lundi 3 août 2026

 

Chérissez chaque instant !

Marie Tudor

Photo : Gabriela Pipirig

Tant de moments s'échappent comme de la paille dans le hurlement d'une tempête de neige dévastatrice. Nous nous précipitons, courant après tant de « choses nécessaires » chaque jour. Nous sommes tous pris dans ce tourbillon d'accélération, toujours plus rapide. C'est comme si une force invisible nous poursuivait, nous dérobant des fragments de temps, jusque dans notre éternité par la Grâce. Nous courons après l'avenir, sans nous rendre compte que nous transformons le présent en un passé déserté. Ou bien nous consommons le présent de manière compulsive, sans véritable conscience.

Août sous le soleil. Chaud, clair, le ciel assez vaste pour accueillir chaque âme qui vit sous sa protection.

Sur le chemin de terre, par endroits pavé de gros galets, trois enfants maigres sautent d'un bond, agitant les mains au loin. Dans leurs sauts, on dirait qu'ils ramassent un morceau de ciel et le glissent dans leur carquois. Ils confient leurs sourires et leurs cœurs au vent, et dans sa brise, leurs petites voix cristallines résonnent : Je t'aime ! Je t'aime ! 

Assise sur le seuil, je respire à peine, submergée par l'amour et le désir de ne pas interrompre l'instant. Oui, l'instant… L'instant est un profond mystère… Depuis quelque temps, je perçois ma vie différemment, comme si j'étais sur le point d'entrer dans l'éternité. Car ici, année après année, je réalise combien des saisons entières, une vie authentique, vécue intensément, se sont écoulées. Elles ont simplement disparu. Je ne suis pas non plus une grande adepte de la mémoire cognitive. Les exigences constantes et la diversité des activités quotidiennes brouillent les pistes. Cependant, si un élément précis éveille ma mémoire affective, le flux intérieur de ma vie, alors non seulement je me souviens parfaitement, mais je revis même avec une telle intensité ce qui fut, que mon corps, marqué par les années, a parfois du mal à suivre. C'est une économie que le Seigneur, je crois, permet pour des raisons bien précises. Que Son Nom soit béni à jamais !

Aujourd'hui, par exemple, les grands écoutaient une chanson que j'entendais souvent à l'adolescence. Et même si je n'étais pas très doué à l'époque, et que je ne peux donc pas dire que j'éprouve une nostalgie naturelle pour le passé, je me suis surpris à gémir intérieurement en revivant ces moments. Pourquoi ? Je crois que c'était le bouillonnement de mon désir d'immortalité qui, au plus profond de moi, soupirait face à ce qui était déjà passé, irrémédiablement. 

Tant de moments s'échappent comme de la paille dans le hurlement d'une tempête de neige dévastatrice. Nous nous précipitons, courant après tant de « choses nécessaires » chaque jour. Nous sommes tous pris dans ce tourbillon d'accélération, toujours plus rapide. C'est comme si une force invisible nous poursuivait, nous volant des fragments de temps, de notre temps même d'éternité par la Grâce. Nous courons après l'avenir, sans remarquer comment nous transformons le présent en un passé déserté. Ou bien nous consommons le présent ainsi, comme des consommateurs compulsifs, sans véritable conscience. Mais pour ne pas tomber dans la théorie, je reviens à mon chemin de terre, là où les enfants emplissent mon cœur d'un présent où l'infini suinte. 

Ces intenses réminiscences de ma vie, où les années s'accumulent, où se mêlent les âges du cœur et des émotions, m'ont aidée à chérir l'instant présent. Ce fragment de temps où je suis encore là, maintenant. À chérir ce répit, si bref soit-il, où l'eschatologie (la vie éternelle) peut se glisser.

C’est pourquoi, maintenant, quand les enfants voltigent encore comme des rayons espiègles devant mes yeux, quand les feuilles des arbres, enrichies par l’été, tremblent sous l’archet du violon, je respire légèrement, en paix, tant que je peux partager l’instant avec le Seigneur, pour lui faire une place, toujours plus de place à travers les fissures du temps, avec gratitude. 

Oui, oui, je me souviens combien de fois j'ai compris que le contentement est l'un des arts qui ralentissent le passage. 

Contemplez, je vous remercie sincèrement, j'écoute le silence caché dans la création de Vos mains et je comprends tangiblement que ce moment n'a pas été vain. Comment, par Grâce, il restera dans le Livre de Vie que Vous écrivez… Pardonnez-moi, je vous en prie, chacun des instants passés sans Vous, errant seul dans mon labyrinthe. Je souhaite un temps où je pourrai, par Votre souvenir, reprendre chaque âge, chaque heure. Afin qu'en toute chose je puisse dire : venez ici aussi, mon Seigneur ! Venez et prenez place en nous ! Emplissez cet instant de Votre présence, baignez-le dans les eaux de Votre pardon !… Guérissez-le du néant que j'ai laissé entrer, car je ne Vous ai pas fait participer…

…puis les enfants rapetissent, rapetissent à l’horizon toujours plus vaste du champ verdoyant, sous le ciel clair. Regarde-les, Seigneur, regarde-les… ​​Vois, ils sont comme des points qui sautent. Toi seul les connais. Tu es avec moi ici, avec eux là-bas, vibrant en eux, vibrant d’émotions et de couleurs ! Couvre-les, guide-les par l’Esprit Saint pour qu’ils vivent leur vie ! Telle que Tu l’as conçue. Aujourd’hui, nous nous trouvons devant Ton Visage, sur le divan du choix du Jugement. Et voici, je chéris cet instant comme le dernier.

Le bosquet halète en attendant le chant d'un oiseau, et mon répit s'achève dans de mystérieux silences.

Il ne reste qu'une trace d'un mot dans le murmure...

Chérissez l'instant... 

vivez-le 

à l'idée de passer, 

du passage 

sans retour.

Pesez-le. 

au prix de l'éternité...

et dans sa cachette

Fabriquez-en un vous-même 

avec Celui qui est.

 Source : Doxologia.ro