Homélie pour la Pentecôte.
Évangile de la descente du
Saint-Esprit
Saint Nicolas Vélimirovitch
« Homélies sur les Evangiles des dimanches
et jours de
Fête »
Homélie pour la Pentecôte.
Évangile de la descente du
Saint-Esprit
(Jn 7, 37-52; 8,12; Ac 2,
1-11)
Quand une graine est semée, il est nécessaire que la force de
la chaleur et de la lumière vienne sur elle afin de lui permettre de grandir.
Quand un arbre est planté, il est nécessaire que la force du
vent survienne afin de le consolider.
Quand un maître de maison construit sa demeure, il fait appel
à la force de la prière afin que sa maison soit bénie[1].
Le Seigneur Jésus-Christ a semé la graine la plus généreuse
sur le champ de ce monde. Il a fallu que la force du Saint-Esprit descende pour
que la graine soit réchauffée et illuminée et puisse grandir avec succès.
Le Seigneur Fils a semé sur le champ sauvage de la mort,
l’arbre de vie. Il a fallu que le puissant ouragan du Seigneur Esprit souffle
pour que l’arbre de vie soit consolidé.
La prééternelle Sagesse infinie de Dieu s’est aménagé des
demeures dans des âmes humaines élues. Et il a fallu que l’Esprit fort et
lumineux de Dieu descende dans ces demeures et les bénisse.
L’époux divin a choisi Son épouse, l’Église des âmes pures, et
il a fallu que l’Esprit de joie éternelle descende, pour lier par l’anneau le
ciel et la terre et fasse revêtir la robe nuptiale à l’épouse.
Tout ce qui avait été prédit, s’est accompli ainsi. Le
Saint-Esprit avait été promis, et le Saint-Esprit est descendu. Qui aurait pu
promettre la descente sur terre de l’Esprit Tout-puissant sinon Celui qui
savait que cet Esprit Lui obéirait et descendrait ? Et envers qui l’Esprit
Tout-puissant aurait pu montrer une obéissance aussi prompte sinon Celui envers
qui II avait un amour parfait ?
Ah, comme l’amour parfait est toujours prêt à faire preuve
d’une obéissance parfaite ! Cet amour parfait ne peut s’exprimer complètement
autrement que par une obéissance parfaite. De cette obéissance parfaite
jaillit, tel un torrent de miel et de lait, une joie parfaite qui constitue la
grâce de l’amour.
Le Père éprouve un amour parfait envers le Fils et l’Esprit.
Le Fils éprouve un amour parfait envers le Père et l’Esprit. Et l’Esprit
éprouve un amour parfait envers le Père et le Fils. C’est à cause de cet amour
parfait que le Père éprouve l’obéissance la plus docile envers le Fils et
l’Esprit tandis que le Fils éprouve l’obéissance la plus docile envers le Père
et l’Esprit et que l’Esprit éprouve l’obéissance la plus docile envers le Père
et le Fils. L’amour parfait fait du Père le serviteur parfait du Fils et de
l’Esprit, du Fils le serviteur parfait du Père et de l’Esprit, et de l’Esprit
le serviteur parfait du Père et du Fils. De même que dans le monde créé aucun
amour ne peut être équivalent à l’amour mutuel des hypostases divines, de même
aucune obéissance ne peut être équivalente à leur obéissance mutuelle. Je
t’ai glorifié sur la terre, en menant à bonne fin l’œuvre que tu m’as donné de
faire (Jn 17, 4)… que ta volonté soit faite! (Mt 6,10). Ces
paroles ne montrent-elles pas l’obéissance parfaite du Fils à l’égard du Père ?
«Père, je savais que tu m’écoutes toujours», dit le Seigneur
Jésus lors de la résurrection de Lazare (Jn 11, 42). Plus tard, Il
s’écria: «Père, glorifie ton nom!» Du ciel vint alors une voix: «Je l’ai
glorifié et de nouveau je le glorifierai» (Jn 12, 28). Cela ne montre-t-il
pas l’obéissance parfaite du Père envers le Fils ? – Cependant je vous dis
la vérité: c’est votre intérêt que je parte; car si je ne pars pas, le Paraclet
ne viendra pas vers vous; mais si je pars, je vous l’enverrai (Jn 16,
7), et je prierai le Père et II vous donnera un autre Paraclet pour qu’il
soit avec vous à jamais (Jn 14,16) Lorsque viendra le Paraclet, que
je vous enverrai d’auprès du Père, l’Esprit de vérité qui vient du Père, Urne
rendra témoignage (Jn 15,26). Et en vérité, le cinquantième jour après la
Résurrection, le Paraclet, l’Esprit de vérité est descendu sur ceux auxquels II
avait été promis. Cela ne montre-t-il pas l’obéissance parfaite du Saint-Esprit
envers le Fils ?
Cette règle salvatrice, que l’apôtre Paul recommande à tous
les fidèles : Que l’amour fraternel vous lie d’affection entre vous,
chacun regardant les autres comme plus méritants (Rm 12, 10), a été
réalisée à la perfection entre les hypostases de la Sainte Trinité. Chaque
hypostase s’efforce de rendre d’avantage honneur aux deux autres hypostases
plus grandes qu’elle-même; comme chacune d’elles souhaite par son obéissance se
rendre plus petite que les deux autres. En l’absence d’un tel effort doux et
saint de chacune des hypostases divines pour faire don de Sa dignité aux deux
autres et s’amoindrir dans l’obéissance, dans l’amour illimité que chacune
d’elles éprouve pour chacune des autres, la trinité divine aurait abouti à une
absence de diversité des hypostases.
C’est donc par amour infini du Seigneur Saint-Esprit envers le
Seigneur Fils que l’Esprit s’est hâté, avec une obéissance infinie, d’accomplir
le souhait du Fils et est descendu au moment déterminé sur les apôtres. Le
Seigneur Fils savait avec certitude que le Seigneur Saint-Esprit L’écouterait
et c’est pourquoi II a promis avec confiance Sa descente sur les
apôtres. Il leur enjoignit de ne pas s’éloigner de Jérusalem, mais d’y
attendre ce que le Père avait promis… Vous allez recevoir une force, celle de
l’Esprit Saint, qui descendra sur vous (Ac 1, 4; 1, 8), recommanda le
Seigneur à Ses apôtres. Ne vous demandez pas comment le Seigneur Jésus savait à
l’avance que cette force, celle de l’Esprit Saint, allait descendre
sur Ses disciples. Non seulement le Seigneur connaissait cela à l’avance ainsi
que tout le reste de ce qui allait se passer jusqu’à la fin des temps, et même
après la fin des temps. Mais si vous vous plongez plus profondément dans
l’analyse de cet événement, vous verrez que cette anticipation, cette
divination du Seigneur sur la descente de l’Esprit, ne représente une
anticipation, une divination, que du point de vue extérieur de cet événement,
et nullement du point de vue de l’accord de l’Esprit et de Sa volonté à
accomplir la volonté du Fils et à descendre. Car avant même que le Seigneur eût
annoncé la descente de l’Esprit, Il disposait déjà du consentement fervent et
volontaire de l’Esprit à ce sujet. En fait, le Saint- Esprit a parlé par Lui,
de Sa descente. Ne dit-on pas en effet dans l’Évangile que Jésus était rempli
d’Esprit Saint (Lc 4, 1)? Et le Seigneur Jésus Lui-même n’a-t-Il pas
reconnu à Nazareth qu’en Lui s’était accomplie la prophétie d’Isaïe
: L’Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu’il m’a consacré par l’onction
pour porter la bonne nouvelle aux pauvres (Lc 4, 18)? Il est donc clair
que le Fils est en rapport permanent avec le Saint-Esprit comme avec le Père –
un rapport d’amour mutuel, d’obéissance et de joie. L’onction de l’Esprit
témoigne de la présence vivante et réelle de l’Esprit dans une personne. Ainsi,
comment l’Oint pourrait-il parler de l’Esprit Lui-même sans que l’Esprit le sût
? et promettre un concours quelconque de l’Esprit si l’Esprit n’en était pas
d’accord à l’avance? Le fait que le Saint-Esprit était présent dans le Seigneur
Jésus et qu’il était d’accord avec chaque mot, chaque action et chaque promesse
de Jésus, est attesté dans l’évangile de ce jour.
Le dernier jour de la fête, le grand jour, Jésus, debout,
s’écria : « Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi, et il
boira (Jn 7, 37). Il s’agit ici de la fête des Tentes qui était célébrée
en automne à la mémoire de l’édification des tentes dans le désert à l’époque
de la traversée du désert par les Juifs. Cette fête était célébrée le
septième mois selon la numérotation juive, ce qui correspond à notre mois
de septembre; c’était une occasion de grande réjouissance (Lv 23, 34; Dt 16,
13-14). Cette fête était célébrée durant sept jours, et la dernière journée,
particulièrement solennelle, était appelée grande. Si quelqu’un a soif, dit
le Seigneur, qu’il vienne à moi, et il boira. Dans la Jérusalem
aride, il était très difficile de donner à boire à la masse innombrable des
habitants, même avec de l’eau ordinaire, naturelle. Des porteurs d’eau
transportaient de l’eau de la source de Siloé jusqu’aux vasques situées dans le
temple. Qu’est-ce qui a poussé le Seigneur à parler de soif et d’eau ?
Peut-être la vue de la population se plaignant de soif;
peut-être l’observation du labeur des porteurs d’eau transportant péniblement
l’eau de Siloé jusqu’aux hauteurs de Morée où se trouvait le temple ; peut-être
aussi le fait que c’était le dernier jour et que le Seigneur voulait utiliser
ce moment pour évoquer la soif spirituelle devant les cœurs endurcis de ces
hommes et leur proposer une boisson spirituelle. Naguère, le Seigneur avait dit
à une femme de Samarie : Qui boira de l’eau que je lui donnerai, n’aura
plus jamais soif{ Jn 4, 14). Maintenant II songe à cette même eau
spirituelle et vivifiante, en s’adressant à tous ceux qui ont soif : Qu’il
vienne à moi, et il boira.
Celui qui croit en moi, selon le mot de l’Ecriture, de son
sein couleront des fleuves d’eau vive (Jn 7,3 8). Ilparlait de
l’Esprit que devaient recevoir ceux qui avaient cru en Lui; car il n’y avait
pas encore d’Esprit, parce que Jésus n’avait pas encore été glorifié (Jn
7,39). Avant tout, le Seigneur engage à croire en Lui. Il n’accorde de
récompense qu’à ceux qui croient correctement en Lui, c’est-à-dire selon
le mot de l’Ecriture. Il ne veut pas qu’on croie en Lui comme en un prophète.
En fait, tous les prophètes ont prédit Sa venue. Il ne veut pas non plus qu’on
Le considère comme un deuxième Élie ou Jean Baptiste. Élie et Jean n’étaient
que des serviteurs de Dieu et Ses prédécesseurs. Lui-même ne se donne pas le
nom de serviteur de Dieu, et ne se considère pas comme le prédécesseur de
quiconque. L’Écriture Sainte parle de Lui comme du Fils de Dieu, né de Dieu le
Père dans l’éternité et de la Très Sainte Mère de Dieu dans le temps. Quand
l’apôtre Pierre eut proclamé sa foi en Lui en disant : Tu es le Christ, le
Fils du Dieu vivant (Mt 16, 16), Il a loué une telle foi. Quand les chefs
populaires et les scribes voulurent L’embarrasser avec diverses questions
embrouillées, c’est Lui qui les troubla et les fit taire par une citation de
l’Ecriture Sainte selon laquelle le Messie attendu n’était pas seulement fils
de David mais aussi le Fils de Dieu (Mt 22, 42-45). Il souhaite qu’on croie en
Lui en tant que révélation suprême de Dieu, où aboutissent toutes les
révélations précédentes, du commencement jusqu’à la fin. En dehors de Lui, la
foi est vaine, l’espérance est vaine et l’amour impossible. Quant au fait que
la foi correcte en Lui est salvatrice, ceux qui croient correctement en seront
convaincus. Comment en seront-ils convaincus? De leurs corps couleront des
fleuves d’eau vive. Le terme d’eau vive correspond au Saint- Esprit, comme
l’évangéliste l’explique lui-même : Il parlait de l’Esprit. Par
conséquent, celui qui croit dans le Fils de Dieu, verra l’Esprit de Dieu
s’établir en lui et des fleuves d’eau vive couleront de son corps. Mais
pourquoi de leurs corps ? Parce que dans cette vie, le corps des
saints est la demeure du Saint-Esprit, comme le dit l’Apôtre : Ou bien ne
savez-vous pas que votre corps est un temple du Saint-Esprit, qui est en vous
et que vous tenez de Dieu (1 Co 6, 19)? L’apôtre Paul s’adresse ainsi aux
fidèles sur lesquels l’Esprit Saint était déjà descendu à travers leur foi dans
le Fils de Dieu. Le corps au sens étroit correspond au cœur humain, centre de la
vie physique et spirituelle. L’apôtre Paul dit encore : Dieu a envoyé dans
nos cœurs l’Esprit de Son Fils (Ga 4, 6). Et c’est donc à partir du cœur
en tant que sanctuaire principal du Saint-Esprit que vont se répandre des
courants spirituels salvateurs dans l’ensemble de l’homme, physique et
spirituel. La conséquence en sera que le corps du croyant deviendra un outil de
l’esprit humain, tandis que l’esprit humain sera un outil du Saint-Esprit.
C’est tout l’homme qui sera purifié, illuminé, conforté et immortalisé par ces
courants du Seigneur Esprit, de sorte que toutes ses pensées, tout son amour et
toutes ses actions seront orientés vers la vie éternelle. Les courants de sa
vie se déverseront dans l’éternité et les courants de l’éternité se déverseront
dans sa vie.
Mais au moment où le Seigneur Jésus s’exprimait ainsi, il
n’y avait pas encore d’Esprit, parce que Jésus n’avait pas encore été
glorifié. Cela signifie que le Saint-Esprit n’était pas encore parmi les
fidèles, tandis qu’il était en Jésus. Le Saint-Esprit n’avait pas encore
commencé dans Sa plénitude et avec toute Sa force, Son action dans le monde.
Car le
Seigneur Jésus n’avait pas encore été glorifié, Il ne s’était
pas encore sacrifié totalement pour le genre humain, Il n’avait pas encore
achevé Son œuvre comme Sauveur des hommes. Dans l’économie du salut humain, le
Père possède la plénitude de l’action dans le monde, quand II envoie Son Fils
œuvrer au salut des hommes. Le Fils possède la plénitude de l’action en
accomplissant cette œuvre comme Dieu-homme, tandis que le Saint-Esprit possède
la plénitude de l’action en consolidant, illuminant et prolongeant l’œuvre du
Fils. Mais il ne faut pas comprendre cela comme si, quand le Père est à
l’œuvre, le Fils et l’Esprit ne le sont pas ; ou quand le Fils est à l’œuvre,
le Père et le Fils ne le sont pas ; ou quand l’Esprit est à l’œuvre, le Père et
le Fils ne le sont pas. Des conceptions aussi mauvaises et folles doivent vous
être étrangères. En effet, alors que le Fils était dans la plénitude de Son
action sur terre, le Père et le Fils agissaient avec Lui, comme cela a été
démontré lors du baptême dans le Jourdain et comme le Seigneur Jésus l’a dit
Lui-même: Mon Père est à l’œuvre jusqu’à présent et j’œuvre moi
aussi (Jn 5, 17). Le Père et le Fils agissent donc ensemble et
simultanément. De même, le Saint-Esprit agit aux côtés et simultanément avec le
Fils, comme le montre la promesse du Seigneur Jésus qu’il enverra l’Esprit
consolateur aux disciples et qu’il restera avec eux pour toujours jusqu’à
la fin de l’âge (Mt 28, 20). La Divinité Trinitaire est une par essence et
indivise, mais dans Son rapport avec le monde créé, Elle exprime Son action
tantôt plus nettement à travers une hypostase divine, tantôt plus nettement à
travers une autre. Ainsi, lorsque le Seigneur Jésus a promis la descente du
Saint-Esprit sur les apôtres, le Saint-Esprit était en Lui, de sorte qu’on peut
dire que cette promesse est venue autant du Seigneur Fils que du Seigneur
Saint-Esprit Lui-même.
Voyons maintenant comment cette promesse s’est réalisée, ou
comment s’est produite la descente du Seigneur Saint-Esprit à laquelle nous
consacrons cette célébration solennelle.
Le jour de la Pentecôte étant arrivé, ils (les
apôtres) se trouvaient tous ensemble dans un même lieu (Ac 2, 1).
Selon le commandement de leur Maître, les apôtres se trouvaient à Jérusalem et
attendaient d’être revêtus de la force d’en-haut (Lc 24, 49) qui leur
indiquerait ce qu’il fallait qu’ils fassent par la suite. Ils se trouvaient
tous ensemble, en prière, comme un seul homme, une seule âme. Le contenu de
l’âme rend les âmes humaines différentes ou semblables : mais le contenu de
l’âme de tous les apôtres en cet instant était unique et identique : leurs âmes
étaient toutes entières dans la glorification de Dieu pour ce qui setait passé
et dans l’attente de ce qui allait se passer.
Tout à coup vint du ciel un bruit tel que celui d’un violent
coup de vent, qui remplit toute la maison où ils se tenaient. Ils virent
apparaître des langues qu’on eût dites de feu; elles se partageaient, et il
s’en posa une sur chacun d’eux. Tous furent alors remplis de l’Esprit
Saint (Ac 2, 2-4). Quel est ce bruit? Ne serait-ce pas le bruit des armées
des anges? Ne serait-ce pas le bruit des ailes des chérubins qu’avait
entendu le prophète Ezéchiel (Ez 1, 24)? Quel qu’il fut, ce bruit ne vient pas
de la terre mais du ciel, il n’est pas le fait de vents terrestres mais de la
force céleste. Ce bruit annonce la descente du Roi céleste, le Seigneur Esprit
consolateur. L’Esprit n’est pas un feu, de même qu’il n’est pas une colombe.
Mais II est apparu sur le Jourdain comme une colombe (Mt 3, 16) et II
se manifeste maintenant comme le feu\ là-bas II signifiait
l’innocence et la pureté du Seigneur Jésus sur lequel II s’était posé, ici II
signifie la force, la chaleur et la lumière du feu, une force qui consume le
péché, une chaleur qui réchauffe le cœur, une lumière qui éclaire l’esprit.
L’Esprit est incorporel, Il ne s’incarne dans aucun corps, mais II se manifeste
en cas de besoin sous des formes matérielles qui symbolisent le mieux la portée
du moment. Pourquoi dans ce cas-ci, l’Esprit est-il apparu sous la forme de
langues de feu qui se partageaient, de façon qu’une langue de feu se
pose sur chacun des apôtres? L’explication se trouve dans le passage qui suit
immédiatement: ils commencèrent à parler en d’autres langues, selon que
l’Esprit leur donnait de s’exprimer (Ac 2, 4). On voit ainsi pourquoi le
Seigneur Esprit était apparu sous la forme de langues qui se partageaient. Le
premier effet de cette manifestation fut que les apôtres furent en mesure de
parler en d’autres langues, ce qui montre clairement que dès le commencement de
l’Église du Christ, Son Évangile salvateur était destiné à tous les peuples de
la terre, comme le Seigneur l’avait ordonné après Sa Résurrection à Ses apôtres
: Allez donc, de toutes les nations faites des disciples (Mt 28, 20).
Comme les Juifs, peuple élu, avaient rejeté le Seigneur et L’avaient crucifié,
le Seigneur victorieux fit alors pour Lui un nouveau choix, celui de tous les
peuples de la terre ; ainsi fut créé un nouveau peuple élu, doté non d’une
langue mais d’un esprit, le peuple des saints ou Eglise de
Dieu. Comment les apôtres du Christ auraient-ils pu aller à la rencontre
de tous les peuples et enseigner à toutes les nations, s’ils n’avaient pas
connu les langues de ces peuples ? Le premier pouvoir nécessaire à ces premiers
missionnaires de l’Evangile afin de commencer leur mission, c’était celui de
comprendre et de parler des langues étrangères. Hommes simples, ils ne
connaissaient que leur langue maternelle, la langue juive, et aucune autre.
S’ils avaient dû apprendre nombre d’autres langues selon des méthodes
ordinaires, quand auraient-ils pu le faire ? Au cours de toute une vie, ils
auraient été incapables d’apprendre autant que l’Esprit Saint leur avait
enseigné en un instant. Songez seulement à la multiplicité des origines
nationales parlant différentes langues, qui étaient alors rassemblées à
Jérusalem : Parthes, Mèdes et Elamites, habitants de Mésopotamie, de Judée
et de Cappadoce, du Pont et d’Asie, de Phrygie et de Pamphylie, d’Egypte et de
cette partie de la Libye qui est proche de Cyrène, Romains en résidence,
Crétois et Arabes (Ac 2, 9-11) ! Chacun les entendait parler en son
propre idiome. Ils étaient stupéfaits et tout étonnés (Ac 2, 6-7). Ils
voyaient devant eux des hommes ordinaires, au comportement ordinaire, à
l’aspect et à la tenue ordinaires et chacun entendait la glorification de Dieu
dans sa propre langue. Comment ne seraient-ils pas émerveillés ? Comment ne
seraient- ils pas étonnés ? Certains, faute de pouvoir expliquer toute cette
affaire, se mirent à dire que les apôtres étaient pleins de vin
doux (Ac 2, 13). C’est ce qui se produit souvent: les ivrognes ont
l’impression que ceux qui sont sobres sont ivres, et pour les insensés les
hommes raisonnables paraissent déments. Ceux qui étaient unis à la terre et
enivrés par elle, pouvaient-ils considérer autrement des hommes remplis de
l’Esprit Saint et qui, comme tels, disaient ce que l’Esprit les poussait à dire
? Des hommes habitués à la routine n’aiment pas les surprises et quand des
surprises surviennent, ils les affrontent soit avec colère soit avec moquerie.
Mais le Saint-Esprit ne se comporte pas en homme agressif, qui force la porte
d’une maison étrangère. Il entre là où la porte de la maison s’ouvre
volontairement pour Lui et où II est accueilli en hôte très cher et très
attendu. Les apôtres L’attendaient avec ferveur et II descendit sur eux et
s’établit en eux. Il ne descendit pas sur eux dans un bruit de menace, mais
dans une clameur de joie.
Frères, comme l’Esprit Saint éprouve une joie indicible quand
II rencontre des âmes pures et ouvertes, qui sont en quête de Lui! C’est dans
une clameur joyeuse qu’il s’installe en eux et leur accorde Ses dons précieux.
Comme un feu, Il entre en eux pour y consumer les derniers germes du péché ;
comme une lumière, Il vient les illuminer d’un éclat céleste ; comme une
chaleur, Il vient les réchauffer avec la chaleur divine de l’amour, où se
réchauffent les immortelles armées des anges dans le Royaume de Dieu. Comme le
dit saint Syméon le Nouveau Théologien :
« De même qu’une lampe, bien que pleine d’huile et dotée d’une
mèche, devient toute sombre si on ne la ranime pas avec du feu, de même l’âme
s’éteint et s’assombrit ‘si elle n’est pas touchée par la lumière et la grâce
du Saint-Esprit. » Avec le don des langues II a accordé aux apôtres le don qui
leur était le plus précieux à cette époque. Plus tard II allait, pour les
besoins du service apostolique, répandre en eux d’autres dons : le don de faire
des miracles, le don de prophétie, le don de sagesse, le don d’éloquence, le
don d’endurer les souffrances, le don de la paix intérieure, le don de la
certitude de la foi et de l’espérance, le don de l’amour de Dieu et celui
d’aimer les hommes. Abondamment et joyeusement, le Saint-Esprit a attribué de
tels dons non seulement aux apôtres mais aussi à tous les saints de l’Eglise du
Christ jusqu’à nos jours, toujours selon les besoins et la pureté de l’homme.
Par Sa grande œuvre sur terre, le Seigneur Jésus a apporté une grande joie au
Père et au Saint-Esprit. Depuis les premiers jours d’Adam, le Saint-Esprit
n’avait pas eu de joie comparable à celle qu’il a eue le jour de la Pentecôte,
quand le Seigneur Fils a rendu possible que la plénitude de Sa puissance fut à
l’œuvre parmi les hommes. En vérité, Son action s’est poursuivie sans
interruption dans le genre humain, même enchaîné par le péché, depuis la chute
d’Adam jusqu’au Christ ressuscité, mais cette action était alors comprimée,
empêchée par le péché des hommes. C’est un chemin étroit, très étroit, qu’il a
suivi parmi les hommes, versant de l’huile dans la veilleuse de la vie pour
quelle ne s’éteignît pas tout à fait. Il a agi aussi à travers les lois de la
nature et les lois des hommes, à travers les prophètes et les rois, les
artistes et les sages, dans la mesure où ces derniers pouvaient et voulaient
tenir compte de Son action. Chaque fois que dans la poussière terrestre une
larme a été versée dans l’attente de la justice divine, cela était le fait de
la chaleur avec laquelle II a réchauffé le cœur humain. Chaque fois qu’a jailli
une pensée lumineuse d’un sage sur le Dieu unique et immortel, c’était une
étincelle déposée dans l’âme humaine. Chaque fois qu’un artiste a chanté,
sculpté ou peint une belle œuvre, contribuant ainsi quelque peu à ouvrir les
yeux de l’humanité aveuglée sur la vérité divine, Il a ajouté Son souffle
vivifiant au souffle humain. Chaque fois qu’un preux chevalier s’est dressé,
avec la foi en Dieu et l’esprit de sacrifice, pour la défense de la justice et
de la vérité bafouées, Il a insufflé Sa force dans le cœur humain. Mais cela
était sans grande portée et sans grande joie. Ce n’étaient que des miettes
jetées aux prisonniers affamés dans les cachots. Quand le Seigneur Jésus a
détruit la prison du péché et de la mort et conduit devant le Saint-Esprit Ses
douze apôtres, tels douze demeures royales lumineuses, alors le Seigneur Esprit
s’est établi en eux dans une clameur joyeuse et dans la plénitude de Son
action. Pour la première fois, le Seigneur Saint-Esprit plongé dans le chagrin
depuis le péché d’Adam, commença de nouveau, dans un grand souffle, un grand
élan et une grande joie, à répandre Son action puissante et inspirée parmi les
hommes.
Mais prenons un exemple pour mieux nous faire comprendre. Le
soleil brille en été comme au printemps. Mais sa lumière et sa chaleur ne sont
pas en mesure, en hiver, de faire pousser quoi que ce soit de la neige. Au
printemps en revanche, la même lumière et la même chaleur du soleil permettent
de faire surgir de terre et de faire croître toutes les graines qui ont été
semées. Les savants affirment que la terre en hiver est inclinée par rapport au
soleil, que les contrées enneigées se tiennent éloignées du soleil et qu’elles
captent la lumière solaire à travers des rayons inclinés et non verticaux. Au
printemps la terre est inclinée vers le soleil, les contrées enneigées se
rapprochent du soleil, et la lumière et la chaleur solaires descendent à
travers des rayons plus verticaux. Depuis Adam jusqu’au Christ, l’âme humaine
était comme la terre à l’époque hivernale. Le Saint-Esprit éclairait et
réchauffait, mais à cause de la distorsion pécheresse de l’âme humaine et de
son éloignement de Dieu, l’âme humaine était comme gelée, et nul fruit ne
pouvait en sortir et mûrir. Le Seigneur Jésus a redressé l’âme humaine et l’a
rapprochée de Dieu, Il l’a purifiée du gel et de la neige, Il l’a préparée et y
a semé une graine divine. Alors le Saint-Esprit a commencé, comme le soleil au
printemps, à faire pousser avec Sa force et à montrer des fruits beaux et
agréables sur le champ de l’âme humaine. Jamais l’hiver ne peut imaginer tous
les prodiges dont le printemps orne la terre. De même les hommes, inclinés de
côté par rapport au Saint-Esprit, vivant avec une âme recouverte par le gel et
la neige de leurs propres aveuglements, ne pourront jamais imaginer les dons
prodigieux dont le Saint-Esprit gratifie les hommes qui se rapprochent de Lui
pour se tenir sous les rayons verticaux de Sa lumière et de Sa chaleur divines.
Comment un Esquimau qui a vu le jour et passé toute son existence dans la glace
et la neige pourrait-il prêter foi au récit d’un voyageur venu des contrées du
sud et évoquant les fleurs et les arbres, les prairies chatoyantes et les
montagnes vertes ?
Ainsi, des hommes venus d’une terre éloignée de Dieu, gelée et
obscurcie par le péché, ne prêtèrent pas foi aux apôtres quand ces derniers se
mirent à leur annoncer la nouvelle joyeuse du Dieu vivant dans les deux, du
Père qui appelle à Lui tous ceux qui souhaitent être appelés
Ses fils ; la nouvelle du Fils de Dieu qui est venu au monde
comme un homme, a vécu avec les hommes, qui a souffert pour les hommes, qui est
ressuscité dans Sa puissance et s’est élevé dans la gloire ; la nouvelle du
Saint-Esprit qui est descendu sur eux et les a gratifiés de dons célestes ; de notre
demeure lumineuse et immortelle dans les deux, dont seul le péché nous a
éloignés ; de la pureté de la vie, qui nous est demandée afin de pouvoir
revenir dans notre demeure céleste et devenir des amis et des frères des anges
dans la vie éternelle. Certains ont cru à cette nouvelle joyeuse, d’autres n’y
ont pas cru. Des apôtres de Dieu, se sont écoulés des fleuves d’eau vive à
travers le monde entier. Certains s’en sont approchés et ont bu cette eau vive,
d’autres ne l’ont pas fait. Les apôtres ont cheminé parmi les hommes comme des
dieux, faisant des miracles, guérissant toute maladie et toute infirmité et
prêchant le repentir et le pardon des péchés. Certains les ont accueillis avec
joie, d’autres les ont repoussés avec fureur et dénigrement. Ceux qui les ont
accueillis ont ressenti eux-mêmes leur union avec le Saint-Esprit et l’action
du Saint-Esprit en eux. C’est ainsi que s’est développé le peuple des saints et
que l’Église de Dieu s’est répandue et consolidée dans le monde. C’est ainsi
que la graine a poussé et que le fruit a mûri. C’est ainsi que la demeure de la
vérité, dont le Seigneur Jésus est la pierre angulaire, a été sanctifiée par le
Saint-Esprit, se répandant aux quatre coins du monde et s’élevant en ses
sommets jusqu’aux hauteurs célestes suprêmes.
En célébrant aujourd’hui la fête du Saint-Esprit qui, par
amour infini envers le Seigneur Fils et avec une joie et une obéissance
infinies, a bien voulu descendre sur terre et prendre entre Ses mains toutes
puissantes l’œuvre du salut humain, souvenons-nous aussi dans nos chants de
reconnaissance, de la Très Sainte Vierge Marie sur laquelle le Seigneur Saint-
Esprit est descendu avant de descendre sur les apôtres. Sur les apôtres, le
Seigneur Saint-Esprit est descendu en tant qu’Église, une assemblée de saints
spirituellement à l’unisson, alors qu’il est descendu sur la Mère de Dieu en
tant que personne tout particulièrement choisie. L’Esprit Saint viendra
sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous Son ombre a dit
l’archange Gabriel à la Très Sainte Vierge (Lc 1, 35), et par la force du
Saint-Esprit elle fit naître le fruit le plus beau, qui a parfumé le ciel et la
terre et dont se nourrissent tous les croyants, du début à la fin. Très Sainte
et Très Pure Mère de Dieu, aube et berceau de notre salut, qui es notre modèle
dans l’humilité et l’obéissance, notre protectrice en prière devant le trône de
Dieu, prie sans cesse pour nous, aux côtés des saints apôtres !
Roi céleste, Consolateur, Esprit de vérité, viens jusqu’à
nous, établis-Toi en nous et demeure en nous comme force, lumière et chaleur,
comme notre vie et notre joie ! Purifie-nous de toutes les infirmités et sauve,
ô Très Doux, nos âmes! Remplis nos cœurs de joie et nos gorges de chants, afin
que nous Te célébrions et glorifions avec le Père et le Fils, Trinité unique et
indissociable, maintenant et toujours, de tout temps et de toute éternité.
Amen.
[1] Il est d’usage que les fidèles
orthodoxes, quand ils intègrent une nouvelle demeure, fassent appel au prêtre
pour la bénir (NdE).