jeudi 2 juillet 2026

 

Comment forgeons-nous 

notre identité chrétienne 

à l'ère du relativisme ?

Paul-André Ungureanu

Photo : Alexandru Ștefănescu

Aujourd'hui, la psychologie tend à définir l'identité par la normalité de l'imperfection (le péché), évitant ainsi le concept même de péché pour ne pas blesser ni remettre en cause la condition humaine du patient.

Ce relativisme donne une fausse impulsion à l'argument de la normalité : si une pulsion est perçue comme naturelle, cela signifie qu'il faut l'accepter telle quelle. Être pécheur est un mal passager, un vêtement souillé qu'il faut laver, et non une identité dans laquelle on resterait prisonnier.

L’identité chrétienne ne consiste pas à se parer d’un costume de mariage pour le dimanche, mais à accepter pleinement l’image et la ressemblance divines au-dessus de notre ego limité. La plus grande clarté se trouve dans la confession du saint apôtre Paul : « Ce n’est plus moi qui vis, c’est Christ qui vit en moi » (Galates 2, 28).

Cette liberté, qui semble paradoxale dans le cadre du déterminisme du monde, se manifeste par un état eucharistique permanent. La communion ne doit pas être un réflexe mécanique ni un moment ponctuel dicté par le calendrier. L’union avec le Christ est un choix conscient, renouvelé sans cesse, à chaque instant de notre vie. C’est l’idéal vers lequel nous devons tendre si nous assumons pleinement notre identité chrétienne. Nous sommes tenus de nous efforcer de dépasser notre plein potentiel, même par petits pas, en nous engageant courageusement face aux défis de notre époque.

Aujourd'hui, la psychologie tend à définir l'identité par la normalité de l'imperfection (du péché), évitant ainsi le concept même de péché pour ne pas blesser ni compromettre la condition humaine du patient. Le relativisme donne un élan illusoire à l'argument de la normalité : si une pulsion est perçue comme naturelle, cela signifie qu'il faut l'accepter telle quelle. N'oublions pas que l'autojustification par inertie et l'influence des traumatismes passés, conjuguées à la médiocrité spirituelle de notre entourage, constituent, selon saint Païssios, une forme de souillure spirituelle, d'égoïsme : « L'autojustification n'a rien à voir avec la vie spirituelle. Elle est le fruit de l'orgueil et de l'égoïsme qui nous retiennent à la terre et nous font perdre la soif de Dieu. » Le christianisme, en revanche, opère une distinction radicale : nous accueillons le pécheur, mais nous rejetons catégoriquement la pathologie du péché.

Être pécheur est un fléau passager, un vêtement souillé à laver, non une identité dans laquelle nous resterions prisonniers des lois de la physique et de la biologie. Nous existons au-delà des lois de la mécanique et du chaos statistique de la thermodynamique. Nous ne sommes pas de simples cerveaux de Boltzmann – des entités hypothétiques apparues par hasard de l'entropie de l'univers – mais des êtres dotés de volonté, de sentiments et de raison, capables de tendre la main vers Dieu par-delà les limites de l'héritage adamique. 

Les nouveaux courants dogmatiques véhiculés par les voies occidentales tendent à minimiser le rôle et l'importance de l'identité chrétienne. Le danger des nouvelles théologies, qui promettent le salut par la simple acceptation intellectuelle du Christ, sans transformation concrète, constitue une menace sérieuse. L'union organique avec le Sauveur présuppose la crainte filiale de Dieu, la crainte de ne pas offenser un Père qui nous accueille toujours et nous tend sans cesse la main du fils prodigue.

L'amour divin (le chemin vers l'arbre sotériologique) est le désir de transcender sa condition, en passant par les étapes de la foi (pistis) à la connaissance (gnosis) et de la connaissance à l'amour (agapè), comme le suggérait Clément d'Alexandrie (Stromates VII) : « La foi est donc une brève connaissance des choses indispensables ; et la connaissance (gnosis) est la démonstration forte et certaine de celles reçues par la foi… Elle conduit à l'amour désintéressé, et l'amour conduit à la connaissance de Dieu (…). Le premier pas du changement est celui du paganisme à la foi ; le second, celui de la foi à la connaissance ; et ceci, menant à l'amour, fait de celui qui connaît un ami de celui qui est connu. » L'âme est sculptée par les empreintes des bonnes actions, de la prière et des prosternations, toutes animées par une énergie incréée – la véritable substance spirituelle.

Si vous parvenez parfois à réussir un examen sans préparation en copiant, ne prétendez pas pouvoir tricher à l'examen du salut. On ne peut tricher à l'examen de l'identité spirituelle perpétuelle de chrétien. D'autant plus que, contrairement aux examens scolaires, on ne sait jamais quand la cloche sonnera la fin.

Source : Doxologia.ro