vendredi 6 février 2026

 

En Iran, les chrétiens persécutés

Un article rédigé par Colombe Vissac - RCF,

Modifié le 15 janvier 2026

L'Invité de la Matinale

écouter (17 min)

 

En Iran, l'islam instrumentalisé par le pouvoir

La situation en Iran est de plus en plus tendue. Alors que les manifestations contre la vie chère ont dégénéré en contestation du régime de l’ayatollah Khamenei, les moyens de communication sont coupés, les informations se font rares, et les chrétiens, en particulier ceux convertis au christianisme, subissent une persécution sévère. Pour mieux comprendre cette réalité, le père Jean-Marie Humeau, Vicaire épiscopal de l’Ordinariat des catholiques des Églises orientales résidant en France, était l'invité de la matinale. 


Le père Jean-Marie Humeau, l’un des vicaires épiscopaux de l’ordinariat des catholiques des Églises orientales résidant en France.

La situation en Iran devient chaque jour plus dramatique, particulièrement pour les populations les plus vulnérables, et notamment les chrétiens convertis.

Répression massive dans un pays coupé du monde

Depuis plusieurs semaines, l’Iran connaît des manifestations massives contre la vie chère et l’inflation, qui se sont rapidement transformées en un mouvement antigouvernemental. Face à la colère de la rue, le régime a coupé tous les moyens de communication et déployé les forces de sécurité pour réprimer les manifestants. Selon l'organisation de défense des droits humains HRANA, près de 2500 manifestants auraient été tués. 

Le père Humeau rapporte le désarroi des Iraniens convertis vivant en France : "Ils n’ont aucune nouvelle de leur famille et ils sont terriblement inquiets. Mais en même temps, ils disent qu’ils sont plein d’espérance pour un changement de régime."  Ces convertis, souvent persécutés dans leur pays d’origine, ont dû fuir pour échapper à la prison, à la torture, voire à l’exécution.

Les arrestations ciblent notamment les personnes soupçonnées de conversion au christianisme. Le régime iranien refuse toute conversion et considère ces croyants comme des ennemis intérieurs, surtout en période de tension. Ils subissent alors des arrestations massives et des conditions de détention extrêmement dures ; comme l’explique le père Humeau, "l’expérience de la prison en Iran est vraiment de l’ordre de la torture. Quand vous êtes dans une cellule qui fait deux mètres carrés avec la lumière en permanence, vous voyez ce que ça peut donner."  Selon le rapport annuel 2025 du groupe de défense des chrétiens en Iran, les tribunaux ont infligé en 2024 six fois plus de peines de prison aux chrétiens qu’en 2023.

Chrétiens d'Iran : une minorité vulnérable face à un régime durci

La population chrétienne iranienne officiellement comprise entre 0,4 et 0,8%, dans ce contexte de tension extrême, les minorités religieuses apparaissent particulièrement vulnérables. Si certaines communautés chrétiennes historiques bénéficient encore d’une tolérance encadrée, la situation est bien différente pour les chrétiens issus de l’islam, dont le nombre a fortement augmenté ces dernières années. 

Le père Humeau rappelle l’ancienneté du christianisme en Perse: "Les premières communautés chrétiennes étaient déjà présentes en Iran 50ans après la Pentecôte."  Il souligne également la présence des mages perses dans le récit de la Nativité comme un indice de l’importance du christianisme dans cette région dès les débuts de l’Église.

Le père Humeau explique également que l’histoire religieuse iranienne est complexe : "avant l’islam chiite, la Perse était imprégnée de zoroastrisme, une religion ancienne partageant certaines valeurs morales avec le christianisme, comme l’importance de la cohérence entre parole et acte. Aujourd’hui encore, certaines fêtes zoroastriennes, comme Yalda ou Norouz, persistent dans la culture iranienne malgré l’islamisation du pays.”

Le père Humeau précise: "Le régime actuel, c’est un islam dévoyé. Les Pasdarans [corps de la révolution islamique]  et le pouvoir utilisent le Coran comme prétexte pour leurs actions, mais cela n’a rien à voir avec la foi elle-même."

Malgré les difficultés, la foi reste un pilier d’espérance

Pour les convertis arrivés en France, la reconstruction est un défi quotidien, entre apprentissage du français et intégration sociale. Le père Humeau raconte: "J’accompagne une personne qui a été baptisée à Pâques dernier, à 70ans. Elle m’a dit: "Ça fait 26ans que j’attendais ça."

Malgré les difficultés, la foi reste un pilier d’espérance. Le père Humeau a deux petites communautés iraniennes en France qu'il accompagne. "Nous allons avoir deux messes, une à Paris, une à Lyon, dans les jours qui viennent. Et j'ai choisi comme texte d'évangile, pour cette célébration, les béatitudes : Bienheureux, ceux qui sont persécutés pour la justice…”  Pour lui, elles prennent une dimension particulière pour les chrétiens persécutés : "Tout ce peuple qui est persécuté pour la justice trouve là une espérance.”

Interrogé sur son espérance pour l’avenir de l’Iran, le père Humeau conclut: "Mon espérance pour l’Iran est dans les mains de Dieu, car la situation est vraiment un no man’s land. La prière sera là.”