50 jours après Pâques
TROPAIRE
KONDAKION
ÉVANGILE DES
MATINES
À LA LITURGIE DE LA FÊTE :
ANTIENNES
ENTRÉE ET PROKIMENON
ÉPÎTRE ET ALLÉLUIA
ÉVANGILE
MÉGALINAIRE ET
COMMUNION
MÉDITATION SUR LA
FÊTE
AVEC LE PÈRE LEV GILLET
NOTES
+++
Béni sois-tu, ô Christ notre Dieu, toi qui fis descendre le Saint Esprit sur tes Apôtres, transformant par ta sagesse de simples pêcheurs en pêcheurs d’hommes, dont les filets prendront le monde entier. Seigneur, ami des hommes, gloire à toi.
Ayant confondu les langues de l'univers, le Seigneur du haut des cieux dispersa les nations ; mais en partageant les langues de feu, il invite tous les hommes à l'unité et tous ensemble nous glorifions le Très Saint Esprit.
+++
ÉVANGILE DES MATINES
(Jean 20, 19-31)
Le soir, ce même jour, le premier de la semaine, et les portes étant closes, là où se trouvaient les disciples, par peur des Juifs, Jésus vint et se tint au milieu et il leur dit : " Paix à vous ! " Ayant dit cela, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples furent remplis de joie à la vue du Seigneur. Il leur dit alors, de nouveau : " Paix à vous ! Comme le Père m'a envoyé, moi aussi je vous envoie. " Ayant dit cela, il souffla sur eux et leur dit : " Recevez l'Esprit Saint. Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis ; ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus. " Or Thomas, l'un des Douze, appelé Didyme, n'était pas avec eux, lorsque vint Jésus. Les autres disciples lui dirent donc : " Nous avons vu le Seigneur ! " Mais il leur dit : " Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous, et si je ne mets pas ma main dans son côté, je ne croirai pas. " Huit jours après, ses disciples étaient de nouveau à l'intérieur et Thomas avec eux. Jésus vient, les portes étant closes, et il se tint au milieu et dit : " Paix à vous. " Puis il dit à Thomas : " Porte ton doigt ici : voici mes mains ; avance ta main et mets-la dans mon côté, et ne deviens pas incrédule, mais croyant. " Thomas lui répondit : " Mon Seigneur et mon Dieu ! " Jésus lui dit : " Parce que tu me vois, tu crois. Heureux ceux qui n'ont pas vu et qui ont cru. " Jésus a fait sous les yeux de ses disciples encore beaucoup d'autres signes, qui ne sont pas écrits dans ce livre. Ceux-là ont été mis par écrit, pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour qu'en croyant vous ayez la vie en son nom.
+++
À LA LITURGIE DE LA FÊTE :
PREMIÈRE ANTIENNE
Les cieux racontent la gloire de Dieu, l'oeuvre de ses mains,
le firmament l'annonce.
Refrain : Par les prières de la Mère de Dieu, ô Sauveur,
sauve-nous.
Ce ne sont langues ou paroles dont la voix peut être
comprise. (Refrain)
Par toute la terre a retenti leur message, leur parole
jusqu'aux limites du monde. (Refrain)
Gloire au Père... Maintenant... (Refrain)
+++
DEUXIÈME ANTIENNE
Que le Seigneur t'exauce au jour de la détresse, que te
protège le Nom du Dieu de Jacob.
Refrain : Sauve nous, ô Saint Esprit,
toi qui descendis sur les Apôtres,
nous qui te chantons, alléluia.
Que du sanctuaire il t'envoie le secours et demeure ton soutien
depuis Sion ! (Refrain)
Qu'il se souvienne de tous tes sacrifices, que ton holocauste
lui soit agréable ! (Refrain)
Gloire au Père... Maintenant...
Fils unique et Verbe de Dieu..
+++
TROISIÈME ANTIENNE
Seigneur, en ta puissance se réjouit le roi, et combien ton
salut le comble d'allégresse !
Refrain :
Béni sois-tu, ô Christ notre Dieu, toi qui fis descendre le Saint Esprit sur
tes Apôtres, transformant par ta sagesse de simples pêcheurs en pêcheurs
d’hommes, dont les filets prendront le monde entier. Seigneur, ami des hommes,
gloire à toi.
(Le Tropaire)
Tu lui as donné le désir de son coeur, tu n'as pas refusé ce
que demandaient ses lèvres. (Refrain)
Car tu las déjà comblé des bénédictions de la grâce, tu as mis sur sa tête une couronne aux fins joyaux. (Refrain)
CHANT D'ENTRÉE
Que ta puissance, Seigneur, soit exaltée, nous chanterons ta
suprême majesté.
Sauve-nous, ô Saint Esprit, toi qui descendis sur les Apôtres,
nous qui te chantons, alléluia.
À LA PLACE DU TRISAGION :
Vous tous qui avez été baptisés en Christ,
vous avez revêtus le Christ, alléluia.
+++
PROKIMENON (Ps 18, 5 et 2)
Par toute la terre a retenti leur message, leur parole
jusqu'aux limites du monde.
Verset : Les cieux racontent la gloire de Dieu, l'œuvre de ses mains, le firmament l'annonce.
+++
ÉPÎTRE ET ALLÉLUIA
ÉPÎTRE (Actes 2, 1-11)
Le jour de la Pentecôte étant arrivé, ils se trouvaient tous
ensemble dans un même lieu, quand, tout à coup, vint du ciel un bruit tel
que celui d'un violent coup de vent, qui remplit toute la maison où ils se
tenaient. Ils virent apparaître des langues qu'on eût dites de feu ;
elles se partageaient, et il s'en posa une sur chacun d'eux. Tous furent
alors remplis de l'Esprit Saint et commencèrent à parler en d'autres langues,
selon que l'Esprit leur donnait de s'exprimer. Or il y avait, demeurant à
Jérusalem, des hommes dévots de toutes les nations qui sont sous le ciel.
Au bruit qui se produisit, la multitude se rassembla et fut confondue :
chacun les entendait parler en son propre idiome. Ils étaient stupéfaits,
et, tout étonnés, ils disaient : " Ces hommes qui parlent, ne sont-ils pas
tous Galiléens ? Comment se fait-il alors que chacun de nous les entende
dans son propre idiome maternel ? Parthes, Mèdes et Élamites, habitants
de Mésopotamie, de Judée et de Cappadoce, du Pont et d'Asie, de Phrygie
et de Pamphylie, d'Égypte et de cette partie de la Libye qui est proche de
Cyrène, Romains en résidence, tant Juifs que prosélytes, Crétois et
Arabes, nous les entendons publier dans notre langue les merveilles de Dieu !
"
+++
ALLÉLUIA (Ps 32, 6 et 13)
Par la parole du Seigneur les cieux furent affermis et par le
souffle de sa bouche, toutes leurs puissances.
Verset : Du haut des cieux le Seigneur regarde : il voit tous les fils des hommes.
+++
ÉVANGILE
(Jean 7, 37-52 ; 8, 12)
Le dernier jour de la fête, le grand jour, Jésus, debout, s'écria : " Si quelqu'un a soif, qu'il vienne à moi, et qu'il boive, celui qui croit en moi ! " selon le mot de l'Écriture : De son sein couleront des fleuves d'eau vive. Il parlait de l'Esprit que devaient recevoir ceux qui avaient cru en lui ; car il n'y avait pas encore d'Esprit, parce que Jésus n'avait pas encore été glorifié. Dans la foule, plusieurs, qui avaient entendu ces paroles, disaient : " C'est vraiment lui le prophète ! " D'autres disaient : " C'est le Christ ! " Mais d'autres disaient : " Est-ce de la Galilée que le Christ doit venir ? L'Écriture n'a-t-elle pas dit que c'est de la descendance de David et de Bethléem, le village où était David, que doit venir le Christ ? " Une scission se produisit donc dans la foule, à cause de lui. Certains d'entre eux voulaient le saisir, mais personne ne porta la main sur lui. Les gardes revinrent donc trouver les grands prêtres et les Pharisiens. Ceux-ci leur dirent : " Pourquoi ne l'avez-vous pas amené ? " Les gardes répondirent : " Jamais homme n'a parlé comme cela ! " Les Pharisiens répliquèrent : " Vous aussi, vous êtes-vous laissé égarer ? Est-il un des notables qui ait cru en lui ? ou un des Pharisiens ? Mais cette foule qui ne connaît pas la Loi, ce sont des maudits ! " Nicodème, l'un d'entre eux, celui qui était venu trouver Jésus précédemment, leur dit : " Notre Loi juge-t-elle un homme sans d'abord l'entendre et savoir ce qu'il fait ! " Ils lui répondirent : " Es-tu de la Galilée, toi aussi ? Étudie ! Tu verras que ce n'est pas de la Galilée que surgit le prophète. " Jésus leur adressa encore la parole. Il dit : « Je suis la lumière du monde ; qui me suit ne marchera pas les ténèbres, mais aura la lumière de la vie.
MÉGALINAIRE (usage slave)
Lorsqu'ils assistèrent à la descente du Paraclet, les Apôtres
virent avec étonnement comme sous la forme de langues de feu est apparu le
Saint Esprit.
Réjouis-toi, ô Reine, glorieuse Vierge Mère. Quel rhéteur
assez riche d'éloquence trouverait élégamment un éloge digne de toi ? Car tout
esprit chancelle devant le mystère de ton enfantement divin ; aussi nous
unissons nos voix pour te glorifier.
+++
CHANT DE COMMUNION (Ps 142, 10)
Que ton Esprit, dans sa bonté, me conduise par le droit chemin. Alléluia.
+++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++
« Voici que nous célébrons la fête de la Pentecôte, la
venue de l’Esprit, l’accomplissement de la promesse ainsi que de notre
espérance ». C’est en ces termes que l’Église aux vêpres de la Pentecôte,
le samedi soir, nous invite à entrer dans l’atmosphère de cette très grande
fête que nous célébrons le septième dimanche après Pâques [1] et qui n’est pas
inférieure à Pâques elle-même.
Au cours de ces vêpres du samedi soir avant la Pentecôte,
trois lectures de l’Ancien Testament nous préparent à la fête. La lecture du
livre des Nombres (11, 16-17, 24-29) nous montre Moïse choisissant, sur l’ordre
de Dieu, soixante-dix anciens auxquels Dieu communiqua une part de l’esprit
qu’il avait donné à Moïse. Ils se tenaient près du tabernacle, « quand
l’Esprit reposa sur eux, ils prophétisèrent… ». Et, quand Josué demanda à
Moïse de réduire au silence deux hommes qui prophétisaient sans être venus vers
le tabernacle, Moïse répondit : « Serais-tu jaloux pour moi ?
Ah ! Puisse tout le peuple de Yahvé être prophète, Yahvé leur donnant son
Esprit ! [2] ». La lecture du prophète Joël (2, 23-32) prédit ce qui
arriva lors de la première Pentecôte chrétienne : « Après cela je
répandrai mon Esprit sur toute chair. Vos fils et vos filles prophétiseront,
vos anciens auront des songes, vos jeunes gens, des visions. Même sur les
esclaves, hommes et femmes, en ces jours-là, je répandrai mon Esprit ». La
lecture du prophète Ezéchiel (36, 24-28) annonce elle aussi un renouvellement
intérieur : « … Je vous donnerai un cœur nouveau, je mettrai en vous
un esprit nouveau ; J’ôterai de votre chair le cœur de pierre et je vous
donnerai un cœur de chair. Je mettrai mon esprit en vous… ».
Aux matines de la Pentecôte, chantées le samedi soir ou le
dimanche matin, nous lisons un des évangiles racontant les apparitions de Jésus
ressuscité. Dans ce passage (Jn 20, 19-31), nous voyons une première descente
de l’Esprit sur les disciples : « … Il [Jésus] souffla sur eux et
leur dit : Recevez l’Esprit Saint… ». Cette première venue de l’Esprit
n’est pas moins réelle que celle du jour de la Pentecôte. La différence est
que, le jour de la Pentecôte, l’Esprit descendit sur eux avec
« puissance ». Il y a la même différence entre la venue du
Saint-Esprit sur un chrétien baptisé, au moment où il reçoit le sacrement de
chrismation ou confirmation, et ce baptême de l’Esprit dont nous reparlerons et
que certains chrétiens obtiennent à un stade avancé de la vie spirituelle.
À la liturgie, le dimanche matin, nous lisons, au lieu
d’épître, le récit des événements de la Pentecôte tels que les décrit le livre
des Actes des apôtres (2, 1-11). Certains aspects de ce récit appellent
particulièrement notre attention.
« Le jour de la Pentecôte étant arrivé… ». La
Pentecôte est à la fois un achèvement et un début. Une voie nouvelle s’ouvrait
devant les disciples, mais ils s’y étaient préparés. Nous ne pouvons pas entrer
en quelque sorte dans la Pentecôte à l’improviste. Il nous faut d’abord avoir
assimilé toute la substance spirituelle que nous offrent les cinquante jours
compris entre Pâques et Pentecôte. Il nous faut déjà avoir eu l’expérience du
Christ ressuscité. Il faut avoir traversé les jours de la Passion. Bref, il
faut avoir mûri.
« Ils se trouvaient tous ensemble… ». Quelques
autres versets du livre des Actes nous dépeignent les Onze, assemblés
« dans la chambre haute », avec Marie, mère de Jésus et les femmes.
C’était l’Église naissante. Ils priaient tous ensemble. Nous trouvons là les
conditions nécessaires à la réception du Saint-Esprit. Il nous faut, à certains
moments, nous retirer du monde et nous enclore dans la chambre haute de notre
âme. Là nous devons prier. Et nous devons nous unir à la prière et à la foi de
toute l’Église. Nous devons être « ensemble » avec les apôtres et
avec la mère de Jésus. Qui veut ignorer l’autorité des apôtres ou se passer de
la présence maternelle de Marie ne peut recevoir le Saint-Esprit.
« Quand, tout à coup, vint du ciel un bruit comme celui
d’un violent coup de vent… ». Le Saint-Esprit est un souffle, un vent. Ce
qui importe pour nous, ce n’est pas de nous émerveiller devant le puissance de
ce souffle, mais de nous soumettre entièrement à lui et de nous laisser « pousser »
par l’Esprit comme Jésus aux jours de sa vie terrestre. Que ce souffle nous
dirige où il veut. Rappelons-nous aussi que ce souffle est lui-même
« dirigé ». Il n’est pas une force indépendante et incohérente. Jésus
a soufflé le Saint-Esprit sur ses disciples. Mais ce souffle procède d’abord de
la bouche du Père [3]. Il est une obéissance à Dieu. En obéissant aux
impulsions de l’Esprit (le vent bruyant n’est qu’un symbole extérieur et rare,
l’impulsion intérieure est la réalité), nous participons à l’obéissance de
l’Esprit lui-même, procédant du Père, envoyé par le Fils.
« Ils virent apparaître des langues qu’on eût dites de
feu ; elles se divisaient et il s’en posa une sur chacun d’eux ». Le
Saint-Esprit apparaît sous la forme de langues. La Pentecôte remédie à la
dispersion et confusion des langues, produit de l’effort orgueilleux de la tour
de Babel. Elle rétablit l’unité du langage humain. Les disciples seront compris
par tous les étrangers venus à Jérusalem, Parthes, Mèdes et Cappadociens, et
ceux-ci s’étonneront d’entendre comme dans leur propre langue les discours de
ces Galiléens. Le langage de l’Esprit – du moins son sens intérieur – est
aujourd’hui encore accessible à tous les hommes, à toutes les races, à toutes
les nations ; le même Esprit transmet un message universel, que chaque âme
reconnaît cependant comme le sien propre. D’autre part, encore de nos jours,
celui en qui le Saint-Esprit agit devient capable, sinon de s’exprimer en
langues étrangères, du moins de trouver la « langue » psychologique
qui aura une résonance chez chacun et ouvrira son cœur. Le
« dialogue » devient ainsi possible. Ce sont des langues de feu qui
se posèrent sur les disciples. Ces langues impliquent une charité brûlante. La
parole semble conditionnée par la flamme. Enfin les langues sont également
distribuées. Elles ne sont pas le privilège de Pierre, ou de Marie, ou des
Onze. Elles se posent sur tous ceux qui sont présents dans la chambre haute, et
cependant ces langues enflammées sont un seul et même feu. Ainsi se trouve résolu
dans l’Église le problème de l’unité et des personnes. Ni l’une ni les autres
ne sont sacrifiées.
« Tous furent alors remplis de l’Esprit Saint… ».
Cette soudaine et complète invasion de l’âme entière par le Saint-Esprit,
accompagnée d’une force nouvelle, extraordinaire, constitue le « baptême
du Saint-Esprit » différent à la fois du baptême d’eau et de l’onction par
laquelle l’Église communique l’Esprit. Il y a là une réalité que nous avons
trop perdue de vue, mais sur laquelle l’Écriture insiste et vers laquelle notre
attention devrait être rappelée [4].
« Et ils commencèrent à parler en d’autres langues,
selon que l’Esprit leur donnait de s’exprimer… ». Nous avons déjà indiqué
l’importance de cette parole « donnée » par l’Esprit [5]. Mais, d’une
manière plus générale, ici se pose la question des grâces extraordinaires ou
pentecostales, des charismes [6]. Un danger serait de les désirer d’une manière
désordonnée. Un autre danger serait de les négliger, de les oublier, de penser
que ce sont là choses du passé, alors qu’ils ont été donnés – ou plutôt qu’ils
sont donnés – à l’Église pour tous les temps.
L’évangile du dimanche de la Pentecôte (Jn 7, 37-52 – 8, 12)
relate les discussions entre Juifs relativement à la personne de Jésus. Seuls
les trois premiers versets ont un rapport direct avec le Saint-Esprit :
« Jésus debout, lança à pleine voix : si quelqu’un a soif, qu’il
vienne à moi et qu’il boive, celui qui croit en moi, selon le mot de
l’Écriture, de son sein couleront des fleuves d’eau vive. Il parlait de
l’Esprit que devaient recevoir ceux qui croient en lui ; car ils n’avaient
pas encore l’Esprit, parce que Jésus n’avait pas encore été glorifié ». Le
sens de ces paroles est clair. D’une part, l’effusion du Saint-Esprit est
conditionnée par la foi en Jésus. D’autre part, le Saint-Esprit sera donné
quand la présence visible de Jésus aura été retirée de ce monde. Ce sont là les
deux points fondamentaux de la doctrine des rapports du Fils et de l’Esprit
dans la vie des chrétiens [7].
Aussitôt après la liturgie commencent des vêpres d’une
structure spéciale. Au cours de cet office, la congrégation, agenouillée,
chante d’une manière solennelle le tropaire « Roi du ciel, Consolateur,
Esprit de vérité, toi qui es partout présent et qui remplis tout… ». On
sait que ce tropaire est dit au début de chaque liturgie et de la plupart des
offices du rit byzantin ; et il est, si nous ne faisons pas erreur, la
seule prière adressée directement, dans ce rit, au Saint-Esprit [8]. Cette
prière, le matin du dimanche de la Pentecôte, a une importance capitale :
son chant est le moment où l’Église concentre toutes ses aspirations vers
l’Esprit et implore sa venue ; à ce moment, chaque fidèle agenouillé peut,
s’il demande vraiment Celui qui est le « don » par excellence, recevoir
dans son cœur un renouvellement de la grâce pentecostale et la descente de la
colombe [9]. La congrégation étant encore agenouillée, le prêtre lit sept
longues prières ; deux d’entre elles sont adressées à Dieu, sans
distinction entre les trois personnes divines ; deux sont adressées au
Père et trois au Fils. Elles peuvent, au premier abord, sembler un peu
diffuses ; mais si on les analyses attentivement, on reconnaîtra en elles
une somme de la doctrine orthodoxe. Elles récapitulent toute l’économie divine
du salut ; elles indiquent tout ce que Dieu a fait pour les hommes depuis
la création et elle sollicitent les grâces dont nous avons besoin. Quoiqu’elles
fassent certaines allusions au Saint-Esprit, elles marquent un glissement du
mystère de l’Esprit au mystère de la Trinité. Une phrase de la cinquième de ces
prières dit : « Ô toi, qui, le dernier et grand jour de notre salut,
celui de la Pentecôte, nous as révélé le mystère de la Sainte Trinité,
consubstantielle et co-éternelle… ». Cet aspect « trinitaire »
de la fête de la Pentecôte explique pourquoi ce dimanche est souvent appelé,
parmi les peuples orthodoxes, « jour de la Trinité [10] ». Il
explique aussi pourquoi les Églises de rit Byzantin ont jugé bon de consacrer
plus spécialement le lundi de la Pentecôte à la personne du Saint-Esprit :
la liturgie et la plus grande part de l’office de la veille (sauf les sept
prières dont nous avons parlé) sont répétées en ce lundi. À vrai dire, nommer,
comme on le fait, le lundi de la Pentecôte « jour du Saint-Esprit »
est une anomalie, car la vraie fête du Saint-Esprit est le dimanche de la
Pentecôte, et il serait certainement souhaitable que, en ce dimanche même, la
piété des fidèles s’adresse très particulièrement à la troisième personne de la
Trinité, dont l’existence et l’action demeurent si voilées à beaucoup d’entre
nous. D’autre part, il est bon que le mystère de la Trinité soit aussi rappelé
à notre attention. Ce serait une grande erreur que de considérer le dogme de la
Trinité comme une spéculation abstraite, lointaine, sans rapport avec notre vie
pratique. L’amour vivant et réciproque des trois Personnes divines est le fait
éternel, le fait le plus grand, infiniment plus grand et important que tout ce
qui nous concerne nous-mêmes [11]. L’homme a été créé parce que les trois
Personnes divines voulaient lui communiquer dans une certaine mesure leur
propre vie intime. Déjà ici-bas, la vie de la grâce est une participation à
cette vie de la Trinité. L’âme qui meurt unie à Dieu est appelée à entrer dans
la circulation d’amour des trois Personnes. Les relations de celles-ci
constituent le modèle suprême, quoiqu’infiniment transcendant, de ce que
devraient être les relations entre les hommes. La Pentecôte, événement final de
l’histoire de notre salut – puisque la dispensation du Saint-Esprit ne sera, en
ce monde suivie d’aucune dispensation supérieure ou nouvelle – nous introduit
au sein du mystère de la Trinité, océan d’où part et où aboutit le fleuve de
l’amour divin qui emporte les hommes vers Dieu [12].
Afin de marquer que, à la Pentecôte, le cycle liturgique a
atteint sa plénitude, l’Église orthodoxe appelle tous les dimanches qui suivent
« dimanches après la Pentecôte ». Elle continue même de les désigner
ainsi jusqu’au premier dimanche de la préparation au grand carême. Il en
résulte, à partir du début de l’année liturgique (1er septembre), un
curieux dédoublement entre la série des dimanches, qui se rattachent d’une
certaine manière à la Pentecôte, au temps de plénitude, et les fêtes de
Notre-Seigneur (Avent, Noël, Épiphanie), temps d’attente, de naissance et de
croissance. En fait, la piété des fidèles saura, au cours des cinq ou six
premiers mois de l’année liturgique, mettre spirituellement les dimanches en
rapport avec le mystère du Christ attendu, apparaissant et grandissant au
milieu des hommes. Par contre il est bon que, de la Pentecôte à la fin de
l’année liturgique, nous sachions maintenir les dimanches dans le cadre du
« temps après la Pentecôte » ou plutôt du « temps de la
Pentecôte », lequel durera jusqu’au commencement de septembre. Nous
célèbrerons ces dimanches dans l’esprit de la Pentecôte. Nous lirons, aux
liturgies de ces dimanches des épisodes évangéliques bien antérieurs à la
Pentecôte ; ils se rattachent à la vie terrestre de Jésus avant sa Passion
et sa glorification. Mais nous les interprèterons en termes de l’Esprit, car
c’est sous le souffle et par la puissance du Saint-Esprit que Jésus parlait et
agissait.
Nous avons déjà souligné l’importance du thème de la lumière
dans l’année liturgique byzantine : cette lumière divine apparaît avec la
naissance du Christ ; elle croît avec lui ; elle triomphe sur les
ténèbres la nuit de Pâques ; à la Pentecôte, elle atteint le plein midi.
La Pentecôte est « la flamme du midi ». Mais à ce développement exprimé
par l’année liturgique doit correspondre dans notre âme une croissance de la
lumière intérieure. Les richesses et le symbolisme de l’année liturgique ne
servent de rien si elles n’aident pas la « lumière intérieure » à
guider notre vie.
Nous avons dit aussi que l’on pourrait discerner dans la vie
spirituelle trois étapes comparables à trois conversions. La première
conversion est la rencontre de l’âme avec Notre-Seigneur, suivi comme un Ami et
comme un Maître. La deuxième conversion est l’expérience personnelle du pardon
et du salut, de la croix et de la résurrection. La troisième conversion est la
venue du Saint-Esprit dans l’âme comme une flamme et une force. C’est elle qui
établit l’homme dans une union durable avec Dieu. Noël ou l’Épiphanie, puis
Pâques et enfin la Pentecôte correspondent à ces trois conversions.
Hélas ! il est probable que nous n’avons pas encore été transformés en
flamme vive par les Pentecôtes déjà nombreuses auxquelles, chaque année, nous
nous sommes liturgiquement associés. Du moins est-il bon que nous ne perdions
jamais de vue quelles grâces, quelles possibilités chaque Pentecôte nous
apporte.
[1] On sait que la Pentecôte était d’abord, comme Pâques, une
fête juive. À l’origine, c’était la fête de la moisson des prémices (Exodes 23,
16). Plus tard, sous l’influence des Pharisiens, le caractère de cette fête se
spiritualisa : elle devint la commémoration du don de la loi fait par Dieu
à Moïse. La Pentecôte chrétienne prolonge ces deux lignes d’origine : les
conversions et les miracles de la première Pentecôte chrétienne étaient les
prémices de la religion de Jésus ; la venue de l’Esprit dans le cœur des
disciples y inscrivait une Loi nouvelle. Nous savons par Tertullien que,
le IIIe siècle, les chrétiens célébraient leur propre fête de Pentecôte.
D’après les soi-disant Constitutions apostoliques, la célébration de la
Pentecôte, au IVe siècle, durait une semaine. On conférait le baptême aux
catéchumènes la veille du dimanche de Pentecôte, comme on le faisait le
samedi-saint. Pâques et la Pentecôte – la Pâque de l’Esprit – étaient mises sur
pied d’égalité.
[2] Ce texte devrait être médité, de nos jours, par les
exclusivistes qui croient que Dieu ne peut se susciter de prophètes qu’auprès
de leurs propres tabernacles. Les serviteurs de Dieu dont l’Église a sanctionné
la vie et les paroles ont, de ce fait, une autorité particulière. Mais il n’est
pas d’Église ou de groupe chrétiens, il n’est pas de religion, même païenne, où
Dieu ne puisse élire des serviteurs saints et inspirés.
[3] Le souffle devient une voix. La voix qui prononce et la
parole prononcée procèdent toutes deux du Père. Le Fils est le mot, la Parole
de Dieu. Le Saint-Esprit est la voix qui porte et prononce cette Parole.
Lorsque Dieu nous parle intérieurement, le contenu interne du message vient du
Père. Le Fils formule et prononce le texte du message. Et c’est par la force de
l’Esprit que le message nous atteint. Si le texte du message appartient au
Fils, l’intonation et les inflexions, pour ainsi dire, sont de l’Esprit. Le
même texte musical peut comporter des nuances très délicates d’exécution :
le Saint-Esprit est le divin transmetteur des mots que prononce le Fils ;
il joue des pédales dont dépendra la puissance ou la douceur du message, et il
règle son impact sur l’âme humaine. Qu’on nous pardonne des comparaisons
lamentablement déficientes. Mais il s’agit de réalités que nous ne pouvons
représenter que par des images plus ou moins grossières. D’autre part, quand
nous disons que l’Esprit, souffle du Père, a été – et est encore – insufflé par
Jésus à ses disciples, nous parlons de l’envoi, de la mission de l’Esprit en ce
monde. Mais il faut d’abord penser à l’Esprit comme au souffle du Père sur
Jésus, souffle que Jésus transmet aux hommes. Nous touchons ici à la question
de la procession de Saint-Esprit. Orthodoxes et Romains sont aujourd’hui
d’accord sur un point : le Père seul est, dans la Trinité, principe absolu
de procession. Ceux qui pensent que l’Esprit procède du Père « par le
Fils » n’admettent cependant pas que le Fils soit, comme le Père, la
source de la procession de l’Esprit ; il en est seulement le canal,
l’instrument. Ceux qui pensent que le Fils et l’Esprit procèdent tous deux du
Père d’une manière immédiate, sans que le Fils soit l’intermédiaire de la
procession de l’Esprit (quoique, dans les missions extérieures de l’Esprit, ce
soit le Fils qui l’envoie), sont peut-être implicitement préoccupés de
ceci : éviter jusqu’à l’apparence de faire dépendre l’élément invisible
(l’Esprit) de l’élément visible (le Fils incarné). Cette préoccupation a
d’importantes conséquences dans la conception de l’Église ou, pus précisément,
des rapports entre l’élément spirituel et l’élément institutionnel dans
l’Église.
[4] L’Écriture montre que cette venue de l’Esprit « avec
puissance » peut être accordée sans ministère humain, sans intermédiaire
sacramentel (imposition des mains ou onction) : c’est ainsi que Corneille
et d’autres reçurent le Saint-Esprit (Ac 10, 44). Dans ce cas, le baptême
d’esprit a eu lieu avant le baptême d’eau. Paul a aussi reçu le Saint-Esprit
avant d’être baptisé d’eau ; dans le cas de Paul, la venue de l’Esprit a
été opérée par une imposition des mains, sans que nous sachions quelle place le
ministre qui la conféra occupait dans la communauté chrétienne (Ac 9, 17). Il
arrivait que l’Esprit vînt une deuxième fois sur un homme ou un groupe qui
l’avaient déjà reçu (Ac 5, 31). Nous ne pouvons donc identifier simplement ce
baptême d’Esprit, mentionné dans l’Écriture, avec les rites ecclésiastiques de
la « confirmation » ou « chrismation » : ce sacrement
se rapproche plutôt de l’insufflation de l’Esprit sur les disciples par Jésus,
après la Résurrection, bien avant que la flamme et la force de la Pentecôte
fussent descendues sur eux. De même, à la question que Paul posait aux
Éphésiens : « Avez-vous reçu le Saint-Esprit ? », il ne
suffirait pas que nous répondions : « J’ai reçu l’Esprit lorsqu’après
mon baptême j’ai été oint avec le chrisme ». Il s’agit de savoir si et
comment la semence de l’Esprit, alors déposée en nous, s’est développée et a
fructifié. La venue de l’Esprit avec puissance, la Pentecôte intérieure se produit
parfois graduellement et insensiblement ; d’autre fois, elle constitue un
événement brusque, une coupure radicale dans la trame de la vie. Elle peut
s’accomplir sans aucune intervention humaine ; elle peut aussi s’accomplir
au contact ou par la prière d’un homme, quel qu’il soit, qui déjà possède la
force de l’Esprit. Beaucoup d’âmes vivent, étrangères à cette puissance
pentecostale, quoiqu’elles aient été marquées du double sceau du baptême d’eau
et de l’onction. Par contre, nous n’oserions point nier que, de nos jours,
comme autrefois, certains hommes qui n’ont pas reçu sacramentellement l’Esprit
ont cependant obtenu la réalité du baptême de l’Esprit et la grâce de
Pentecôte, car « L’Esprit souffle où il veut » (Jn 3, 8) et
« Dieu ne donne pas l’Esprit avec mesure » (Jn 3, 34). Une vie
chrétienne où la puissance de l’Esprit (non seulement sa présence latente) ne
se ferait pas sentir n’aurait pas atteint son développement normal. Mais en
combien de chrétiens le baptême de l’Esprit, la Pentecôte sont-ils une force agissante ?
On reconnaît cette force dans la vie des saints.
[5] L’antiquité chrétienne a connu le « don des
langues » sous une double forme : la « xénoglossie », qui
consiste à s’exprimer dans une langue étrangère à celui qui la parle ou, si
l’orateur s’exprime dans sa propre langue, à être compris par des
étrangers ; et la « glossolalie », qui consiste à prononcer des
paroles mystérieuses, incompréhensibles en toute langue, et nécessitant un
interprète, lui aussi inspiré, pour les traduire aux auditeurs.
[6] Saint Paul énumère les principaux charismes :
guérison, prophétie, parler en langues, discernement des esprits, etc. (1 Co
12, 7-10). Ces dons extraordinaires n’ont jamais disparu de l’Église : cet
aspect de la succession apostolique a surtout été dévolu aux saints, et il
constitue le ministère pneumatique, prophétique, à l’intérieur de la communauté
chrétienne. La pauvreté de notre foi est cause que trop souvent nous
considérons ces grâces comme exceptionnelles. Mais c’est aux croyants de tous
les temps que Jésus a dit : « Et voici les miracles qui
accompagneront ceux qui auront cru : par mon Nom, ils chasseront les
démons, ils parleront en langues… ils imposeront les mains aux malades et
ceux-ci seront guéris (Mc 16, 17-18) ». Paul exhortait les fidèles à
désirer ces dons de l’Esprit qui nous semblent extraordinaires :
« Aspirez aux dons supérieurs » (1 Co 12, 31). Mais il ne faut pas
oublier qu’au-delà des charismes se trouve ce que Paul nomme la « voie qui
les dépasse tous » (1 Co 12, 31) de la charité.
[7] Si nous essayons de nous adresser au Saint-Esprit en le
séparant mentalement de la personne du Christ, il semble en quelque sorte se
retirer et s’évanouir. Le Fils nous envoie l’Esprit. L’Esprit nous révèle le
Fils. Le Saint-Esprit n’est pas un substitut du Christ, mais il nous prépare
pour le Christ, il le forme en nous, il nous le rend présent. En ce sens, on
pourrait dire que le Fils, notre modèle, est l’« objet » vers lequel
tend notre vie spirituelle. L’Esprit, agissant en nous, est le
« sujet » qui tend vers cet objet et nous porte vers lui.
[8] À défaut de prières adressées au Saint-Esprit lui-même,
nous devons pratiquer ce que l’apôtre Jude (épître, verset 20) appelle
« prier dans l’Esprit Saint », soit que l’intention et les paroles de
notre prière nous aient été données par l’Esprit, soit que notre âme s’unisse
en silence à la prière inconnue que l’Esprit ne cesse de former. Il est en
nous-mêmes le vrai Suppliant. Comme dit Paul, « L’Esprit lui-même
intercède pour nous en des gémissements ineffables » (Rm 8, 26).
[9] Quand nous disons que le Saint-Esprit habite en nous, nous
« approprions » (comme disent les théologiens) à la troisième
Personne de la Trinité une action dans laquelle les deux autre Personnes se
trouvent incluses, car la Trinité entière partage l’activité extérieure de
chacun de ses membres. Mais il est très conforme à l’Écriture de parler d’une
immanence de l’Esprit dans la créature humaine, qui est son temple.
[10] Les Églises de rit byzantin n’ont pas, comme l’Église
latine ou l’Église anglicane, un dimanche spécialement dédié à la Sainte
Trinité et distinct de la Pentecôte.
[11] Il serait très instructif et fructueux pour nous, par
exemple, de lire l’Évangile en nous plaçant au point de vue, non de la mission
de Jésus en faveur des hommes, mais de la relation personnelle du Fils au Père.
Nous verrions alors combien cette relation est l’essence même du mystère de
Jésus. Les Pères grecs avaient bien senti l’importance de cette contemplation
désintéressée de la vie divine. À dater de Luther, une partie de la chrétienté
a voulu connaître seulement « le Christ pour nous », dans son action
rédemptrice. Ce fut là une grande perte.
[12] Sans vouloir esquisser ici une théologie, même très
sommaire, du mystère de la Trinité, nous voudrions indiquer les grandes lignes
qu’a suivies l’esprit humain pour approcher ce mystère. Nous éliminerons
d’emblée l’hérésie modaliste qui voit dans les Trois Personnes de simples
aspects ou modes de l’activité de Dieu. Nous pouvons considérer la Trinité sur
le plan ontologique, métaphysique : à l’intérieur de l’être divin, nous
distinguerons trois relations « substantielle » de paternité, de
filiation, de spiration ; nous appelons ces relations
« substantielle » parce que, à la différence des relations entre
êtres créés qui sont « accidentelles », détachables en quelque sorte
de l’essence qui les supporte, les relations divine sont ce qui constitue
chacune des Trois Personnes ; le Père n’est qu’en tant que Père, le
Fils n’est qu’en tant de Fils, l’Esprit n’est qu’en tant que
« spiré ». Telle est la ligne d’approche de Saint Thomas et de ses
disciples. On peut se se placer sur le plan psychologique et établir des
analogies entre les Personnes divines et ce qui se passe dans l’âme
humaine : le Père est premier principe, puissance, mémoire ; le Fils
est intellect ; l’Esprit est volonté, amour. Telle est la ligne que
suivront ceux qui s’inspirent de Saint Augustin. Tandis que les Pères latins
sont plutôt allés de l’unité divine aux trois Personnes, les Pères grecs ont
préféré considérer tout d’abord les Personnes et atteindre ensuite l’unité
divine. Un latin, Richard de Saint-Victor, les a suivis dans cette voie :
dans sa conception de la Trinité comme consistant en trois amours personnels,
le Père est le premier aimant, le Fils le premier aimé, et l’Esprit le
« co-aimé » dont l’existence est nécessaire aux deux autres
personnes, car un amour parfait veut partager ce qu’il reçoit et multiplier ce
qu’il offre. Le mystère de la Trinité ne peut évidemment être compris par
l’intelligence humaine. Mais, tout en étant objet de foi et non de
compréhension rationnelle, il peut être approché, pressenti par notre âme,
grâce aux harmoniques qu’il y soulève.
Extrait du livre L'An
de grâce du Seigneur,
signé « Un moine de l'Église d'Orient »,
Éditions AN-NOUR (Liban) ;
Éditions du Cerf, 1988.
+++
Fête
orthodoxe de La Pentecôte
La fête orthodoxe de La
Pentecôte (en hébreu – Shavouot) fait partie des douze grandes fêtes
orthodoxes.
Elle est également appelée le jour de la Sainte Trinité,
et Jour de l’Esprit. Elle est célébrée le cinquantième jour après
Pâques le dimanche et le dixième jour après l’Ascension du Seigneur. La fête de
la Pentecôte est dédiée à la descente du Saint-Esprit sur les apôtres. La
couleur liturgique de la fête de la Trinité est le vert émeraude
La Pentecôte clôt le cycle pascal et les semaines suivantes sont numérotées
dans le calendrier liturgique comme « semaines de la Pentecôte ».
La fête orthodoxe de La Pentecôte parle de la théologie de
l’Église la plus importante à savoir : Dieu s’est incarné, a souffert, est
ressuscité et a établi l’Église non pas pour une seule tribu ou un seul peuple,
mais pour le salut de l’univers entier. la Pentecôte marque une étape
fondamentalement nouvelle dans l’histoire du salut et de l’édification de
l’Église en tant que corps du Christ par l’action directe du Saint-Esprit.
Selon les
actes des Apôtres :
Alors que les apôtres étaient réunis, « tout à coup il vint du
ciel un bruit comme celui d’un vent impétueux, qui remplit toute la maison où
ils se trouvaient. Des langues divisées, semblables à du feu, leur apparurent
et se posèrent sur chacun d’eux. Ils furent tous remplis de l’Esprit Saint et
se mirent à parler en d’autres langues, comme l’Esprit leur avait donné de le
faire » (Actes 2:2-4). L’un des dons du Saint Esprit est la capacité de parler
en différentes langues pour prêcher l’Évangile
La fête
de La pentecôte est le jour d’anniversaire de l’Église
La grâce du Saint-Esprit, jadis manifestée visiblement aux
apôtres sous la forme de langues de feu, est aujourd’hui communiquée de manière
invisible dans l’Église orthodoxe à travers les saints sacrements, par le
ministère des successeurs des apôtres – les évêques et les prêtres, ministres
ordonnés de la grâce divine.
L’Église n’est pas seulement un rassemblement de fidèles, mais
un corps, dans lequel circule la vie du Christ. Et ce corps est construit
par l’Esprit Saint, comme l’écrit l’apôtre : « De même que le corps est un,
mais qu’il a plusieurs membres, et que tous les membres d’un même corps, malgré
leur nombre, ne forment qu’un seul corps, ainsi en est-il du Christ. En effet,
c’est par un seul Esprit que nous avons tous été baptisés pour former un seul
corps, Juifs ou Grecs, esclaves ou hommes libres, et nous sommes tous remplis
d’un seul Esprit (1 Corinthiens 12 :12-13).
La Pentecôte marque l’accomplissement eschatologique de la
promesse du Père (cf. Lc 24,49 ; Ac 1,4), inaugurant une nouvelle étape dans
l’économie du salut. Par l’effusion plénière de l’Esprit Saint (cf. Ac 2,1-4),
l’Église naît comme corps mystique du Christ (cf. 1 Co 12,13), réalité
spirituelle dans laquelle les croyants sont unis en un seul corps animé par
l’Esprit. Saint Irénée y voit le moment où Dieu « habite dans l’homme et
l’homme devient le réceptacle de l’Esprit » (cf. Contre les hérésies,
III,17,1). »
Caractéristiques
liturgiques de La fête orthodoxe de la Pentecôte
La Pentecôte est dans
l’Église l’un des jours les plus solennels de l’année.
L’office liturgique est exécuté selon le rite le plus festif
possible. En particulier, malgré le fait que cette fête se célèbre un dimanche,
tous les hymnes du dimanche sont annulés pendant le service afin de ne pas «
distraire » de la fête. Cela ne se produit que lors des jours fériés les plus
importants, par exemple si Noël est un dimanche. Après la Pentecôte suit une
semaine pleine, c’est-à-dire sans jeûne le mercredi et le vendredi – cela se
produit, en dehors de la Pentecôte, seulement après les fêtes de la Nativité du
Christ et de Pâques.
L’office de l’agenouillement
Le trait liturgique le plus marquant de la Pentecôte est la
célébration des Grandes Vêpres juste après la liturgie festive. Lors de
celles-ci l’ancienne tradition de lire les litanies à genoux a été préservée.
L’apparition de ces prières est liée au fait que dans l’Église pendant la
période allant de Pâques à la Pentecôte, il est proscrit de s’agenouiller.
Chacun de nous devrait prendre conscience de la grandeur de la
fête de La Pentecôte et, dans une humble révérence devant la grandeur du
mystère de Dieu, chanter au Saint-Esprit :
Roi céleste, Consolateur, Esprit de vérité, Toi qui es partout
présent et qui remplis tout, Trésor de biens et Donateur de vie, viens et
demeures en nous, et purifie-nous de toute souillure, et sauve nos âmes, Toi
qui es bonté !
À propos
du Saint Esprit
Le Saint-Esprit est la troisième Personne, ou la
troisième Hypostase, de la Sainte Trinité Consubstantielle et Indivisible. Il
procède éternellement de Dieu le Père et est envoyé dans le monde par le Père
comme Fils. Le Saint-Esprit est le vrai Dieu, ayant une seule nature avec Dieu
le Père, de qui il procède hors du temps. Dans sa dignité, il est égal au Père
et au Fils. Dans son essence, le Saint-Esprit est un avec Dieu le Père et Dieu
le Fils. En tant que vrai Dieu, le Saint-Esprit possède toutes les propriétés
divines, à l’exception des propriétés personnelles du Père et du Fils.
La propriété personnelle du Père est la non-naissance, la
propriété personnelle du Fils est la naissance, la propriété personnelle du
Saint-Esprit est la procession.
L’Église chrétienne est le lieu d’action particulier du Saint-Esprit. Rien de
bénéfique n’arrive sans sa participation. Depuis le jour de la Pentecôte, le
Saint-Esprit vit invisiblement dans l’Église, et l’Église vit par le
Saint-Esprit.
Le
Saint-Esprit demeure-t-il dans tous les chrétiens, ou seulement dans les saints
?
Le Saint-Esprit agit en tous les chrétiens, non seulement chez
les saints. Personne ne peut devenir chrétien sans Son action : « Si quelqu’un
n’a pas l’Esprit du Christ, il ne lui appartient pas » (Romains 8,9). C’est
l’Esprit Saint qui rend possible la foi chrétienne. Les saints, en coopérant
pleinement avec la grâce, laissent davantage d’espace à l’Esprit pour se
manifester. Chez eux, Sa présence devient plus évidente, parfois même visible
aux yeux de tous. Mais même ceux qui ne sont pas encore saints ne peuvent
croire, se convertir ou reconnaître Jésus comme Sauveur sans que le
Saint-Esprit n’éclaire leur cœur. La foi chrétienne ne vient pas d’un
raisonnement humain : Dieu la donne par une grâce surnaturelle par son Esprit
Saint.
Le
Saint-Esprit peut-il agir en dehors de l’Église ?
Le Saint-Esprit agit, dans une certaine mesure, en dehors de
l’Église. Dieu commence à travailler dans nos cœurs avant même que nous
n’entrions dans l’Église ; c’est ce que l’on appelle souvent la « grâce d’appel
». Par cette grâce, il nous interpelle et nous attire, afin de nous conduire
vers l’Église. Le Saint-Esprit convainc le monde de son incrédulité envers
Jésus, glorifie le Christ et nous rappelle ses paroles, notamment cette promesse
: « Je bâtirai mon Église, et les portes de l’enfer ne prévaudront pas contre
elle » (Matthieu 16,18). Ainsi, même lorsqu’il agit au-delà des frontières
visibles de l’Église, le Saint-Esprit oriente toujours les âmes vers la
plénitude de la vérité en les conduisant dans l’Église.
Comme
l’écrit saint Jean Damascène :
« L’Esprit Saint accomplit tout. Il agit dans les prophètes, parfait les prêtres, instruit les sages, sanctifie les hommes, et appelle chacun au salut selon la mesure de son accueil. »
L’iconographie
de la fête orthodoxe de la Pentecôte
L’iconographie s’appelle « théologie en couleurs »
Cette icône se base sur le
récit du livre des Actes des Saints Apôtres
Cette icône se base sur le récit du livre des Actes des Saints
Apôtres (2:1-13), d’où nous savons que le jour de la Pentecôte, les apôtres
étaient réunis dans la chambre haute de Sion, et à la troisième heure du jour
(selon notre époque, à neuf heures du matin). Il y eut un bruit venant du ciel
comme celui d’un vent fort et impétueux. Elle remplissait toute la maison où se
trouvaient les apôtres. Des langues de feu apparurent aussi et se posèrent
sur chacun des apôtres. Et ils furent tous remplis du Saint-Esprit et
commencèrent à parler en d’autres langues. Cela a attiré l’attention des
habitants de Jérusalem, le peuple s’est rassemblé et s’est émerveillé du
terrible phénomène.
L’iconographie de cette fête se développe dès le VIe siècle.
L’iconographie de cette fête se développe au VIe siècle. Le
processus de création iconographique s’achève à l’époque
post-iconoclaste. On retrouve des images de la Pentecôte dans les
Évangiles enluminés et les Psautiers, dans divers manuscrits, dans des
mosaïques. Au départ, les chrétiens ont combiné la représentation
iconographique de la Pentecôte avec la grande fête orthodoxe de l’Ascension du
Seigneur. Ils l’ont fait parce qu’ils célébraient les deux fêtes le même jour
jusqu’au 5ᵉ siècle, soit sept semaines après la Résurrection
du Christ. Cette approche avait sa propre logique théologique : la descente du
Saint-Esprit sur les apôtres est l’accomplissement de la promesse que le
Sauveur a faite aux disciples avant son ascension vers la gloire céleste. La
Pentecôte était une continuation de l’Ascension.
La
question de la figuration de la Mère de Dieu ou pas
Au début, les iconographes supprimèrent la figure de la Mère
de Dieu de l’icône de la fête. En Effet, sa figuration contredit la pensée
théologique selon laquelle l’image de la Mère de Dieu ne correspond pas aux
accents sémantiques de l’iconographie de la Pentecôte. L’Esprit Saint
descend sur la Mère de Dieu au moment de l’Annonciation. Elle a servi le salut
de l’humanité en donnant naissance corporellement à la Deuxième Personne de la
Sainte Trinité. Effectivement, La Mère de Dieu était parmi les apôtres à la
Pentecôte. Or, les textes ne la mentionnent pas. L’Esprit- Saint l’éclairait
déjà. Après l’Ascension, l’accent théologique du salut de la race humaine se
déplace vers l’économie de la Troisième Personne de la Trinité: le
Saint-Esprit.
Or, depuis le XVIIe siècle, on représente à nouveau la Vierge
Marie sur les icônes orthodoxes de la Pentecôte. Or, cette
tradition est essentiellement étrangère à la théologie orientale et s’est
développée sous l’influence du catholicisme.
Les
iconographes ont établi la structure de l’icône actuelle depuis le 12ᵉ
siècle environ.
On voit un banc en forme de fer à cheval, ou bien parfois un
triclinium avec 12 apôtres assis. Avec Matthieu, parmi eux, on l’ a
choisi pour remplacer le traître Judas. Ils tiennent dans leur main des livres
et des rouleaux avec une main bénissant. Les apôtres Pierre et Paul dirigent
l’assemblée. Dans l’espace entre les apôtres Pierre et Paul, on peut parfois
discerner une colombe, symbole du Saint-Esprit. Ainsi, le Saint-Esprit occupe
la place centrale laissée vacante du fait de l’Ascension de notre
Seigneur Jésus-Christ. Il se tient au milieu de l’assemblée des saints apôtres.
Un banc
avec les 12 apôtres
Les éléments architecturaux avec les colonnes, des fenêtres
indiquent que la scène se passe à l’intérieur. Des rayons de lumière, se
terminant par des langues de flammes rouges, descendent du ciel sur les douze
apôtres. Ceci indique l’idée que le Saint-Esprit consolateur est descendu par
les apôtres sur le monde entier et sur toutes les nations sans exception.
En bas et
au centre: cosmos
Cosmos
En bas et au centre se trouve un espace vide. Un homme se
tient à l’intérieur en vêtements royaux et une couronne sur la tête. Il tient
devant lui dans ses mains un grand morceau de tissu, avec des rouleaux. Ceci –
symbole des œuvres apostoliques- sans doute du domaine à venir de la
prédication de la parole de Dieu. Sur la plupart des icônes, on lit le nom «
Cosmos ». L’homme au centre symbolise le monde entier créé par Dieu, l’univers
entier, le cosmos tout entier. Le vieil homme exprime l’idée que le
Saint-Esprit, par l’intermédiaire de l’Église, sanctifie le monde entier et
chaque créature qui y vit.
Auparavant, à la place du vieil homme, on représentait
l’empereur et le barbare comme des représentants des peuples chrétiens et non
chrétiens. Aujourd’hui, Un seul caractère universel les remplace.
Source : paroisse de
la Résurrection /
Orthodoxe de Nantes :
PM