samedi 3 janvier 2026

 

Pourquoi l'eau est-elle bénie ?

Révérend Docteur Ioan-Lucian Radu

Pourquoi l'eau est-elle bénie ? / Photo : Adrian Sârbu

Lors de la bénédiction de l'eau à la Théophanie, nous demandons et prions pour que la vocation originelle de l'eau, source de vie, de bénédiction et de sainteté, nous soit révélée lorsque nous la buvons.


Dans le premier livre des Saintes Écritures, nous lisons que la création du monde commença lorsque l’Esprit de Dieu planait au-dessus des eaux : « La terre était informe et vide. Les ténèbres couvraient l’abîme, et l’Esprit de Dieu planait au-dessus des eaux » (Genèse 1, 2). Cependant, ce « mouvement » de l’Esprit ne se limite pas à un simple passage au-dessus des eaux. Le terme hébreu originel avait une signification plus profonde, comme l’explique saint Basile le Grand : celle de réchauffer et de donner la vie, à l’image d’une poule qui couve ses œufs. « L’Esprit se mit en mouvement », c’est-à-dire qu’il prépara les eaux à la naissance de la vie. Ainsi, selon saint Basile, l’eau est l’élément dans lequel et de lequel la vie sur terre est née. Dans toute l’Écriture, l’eau joue un rôle essentiel et presque mystique dans l’existence humaine et dans la relation de l’homme avec son Créateur.

L'eau a le pouvoir d'apporter la mort, comme nous le lisons dans l'épisode du déluge (Genèse 6), ou la vie, comme le montre l'épisode où Moïse frappe le rocher de son bâton et où l'eau jaillit pour les voyageurs assoiffés. Si les eaux de la mer Rouge se sont séparées, permettant aux Hébreux de passer sains et saufs et sauvant ainsi des vies, ces mêmes eaux se sont abattues sur le pharaon égyptien et son armée, les engloutissant.

L'eau au baptême du Seigneur

Dans le Nouveau Testament, l'eau devient le moyen par lequel la Sainte Trinité est révélée, lors du baptême de Jésus. Au cours de ce baptême, par l'imposition des mains de saint Jean-Baptiste, la signification spirituelle et le potentiel de l'eau, source de vie, sont réaffirmés, comme au moment de la création du monde.

Dans l'un de ses écrits sur la fête du Baptême du Seigneur, saint Jean Chrysostome dit que le jour où Jésus fut baptisé, il sanctifia aussi la nature des eaux : « C'est pourquoi, le jour de cette fête, chacun prend de l'eau du fleuve, la porte chez lui et la conserve pendant un an ou deux, voire plus, et elle ne se gâte pas, puisqu'ils se sanctifient aujourd'hui. »

Le baptême du Christ – la sanctification du monde

Le baptême du Christ signifiait aussi la sanctification du monde, une fois pour toutes. Au Jourdain, le Christ chassa le mal des eaux et, par elles, de toute la nature. Par cette sanctification, les eaux du Jourdain acquirent la forme mystérieuse annoncée par les prophètes de l'Ancien Testament, devenant l'image des sources du salut (Isaïe 12, 3). Une fois sanctifiée, l'eau devient le symbole de l'Esprit, qui recrée l'homme à partir des eaux du baptême, pour le royaume des cieux, et représente la création tout entière, rachetée et sanctifiée par Dieu.

Chaque année, à la Théophanie, la bénédiction des eaux est célébrée en mémoire du baptême du Christ, mais aussi pour sanctifier et bénir toute la nature, en y répandant la plénitude de la grâce du Christ par l'aspersion d'eau bénite. Afin de souligner l'importance de cette célébration, il est d'usage qu'elle ait lieu hors de l'église, près d'une source, d'une rivière ou d'un puits, illustrant ainsi la dimension universelle de cet rite par lequel l'Église souhaite sanctifier toute la nature, par le don du Saint-Esprit et l'aspersion de « l'eau du salut ».

Sanctification des eaux – Restaurer la fonction originelle de l’eau

Lors de la bénédiction de l'eau à la Théophanie, nous demandons et prions pour que la vocation première de l'eau, source de vie, de bénédiction et de sainteté, nous soit révélée lorsque nous la buvons. Dans le jardin d'Éden, Adam entretenait une relation unique avec la création, dont il était le maître. Après la chute, lorsqu'il fut chassé du Paradis, il entendit ces paroles : « Maudite soit la terre à cause de toi ! C'est à force de peine que tu en tireras ta nourriture tous les jours de ta vie ! » (Genèse 3,17). Dès lors, Adam fut soumis à la nature et n'en fut plus le maître. Cependant, par le Christ, la malédiction est levée, tout comme la malédiction de la mort est levée de la nature humaine par la Résurrection. Grâce à la venue du Christ et à son œuvre de salut et de rédemption, l'homme et la création ont été réconciliés. Ainsi, la création est de nouveau capable de combler non seulement les besoins physiques de l'homme, mais les éléments de la nature peuvent être, et sont, sources de grâce et de guérison, car nous adorons le Seigneur de la Vie.

Par conséquent, la consécration du grand Aghiasma le jour de la Théophanie est une réaffirmation du fait que, par son Baptême, le Christ a levé la malédiction du péché d'Adam et a rendu à l'homme la bonté créatrice de la nature.

Source : DOXOLOGIA.RO