L'inhumation
et la crémation des morts
Par l'archimandrite
Makarios Tsimeris,
clerc du Saint-Siège de
Thessalonique
Approche
patristique et théologique
L'Église orthodoxe enseigne que la mort n'est pas la fin, mais
un moment de transition vers la vie éternelle.
L'inhumation des morts est un acte théologique, reliant la vie
à la foi, le corps à l'âme et les vivants aux morts.
1. Le
modèle du Christ
Jésus-Christ a été enterré après la crucifixion, et non
incinéré (Matt. 27:57-60).
Son enterrement montre que la chair est respectée et que le
salut concerne la personne tout entière, corps et âme.
L’inhumation des croyants est une imitation de cet acte et une
expression de la foi en la résurrection des corps.
Saint Jean Chrysostome : la chair est un temple du
Saint-Esprit (1 Cor. 6,19) et doit être gardée avec respect.
Saint Basile le Grand : l'inhumation est un devoir pour les
vivants et un moyen de lien avec le défunt.
Saint Maxime le Confesseur : prendre soin de son corps est un
acte spirituel qui exprime la foi en la résurrection.
La tradition patristique considère l'inhumation comme un soin
et une prière continus pour le défunt.
Aujourd'hui, on observe une situation regrettable : des
personnes ordinaires, comme des personnalités, ont souvent recours à la crémation
dans des conditions floues ou sous la pression sociale.
Cette pratique éloigne les gens de la tradition et de la
dimension théologique des funérailles.
La crémation, bien que souvent considérée comme une solution
pratique, empêche la pleine expression des soins spirituels prodigués au défunt
et la participation active de la famille et de l'Église.
La tradition orthodoxe ne se limite pas à l'inhumation
physique :
Il existe des traditions orales et des souvenirs, où les
vivants « parlent » aux défunts, leur demandant de prier pour eux, de lire des
psaumes, de faire l'aumône ou d'allumer une bougie.
Les demandes des défunts — « Ne m’oubliez pas », « J’ai besoin
d’eau », « Faites une aumône pour moi », « Allumez une bougie pour moi » —
renforcent le lien entre les vivants et les défunts.
Même celles-ci, d'un point de vue différent, constituent une
tradition spirituelle essentielle qui relie l'homme à l'Église et à Dieu.
La crémation, malheureusement, peut entraver ce lien, en
soustrayant le corps à l'espace physique du souvenir et en limitant la capacité
des vivants à exprimer leurs prières et leur charité. Et nous en venons au
respect des dernières volontés.
Il ne faut pas oublier que, souvent, le choix de la crémation
est fait par les proches pour respecter les dernières volontés du défunt.
Il est en effet important de réfléchir à l'importance de ce
désir.
Dans le même temps, nous devons examiner comment la théologie
de l'Église se rattache à ce choix et comment nous pouvons honorer la
tradition, la mémoire et la prière, tout en respectant les volontés du défunt.
L’inhumation renforce la vie spirituelle des vivants et leur
lien avec l’Église :
La famille participe activement aux soins du défunt et à son
souvenir.
La mémoire liturgique (40 jours, première année) et les
offices commémoratifs renforcent le lien entre les vivants et les défunts.
La préservation du tombeau et la prière constante perpétuent
la tradition spirituelle.
Le brûlage réduit cette possibilité et affaiblit la communauté
et la mémoire, il requiert donc une attention et une sensibilité particulières.
L'Église orthodoxe enseigne que l'inhumation est la méthode
théologiquement correcte pour enterrer les morts : elle imite le Christ et
sa propre mise au tombeau.
Elle honore la chair comme le temple du Saint-Esprit.
Elle assure le lien entre les vivants et les défunts,
soutenant la tradition patristique, la mémoire, la prière et la charité.
La crémation, même lorsqu'elle respecte les dernières
volontés, doit être abordée avec réflexion et attention, afin de ne pas
entraver le lien spirituel de la personne avec l'Église et avec Dieu.
Réfléchissons tous à l'importance de la tradition, de la
prière et du souvenir, afin que nos choix soient conformes à notre foi et à
l'espérance de la Résurrection.
«
Tu es Terre et tu retourneras à la Terre. »
Source : https://www.romfea.gr/
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La
crémation des corps, selon l'Église de Grèce
Plusieurs personnes me demandent quelle est la décision «
officielle » de l'Église de Grèce concernant la crémation des corps.
Bien sûr, certains membres du clergé ont exprimé leurs
opinions sur cette question et les ont publiées dans les médias et sur les
réseaux sociaux, mais ce qui importe, c'est la décision de l'Église de Grèce,
tant sur le plan théologique que sur celui des conséquences pastorales.
1. Le
Saint-Synode a traité à plusieurs reprises de cette question d'actualité. Le 3
mars 1999, il a organisé un séminaire à l'hôtel Caravel sur le thème « La
crémation des morts : constats et perspectives pour une meilleure approche
pastorale ». Ce séminaire était organisé par le Comité synodal pour les
questions dogmatiques et canoniques du Saint-Synode de l'Église de Grèce.
Le métropolite de Patras, Mgr Nikodimos, président de la
Commission synodale pour les questions dogmatiques et canoniques, s'est adressé
à l'assemblée. L'allocution d'ouverture a été prononcée par le bienheureux
archevêque d'Athènes et de toute la Grèce, Mgr Christodoulos.
Ont suivi : une allocution du vice-ministre de l'Intérieur, M.
G. Floridis, et des présentations de : M. Hiérothée, métropolite de Naupacte et
de Saint Vlasios, sur le thème « La perspective théologique et les conséquences
ecclésiologiques de la crémation des morts » ; Anastasios Marinos,
vice-président du Conseil d'État, sur le thème « La crémation des morts et la
Constitution » ; Panagiotis Christinakis, professeur à la faculté de théologie
de l'université d'Athènes, sur le thème « La crémation des morts : point de vue
canonique » ; l'archimandiste Nikolaos Hatzinikolaou, président de la Commission
synodale spéciale de bioéthique, sur le thème « Le présent, le passé et
l'avenir de l'inhumation et de la crémation des morts » ; et le protopresbytre
Stylianos Karpathiou, théologien et psychiatre, sur le thème « La crémation des
morts : réflexions psychologiques sur le phénomène ». Georgios Mantzaridis,
professeur à la faculté de théologie de l'université de Thessalonique,
s'exprimera sur le thème « La crémation des morts du point de vue de
l'anthropologie et de l'éthique chrétiennes ».
Une discussion a eu lieu et des conclusions ont été publiées.
Le communiqué de presse du Saint-Synode de l'Église de Grèce indiquait
notamment : « Forte d'arguments théologiques, historiques, sociaux et
autres, l'Église rejette la crémation des morts et limite sa foi et son respect
à la personne humaine et, par extension, au corps humain. »
2. Dans
plusieurs de mes textes, j'ai développé la question de la crémation des corps
(la crémation est une chose, l'incinération en est une autre), en abordant
l'approche théologique de la crémation et ses implications ecclésiologiques, la
manière dont elle est pratiquée, et son impact sur l'environnement, etc. Cela
montre que cette question est très grave d'un point de vue théologique,
ecclésiastique et écologique.
3. Le 12
mai 2010, lors d'une session extraordinaire du Saint Synode de la Hiérarchie de
l'Église de Grèce, au sein du Corps suprême de l'Église, sous la présidence de
l'archevêque d'Athènes et de toute la Grèce, M. Ieronymos, Son Éminence le
métropolite de Mesogaia et Lavreotika, M. Nikolaos, a présenté le sujet « La
crémation des morts ».
***
«
Un défi de responsabilité pastorale et de témoignage. » De nombreux évêques ont
participé à la discussion et la hiérarchie a décidé de maintenir sa décision
précédente, qui est la suivante :
"1. Pour les
chrétiens orthodoxes, l'Église connaît et recommande l'inhumation comme le seul
moyen de disposer du corps du défunt, conformément à son saint enseignement et
à sa tradition séculaire.
2. Notre
Église n'a aucune objection à la crémation des défunts d'une autre foi ou
religion.
En outre, il a ajouté que « pour les cas particuliers
concernant la crémation des défunts, il a été décidé que chaque métropolite
jugerait et déciderait selon son jugement pastoral, dans sa province. Afin de
faciliter la tâche des évêques, il a été décidé qu'une commission spéciale
restreinte de hiérarques déterminerait les édifices de base à prendre en compte
pour le traitement des cas particuliers, lesquels seront examinés lors de la
prochaine réunion de la hiérarchie. »
Ce comité était composé des métropolites Hiérothée de Naupacte
et Saint Blaise, Nicolas de Mésogaie et Lavréotie, et Dionysios de Corinthe.
Le Comité s'est réuni et, prenant en compte à la fois la
proposition du métropolite Nikolaos de Mesogaia et les Minutes de la Hiérarchie
dans lesquelles étaient reflétés les points de vue des très révérends
métropolites, nous avons discuté pendant de nombreuses heures et préparé un
texte spécialisé intitulé « Traiter (avec précision et économie) les cas de
chrétiens qui souhaitaient que leur corps soit incinéré ».
Dans ce texte, afin de traiter cette question avec exactitude
et concision, les critères dont tiendront compte les évêques qui choisiront de
faire preuve d'économie ont été consignés. Ces critères sont répartis en deux
catégories : ceux qui permettent d'autoriser la célébration d'un office et
ceux qui déterminent la manière dont cet office sera célébré.
Il s'agit
d'un texte complet, qui allie précision et concision, et qui aborde cette question
de manière détaillée.
En tant que président de cette commission tripartite, j'ai
pris connaissance du texte préparé lors d'une réunion de la Hiérarchie de
l'Église de Grèce en octobre 2010. Aucune décision n'a été prise sur le texte,
quant à son acceptabilité ou non, ni quant à l'opportunité de l'amender, mais
il a été décidé de le porter à l'attention des hiérarques afin qu'ils
connaissent les critères spécifiques pour décider de l'exercice de l'économie.
Il est compréhensible que la décision de la Hiérarchie du 12
mai 2010, que j'ai mentionnée précédemment, soit restée en vigueur.
4. Quatre
ans plus tard (le 29 octobre 2014), le Saint-Synode permanent, sous la
présidence de Sa Béatitude l'Archevêque d'Athènes et de toute la Grèce, M.
Hiéronymos, à l'occasion du nouveau régime législatif relatif à la crémation
des défunts, conformément aux articles 48 et 49 de la loi 4277/2014 « Nouveau
plan réglementaire pour Athènes-Attique et autres dispositions » (Journal
officiel 156/1-8-2014, vol. A), a examiné la question lors de sa session du 14
octobre 2014 et a décidé, par sa circulaire n° 2959, d'informer les Vénérables
Métropolites « des conséquences canoniques de la crémation des défunts ».
Cette
circulaire stipule :
« Aux termes des articles 48 et 49 de la loi 4277/2014, le
législateur ne tient pas compte des convictions religieuses du défunt. Si
celui-ci n'a pas exprimé de son vivant ses dernières volontés quant à son
inhumation ou sa crémation, la crémation ne peut avoir lieu qu'avec la
déclaration de son conjoint ou partenaire, avec lequel il avait conclu une
convention de vie commune, ou avec la déclaration d'un parent du premier ou du
deuxième degré. »
Ceci, fruit du mode de vie nihiliste contemporain et de la
tendance à la déreligiosité de tout aspect et manifestation de la vie humaine,
constitue, dès le départ, une violation des croyances religieuses du membre
défunt de l'Église, un manque de respect et de soin envers le corps humain.
L’Église n’accepte pas la crémation du corps pour ses membres,
car celui-ci est un temple du Saint-Esprit (1 Cor. 6,19), un élément de
l’hypostase de l’homme, créé à l’image et à la ressemblance de Dieu (Gen.
1,24), et elle l’entoure de respect et d’honneur comme expression d’amour pour
son membre déchu et comme manifestation de foi en la résurrection commune de
tous.
Suite à cela, le Saint-Synode permanent a décidé, dans le
cadre de sa vigilance pastorale, d’informer sa pieuse congrégation, clergé et
laïcs, des conséquences canoniques suivantes de la crémation du corps :
-La crémation du corps n'est pas conforme à la pratique et à
la tradition de l'Église pour des raisons théologiques, canoniques et
anthropologiques.
- Afin d'éviter toute déviation théologique, canonique et
anthropologique, il est nécessaire de respecter les croyances religieuses et de
vérifier la volonté de la famille du défunt et non le testament ou la
déclaration de sa famille.
-Une
personne qui a clairement et volontairement exprimé le désir de faire incinérer
son corps déclare son autonomie et, de ce fait, aucune cérémonie funéraire ni
commémoration religieuse ne sera organisée en son honneur.
Malgré
cela, la célébration du Trisagion est laissée à la prudence et à la discrétion
pastorale du métropolite local.
À ma connaissance, il s'agit de la décision la plus récente de
l'Église, prise par son organe synodal. Tout le reste écrit sur ce sujet relève
de l'opinion individuelle.