vendredi 28 août 2026

 

La maladie du corps, 

vers la sagesse de l'âme

Révérend Prof. Univ. Dr Ioan C. Teșu

« Sans souffrance, point de couronne ; sans lutte, point de récompense ; sans scène, point d’honneur ; sans chagrin, point de repos ; sans hiver, point d’été. »

 

Saint Jean Chrysostome (†407) est le plus grand orateur chrétien. Son œuvre est une source inépuisable d'enseignements et de conseils spirituels, non seulement pour les ministres du culte, mais aussi pour tout chrétien aspirant à une vie spirituelle intense et désireux de progresser moralement. Parmi les thèmes largement analysés par le Saint-Père figurent la souffrance et la maladie.

La vie chrétienne – une alternance entre plaisir et douleur, joies et peines

Avant la chute, nos ancêtres Adam et Ève ignoraient la souffrance, la maladie, la douleur et la mort. Celles-ci sont entrées dans la nature humaine et ont été transmises à toute l'humanité, conséquences du péché originel. Après la chute, l'homme, conscient des effets de la douleur, cherche à l'éviter en se réfugiant dans les plaisirs qui, pourtant, ne lui offrent ni le vrai bonheur ni un accomplissement pur et profond, mais l'enfoncent davantage dans l'enfer du péché et des passions. 

Connaissant cette fuite de l'homme devant la douleur et sa recherche du plaisir, Dieu a institué, dans sa vie et en vertu de son omniscience, une alternance de ces deux états. Ainsi, la douleur est apaisée par la joie, et la joie, si elle n'est pas vécue avec pureté et élévation, devient source de douleur, de souffrance et de maladies physiques et spirituelles. De cette manière, « Dieu ne nous laisse pas dans un état de bonheur continu, ni dans un état de souffrance continue. Il nous accorde des périodes de tranquillité et de paix pour nous réconforter et nous reposer, mais, de temps à autre, plus ou moins fréquemment, il nous envoie aussi des tentations et des épreuves. Dans certains cas, bien sûr, il tarde à nous épargner les malheurs. Pourquoi ? Afin que nous pensions à lui et nous rapprochions de lui, afin que nous nous tournions vers lui et lui demandions de l'aide. C'est pourquoi il permet la douleur, la maladie, le malheur, la faim et autres maux. » 

Ce n'est pas la présence d'épreuves et de tribulations, de souffrances et de maladies qui devrait nous inquiéter et nous effrayer, selon saint Jean Chrysostome, mais leur absence, dans une vie caractérisée par les péchés et les passions. Car il dit : « C'est surtout lorsque tout va bien pour nous que nous devrions nous affliger, alors que nous menons une vie pleine de péchés. Nous devons toujours craindre lorsque nous péchons, mais surtout lorsque nous n'avons pas de soucis. Si Dieu devait nous punir pour chaque péché séparément, le châtiment serait léger pour nous ; mais lorsqu'il fait preuve de patience pour chaque péché que nous commettons, un châtiment plus grand s'abat sur nous, car nous persistons dans ces péchés. Si ceux qui accomplissent des actes de vertu doivent souffrir, combien plus souffrent les pécheurs. » 

Cette alternance entre joies et peines, santé et maladie, est nécessaire à la vie et à l'élévation spirituelle. Le moment de leur apparition, leur durée ou leur apaisement témoignent de l'omniscience et de la divine Providence de Dieu. « L'âme humaine, enseigne saint Jean Chrysostome, a besoin de ces deux remèdes : la dureté et la bonté. C'est pourquoi Dieu gouverne ainsi le monde ; tantôt il querelle, tantôt il épargne, et il ne laisse pas seulement les bons ou seulement les méchants seuls sur terre. De même qu'il fait tantôt nuit, tantôt jour ; tantôt été, tantôt hiver, de même dans la vie humaine, il y a tantôt douleur, tantôt joie ; tantôt maladie, tantôt santé. Ne soyons pas surpris d'être malades, car il faut s'étonner d'être en bonne santé ; ne soyons pas troublés par la souffrance, car il faut l'être par la joie. Tout, dans son ensemble, arrive naturellement et habituellement. »

Les origines de la maladie et de la souffrance

Démontrant que « si la mort, le plus grand des maux, trouve sa racine et son fondement dans le péché, il en va de même pour la plupart des maladies », saint Jean Chrysostome identifie le péché ancestral et les péchés personnels comme la cause ultime de tous les maux, souffrances et maladies. La plupart des maladies physiques « trouvent leur origine dans l’orgueil, l’intempérance, l’ivrognerie et la paresse ». De ce point de vue, la parole de saint Jean Chrysostome est catégorique : par les souffrances et les maladies corporelles, « Dieu punit le corps afin de rendre l’âme sage ». 

À l’instar d’un médecin avisé, le Père céleste, connaissant notre âme et sachant comment la conduire au repentir et au salut, « tantôt nous permet d’agir bien, tantôt, pour nous éprouver, nous soumet à des épreuves. Si nous sommes vertueux, à travers le flot des épreuves, nous rayonnons davantage et attirons sur nous la bienveillance ; si nous sommes pécheurs et que nous accueillons le flot des épreuves avec gratitude, nous nous débarrassons du lourd fardeau du péché et obtenons un grand pardon. »

Méditant sur la présence de la souffrance et de la maladie dans la vie humaine, le Saint-Père identifie cinq causes générales aux épreuves, aux troubles, aux passions et aux maladies humaines : « premièrement, afin que vous ne soyez pas orgueilleux de la grandeur des dons reçus au Baptême ; deuxièmement, afin que vous restiez humbles et ne soyez pas orgueilleux de la grandeur des dons reçus au Baptême, car les épreuves peuvent vaincre votre courage ; troisièmement, afin que le diable rusé, qui doute encore de votre éloignement de lui, soit convaincu, par les épreuves qu’il vous soumet, que vous l’avez abandonné, vous éloignant définitivement de lui ; quatrièmement, afin que vous deveniez, par les épreuves, plus forts encore que le fer ; cinquièmement, afin que vous obteniez une preuve évidente des trésors qui vous ont été confiés. »

Même si elles ont une valeur sotériologique, menant au pardon des erreurs passées, la souffrance et la maladie ne doivent pas être recherchées, sollicitées ou provoquées, car le Saint-Père recommande de « ne pas aller vers les épreuves, mais de les fuir et de les éviter ». 

Connaissant leurs véritables causes et s'efforçant de déchiffrer leur profonde signification spirituelle, le véritable chrétien ne devrait pas s'attrister lorsqu'elles se manifestent et prennent racine dans sa vie, mais devrait au contraire se tourner vers leur but positif et salvifique, car, si les péchés nous éloignent de Dieu, les épreuves et les maladies, en révélant la vulnérabilité de notre nature, nous ouvrent à la possibilité de faire appel à l'aide divine et de la recevoir. 

Soulignant que la maladie est un châtiment pour nos péchés, saint Jean Chrysostome demande : « Dites-moi, je vous en prie, pourquoi êtes-vous tristes ? Vous devriez vous réjouir, et non vous affliger, car, à cause de la maladie, vos péchés sont effacés et vous n’êtes pas condamnés avec le monde (1 Corinthiens 11, 32). Celui qui s’afflige ne devrait pas s’affliger parce qu’il est puni, mais parce que, par ses péchés, il irrite Dieu. Les péchés nous éloignent de Dieu et font de lui notre ennemi, tandis que les châtiments nous réconcilient avec lui et le rendent miséricordieux et proche de nous. » 

« L'école des problèmes » – Le vrai martyre

Même dans les souffrances et les maladies les plus terribles, celui qui a atteint une compréhension spirituelle des événements de sa vie, heureux ou douloureux, ne se décourage pas et ne désespère pas, sachant que tout cela, bon ou difficile, fait partie du plan de son salut. Ce n’est pas un signe d’abandon ou d’indifférence de la part de notre Père céleste, mais un signe de son amour profond et patient, de sa sollicitude, dont le but est notre salut et le bonheur éternel dans la vie à venir. 

Fort de cette profonde compréhension de la vie, saint Jean Chrysostome nous recommande : « Ne nous laissons jamais abattre et ne considérons jamais les épreuves comme la preuve que Dieu nous a abandonnés ou négligés ! Au contraire, qu’elles soient pour nous la preuve la plus éclatante de sa sollicitude. Si le poids de nos péchés nous accable, nous pourrons nous en alléger en faisant preuve de patience dans l’épreuve et en rendant grâce à Dieu ; et si nos péchés sont peu nombreux, nous bénéficierons d’une bienveillance encore plus grande de sa part en endurant les épreuves avec gratitude. Généreux et soucieux de notre salut, notre Maître place souvent devant nous, comme une école, des vagues d’épreuves et de luttes, afin que, faisant tout notre possible, nous goûtions pleinement à sa sollicitude. » 

La « fournaise des tribulations », « l’école des souffrances » et le lit de la maladie sont des leçons dures et douloureuses, mais la récompense de ce véritable martyre est aussi à la mesure de nos épreuves et de notre patience, ou, comme le dit le même Saint-Père : « Sans souffrance, point de couronne ; sans lutte, point de récompense ; sans scène, point d’honneur ; sans chagrin, point de repos ; sans hiver, point d’été. » 

 

Source : Doxologia.ro

Photo : Oana Nechifor