mardi 9 décembre 2025

 

Nicée et les « Andrapodistes

(Voleurs d’hommes)  :

Que se cache derrière l'invocation 

de « l'unité » ?


Par le métropolite de Zaporijia, M. Luc


Ce qui s'est passé à Nicée (l'actuelle Iznik), la ville où le Credo a été formé et où les saints Pères ont courageusement retranché toute perversion de la vérité, devrait inspirer une sainte crainte et une profonde responsabilité.


Chaque événement ecclésiastique qui se déroule en ce lieu doit transmettre l'esprit du Credo de Nicée-Constantinople, non seulement dans sa formulation, mais surtout dans la rigueur inébranlable de sa position face à la Vérité.

Et pourtant, une ironie amère se dessine : le souvenir d'un concile qui a scellé la vérité dogmatique orthodoxe sert aujourd'hui de prétexte à l'estompement des frontières dogmatiques.

Le mot « unité » devient une glose rhétorique pour des processus où la Vérité est absente.

Dans cette perspective, les paroles de l’apôtre Paul à propos des « marchands d’hommes » (1 Tim. 1:10) acquièrent une acuité particulière : ceux qui, invoquant l’autorité spirituelle, des formulations élégantes et des justifications prétentieuses, conduisent les gens là où le Christ ne les a jamais envoyés — à la captivité spirituelle et à la confusion.

Cela soulève plusieurs questions cruciales :

-     1. Pourquoi le patriarche Bartholomée cherche-t-il l'union avec les catholiques romains sans faire d'efforts substantiels pour rétablir l'unité au sein de l'orthodoxie ?

Si l’on s’intéresse véritablement à l’unité de l’Église, la première tâche consiste à guérir le schisme orthodoxe interne, qui a pris des proportions sans précédent depuis le Grand Schisme.

La réalité montre que ces actions ne visent pas à rétablir la paix intérieure.

L’absence totale de toute mesure en vue du rétablissement de la communion eucharistique entre les Églises locales est frappante. Sans cela, toute référence à la « paix » est vaine.

Plus grave encore, il n'y a pas le moindre remords pour les actions unilatérales et anticonstitutionnelles qui ont engendré la crise actuelle.

Au lieu d'une humble volonté de réparer les torts causés, cette même attitude est maintenue et même renforcée. Ainsi se dessine l'image d'un plan qui ne vise pas la paix, mais la consolidation du pouvoir sous couvert de « souci d'unité ».

-     2. Pourquoi aucun effort n'a-t-il été fait pour réunir toute la famille orthodoxe ?

Si un père cherche à se réconcilier avec des étrangers alors que sa famille est divisée, des questions se posent naturellement.

Au sein de l'Église, cela constitue une violation de l'ordre canonique. La synodalité n'est pas une théorie ; c'est la loi fondamentale de l'Église. Aucune Église locale n'a le droit d'agir comme « première sans égale ».

Les questions d'unité ne peuvent être résolues qu'en synode, en présence et avec le consentement de tous. Toute action unilatérale est généralement nulle et spirituellement nuisible.

Lorsque le patriarche agit en court-circuitant les autres et en dissimulant cette pratique sous couvert d'un intérêt commun, nous sommes confrontés à ce que les Pères appelaient le « masque de piété » : une façade de spiritualité dissimulant une volonté de puissance.

-     3. Pourquoi privilégier l'union avec les catholiques plutôt que de préserver la synodalité orthodoxe ?

Les catholiques ne sont pas nos ennemis, mais le fossé théologique persiste. L'ecclésiologie, la conception de la primauté, la perception de la grâce, et même la conscience de soi de l'Église divergent.

Le Credo de Nicée est un fondement, non l'édifice tout entier. Célébrer une « unité » qui n'existe pas est une imposture spirituelle.

L'unité sans la vérité n'existe pas.

-     4. Pourquoi les initiatives actuelles sont-elles dangereuses ?

Car ils entraînent le troupeau dans la confusion spirituelle.

Lorsque, en pleine crise interne, des gestes impressionnants sont faits envers les catholiques, le message envoyé est que « la véritable unité » se trouve en dehors de l'orthodoxie.

C’est ainsi que se crée un syndicat informel et non officiel : par le biais de symboles, de déclarations communes, d’images et d’une orientation.

Les contrefaçons n'attaquent pas de front ; elles séduisent. Elles substituent la diplomatie à la clarté, les formules vagues à la stabilité. Le spectacle l'emporte sur le fond et la cohérence s'érode.

-     5. Que faut-il faire ?

Il n'y a qu'une seule réponse : un retour à l'esprit de Nicée-Constantinople.

Revenons à la vigilance, au sérieux et à la précision des Pères.

La première étape est le repentir pour les actions unilatérales qui ont détruit la synodalité.

Il est donc nécessaire d'instaurer un dialogue synodal avec toutes les Églises locales et de rétablir l'unité eucharistique. Sans cela, toute démarche extérieure envers d'autres confessions est trompeuse.

L'événement de Nicée n'est pas un simple événement culturel ; il marque un tournant. Et ce tournant ne mène pas à la synodalité orthodoxe, mais à une nouvelle forme d'unité.

Les paroles de l’apôtre Paul résonnent aujourd’hui avec une force renouvelée : les « tueurs d’hommes » sont ceux qui asservissent la conscience de l’Église en substituant la diplomatie à la vérité.

La vigilance, la prière et le discernement sont nécessaires, car toute « unité » n’est pas l’œuvre du Saint-Esprit.

Source : Romfea.gr