La règle
du jeûne en couple :
ce que Mère Siluana a répondu
à un jeune homme au sujet
de l’intimité entre époux
Que signifie la continence dans le mariage et comment faut-il comprendre les règles de l'Église ? Dans une lettre adressée à un jeune homme, Mère Siluana Vlad explique pourquoi l'intimité pendant le Carême ne doit pas être perçue à travers le prisme des interdits, mais comme une transfiguration de l'amour par le sacrement du mariage.
A.
demande :
« Le saint apôtre Paul dit
que les époux sont autorisés à avoir des relations intimes en semaine. Si des
époux étaient ensemble un mardi, sont-ils autorisés à recevoir la sainte
communion le dimanche ? »
Réponse
de Mère Siluana :
Mon cher A.,
Je ne trouve pas les mots pour exprimer la douleur que j'ai
ressentie en lisant votre message ! Et surtout, ne croyez pas que je vous
accuse, je déplore simplement la tristesse d'une vie qui pourrait être vécue «
jusqu'au bout », en considérant ainsi les aspects les plus fragiles de notre
existence terrestre.
Je prie le Seigneur de nous éclairer tous deux afin que nous
puissions aborder Ses Saints Mystères avec crainte et tremblement !
Tout d'abord, je vous demanderais de cesser d'appeler la
relation intime entre époux « rapports sexuels », même si beaucoup le
font en pensant que c'est naturel. C'est un grand péché, mais cela peut
être dû à l'ignorance. La vie d'un homme et d'une femme après le sacrement du
mariage est, dans son intégralité, le sacrement du mariage ; c'est leur vie
entière (avec toutes ses dimensions et ses œuvres) comme sacrement dans le
sacrement du Christ. Ils sont un seul corps dans le Christ et le saint Apôtre
dit de ne pas « se priver l'un de
l'autre, si ce n'est d'un commun accord, pour un temps, afin de se
consacrer au jeûne et à la prière … (1 Co 7, 5) ». Voyez-vous,
cher ami, la différence entre ce que vous dites et ce que dit le saint Apôtre ?
Il ne dit pas quand ils sont autorisés ou non à être ensemble,
mais il leur enseigne l'ordre du jeûne et de la prière. Le jeûne et la prière
sont, d'une part, des armes contre les tentations et, d'autre part, des actes
d'amour envers Dieu. En jeûnant, nous faisons place à Dieu en nous, nous avons
faim de Lui et nous nous préparons ainsi à nous nourrir de Lui, plus
consciemment et plus pleinement, par la prière et la Sainte Communion. De plus,
cette privation corporelle temporaire de l'époux ou de l'épouse conduit à une
union spirituelle plus profonde entre les deux, qui ont pour mission de
transfigurer, pas à pas, l'amour qui était peut-être « sauvage » à l'époque de
leur jeunesse, en tendresse et en amour « céleste ». Au terme de cette
transfiguration, leur corps est appelé à devenir « la harpe du Saint-Esprit » !
L’Église sainte nous commande ensuite de jeûner et de prier
selon un ordre sacré qui ne nous prive pas de notre liberté, afin de nous
donner la force d’aimer Dieu, nous-mêmes et les uns les autres de l’amour dont
le Seigneur nous a aimés et nous aime encore. Ainsi, les époux se
privent mutuellement pour jeûner et prier selon l’ordre liturgique
de l’Église, et non parce qu’ils ne sont pas autorisés à s’aimer physiquement.
Lorsque le chrétien a soif et faim de Dieu, il ne perçoit pas le jeûne et la
prière comme une contrainte, mais au contraire, comme une manifestation
d’amour, un lieu de rencontre avec le Bien-aimé. Plus proches de Lui, nous le
serons aussi les uns des autres et nous ne nous aimerons plus seulement avec
nos faibles sentiments ou les plaisirs de la chair, mais avec ces
sentiments sanctifiés, vivifiés par Sa grâce et Sa présence.
En tournant notre attention vers le Seigneur et la Vie qu'il
nous offre à travers les Saints Mystères, nous cesserons de considérer les
choses sous l'angle du « permis et de
l'interdit ». C'est comme dire qu'on n'a pas le droit de manger une tarte
et de boire du vin rouge pendant un concert symphonique ! Quel mélomane aurait
envie d'une tarte en écoutant une symphonie d'Enescu à l'Athénée ?
Que le jeûne, la prière et la préparation à la Sainte
Communion du dimanche deviennent pour nous un plaisir et une joie qui placeront
tous les autres plaisirs et joies bénis dans l'ordre et la hiérarchie sacrés !
Avec amour et gratitude pour l'audace de la question,
Mère Siluana
Source : sfintiiarhangheli.ro