La loi
spirituelle des prémices
La Bible donne un
commandement explicite : « Tu apporteras à la maison de l’Éternel,
ton Dieu, les prémices des premiers fruits de ta terre » (Exode 23,19).
Lorsque la première grappe de raisin ou la première gerbe de blé mûrissait, un
Israélite l’apportait au temple.
Que signifie cela ? Les prémices sont la récolte la plus
attendue ! Elles recèlent la plus grande part de nos désirs terrestres et
humains. Les offrir à Dieu, c’est vaincre l’avidité à la racine même. Nous
offrons au Seigneur une petite portion afin de sanctifier notre droit
d’utiliser tout le reste. Comme l’écrit l’apôtre Paul : « Si les
prémices sont saintes, la masse l’est aussi » (Épître aux Romains 11,16).
Bien que dans ce passage il parle des ancêtres , le
principe demeure : la sanctification du commencement est liée à la
sanctification de tout le chemin.
Nous
donnons au Seigneur une petite part afin de sanctifier notre droit d'utiliser
tout le reste.
Cette tradition n'est pas un lointain souvenir ; elle est
bien vivante. Voyez ceux qui apportent à l'église un panier des meilleures
pommes de la première récolte, ou les plus belles tulipes de leur jardin. C'est
une façon de répondre à la question de l'Écriture : « Qu'as-tu que tu
n'aies reçu ? » (1 Corinthiens 4,7), et de dire : « La
terre appartient à l'Éternel, et tout ce qu'elle renferme… » (Psaume
23,1).
Mais si tout est clair
concernant le jardin, qu'en est-il du temps ? Le temps est
notre moisson moderne. Et là, la loi des prémices s'applique tout autant.
La
première pensée est le « premier-né » de notre esprit
Si nous l'offrons à Dieu (« Gloire à Toi qui nous as éclairés
! »), nous sanctifions le cours de nos pensées pour la journée à venir. Se
lever pour prier avant même de prendre son téléphone, d'ouvrir un livre ou de
s'asseoir pour déjeuner, c'est notre prémice spirituelle. Nous offrons à Dieu
les toutes premières minutes, encore ensommeillés. Voilà notre offrande.
Pourquoi
pas « plus tard » ?
Si, dès le matin, nous laissons notre esprit vagabonder en
pensées futiles, il nous sera bien plus difficile par la suite de nous
concentrer sur Dieu. Imaginez un instrument de musique : si vous commencez
à en jouer sans l’accorder, toute la musique sera fausse.
La
prière du matin est l'accord de notre âme. Quinze ou vingt minutes de
prière matinale suffisent à sanctifier le reste de la journée. Elle devient
alors non plus une simple routine, mais un service. Et lorsque, à midi, la colère envers
un collègue ou l'irritation dans une file d'attente vous submergent, ce «
prémice » agira comme une protection. Il suffit de se souvenir : j'ai
offert cette journée au Seigneur ce matin – puis-je maintenant la souiller par
ma colère ?
Comment
cela peut-il être transmis aux enfants ?
Souvent, les parents partent travailler avant même que leurs
enfants n'ouvrent les yeux. Comment donner l'exemple sans transformer la foi en
un discours ennuyeux ? Les enfants, petits et grands comme adolescents
têtus, perçoivent très bien l'atmosphère.
Si un
parent se lève à cinq heures du matin et prie, un parfum de paix imprègne la
maison. Notre prière dans une cuisine vide est un gage de la
protection du foyer. Comme le disait saint Jean Chrysostome :
« Là où règnent la prière et l’action de grâce, la présence du
Saint-Esprit se manifeste clairement, les démons sont mis en fuite et toute
puissance hostile s’en va. » ¹
Et si les enfants n'écoutent pas du tout ? Si leur Smartphone
est plus proche d'eux qu'un livre de prières, et que rien ne semble fonctionner
? Ne désespérons pas ! Nous avons toujours la possibilité de demander l'aide de
Dieu lui-même et de sa Mère très pure. Ils sont les Parents de chacun de nous
et n'abandonneront jamais leurs enfants. Si nos propres paroles ne suffisent
pas, demandons-leur – ils nous aideront assurément, trouvant le moyen de
toucher le cœur là où nous sommes impuissants. L'essentiel, c'est notre propre
exemple et notre confiance.
Conclusion
Notre journée est comme un champ vierge, et les prémices
déterminent ce qui y poussera. Qu'elle ne commence ni par un café, ni par les
actualités, mais que le premier élan de notre âme soit l’action de grâce ,
et le premier geste, le signe de la croix . Il ne s'agit pas d'une simple tradition.
C'est le droit de tracer une limite : ici est le royaume de Dieu, ici est
sa paix. De ce petit pas naît une vie riche avec Dieu.
Alexei Tereshchenko
Traduction par OrthoChristian.com
5/1/2026
1 Saint
Hiérarque Ilya (Minyati), « Homélie de louange en l’honneur de la Théotokos
(pendant le jeûne de la Dormition) », https://pravoslavie.ru/1444.html .