Comment forgeons-nous
notre identité chrétienne
à l'ère du relativisme ?
Photo : Alexandru Ștefănescu
Aujourd'hui, la psychologie tend à définir l'identité par la normalité de l'imperfection (le péché), évitant ainsi le concept même de péché pour ne pas blesser ni remettre en cause la condition humaine du patient.
Ce relativisme donne une fausse impulsion à l'argument de la
normalité : si une pulsion est perçue comme naturelle, cela signifie qu'il
faut l'accepter telle quelle. Être pécheur est un mal passager, un vêtement
souillé qu'il faut laver, et non une identité dans laquelle on resterait
prisonnier.
L’identité chrétienne ne consiste pas à se parer d’un costume
de mariage pour le dimanche, mais à accepter pleinement l’image et la
ressemblance divines au-dessus de notre ego limité. La plus grande clarté se
trouve dans la confession du saint apôtre Paul : « Ce n’est plus moi
qui vis, c’est Christ qui vit en moi » (Galates 2, 28).
Cette liberté, qui semble paradoxale dans le cadre du
déterminisme du monde, se manifeste par un état eucharistique permanent. La
communion ne doit pas être un réflexe mécanique ni un moment ponctuel dicté par
le calendrier. L’union avec le Christ est un choix conscient, renouvelé sans
cesse, à chaque instant de notre vie. C’est l’idéal vers lequel nous devons
tendre si nous assumons pleinement notre identité chrétienne. Nous sommes tenus
de nous efforcer de dépasser notre plein potentiel, même par petits pas, en
nous engageant courageusement face aux défis de notre époque.
Aujourd'hui,
la psychologie tend à définir l'identité par la normalité de l'imperfection (du
péché), évitant ainsi le concept même de péché pour ne pas blesser ni
compromettre la condition humaine du patient. Le relativisme donne
un élan illusoire à l'argument de la normalité : si une pulsion est perçue
comme naturelle, cela signifie qu'il faut l'accepter telle quelle. N'oublions
pas que l'autojustification par inertie et l'influence des traumatismes passés,
conjuguées à la médiocrité spirituelle de notre entourage, constituent, selon
saint Païssios, une forme de souillure spirituelle, d'égoïsme : «
L'autojustification n'a rien à voir avec la vie spirituelle. Elle est le fruit
de l'orgueil et de l'égoïsme qui nous retiennent à la terre et nous font perdre
la soif de Dieu. » Le christianisme, en
revanche, opère une distinction radicale : nous accueillons le pécheur, mais
nous rejetons catégoriquement la pathologie du péché.
Être pécheur est un fléau passager, un vêtement souillé à
laver, non une identité dans laquelle nous resterions prisonniers des lois
de la physique et de la biologie. Nous existons au-delà des lois de la
mécanique et du chaos statistique de la thermodynamique. Nous ne sommes pas de
simples cerveaux de Boltzmann – des entités hypothétiques apparues par hasard
de l'entropie de l'univers – mais des êtres dotés de volonté, de sentiments et
de raison, capables de tendre la main vers Dieu par-delà les limites de
l'héritage adamique.
Les nouveaux courants dogmatiques véhiculés par les voies
occidentales tendent à minimiser le rôle et l'importance de l'identité
chrétienne. Le danger des nouvelles théologies, qui promettent le salut par la
simple acceptation intellectuelle du Christ, sans transformation concrète,
constitue une menace sérieuse. L'union organique avec le Sauveur
présuppose la crainte filiale de Dieu, la crainte de ne pas offenser un Père
qui nous accueille toujours et nous tend sans cesse la main du fils
prodigue.
L'amour divin (le chemin vers l'arbre sotériologique) est le
désir de transcender sa condition, en passant par les étapes de la foi (pistis)
à la connaissance (gnosis) et de la connaissance à l'amour (agapè), comme le
suggérait Clément d'Alexandrie (Stromates VII) : « La foi est donc
une brève connaissance des choses indispensables ; et la connaissance
(gnosis) est la démonstration forte et certaine de celles reçues par la foi…
Elle conduit à l'amour désintéressé, et l'amour conduit à la connaissance de
Dieu (…). Le premier pas du changement est celui du paganisme à la foi ;
le second, celui de la foi à la connaissance ; et ceci, menant à l'amour,
fait de celui qui connaît un ami de celui qui est connu. » L'âme est
sculptée par les empreintes des bonnes actions, de la prière et des
prosternations, toutes animées par une énergie incréée – la véritable substance
spirituelle.
Si vous parvenez parfois à réussir un examen sans préparation
en copiant, ne prétendez pas pouvoir tricher à l'examen du salut. On ne peut
tricher à l'examen de l'identité spirituelle perpétuelle de chrétien. D'autant
plus que, contrairement aux examens scolaires, on ne sait jamais quand la
cloche sonnera la fin.
Source : Doxologia.ro