Le
silence d’Éphèse et le mystère
de la
protection de l’Église –
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de la Dormition, 13e jour
Ne laissons pas passer ces deux derniers jours de Carême sans recevoir le vêtement de nos âmes. Courons au confessionnal, soulageons notre conscience du poids de nos péchés et, dans la crainte de Dieu, avec foi et amour, approchons-nous du Calice de Vie. C’est seulement ainsi que nous pourrons véritablement célébrer la joie de sa Dormition, non comme un événement historique abstrait survenu il y a deux mille ans, mais comme une réalité vivante, présente dans notre quotidien.
Aujourd'hui, nous entamons le treizième jour de notre
cheminement spirituel vers la fête de la Dormition de la Mère de Dieu. Il ne
reste que deux jours avant que toute l'âme chrétienne ne chante la renaissance
de Celui qui a donné naissance à la Vie. Durant cette période de préparation,
nos âmes ont été nourries par les prières de la chapelle, par le jeûne et,
surtout, par une profonde méditation sur le mystère de la Très Sainte Vierge.
Si, durant les premiers jours du jeûne, notre attention s'est tournée vers
Jérusalem, Bethléem ou Nazareth – lieux où l'histoire de notre salut s'est
écrite grâce à l'incarnation du Fils de Dieu –, aujourd'hui, en cet
avant-dernier jour de préparation, l'Église nous invite mystérieusement à
tourner notre regard spirituel vers un autre lieu de terre, plein de mystère et
de sainteté : la ville d'Éphèse, en Asie Mineure.
Parler de la vie de la Mère de Dieu à Éphèse, c'est pénétrer
dans la période la plus discrète, silencieuse et profonde de son existence
terrestre. Les Écritures du Nouveau Testament nous offrent de précieux détails
sur la conception, la naissance et l'enfance du Sauveur Jésus-Christ. Nous le
voyons sur les routes de Judée et de Galilée, nous voyons sa Mère l'accompagner
aux noces de Cana en Galilée, nous la voyons, accablée de douleur, au pied de
la Croix sur le mont Golgotha et,
enfin, nous la retrouvons mentionnée dans le livre des Actes des Apôtres, en
prière avec les disciples dans le tabernacle à Jérusalem, attendant le
Saint-Esprit. Cependant, après la Pentecôte et les premiers succès de la
prédication apostolique, le texte biblique pose un profond silence sur le
visage de la Sainte Vierge. Où est-elle allée ? Comment a-t-elle
vécu ? Quel a été son rôle dans le renforcement de la première communauté
chrétienne face à la persécution ? La réponse à ces questions se trouve
dans le trésor de la Sainte Tradition de l'Église, dans les écrits des premiers
Pères et dans les pierres chargées d'histoire d'Éphèse.
Pour comprendre comment la Reine du Ciel est arrivée dans
cette grande cité païenne de l'Empire romain, il nous faut nous tourner vers le
moment le plus dramatique de l'histoire humaine : la Crucifixion du
Seigneur. Lorsque le Sauveur fut cloué au bois de la Croix, les yeux emplis de
sang et de compassion, il regarda les quelques personnes qui lui restaient
près. Il vit alors sa Mère, transpercée par la douleur, accomplissant ainsi la
prophétie du juste Siméon, qui lui avait annoncé qu'une épée lui transpercerait
l'âme. À ses côtés se tenait le disciple bien-aimé, le plus jeune des apôtres,
saint Jean l'Évangéliste, celui qui, lors de la Cène, s'était appuyé sur la
poitrine du Seigneur. En cet instant de sacrifice suprême, le Christ prononça
les paroles testamentaires qui changèrent le destin de ces deux êtres et, par
là même, celui de toute l'humanité. Regardant la Très Sainte Vierge, il
dit : « Femme, voici ton fils ! » Puis, se tournant vers
Jean, il ajouta : « Voici ta mère ! » L'Évangile nous dit
simplement, mais avec une immense portée historique et émotionnelle, qu'à
partir de ce moment, le disciple la prit auprès de lui. Ce fait de « la
prendre auprès de lui » ne signifiait pas seulement un simple hébergement
matériel à Jérusalem, mais l'acceptation d'une responsabilité sacrée. Jean
devint le protecteur terrestre de Celle qui avait protégé le Fils de Dieu en
son sein et dans ses bras. Mais la vie à Jérusalem devint rapidement
extrêmement dangereuse pour les premiers chrétiens. Le livre des Actes des
Apôtres nous apprend qu'après la lapidation de saint archidiacre Étienne, une
grande persécution éclata contre l'Église de Jérusalem. Plus tard, sous le
règne d'Hérode Agrippa Ier, vers l'an 42 ou 44 de notre ère, saint Jacques, frère
de saint Jean l'Évangéliste, fut décapité, devenant ainsi le premier des
apôtres à recevoir la couronne du martyre. Voyant que cela plut aux Juifs,
Hérode fit également arrêter saint Pierre. Dans ce climat de terreur, de
persécution sanglante et de haine viscérale envers tous ceux qui confessaient
le nom du Christ, la vie de la Sainte Vierge Marie était constamment menacée.
Elle n'était pas seulement la mère d'un condamné, mais aussi le témoignage
vivant et tangible de l'Incarnation du Fils de Dieu. Pour les chefs religieux
de Jérusalem, sa présence était à la fois un reproche constant et une source
d'inspiration pour la communauté chrétienne grandissante.
Dans ce contexte historique tumultueux, les Apôtres tirèrent
au sort pour prêcher l'Évangile aux quatre coins du monde connu, accomplissant
ainsi le commandement du Seigneur d'aller faire des disciples de toutes les
nations. Saint Jean l'Évangéliste reçut l'Asie Mineure, une région vaste et
riche, mais profondément enracinée dans l'idolâtrie, avec la magnifique ville
d'Éphèse pour principal centre administratif et religieux. Jean ne pouvait ni
ne fut autorisé à abandonner la Mère de Dieu face aux persécutions qui
ravageaient la Judée. Aussi, l'emmenant avec lui, il entreprit un long et
pénible voyage à travers la mer, pour s'établir à Éphèse. Ainsi, par la grâce
divine, la ville connue dans le monde antique comme le centre du culte païen de
la déesse Artémis (Diane) devint, pour un temps, le refuge terrestre de la
véritable Mère de Dieu.
L’image du transfert de la Mère de Dieu à Éphèse nous offre un
thème profond de réflexion théologique. Imaginons le contraste saisissant entre
la splendeur bruyante, orgueilleuse et immorale de l’ancienne Éphèse et la
présence humble, silencieuse et lumineuse de la Sainte Vierge. Éphèse était
célèbre pour son immense temple, considéré comme l’une des sept merveilles du
monde antique, où des milliers de pèlerins offraient un culte orgiaque à une
divinité de pierre et d’or. Pendant tout ce temps, sur les collines verdoyantes
qui s’étendaient hors de la ville, sur la montagne aujourd’hui connue sous le
nom de Montagne des Rossignols, dans une simple maison de pierre, vivait la
Femme revêtue de Soleil, Celle qui avait porté en son sein le Créateur de
l’Univers. Elle ne cherchait pas à s’exhiber sur les places publiques d’Éphèse,
ne s’engageait pas dans des querelles philosophiques ou religieuses avec les
serviteurs des idoles, mais choisissait la voie du silence et de la prière.
La vie de la Mère de Dieu à Éphèse était le prolongement de
cette profonde humilité dont elle avait fait preuve lors de l'Annonciation,
lorsqu'elle dit : « Voici la servante du Seigneur. Qu'il me soit fait selon ta
parole ! ». Dans cette modeste demeure, loin des honneurs du monde, elle se
consacrait jour et nuit à la prière pour toute l'Église. Les saints Apôtres, de
retour de leurs épuisants voyages missionnaires, meurtris par les coups et
persécutés par les autorités, venaient à Éphèse rencontrer la Mère de Dieu. Ils
y trouvaient consolation, force et sages conseils. Elle était la mémoire
vivante de l'Église ; c'est d'elle que les Apôtres et les premiers évangélistes
apprirent les détails intimes de la Nativité du Seigneur, de son enfance et de
ses années passées à Nazareth. Saint Luc, le médecin et peintre, celui qui a
laissé à la postérité les plus belles pages sur l'enfant Jésus et les premières
icônes de la Sainte Vierge, a passé beaucoup de temps auprès d'elle,
s'imprégnant de ses paroles bienveillantes pour les placer dans son Évangile.
Bien que certains historiens sceptiques aient tenté de
contester la présence de la Mère de Dieu à Éphèse, arguant de l'absence de
mentions explicites dans les épîtres de saint Paul aux Éphésiens, les preuves
historiques, patristiques et archéologiques sont d'une solidité inébranlable.
L'argument historique le plus convaincant et le plus incontestable provient du
troisième concile œcuménique, tenu à Éphèse même en 431. Ce concile fut
convoqué pour combattre l'hérésie de Nestorius, qui soutenait à tort que la
Sainte Vierge ne devait pas être appelée Mère de Dieu (Theotokos), mais
seulement Mère de l'Homme (Christotokos). Les Pères réunis à Éphèse, sous la
direction de saint Cyrille d'Alexandrie, défendirent avec fermeté la vérité de
la foi, proclamant dogmatiquement que Marie a donné naissance à Dieu le Verbe
incarné et est, par conséquent, véritablement la Mère de Dieu. Dans les
documents officiels de ce concile, et plus précisément dans la lettre adressée
par les synodaux au clergé et au peuple de Constantinople, la raison pour
laquelle le concile s'est tenu à Éphèse est explicitement mentionnée. Le texte
précise qu'Éphèse est la ville « où ont vécu Jean le Théologien et la Sainte
Vierge Marie, Mère de Dieu ». Les pères synodaux ne se fondaient pas sur une
simple supposition, mais invoquaient une réalité historique locale, bien connue
et vénérée par toute la chrétienté. Ce n'est pas un hasard si c'est à Éphèse
que fut construite la première grande basilique au monde dédiée à la Mère de
Dieu, dont les imposantes ruines sont encore visibles aujourd'hui. La
communauté chrétienne d'Éphèse avait entretenu le souvenir de sa présence
pendant des siècles, et la proclamation du titre de Théotokos en ce
lieu fut perçue comme une victoire symbolique de la vérité chrétienne sur la
terre même que la Mère de Dieu avait sanctifiée par ses pas et ses prières.
Outre les témoignages synodaux, les grands historiens de
l'Église primitive, tels que saint Irénée de Lyon au IIe siècle et Eusèbe de
Césarée au IVe siècle, confirment dans leurs écrits que saint Jean
l'Évangéliste a vécu et est mort à Éphèse, où il a écrit le quatrième Évangile
et ses Épîtres. Compte tenu du commandement formel reçu par Jean sur le Golgotha
de ne pas
abandonner la Mère de Dieu, il est absolument inconcevable qu'il soit parti en
mission en Asie Mineure en laissant la Sainte Vierge derrière lui, exposée aux
dangers de Jérusalem. Ils étaient unis dans cette œuvre de protection et de diffusion
de la foi : Jean par la prédication tonitruante de la parole de
l'Évangile, et la Mère de Dieu par l'œuvre invisible mais toute-puissante de la
prière d'intercession. Un autre aspect fascinant qui relie l'histoire à la foi
est la découverte archéologique du site aujourd'hui connu sous le nom de
Meryem Ana Evi (Maison de la Vierge Marie) sur le Bülbül Dağı (Montagne du
Rossignol), situé près d'Éphèse. L'histoire de cette découverte elle-même
s'apparente à un miracle moderne. Au XIXe siècle, une religieuse augustinienne
allemande nommée Anna Katharina Emmerich, alitée par la maladie et n'ayant
jamais quitté son pays natal, eut une série de visions mystiques détaillées
concernant la vie terrestre de Jésus-Christ et de la Vierge Marie. Ces visions
furent recueillies et publiées dans un livre par l'écrivain Clemens Brentano.
Dans cet ouvrage, elle décrit avec une précision étonnante la maison où la
Vierge Marie passa les dernières années de sa vie à Éphèse : une maison
rectangulaire en pierre, située sur une colline dominant la mer, avec une
source d'eau miraculeuse à proximité et une configuration particulière du
terrain.
Suite à ces descriptions littéraires précises, en 1891, une
équipe de prêtres lazaristes français œuvrant à Izmir (Smyrne) entreprit une
expédition de recherche vers la montagne indiquée. À leur grande surprise, ils
découvrirent à cet endroit précis les ruines d'un petit édifice en pierre,
partiellement enfoui sous la végétation, que la communauté orthodoxe locale du
village voisin de Şirince vénérait depuis des générations, le nommant
« Panaya Kapulu » (Porte du Saint). Ces chrétiens, descendants des
premiers chrétiens d'Éphèse, avaient la coutume ancestrale de gravir la
montagne chaque année, le 15 août, pour célébrer l'Assomption de la Vierge
Marie en ce lieu même. Des recherches archéologiques ultérieures ont démontré
que les fondations de la maison remontent avec certitude au Ier siècle, et
qu'une petite église y fut reconstruite au IVe siècle. Aujourd'hui, ce lieu est
un sanctuaire de paix et de prière, visité chaque année par des millions de
pèlerins de toutes confessions, notamment des musulmans qui vénèrent Maryam
Ana (la Vierge Marie), mentionnée avec respect dans le Coran. Trois papes
de Rome s'y sont rendus au siècle dernier et au siècle actuel, confirmant ainsi
son importance spirituelle et historique universelle.
Il existe, bien sûr, une divergence historique et théologique
apparente entre les traditions d'Éphèse et de Jérusalem concernant le lieu
exact de la Dormition de la Mère de Dieu. La tradition de Jérusalem, ardemment
défendue par de grands théologiens tels que saint Jean Damascène et saint
Juvénal de Jérusalem, affirme que la Mère de Dieu s'endormit et fut ensevelie
dans le jardin de Gethsémani, où son tombeau vide se dresse encore aujourd'hui,
d'où elle fut emportée au ciel par son Fils. Comment concilier ces deux
traditions qui, à première vue, semblent se contredire ?
La synthèse spirituelle de l'Église orthodoxe nous offre une
solution merveilleuse et profonde, qui unit les deux témoignages en une seule
vérité salvifique. La Mère de Dieu a en effet vécu longtemps à Éphèse, auprès
de saint Jean l'Évangéliste, protégée des violentes persécutions des premiers
temps et accomplissant la mission d'un cœur fervent en Asie Mineure. Cependant,
à l'approche de son départ de ce monde, elle reçut une merveilleuse annonce de
l'archange Gabriel, celui-là même qui, des années auparavant, lui avait annoncé
qu'elle donnerait naissance au Messie. L'archange lui apporta un rameau de
palmier du ciel et lui annonça que, dans trois jours, son Fils la prendrait
auprès de lui, dans la gloire céleste. Désirant ardemment revoir sa terre
natale et rendre l'âme au lieu même où son Fils avait souffert et était
ressuscité, la Très Sainte Vierge retourna à Jérusalem. Elle ne partit pas
seule, mais accompagnée de saint Jean. Miraculeusement, par la puissance du
Saint-Esprit, tous les saints apôtres, dispersés pour prêcher aux extrémités de
la terre, furent enlevés sur les nuées du ciel et transportés à Jérusalem, dans
la maison où se trouvait la Mère de Dieu, pour recevoir sa bénédiction finale
et déposer avec honneur son corps très pur. Seul l'apôtre Thomas manquait à
l'appel, par la volonté divine ; il n'arriva que trois jours plus tard.
Désireux eux aussi adorer le corps de la Sainte Vierge, les apôtres ouvrirent
le tombeau de Gethsémani, mais ils le trouvèrent vide, rempli seulement de
linceuls et d'un parfum céleste. Ils comprirent alors que le Christ avait
emmené sa Mère avec son corps au ciel, la corruption ne pouvant atteindre le
Temple du Très-Haut. Ainsi, Éphèse représente le lieu de sa vie secrète, le
lieu de sa maturité spirituelle et de sa protection cachée, tandis que
Jérusalem demeure le lieu de son apothéose, le lieu où le mystère de sa mort et
de sa résurrection s'est accompli par le passage à la vie éternelle. Ces deux
villes sont étroitement liées à son destin terrestre et céleste, et toutes deux
nous renseignent sur différentes manières dont la grâce de Dieu agit dans
l'histoire.
La méditation sur la vie de la Mère de Dieu à Éphèse, en ce
treizième jour de Carême, n'est ni une simple excursion archéologique ni un
exposé sur l'histoire de l'Église. Elle revêt une profonde pertinence
dogmatique et spirituelle pour chacun d'entre nous, vivant au XXIe siècle. Que
pouvons-nous apprendre des années passées par la Mère de Dieu dans l'humble
maison sur la montagne d'Éphèse ? Avant tout, nous apprenons la valeur
inestimable du silence et du retrait du tumulte du monde. Nous vivons à l'ère
de l'hypercommunication, du bruit assourdissant, des smartphones, des réseaux
sociaux et d'une information qui bombarde nos esprits à chaque instant. Nous
sommes constamment connectés au monde extérieur, mais profondément déconnectés
de notre monde intérieur. Nous craignons la solitude, nous craignons le
silence, car c'est dans le silence que nous commençons à écouter notre conscience
et à voir les blessures de notre âme. Notre-Dame d'Éphèse nous montre que la
véritable force ne réside ni dans le bruit, ni dans les manifestations
publiques, ni dans l'affirmation bruyante de sa propre présence. Elle vivait
dans le silence, mais ce silence était empli de la présence de Dieu. Sa maison
à Éphèse était un laboratoire de prière pure. Essayons nous aussi, en ces
derniers jours de jeûne, d'éteindre les télévisions, de ranger les téléphones
pendant quelques heures et de descendre dans le sanctuaire de notre cœur,
transformant nos maisons en petits havres de silence et de paix.
Deuxièmement, sa vie à Éphèse nous enseigne ce que signifie la
fidélité à la volonté de Dieu en temps de crise et de persécution. Pour
l'Église primitive, ces années furent marquées par l'incertitude, de sanglantes
persécutions et une profonde transformation. Nombre de chrétiens perdirent
leurs biens, leur liberté, et même la vie. Durant tout ce temps, la Mère de
Dieu ne désespéra pas, elle ne se rebella pas contre Dieu, se demandant
pourquoi son Fils, qui détenait toute puissance au ciel et sur la terre, avait
permis que ses disciples soient tués. Elle demeura un pilier inébranlable de la
foi, offrant à tous ceux qui la visitaient la certitude de la Résurrection.
Aujourd'hui, face au monde qui nous entoure, troublé par les guerres, les
crises économiques, les incertitudes morales et la perte croissante des valeurs
chrétiennes, nous sommes tentés de céder à la peur et à l'angoisse. En nous
tournant vers la Mère de Dieu d'Éphèse, nous devons apprendre à avoir une
confiance absolue en la protection divine, sachant que l'Église du Christ ne
peut être vaincue par les portes de l'enfer, tant qu'elle a un tel intercesseur
au ciel.
Nous devons aussi considérer attentivement la relation sainte
entre saint Jean l'Évangéliste et la Mère de Dieu. Jean l'accueillit chez lui,
prit soin d'elle dans sa vieillesse avec un amour filial parfait, et elle le
couvrit de ses prières maternelles. Ce lien nous montre l'importance de la
famille spirituelle et la responsabilité que nous avons les uns envers les
autres au sein de l'Église. Nul n'est sauvé seul. Nous sommes membres d'un même
corps et appelés à porter les fardeaux les uns des autres, à prendre soin des
personnes âgées, des personnes seules, des personnes abandonnées, comme Jean
prit soin de la Mère de Dieu. Lorsque nous aidons un vieillard sans défense,
lorsque nous réconfortons une mère célibataire ou un orphelin, nous
accomplissons précisément l'œuvre de saint Jean à Éphèse, accomplissant le
commandement d'amour transmis par le Christ du haut de la Croix.
Le jeûne de la Dormition de la Mère de Dieu est par excellence
un temps de purification de l'âme par le sacrement de la confession et d'union
avec le Christ par le sacrement de la communion. La Mère de Dieu d'Éphèse a
constamment participé à la présence mystique de son Fils par la prière et la
fraction du pain, que les premiers chrétiens appelaient la sainte liturgie. Ne
laissons pas passer ces deux derniers jours de jeûne sans recevoir le vêtement
de notre âme. Courons au confessionnal, soulageons notre conscience du fardeau
de nos péchés et, dans la crainte de Dieu, avec foi et amour, approchons-nous
du calice de la Vie. C'est seulement ainsi que nous pourrons véritablement
célébrer la joie de sa Dormition, non comme un événement historique abstrait
survenu il y a deux mille ans, mais comme une réalité vivante, présente dans
notre vie quotidienne. Prions donc la Très Sainte Mère de Dieu, en nous
souvenant de son silence, de son humilité et de son sacrifice à Éphèse.
Demandons-lui de venir dans nos foyers, d'en chasser les malentendus, les
querelles, l'orgueil et l'égoïsme. Demandons-lui d'être la protectrice de nos
enfants, le guide des jeunes, le réconfort des personnes âgées et le soutien des
malades. Implorons-la du plus profond de nos cœurs, sachant qu'aucune prière
faite avec foi ne reste sans réponse pour Celle qui est plus honorable que les
chérubins et d'une gloire incomparable.
Disons donc d'une seule voix, avec toute l'âme chrétienne qui
croit et confesse la Très Sainte Mère de Dieu : « Toi qui as sanctifié la terre
d'Éphèse par tes pas et consolé l'Église primitive par tes prières, ne nous
abandonne pas, nous qui sommes sous ta protection. Garde-nous dans la vraie
foi, protège notre pays, accorde la paix au monde et rends-nous dignes qu'au
terme de notre voyage terrestre, nous aussi, nous passions de la mort à la vie,
par la miséricorde et l'amour pour l'humanité de ton Fils et notre Dieu,
Jésus-Christ, à qui sont dus toute gloire, tout honneur et toute adoration,
avec son Père sans commencement et avec son Esprit Saint, Bon et Vivifiant,
maintenant et toujours. » Et n'oublions pas les fils de la Mère desquels nous
sommes dans l'Église de la Gloire de Dieu !