Pourquoi célèbre-t-on
la mémoire des morts
avec des gâteaux,
des petits pains et du vin
?
Photo : Bogdan Zamfirescu
Aujourd’hui, beaucoup de gens – surtout les jeunes, mais pas seulement – se demandent : « Pourquoi tout cela ? Le menu des défunts se compose de bouillie, de petits pains et de vin ?
Quel est l’intérêt
d’apporter autant de plats à l’église si je pourrais très bien les distribuer
aux nécessiteux, chez moi ou dans la rue ? » Ces interrogations
semblent légitimes car, sans en connaître le symbolisme, nous ne comprendrons
pas la raison de leur présence dans la tradition de notre Église.
Le samedi de Théodore, premier des sept jours du Grand Carême,
est celui où les croyants se rendent en pèlerinage pour accomplir une coutume
ancestrale : la commémoration des défunts, qui se poursuit les jours
suivants jusqu’à l’avant-dernier, appelé samedi de Lazare. Outre l’encens, les
bougies et le pain d’épice, apportés à l’autel avec le pain d’épice, témoignage
vivant de l’oubli et de l’amour pour les défunts, on dépose sur les tables
l’incontournable coliva, les petits pains et « l’apaosul, »
c’est-à-dire la bouteille de vin. Nos aînés ne se posaient pas la
question : « Pourquoi ? », car ils avaient la conviction
inébranlable qu’ainsi, les âmes de ceux qui partageaient notre foi et notre
origine, parvenues au Ciel, recevaient l’aide et connaissaient la miséricorde
et la compassion du Père céleste.
Que
signifie le mot « coli » ?
Aujourd'hui, nombreux sont ceux – notamment les jeunes, mais
pas seulement – qui
s'interrogent : « Pourquoi tout cela ? Le menu des défunts se compose-t-il de
coliva, de petits pains et de vin ? À quoi bon apporter tant de plats à
l'église si je pourrais très bien les distribuer aux nécessiteux, chez moi ou
dans la rue ? » Ces interrogations semblent légitimes, car sans connaître leur
symbolisme, nous ne comprendrons pas la raison de leur présence dans la
tradition de notre Église. Alors, pourquoi fait-on bouillir du blé et non du
riz ou d'autres céréales ? La coliva est apparue suite au miracle de saint
Théodore Tiron, accompli cinquante ans après la mort du saint homme, sous le
règne de l'empereur Julien l'Apostat. Ce dernier, voulant se moquer des
chrétiens, avait ordonné au gouverneur de la capitale de l'Empire byzantin
d'asperger les denrées alimentaires des marchés de sang sacrifié aux idoles
durant la première semaine du Carême. Saint Théodore, apparaissant en songe à
l'archevêque Eudoxe de Constantinople, lui ordonna d'enjoindre à ses fidèles de
ne pas acheter d'aliments souillés de sang, mais plutôt de manger du blé
bouilli avec du miel. Ainsi, à l'origine, la koliva servait de nourriture, puis
devint une offrande incontournable lors des commémorations des défunts. Elle
est préparée à partir de blé bouilli, symbolisant le corps du défunt, car le
blé, principal aliment du corps humain, sert à la fabrication du pain. La
koliva est aussi un écho de notre foi en l'immortalité et la résurrection,
étant faite de grains de blé, que le Seigneur lui-même a présentés comme
symboles de la résurrection des corps : de même que le grain de blé, pour
germer et porter du fruit, doit d'abord être enfoui et se décomposer, de même
le corps humain est d'abord enterré, puis décomposé, afin de ressusciter
incorruptible ; c'est ce que nous enseignent le saint évangéliste Jean
(Jean 12, 24) et le saint apôtre Paul (1 Corinthiens 15, 36). Les saveurs, les
ingrédients et les arômes qui composent la koliva symbolisent les vertus des
saints ou des défunts commémorés, mais aussi la douceur de la vie éternelle,
que nous espérons qu'ils ont acquise.
Toujours en lien avec le berceau, il convient de mentionner un
rite bien connu des cérémonies commémoratives des défunts : le balancement
du berceau pendant le chant du « Souvenir éternel ». Ce geste
symbolise, d’une part, le lien spirituel constant avec ceux qui nous ont
quittés et, d’autre part, la résurrection, évoquant le tremblement de terre
survenu lors de la mort et de la résurrection de Jésus-Christ, rapporté par les
Évangiles. Dans la pratique liturgique, ce geste rappelle le balancement de
l’« Air saint » au-dessus des offrandes lors de la récitation du
Credo, pendant la liturgie, jusqu’aux paroles « et il est ressuscité le
troisième jour, selon les Écritures », évoquant le même phénomène
bouleversant qui a accompagné la Résurrection du Seigneur (Matthieu 27, 51). En
berçant le berceau, on se souvient aussi de la mère qui berce son enfant pour
l’endormir et lui assurer un sommeil paisible. C’est précisément ce que nous
voulons exprimer en portant le berceau : nous prions pour le repos et la paix
des défunts. Dans certaines églises, à la troisième fois, on ne chante plus
« Souvenir éternel », mais « Christ est ressuscité ». Bien
que certains pasteurs désapprouvent ce bel ordre, je considère ce changement
comme bienvenu, car le souvenir éternel doit s’achever avec la Résurrection
universelle, moment où nous ne chanterons plus « Souvenir éternel ».
Ainsi, la commémoration des défunts ne se fait pas de génération en génération
pour les oublier, par simple gratitude ou tradition, mais avec l’espérance de
la résurrection. Les prières mêmes pour la libération des morts reflètent l'espérance
de la résurrection, et l'ecphonèse prononcée à la fin de l'office nous rappelle
: « Tu es la résurrection, la vie et le repos de ceux qui se sont endormis,
Christ notre Dieu… » Après l'office, la coliva est partagée et goûtée, un geste
qui représente la même chose : la communion avec ceux dont on a commémoré, pour
qui on a prié.
Les
cercles symbolisent le passage de l'homme à travers cette vie.
Outre la challah, ils apportent aussi des petits pains à
l'église. Le mot « challah » vient de l'hébreu,
où il signifie « pain levé ». On retrouve ce
terme chez d'autres peuples, comme les Grecs ( « ϰόλλαξ »), les
Bulgares ( « kolaci ») et les
Polonais (« chałka »). En slavon, « kolo » signifie «
cercle ». De fait, la racine hébraïque de « challah » fait
également référence à sa forme ronde. Ces petits pains, préparés à
partir de farine de blé, ont généralement la même symbolique que la challah. Il
nous semble toutefois important de nous souvenir de leur forme circulaire, une
forme géométrique représentant la continuité, le lien d'amour ininterrompu qui
nous unit à nos proches, non pas à la disparition – comme certains le pensent à
tort – mais à l'éternité. Le petit pain symbolise à la fois le passage de
l'homme à travers la vie, l'achèvement de son cycle et un pont vers l'au-delà.
Le vin
est le symbole de la résurrection et de la vie éternelle
Le vin, parfois appelé « apaus » (du latin « pausum »,
signifiant « repos » ou « fin »), est présent dans les prières pour les défunts
: il est versé en croix sur le cercueil, mais aussi sur les tombes. Dans la
tradition de notre Église orthodoxe, le vin symbolise les parfums, le baume
dont le corps du Christ a été oint après sa mort. N'oublions pas que nous
utilisons également le pain et le vin lors de la Sainte Liturgie, aux Proscomédie,
pour préparer les défunts à être sanctifiés et transformés, par l'action du
Saint-Esprit, en Corps et Sang du Seigneur. Ainsi, verser du vin sur le sol ou
sur le corps du défunt, ainsi que sur le cercueil, est un symbole de vie éternelle,
de résurrection.
Connaissant tous ces
symboles importants, il est facile de comprendre pourquoi les innovations qui
altèrent la tradition de notre sainte orthodoxie doivent être supprimées.
Source : Doxologia.ro