Les
jeunes gens d’Éphèse – les saints qui nous prouvent qu’il y a une vie après la
mort
Les jeunes gens d’Éphèse –
les saints qui nous prouvent qu’il y a une vie après la
mort
Dieu peut conférer l'incorruptibilité au corps humain, comme en témoigne l'existence des saintes reliques. C'est pourquoi la théologie orthodoxe parle de prendre soin du corps même après la mort. Ainsi, nous comprenons pourquoi les commémorations de nos proches décédés ont lieu au cimetière et non ailleurs – exception faite de la Divine Liturgie, célébrée à l'église. Le corps humain jouit d'un tel honneur devant Dieu que son Fils, Jésus-Christ, l'a fait sien et siège auprès de lui pour l'éternité, sur le trône de la gloire divine.
La croyance en la Résurrection et en la vie éternelle est
fondamentale pour les chrétiens. Lors de la manifestation la plus importante de
notre foi – la Divine Liturgie – nous confessons cette foi. Dans le Credo, ou
Symbole de la Foi, aux articles 11 et 12, les chrétiens confessent leur foi en
« la résurrection des morts et la vie du monde à venir ». Sous l’inspiration du
Saint-Esprit, les Pères de l’Église, réunis au deuxième Concile œcuménique, ont
formalisé la croyance en la vie éternelle, croyance présente depuis les
origines de notre religion. Nous confessons que les corps de ceux qui sont
morts ressusciteront – il ne peut s’agir d’une simple résurrection des âmes,
car les âmes sont immortelles. La mort est la cessation de la vie terrestre du
corps, c’est-à-dire la séparation de l’âme immortelle du corps mortel, comme
nous l’enseigne l’Écriture Sainte : le corps « retourne à la
poussière comme il y était, et l’esprit retourne à Dieu qui l’a donné »
(Ecclésiaste 12, 7).
Si la mort est la séparation de l'âme et du corps, la
Résurrection est la réunification de l'âme avec le corps avec lequel elle a
vécu sur terre. La théologie de l'Église est confirmée par le saint apôtre
Paul : « Il en est de même de la résurrection des morts : semé
corrompu, il ressuscite incorruptible ; semé dans l’opprobre, il ressuscite
dans la gloire ; semé dans la faiblesse, il ressuscite dans la
puissance ; semé corps naturel, il ressuscite corps spirituel. Or, si le
corps est naturel, il est aussi corps spirituel » (1 Corinthiens 15,
42-44).
Un
témoignage historiquement confirmé
Telle a toujours été la foi de l'Église. Une foi professée
depuis deux millénaires, et en même temps confirmée par de nombreux actes
admirables, consignés dans les sources chrétiennes. Parmi ces sources
historiques figure un récit remarquable, tiré du Synaxaire de Constantinople,
une histoire qui a intégré la conscience liturgique de l'Église orthodoxe et
qui est commémorée le 4 août.
En résumé, cet événement remarquable commença sous le règne de
l'empereur païen Dèce, aux alentours de l'an 250. Persécuteur des chrétiens,
l'empereur renouvela une loi interdisant aux chrétiens de participer à
l'administration romaine. Valable pour tout l'Empire romain, cette loi
s'appliquait également à Éphèse, où l'armée romaine comptait de nombreux jeunes
chrétiens. Parmi les chefs de corps d'armée figuraient sept jeunes hommes qui
ne c’étaient jamais prosterné devant les idoles païennes : Maximilien,
Jamblique, Martinien, Jean, Denys, Constantin et Antonin. « Témoins chaque
jour des méfaits commis contre les chrétiens et des terribles massacres, ils
avaient le cœur brisé, soupirant et pleurant. Alors, tandis que l'empereur et
tous les païens se rendaient aux sacrifices, ils s'en détournèrent et entrèrent
dans l'Église chrétienne », rapporte le témoignage historique à leur
sujet.
Leur bonté et leur bravoure à la guerre firent que, très vite,
la nouvelle de leur exploit parvint à Rome jusqu'à l'empereur Dèce. Cependant,
avec les informations concernant leur force, la nouvelle de leur foi en
Jésus-Christ parvint également à destination. Afin de se conformer à sa propre
loi, Dèce ordonna l'arrestation des sept hommes. On ignore s'ils furent
présentés à l'empereur, mais une chose est sûre : ils furent relâchés en
raison de leur courage, les autorités ayant pitié de leur jeunesse.
Libérés, les jeunes gens vendirent leurs biens et
distribuèrent tout aux pauvres. Dans ce contexte tendu, ils décidèrent de se
cacher, craignant que l'empereur Dèce ne change d'avis à tout moment.
Après avoir délibéré, ils se cachèrent dans une grotte du mont
Ohlon, près d'Éphèse : « Avec des pleurs et des soupirs, ils prièrent Dieu, se
confiant à son aide et à sa miséricorde. Puis, s'étant assis, ils mangèrent,
fortifiant leurs corps pour supporter les tourments. Après le repas, ils
restèrent assis à parler entre eux, se consolant les uns les autres et
s'exhortant mutuellement à souffrir avec courage pour le Christ. Et, ayant des
paroles de louange à Dieu sur leurs lèvres, ils s’endormirent. »
Au moins
170 ans de sommeil, à la gloire de Dieu
À Éphèse, les événements s'enchaînèrent. Dèce en personne
arriva sur place à la recherche des sept soldats de son armée. Car, dans
l'armée romaine, la désertion était passible de la peine de mort. Après de
nombreuses recherches, on apprit que les jeunes hommes se cachaient dans la
grotte du mont Ohlon. Sur ordre impérial, la sortie de la grotte fut murée, les
empêchant ainsi de quitter leur cachette. La nouvelle de la fermeture de la
grotte sema la tristesse parmi la communauté chrétienne de la ville. Dans ce
contexte, deux dignitaires, Théodore et Rufin, chrétiens clandestins,
écrivirent sur deux tablettes de plomb le récit de la Passion et les noms de
ces sept jeunes saints : « Peut-être Dieu voudra-t-il un jour visiter
ses serviteurs, avant son retour, et la grotte sera ouverte pour y révéler les
corps des saints. »
L'histoire a effacé le souvenir de la communauté chrétienne
d'Éphèse. L'édit de Milan de 313 apporta paix et sérénité à la foi chrétienne.
Des catacombes aux tombeaux, des églises aux cathédrales, les chrétiens
continuèrent de vivre le même mystère de la présence réelle du Sauveur dans
l'Eucharistie.
La paix extérieure de l'Église ne s'accompagnait cependant pas
de paix intérieure. Au milieu du siècle patristique, les hérésies du
trinitarisme, de la christologie et du pneumatomachisme constituèrent à maintes
reprises des obstacles dans l'histoire du christianisme. Toutefois, les Pères
trouvèrent toujours le moyen de combattre ces hérésies par l'effusion du
Saint-Esprit.
Le
miracle du réveil des sept saints jeunes gens d'Éphèse
Sous le règne de l'empereur Théodose II, un courant apparut en
Asie au sein de l'Église, prônant la non-résurrection des morts. Après la mort,
il n'y aurait aucun réconfort, car la mort du corps entraîne celle de l'âme, et
toutes deux périssent.
En attendant un concile pour abolir les faux enseignements,
Dieu a révélé la vérité par un grand miracle. Un homme, Adoli, voulait
construire une bergerie pour ses brebis qui paissaient sur le mont Ohlon. Pour
cela, les serviteurs jugèrent opportun de transporter les pierres depuis
l'entrée de la grotte, car elles étaient plus faciles à déplacer : « Les tirant
de la montagne, ils firent un trou à l'entrée de la grotte, assez grand pour
qu'un homme puisse y entrer. À ce moment-là, notre Seigneur Jésus-Christ, qui a
pouvoir sur la vie et la mort, ressuscita ces saints martyrs selon son divin
ordre, comme s'ils s'étaient réveillés, et, se levant, ils rendirent grâce à
Dieu. Assis, ils conversèrent, affligés par le culte des idoles qui leur avait
été imposé. Alors Maximilien dit à tous : Frères, soyons prêts à sortir et à
nous présenter hardiment devant Dèce ! Offrons nos vies pour Jésus-Christ. Et
toi, frère Jamblique, applique-toi à nous préparer à manger. Prends une pièce
d'argent et va en ville nous acheter plus de pain qu'hier. (...) Et saint
Jamblique, sortant de la grotte, s'approcha des portes de la ville et vit une
croix vénérable au-dessus d'elles, d'une très belle facture, et fut Il fut très
étonné. Il entra dans la ville et, après avoir marché un peu, il entendit
beaucoup de gens jurer au nom du Christ, et il fut encore plus effrayé : Je
pense que ce n'est pas la ville d'Éphèse, mais une autre !
S'approchant d'un boulanger, il sortit une pièce d'argent et
la lui donna. Cette pièce était grande et portait l'effigie et le nom de
l'empereur Dèce. Le boulanger prit la pièce et la montra à un autre, qui la
prit à son tour et la donna à un troisième, puis à un quatrième.
L'histoire se poursuit avec l'arrestation du jeune homme «
étrange ». Il fut conduit devant le gouverneur d'Éphèse pour avouer la
provenance de l'argent. Afin de rendre justice, le jeune homme fut finalement
amené devant l'évêque de la ville, qui comprit qu'il était témoin d'un miracle
divin : « L'évêque se dit alors : Dieu veut nous révéler un secret par
l'intermédiaire de ce jeune homme. Arrivé à la montagne et à la grotte,
Jamblique y entra le premier et y trouva les saints assis, rayonnants de joie,
le visage illuminé par la lumière de son don. À leur vue, l'évêque, les anciens
de la ville et le peuple se prosternèrent en adoration et rendirent gloire à
Dieu. »
C’était l’argument dont les Pères de l’Église avaient
besoin : Dieu peut conférer l’incorruptibilité au corps humain, l’exemple
le plus clair étant l’existence des saintes reliques. C’est pourquoi la
théologie orthodoxe parle de prendre soin du corps même après la mort. C’est
ainsi que l’on comprend pourquoi les commémorations de nos proches entrés dans
le Royaume de Dieu ont lieu au cimetière et non ailleurs – exception faite de
la Divine Liturgie, célébrée à l’église. Le corps humain jouit d’un tel honneur
devant Dieu que son Fils, Jésus-Christ, en a fait son propre corps et siège
auprès de lui pour l’éternité, sur le trône de la gloire divine.
