’Église, fondée par l’Église russe, avait trouvé les moyens de constituer une Église locale, quand le patriarcat de Constantinople est venu s’y installer, com­promet­tant ce projet. Comme l’explique le patriarche Alexis II dans sa lettre intitulée Paix, diaspora et division dans l’Église : le canon 28 du IVe concile œcumé­nique adressée au patriarche Bartholomée Ier : « Le pluralisme juri­dic­tionnel en Amérique du Nord a commencé en 1921, lorsque a été créé l’“Archevêché grec d’Amérique du Nord et du Sud” sans l’accord de l’Église orthodoxe russe, qui n’en avait pas été informée. C’est justement à ce moment-là qu’ap­paraît ce que vous décrivez : “En dépit des Saints Canons, les Orthodoxes, en particulier ceux qui vivent dans les pays occidentaux, sont divisés en groupes ethnico-raciaux. Les Églises ont à leur tête des évêques choisis pour des consi­dérations ethnico-raciales. Souvent ces derniers ne sont pas seuls dans chaque ville et parfois n’entretiennent pas de bonnes relations et se com­battent”, ce qui “est une honte pour toute l’Orthodoxie et la cause de réactions défavorables qui se retournent contre elle”. Comme nous le voyons, la faute de cette triste situation n’incombe pas à l’Église russe. Au contraire, s’efforçant de faire entrer l’Orthodoxie américaine dans le sillage canonique, en tant qu’Église Mère, en 1970, elle a accordé l’autocéphalie à son Église Fille. Par cet acte, l’Église russe a agi dans les limites de sa juridiction cano­nique, ayant en vue une future décision panorthodoxe concernant le réta­blissement d’une Église orthodoxe locale unique en Amérique. Nous pouvons remarquer que, déjà en 1905, un projet de création de cette Église avait été présenté au Saint Synode par le saint Patriarche Tikhon qui était alors l’archevêque d’Aléoutie et d’Amérique du Nord. Il est triste de constater que la Très Sainte Église de Constantinople n’a pas soutenu l’acte de 1970 et n’a pas contribué à l’union tant souhaitée. Jusqu’à présent, cela reste une cause de discorde et de mécontentement qu’éprouvent de nombreux Orthodoxes en Amérique en ce qui concerne leur statut. »