mercredi 10 juin 2026

 

« Jeûnons d'un jeûne acceptable

et agréable à Dieu. »


Un article de : Révérend Dr. Ştefan Sfarghie 

- 20 juin 2022

« Car il ne suffit pas de s’abstenir de certains aliments pour accomplir un jeûne louable, mais il faut jeûner d’un jeûne agréé et agréable à Dieu. Un vrai jeûne consiste à se détourner du mal, à maîtriser sa langue, à s’abstenir de colère, à se détourner de la convoitise, de la calomnie, du mensonge et des serments pervers. L’absence de ces choses est la preuve d’un bon jeûne. » 

St Basile le Grand


 

Aujourd'hui, les chrétiens orthodoxes entrent dans le temps béni du Carême des saints apôtres Pierre et Paul, un temps saint et un acte de purification de l'âme par la repentance, la prière et l'abstinence de produits animaux, afin d'obtenir la grâce de Dieu. Les saints apôtres Pierre et Paul ont joué un rôle majeur dans la prédication de l'Évangile du Sauveur Jésus-Christ dans le monde. C'est pourquoi l'Église a institué que leur célébration soit précédée d'une période de préparation par le jeûne et la prière, c'est-à-dire par un exercice de vertu, car Dieu aime l'homme vertueux qui jeûne.

Le jeûne des saints apôtres Pierre et Paul remonte aux premiers siècles du christianisme, son ancienneté étant mentionnée dans les Constitutions apostoliques du IVe siècle. Plus tard, saint Athanase le Grand et Théodoret de Cyr mentionnent la pratique de ce jeûne, notamment dans les milieux monastiques, le nommant le jeûne de la Pentecôte. Dans son ouvrage « Sur le jeûne », saint Basile le Grand nous exhorte à ne pas nous affliger pendant le jeûne, mais à nous réjouir les jours de jeûne, comme il sied aux saints : « Car celui qui est triste ne reçoit pas de couronne, et celui qui soupire ne triomphe pas. C’est de la folie de ne pas se réjouir du bien-être de l’âme et de s’affliger du changement de nourriture, comme si vous preniez plus de plaisir aux plaisirs du ventre qu’au soin de l’âme. » Parce que nous n’avons pas jeûné dès le commencement, nous avons été chassés du Ciel. C’est pourquoi le grand père cappadocien nous exhorte à jeûner, afin que nous puissions retourner au paradis des délices. Selon saint Basile le Grand, le jeûne est « aussi vieux que l’humanité, car il a été institué au paradis » 1.

Dans l'Ancien Testament, les aliments végétaux, spécifiques au jeûne, étaient initialement considérés comme la nourriture la plus naturelle que Dieu ait ordonnée à l'homme : « Voici, je vous donne toute herbe portant de la semence qui est sur toute la surface de la terre, et tout arbre qui porte du fruit contenant sa semence : ce sera votre nourriture » ​​(Genèse 1,29). Ce n'est qu'après le Déluge, au temps de Noé, que l'homme fut autorisé à manger de la viande. Le jeûne dans l'Ancienne Alliance marquait généralement des périodes d'humilité et de prière, souvent pour des raisons particulières, comme obtenir la pluie de Dieu, apaiser sa colère, etc. Après la libération du peuple juif de l'esclavage en Égypte, les pharisiens, en particulier, jeûnaient deux fois par semaine : le jeudi, en mémoire de l'ascension de Moïse au mont Sinaï, où il reçut les Dix Commandements, et le lundi, en mémoire de sa descente de cette montagne.

Quant aux pharisiens, le jeûne ne se limitait pas à témoigner de leur soumission au Seigneur et à exprimer, par ce jeûne, un profond repentir pour leurs péchés ; il visait aussi à afficher une piété particulière. Cependant, dans l’Ancien Testament, on trouve également des exemples de jeûne accompli avec un cœur pur, en vue de recevoir la Révélation. Moïse lui-même, avant de recevoir les Commandements, jeûna quarante jours et quarante nuits sur le mont Sinaï, sans manger ni boire. « Moïse resta là avec l’Éternel quarante jours et quarante nuits ; il ne mangea ni ne but. Et Moïse écrivit sur les tables les paroles de l’alliance, les dix commandements » (Exode 34,28). Daniel jeûna également avant ses visions : « Je me tournai vers le Seigneur, l’Éternel, pour prier et supplier, tout en jeûnant, vêtu d’un sac et couvert de cendre » (Daniel 9,3). ou encore : « À ce moment-là, moi, Daniel, je fus dans le deuil pendant trois semaines entières » (Daniel 10,2). Ici, le terme « deuil » doit être associé au jeûne.

Dans le Nouveau Testament, le jeûne prend une autre dimension : celle du service de Dieu. Il devient le symbole et le signe de la conversion de l’homme, son retour à Dieu, un cheminement spirituel qui se déroule dans le secret. Le Sauveur Jésus-Christ lui-même jeûna quarante jours et quarante nuits dans le désert, tel un nouveau Moïse, avant le début de son ministère public (Luc 4.1-2), et nous enseigna comment jeûner (Matthieu 6.16-18). Cependant, si dans l’Ancien Testament Moïse, médiateur de l’alliance, jeûnait pour recevoir la Révélation du Seigneur Dieu, dans le Nouveau Testament Jésus-Christ est la Parole de Dieu qui se révèle au monde, accomplissant ainsi la Révélation divine.

La période de jeûne dans laquelle nous entrons est un temps de combat spirituel, qui doit être lié à une prière incessante et à un repentir sincère. En ce sens, saint Basile le Grand disait que le repentir sans jeûne est inefficace, et que le jeûne sans bonnes œuvres est vain. « Car il ne suffit pas de s’abstenir de certains aliments pour accomplir un jeûne louable, mais il faut jeûner d’un jeûne agréé et agréable à Dieu. Un vrai jeûne consiste à se détourner du mal, à maîtriser sa langue, à s’abstenir de colère, à se détourner de la convoitise, de la calomnie, du mensonge et des serments pervers. L’absence de ces choses est la preuve d’un bon jeûne. » ²

NOTES

  1 Rév. Prof. Dr. Viorel Ioniţă, Le Saint et Grand Synode de l'Église orthodoxe : documents préparatoires , Maison d'édition BASILICA, Bucarest, 2016, p. 152

  2 Ibid. , p. 155.

Source : Ziarul Lumina