Pourquoi
l'eau est-elle bénie ?
Révérend Docteur Ioan-Lucian
Radu
Pourquoi l'eau est-elle bénie ? / Photo : Adrian
Sârbu
Lors de la bénédiction de l'eau à la Théophanie, nous
demandons et prions pour que la vocation originelle de l'eau, source de vie, de
bénédiction et de sainteté, nous soit révélée lorsque nous la buvons.
Dans le premier livre des Saintes Écritures, nous lisons que
la création du monde commença lorsque l’Esprit de Dieu planait au-dessus des
eaux : « La terre était informe et vide. Les ténèbres couvraient
l’abîme, et l’Esprit de Dieu planait au-dessus des eaux » (Genèse 1,
2). Cependant, ce « mouvement » de l’Esprit ne se limite pas à un
simple passage au-dessus des eaux. Le terme hébreu originel avait une
signification plus profonde, comme l’explique saint Basile le Grand :
celle de réchauffer et de donner la vie, à l’image d’une poule qui couve ses
œufs. « L’Esprit se mit en mouvement », c’est-à-dire qu’il prépara
les eaux à la naissance de la vie. Ainsi, selon saint Basile, l’eau est
l’élément dans lequel et de lequel la vie sur terre est née. Dans toute
l’Écriture, l’eau joue un rôle essentiel et presque mystique dans l’existence
humaine et dans la relation de l’homme avec son Créateur.
L'eau a le pouvoir d'apporter la mort, comme nous le lisons
dans l'épisode du déluge (Genèse 6), ou la vie, comme le montre l'épisode où
Moïse frappe le rocher de son bâton et où l'eau jaillit pour les voyageurs
assoiffés. Si les eaux de la mer Rouge se sont séparées, permettant aux Hébreux
de passer sains et saufs et sauvant ainsi des vies, ces mêmes eaux se sont
abattues sur le pharaon égyptien et son armée, les engloutissant.
L'eau au
baptême du Seigneur
Dans le Nouveau Testament, l'eau devient le moyen par lequel
la Sainte Trinité est révélée, lors du baptême de Jésus. Au cours de ce
baptême, par l'imposition des mains de saint Jean-Baptiste, la signification
spirituelle et le potentiel de l'eau, source de vie, sont réaffirmés, comme au
moment de la création du monde.
Dans l'un de ses écrits sur la fête du Baptême du Seigneur,
saint Jean Chrysostome dit que le jour où Jésus fut baptisé, il sanctifia aussi
la nature des eaux : « C'est pourquoi, le jour de cette fête, chacun prend
de l'eau du fleuve, la porte chez lui et la conserve pendant un an ou deux,
voire plus, et elle ne se gâte pas, puisqu'ils se sanctifient aujourd'hui. »
Le
baptême du Christ – la sanctification du monde
Le baptême du Christ signifiait aussi la sanctification du
monde, une fois pour toutes. Au Jourdain, le Christ chassa le mal des eaux et,
par elles, de toute la nature. Par cette sanctification, les eaux du Jourdain
acquirent la forme mystérieuse annoncée par les prophètes de l'Ancien
Testament, devenant l'image des sources du salut (Isaïe 12, 3). Une fois
sanctifiée, l'eau devient le symbole de l'Esprit, qui recrée l'homme à partir
des eaux du baptême, pour le royaume des cieux, et représente la création tout
entière, rachetée et sanctifiée par Dieu.
Chaque année, à la Théophanie, la bénédiction des eaux est
célébrée en mémoire du baptême du Christ, mais aussi pour sanctifier et bénir
toute la nature, en y répandant la plénitude de la grâce du Christ par l'aspersion
d'eau bénite. Afin de souligner l'importance de cette célébration, il est
d'usage qu'elle ait lieu hors de l'église, près d'une source, d'une rivière ou
d'un puits, illustrant ainsi la dimension universelle de cet rite par lequel
l'Église souhaite sanctifier toute la nature, par le don du Saint-Esprit et
l'aspersion de « l'eau du salut ».
Sanctification
des eaux – Restaurer la fonction originelle de l’eau
Lors de la bénédiction de l'eau à la Théophanie, nous
demandons et prions pour que la vocation première de l'eau, source de vie, de
bénédiction et de sainteté, nous soit révélée lorsque nous la buvons. Dans le
jardin d'Éden, Adam entretenait une relation unique avec la création, dont il
était le maître. Après la chute, lorsqu'il fut chassé du Paradis, il entendit
ces paroles : « Maudite soit la terre à cause de toi ! C'est à
force de peine que tu en tireras ta nourriture tous les jours de ta
vie ! » (Genèse 3,17). Dès lors, Adam fut soumis à la nature et
n'en fut plus le maître. Cependant, par le Christ, la malédiction est levée,
tout comme la malédiction de la mort est levée de la nature humaine par la
Résurrection. Grâce à la venue du Christ et à son œuvre de salut et de
rédemption, l'homme et la création ont été réconciliés. Ainsi, la création est
de nouveau capable de combler non seulement les besoins physiques de l'homme,
mais les éléments de la nature peuvent être, et sont, sources de grâce et de
guérison, car nous adorons le Seigneur de la Vie.
Par conséquent, la consécration du grand Aghiasma le jour de
la Théophanie est une réaffirmation du fait que, par son Baptême, le Christ a
levé la malédiction du péché d'Adam et a rendu à l'homme la bonté créatrice de
la nature.
Source : DOXOLOGIA.RO