La parabole du semeur
contre les champs stériles
des syncrétismes idéologiques
Photo : Magda Buftea
Le christianisme n'est pas une idéologie qui cherche à transformer le monde par la force ou le spectacle, mais un Mystère qui aspire à transformer le cœur humain par la persévérance et la foi. Prions le Seigneur de nous donner la force de rejeter les semailles stériles de ce siècle et de laisser la Semence de son Évangile porter du fruit en nous, jour après jour, dans la patience, par des actes de lumière.
Le 21e dimanche après la Pentecôte. Dimanche consacré au VIIe
Concile œcuménique. Que signifie ce Concile aujourd'hui, alors que nous donnons
notre avis à tout-va sur Facebook et que nous donnons l'impression, à ceux que
nous croisons par nos lectures, d'être plus importants que toute la Tradition
de l'Église ? Quand le monde de la communion s'effondre, quelle importance ont
encore les témoignages de communion ? J'ose dire que l'Évangile d'aujourd'hui
nous prend, d'une certaine manière, au dépourvu – précisément parce qu'il nous
trouve bien trop sûrs de la qualité du terreau de nos cœurs. Nous sommes en
plein jour, un jour où le Christ sème non pas comme un agriculteur paniqué par
la moisson, mais comme un Dieu débordant d'amour. La parabole du semeur,
souvent lue à la rentrée scolaire ou universitaire, n'est pas une leçon
d'agronomie antique, mais la radiographie exacte de l'âme humaine face à la
vérité. Le Christ répand la semence du Verbe partout : sur le chemin, sur le
rocher, parmi les épines et sur la bonne terre. Il ne « sélectionne pas le
personnel », il n'établit pas de filtres d'accès, mais Il se donne entièrement.
Le problème ne réside jamais dans le Semeur ni dans la Semence, mais dans la
nature du sol qui la reçoit.
Pour saisir la portée dramatique de ce texte dans le monde
actuel, il nous faut dépasser la métaphore agricole et observer à quoi
ressemblent aujourd'hui les semailles stériles de l'idéologie qui assaille nos
esprits. Aujourd'hui, le Christ Semeur se heurte à une concurrence bruyante. Le
monde regorge de « semeurs » à l'œuvre : écrans, algorithmes, courants
d'opinion et idéologies qui promettent des recettes miracles pour le bonheur,
mais qui ne font rien d'autre que transformer nos cœurs en un obstacle, une
pierre stérile ou un buisson d'épines. L'idéologie moderne ne souhaite pas que
vous portiez du fruit pour le Ciel, elle veut seulement que vous vous
conformiez au courant. Elle ne recherche pas votre transformation intérieure,
mais seulement votre endoctrinement idéologique, fondé sur l'illusion que tout
doit se faire vite, maintenant et sans effort.
Examinons-les un à un, tels que le Sauveur nous les décrit.
Premièrement, il y a la semence tombée au bord du chemin, celle qui est foulée
aux pieds et mangée par les oiseaux du ciel. Le Christ l’explique
clairement : « Ceux qui sont au bord du chemin sont ceux qui entendent,
mais le diable vient et enlève la parole de leur cœur, de peur qu’ils ne
croient et ne soient sauvés » (Luc 8,12). Le chemin est l’image de l’homme
dispersé, du boulevard où défilent toutes les opinions du monde sans qu’aucune
ne s’arrête. C’est le sol foulé aux pieds par tant d’idéologies passagères que
rien ne peut prendre racine. Nous sommes bombardés de milliers de messages par
jour, nous devenons experts en tout et ne connaissons rien. Lorsque notre cœur
devient un point de passage pour tous les bruits du monde, la Parole de Dieu
n’a même pas le temps de toucher le sol ; elle est foulée aux pieds par la
superficialité.
Vient ensuite le terrain rocailleux. « Ceux qui sont sur le
roc, ce sont ceux qui, lorsqu’ils entendent la parole, la reçoivent avec joie ;
mais ils n’ont pas de racines ; ils croient pour un temps, mais au moment de
l’épreuve, ils abandonnent » (Luc 8, 13). C’est le piège le plus subtil des
idéologies actuelles : l’enthousiasme de façade, le christianisme émotionnel du
dimanche, qui ne coûte rien. Nous aimons être chrétiens quand tout est facile,
quand il y a des bougies et des chants chaleureux, mais dès que l’idéologie du
moment nous demande de sacrifier notre confort, de nous laisser influencer ou
d’aller à contre-courant, nous nous desséchons instantanément. Les idéologies
d’aujourd’hui haïssent la profondeur et les racines ; elles veulent des gens «
sur le roc », facilement manipulables, qui réagissent au premier stimulus
émotionnel, mais qui n’opposent aucune résistance face à la souffrance ou à la
persécution insidieuse. La catégorie la plus douloureuse demeure cependant – de
mon humble point de vue, bien que toutes soient des souffrances réelles de la
vie avec le Christ – celle de la graine tombée parmi les épines. « Ceux qui sont
tombés parmi les épines, ce sont ceux qui entendent la parole, mais qui, en
chemin, sont étouffés par les soucis, les richesses et les plaisirs de la vie,
et deviennent infructueux » (Luc 8,14). Cette image décrit parfaitement
l’idéologie de la réussite matérielle, du confort à tout prix et d’un
individualisme débridé. Les épines modernes ne sont pas nécessairement des
péchés qui crient vers le ciel, mais plutôt les « soucis de la vie » érigés en
idoles. Nous sommes tellement occupés à assurer notre avenir matériel,
tellement stressés par les normes que nous impose la société de consommation,
que la Parole de Dieu finit par nous étouffer. Nous nous laissons étouffer par
l’idéologie selon laquelle « on est ce qu’on possède », oubliant qu’aux yeux de
Dieu, on n’est que ce qu’on aime.
Dans son Épître aux Galates, le saint apôtre Paul nous met en
garde avec une extrême sévérité contre ce faux sermon : « Ne vous y trompez pas
: on ne se moque pas de Dieu. Ce qu’un homme aura semé, il le moissonnera
aussi. Celui qui sème pour sa chair moissonnera de la chair la corruption ;
mais celui qui sème pour l’Esprit moissonnera de l’Esprit la vie éternelle »
(Galates 6, 7-8). Les idéologies du monde nous incitent sans cesse à semer
selon la chair, à l’image de Dieu, avec orgueil et en nous croyant justes, nous
promettant la liberté. Mais le résultat est toujours le même : une moisson
stérile d’anxiété, de solitude et de division.
Le Christ, notre Seigneur, nous appelle aujourd’hui à préparer
le terrain et à comprendre que la véritable fécondité spirituelle ne se soumet
pas aux lois de la vitesse d’Internet. Elle exige du temps, de l’attente et une
immense persévérance. Le Sauveur nous dit clairement que la bonne terre est
celle qui reçoit la Parole « avec un cœur pur et bon, la retient et porte du
fruit avec patience » (Luc 8,15). Combien ce mot, « patience » , est difficile
à comprendre pour nous ! Nous vivons dans une culture de la gratification
immédiate, où si un site web ne se charge pas en trois secondes, nous nous emportons.
Nous voulons la sainteté instantanée, une guérison instantanée et une
transformation sans douleur. Or, dans le Royaume de Dieu, il n’y a pas de
raccourcis. La patience spirituelle, c’est précisément la capacité de
persévérer quand on a l’impression que rien ne change, de continuer à prier
quand le ciel semble lourd et de continuer à pardonner quand on est de nouveau
blessé. C’est la garantie que nos racines plongent profondément, là où les
épines des idéologies ne peuvent plus les étouffer et où l’ardeur des
tentations ne peut plus les dessécher. Comme l’a dit le saint apôtre
Paul : « Or, le fruit de l’Esprit, c’est l’amour, la joie, la paix,
la patience, la bonté, la fidélité, la douceur, la maîtrise de soi »
(Galates 5, 22-23). La
patience n’est pas une simple attente passive, mais la résistance active de
l’amour face au temps.
Lorsque nous quittons l'église après chaque liturgie, prenons
un moment pour réfléchir à la terre que nous voulons être la semaine suivante.
Refuser de se laisser manipuler par la haine, c'est nettoyer la roche. Prendre
le temps de prier et de s'occuper de son enfant, c'est enlever les épines. Être
patient face aux faiblesses de son prochain et ne pas le juger à la première
erreur, c'est transformer le chemin battu en terre fertile. Le christianisme
n'est pas une idéologie qui cherche à changer le monde par la force ou le
spectacle, mais un Mystère qui veut transformer le cœur de l'homme par la
constance et la foi. Demandons au Seigneur de nous donner la force de rejeter
les semailles stériles de ce siècle et de laisser la Semence de son Évangile
porter du fruit en nous, jour après jour, dans la patience, par des actes de
lumière. Apprenons de lui !
Source : Doxologia.ro
