En Iran,
les chrétiens persécutés
Un article rédigé par
Colombe Vissac - RCF,
Modifié le 15 janvier 2026
L'Invité de la Matinale
écouter (17 min)
En Iran,
l'islam instrumentalisé par le pouvoir
La situation en Iran est de plus en plus tendue. Alors que les
manifestations contre la vie chère ont dégénéré en contestation du régime de
l’ayatollah Khamenei, les moyens de communication sont coupés, les informations
se font rares, et les chrétiens, en particulier ceux convertis au
christianisme, subissent une persécution sévère. Pour mieux comprendre cette
réalité, le père Jean-Marie Humeau, Vicaire épiscopal de l’Ordinariat des
catholiques des Églises orientales résidant en France, était l'invité de la
matinale.
Le père Jean-Marie Humeau, l’un
des vicaires épiscopaux de l’ordinariat des catholiques des Églises orientales
résidant en France.
La situation en Iran devient chaque jour plus dramatique,
particulièrement pour les populations les plus vulnérables, et notamment
les chrétiens
convertis.
Répression
massive dans un pays coupé du monde
Depuis plusieurs semaines, l’Iran connaît des manifestations
massives contre la vie chère et l’inflation, qui se sont rapidement
transformées en un mouvement antigouvernemental. Face à la colère de la rue, le
régime a coupé tous les moyens de communication et déployé les forces de
sécurité pour réprimer les manifestants. Selon l'organisation de défense des droits humains HRANA, près
de 2500 manifestants auraient été tués.
Le père Humeau rapporte le désarroi des Iraniens convertis
vivant en France : "Ils n’ont aucune nouvelle de leur famille et
ils sont terriblement inquiets. Mais en même temps, ils disent qu’ils sont
plein d’espérance pour un changement de régime." Ces convertis,
souvent persécutés dans leur pays d’origine, ont dû fuir pour échapper à la prison,
à la torture, voire à l’exécution.
Les
arrestations ciblent notamment les personnes soupçonnées de conversion au
christianisme. Le régime iranien refuse toute conversion et
considère ces croyants comme des ennemis intérieurs, surtout en période de tension.
Ils subissent alors des arrestations massives et des conditions de détention
extrêmement dures ; comme l’explique le père Humeau, "l’expérience de
la prison en Iran est vraiment de l’ordre de la torture. Quand vous êtes dans
une cellule qui fait deux mètres carrés avec la lumière en permanence, vous
voyez ce que ça peut donner." Selon le rapport annuel 2025 du groupe
de défense des chrétiens en Iran, les tribunaux ont infligé en
2024 six fois plus de peines de prison aux chrétiens qu’en 2023.
Chrétiens
d'Iran : une minorité vulnérable face à un régime durci
La population chrétienne iranienne officiellement comprise
entre 0,4 et 0,8 %,
dans ce contexte de tension extrême, les minorités religieuses apparaissent
particulièrement vulnérables. Si certaines communautés chrétiennes historiques
bénéficient encore d’une tolérance encadrée, la
situation est bien différente pour les chrétiens
issus de l’islam, dont le nombre a fortement augmenté ces dernières
années.
Le père Humeau rappelle l’ancienneté du christianisme en
Perse : "Les
premières communautés chrétiennes étaient déjà présentes en Iran 50 ans après la Pentecôte."
Il souligne également la présence des mages perses dans le récit de la
Nativité comme un indice de l’importance du christianisme dans cette région dès
les débuts de l’Église.
Le père Humeau
explique également que l’histoire religieuse iranienne est complexe :
"avant l’islam chiite, la Perse était imprégnée de zoroastrisme, une
religion ancienne partageant certaines valeurs morales avec le christianisme,
comme l’importance de la cohérence entre parole et acte. Aujourd’hui encore,
certaines fêtes zoroastriennes, comme Yalda ou Norouz, persistent
dans la culture iranienne malgré l’islamisation du pays.”
Le père
Humeau précise : "Le
régime actuel, c’est un islam dévoyé. Les Pasdarans [corps de la révolution
islamique] et le pouvoir utilisent le Coran comme prétexte pour
leurs actions, mais cela n’a rien à voir avec la foi elle-même."
Malgré
les difficultés, la foi reste un pilier d’espérance
Pour les convertis arrivés en France, la reconstruction est un
défi quotidien, entre apprentissage du français et intégration sociale. Le père
Humeau raconte : " J’accompagne une personne qui a
été baptisée à Pâques dernier, à 70 ans. Elle m’a dit : "Ça fait 26 ans que j’attendais ça."
Malgré
les difficultés, la foi reste un pilier d’espérance. Le
père Humeau a deux petites communautés iraniennes en France qu'il accompagne.
"Nous allons avoir deux messes, une à Paris, une à Lyon, dans les jours
qui viennent. Et j'ai choisi comme texte d'évangile, pour cette célébration,
les béatitudes : Bienheureux, ceux qui sont persécutés pour la justice…”
Pour lui, elles prennent une dimension particulière pour les chrétiens
persécutés : "Tout ce peuple qui est persécuté pour la justice trouve
là une espérance.”
Interrogé sur son espérance pour l’avenir de l’Iran, le père
Humeau conclut : "Mon
espérance pour l’Iran est dans les mains de Dieu, car la situation est vraiment
un no man’s land. La prière sera là.”