samedi 2 mai 2026

 

La loi spirituelle des prémices

Alexei Terechchenko

    


La Bible donne un commandement explicite : « Tu apporteras à la maison de l’Éternel, ton Dieu, les prémices des premiers fruits de ta terre » (Exode 23,19). Lorsque la première grappe de raisin ou la première gerbe de blé mûrissait, un Israélite l’apportait au temple.


Que signifie cela ? Les prémices sont la récolte la plus attendue ! Elles recèlent la plus grande part de nos désirs terrestres et humains. Les offrir à Dieu, c’est vaincre l’avidité à la racine même. Nous offrons au Seigneur une petite portion afin de sanctifier notre droit d’utiliser tout le reste. Comme l’écrit l’apôtre Paul : « Si les prémices sont saintes, la masse l’est aussi » (Épître aux Romains 11,16). Bien que dans ce passage il parle des ancêtres , le principe demeure : la sanctification du commencement est liée à la sanctification de tout le chemin.

Nous donnons au Seigneur une petite part afin de sanctifier notre droit d'utiliser tout le reste.

Cette tradition n'est pas un lointain souvenir ; elle est bien vivante. Voyez ceux qui apportent à l'église un panier des meilleures pommes de la première récolte, ou les plus belles tulipes de leur jardin. C'est une façon de répondre à la question de l'Écriture : « Qu'as-tu que tu n'aies reçu ? » (1 Corinthiens 4,7), et de dire : « La terre appartient à l'Éternel, et tout ce qu'elle renferme… » (Psaume 23,1).

Mais si tout est clair concernant le jardin, qu'en est-il du temps ? Le temps est notre moisson moderne. Et là, la loi des prémices s'applique tout autant.

La première pensée est le « premier-né » de notre esprit

Si nous l'offrons à Dieu (« Gloire à Toi qui nous as éclairés ! »), nous sanctifions le cours de nos pensées pour la journée à venir. Se lever pour prier avant même de prendre son téléphone, d'ouvrir un livre ou de s'asseoir pour déjeuner, c'est notre prémice spirituelle. Nous offrons à Dieu les toutes premières minutes, encore ensommeillés. Voilà notre offrande.    

Pourquoi pas « plus tard » ?

Si, dès le matin, nous laissons notre esprit vagabonder en pensées futiles, il nous sera bien plus difficile par la suite de nous concentrer sur Dieu. Imaginez un instrument de musique : si vous commencez à en jouer sans l’accorder, toute la musique sera fausse.

La prière du matin est l'accord de notre âme. Quinze ou vingt minutes de prière matinale suffisent à sanctifier le reste de la journée. Elle devient alors non plus une simple routine, mais un service. Et lorsque, à midi, la colère envers un collègue ou l'irritation dans une file d'attente vous submergent, ce « prémice » agira comme une protection. Il suffit de se souvenir : j'ai offert cette journée au Seigneur ce matin – puis-je maintenant la souiller par ma colère ?

Comment cela peut-il être transmis aux enfants ?

Souvent, les parents partent travailler avant même que leurs enfants n'ouvrent les yeux. Comment donner l'exemple sans transformer la foi en un discours ennuyeux ? Les enfants, petits et grands comme adolescents têtus, perçoivent très bien l'atmosphère.

Si un parent se lève à cinq heures du matin et prie, un parfum de paix imprègne la maison. Notre prière dans une cuisine vide est un gage de la protection du foyer. Comme le disait saint Jean Chrysostome : « Là où règnent la prière et l’action de grâce, la présence du Saint-Esprit se manifeste clairement, les démons sont mis en fuite et toute puissance hostile s’en va. » ¹

Et si les enfants n'écoutent pas du tout ? Si leur Smartphone est plus proche d'eux qu'un livre de prières, et que rien ne semble fonctionner ? Ne désespérons pas ! Nous avons toujours la possibilité de demander l'aide de Dieu lui-même et de sa Mère très pure. Ils sont les Parents de chacun de nous et n'abandonneront jamais leurs enfants. Si nos propres paroles ne suffisent pas, demandons-leur – ils nous aideront assurément, trouvant le moyen de toucher le cœur là où nous sommes impuissants. L'essentiel, c'est notre propre exemple et notre confiance.

Conclusion

Notre journée est comme un champ vierge, et les prémices déterminent ce qui y poussera. Qu'elle ne commence ni par un café, ni par les actualités, mais que le premier élan de notre âme soit l’action de grâce , et le premier geste, le signe de la croix . Il ne s'agit pas d'une simple tradition. C'est le droit de tracer une limite : ici est le royaume de Dieu, ici est sa paix. De ce petit pas naît une vie riche avec Dieu.

Alexei Tereshchenko
Traduction par OrthoChristian.com

Pravoslavie.ru

5/1/2026

1  Saint Hiérarque Ilya (Minyati), « Homélie de louange en l’honneur de la Théotokos (pendant le jeûne de la Dormition) »,  https://pravoslavie.ru/1444.html .