Comment survivre à la perte
d'un père spirituel ?
Auteur : Équipe éditoriale de l'UOJ
La disparition d'un mentor est une épreuve immense.
L'archiprêtre Vadym Gladkyi nous explique comment surmonter la perte d'un père
spirituel et pourquoi cet événement constitue une étape vers la maturité
spirituelle.
La perte d'un confesseur représente souvent une grande
épreuve. Car un confesseur n'est pas seulement un prêtre à qui l'on se
confesse, mais un guide qui connaît bien notre vie intérieure : notre
cheminement, nos traits de caractère, nos faiblesses, nos péchés, nos
expériences, nos erreurs répétées et nos quêtes spirituelles. Avec le temps,
une personne se dévoile à son confesseur plus profondément qu'à quiconque, et
le prêtre apprend à percevoir subtilement ce qui se passe chez le
confesseur : ses faux pas, ses illusions et sa véritable recherche de
Dieu.
C’est pourquoi la perte d’un père spirituel est si douloureuse.
Il ne s’agit pas simplement d’un « conseiller », mais d’une personne
qui vous connaissait dans votre globalité et comprenait les enjeux de la vie
spirituelle. On a le sentiment qu’il n’existe personne d’autre à qui l’on
puisse se confier autant et qui nous comprenne aussi profondément. Et ce
sentiment est tout à fait naturel : de telles relations sont extrêmement
rares et ne se nouent ni rapidement ni spontanément.
Mais il est important ici d'examiner la nature même de
l'accompagnement spirituel. Car souvent, la souffrance est exacerbée par le
fait que nous ne comprenons pas pleinement qui est un accompagnateur spirituel
et quelle est sa place dans notre vie spirituelle. Nous nous habituons à sa
présence comme à un soutien constant, parfois comme à un point de repère quasi
irremplaçable, et c'est pourquoi la perte nous paraît d'autant plus
douloureuse.
Par ailleurs, un père spirituel est un mentor et un soutien,
mais non le centre de notre vie spirituelle. Sa mission n'est pas de nous
guider tout au long de notre existence, mais de nous apprendre à vivre en
autonomie devant Dieu. Comme le disait le métropolite Antoine de Sourozh, un
père spirituel est appelé à éduquer chacun à la liberté spirituelle, à la
liberté royale des enfants de Dieu, afin qu'il ne demeure pas dans une
dépendance constante, mais apprenne à discerner par lui-même ce que l'Esprit
Saint lui dit au cœur. En ce sens, la perte d'un père spirituel devient un
moment de croissance et de révélation : la prise de conscience de ce que
nous avons appris de lui et de notre capacité à progresser sans soutien
extérieur constant.
Il est également important de se rappeler qu'un bon père
spirituel est une grande rareté, un véritable luxe spirituel. Tout le monde
n'en bénéficie pas, tout comme tout le monde n'a pas la chance d'avoir un ami
fidèle ou une famille véritablement heureuse. Et si une personne n'a pas eu de
père spirituel ou l'a perdu, cela ne signifie pas que sa vie spirituelle
devient impossible. Nulle part dans les Saintes Écritures il n'est dit que sans
père spirituel, il n'y a pas de salut. Le Seigneur guide chacun sur différents
chemins, et parfois, l'absence d'un mentor permanent crée précisément les
conditions propices à l'apprentissage de l'attention à Dieu, de la
concentration intérieure et de la responsabilité de sa vie.
Lorsqu'un père spirituel nous quitte – par la mort ou par
impossibilité de communication –, il est important non seulement de surmonter
cette perte, mais aussi de préserver le meilleur de ce qui a été reçu lors de
cette communication. Le lien n'est pas complètement rompu : il se
maintient dans la prière, dans le souvenir, dans l'expérience qui fait
désormais partie intégrante de notre vie intérieure.
Dès lors, une nouvelle mission s'ouvre : apprendre à
vivre plus directement avec Dieu, sans se tourner constamment vers une voix
extérieure. Cela ne signifie pas la solitude ; la personne demeure en lien
avec l'Église, les sacrements, la prière, la littérature spirituelle et
l'expérience des saints. Mais une plus grande responsabilité personnelle se
fait jour : être plus attentif à soi-même, à ses choix, à sa vie
spirituelle.
Ainsi, la perte d'un père spirituel est à la fois source de
douleur et de croissance. La douleur provient du départ d'une personne qui vous
comprenait profondément. La croissance, quant à elle, réside dans la révélation
d'un besoin de développement intérieur. Et si l'on ne se replie pas sur
soi-même face à ce sentiment de perte, on découvre avec le temps qu'on n'est
pas seul. Le soutien principal est Dieu lui-même, qui ne nous abandonne jamais
et nous guide même lorsque les formes habituelles de soutien disparaissent.