Fonctions liturgiques et symboliques
du vin dans l'orthodoxie
Revue théologique de
Louvain, 39, 2008, 394-409.
Nous comprendrons ici par « orthodoxie » la
confession chrétienne qui, restée fidèle aux dogmes, au culte et à
l'ecclésiologie fixés par les sept conciles œcuméniques du premier millénaire
de son existence, est individualisée en tant qu'Église chrétienne d'Orient
après le grand schisme (1054) d'avec l'Église d'Occident, fidèle à Rome. Nous
nous rapporterons dans ce travail aux fonctions liturgiques du vin dans
l'orthodoxie roumaine en particulier -celle que nous connaissons le mieux -,
tout en précisant que ces fonctions et leur symbolique sous-jacente sont
pratiquement les mêmes dans l'ensemble de l'orthodoxie.
Tout comme dans la confession catholique, le vin connaît dans
l'orthodoxie une symbolique très riche qui engendre en l'étayant -une
fonctionnalité liturgique assez complexe. Nous essaierons de la surprendre à
quatre niveaux contextuels: les liturgies eucharistiques et la litie \ le
sacrement du mariage; le rituel de la consécration des églises; les offices et
rituels pour les morts. Comme on peut le voir, nous employons le terme
« liturgie » dans son acception large: l'ensemble des prières et des
offices, la littérature composée des livres liturgiques et des œuvres des
écrivains qui ont disserté sur le culte, ainsi que les gestes et mouvements des
acteurs liturgiques; nous réservons le syntagme « divine liturgie, ou
liturgie eucharistique » pour désigner l'office central de l'orthodoxie,
qu'on appelle en roumain « liturgie » tout court (liturgie).
La
liturgie eucharistique
Le vin jouit d'une symbolique très importante dans le cadre
rituel de la liturgie eucharistique, centrée sur la consécration des espèces,
« le corps et le sang du Christ » représentés symboliquement par le
pain et le vin présentés comme offrandes par le prêtre au nom de
l'assemblée des fidèles. L'Église orthodoxe connaît quatre grandes liturgies:
la liturgie eucharistique de saint Jean Chrysostome (la plus fréquemment
célébrée), celle de saint Basile le Grand (célébrée dix fois par an), la
liturgie de l'Apôtre saint Jacques (célébrée plusieurs fois par an à Jérusalem,
dans le patriarcat d'Antioche et sur l'île de Zakynthos) et la liturgie des
Dons présanctifiés. Trois d'entre elles sont célébrées dans les églises
orthodoxes roumaines: celle de saint Jean Chrysostome, celle de saint Basile le
Grand (une forme plus développée de la première) et la liturgie des
présanctifiés, qui ne comprend pas de consécration eucharistique. À l'exception
des dix jours de l'année où l'on célèbre la liturgie de saint Basile, de
quelques jours aliturgiques et des jours du grand carême où l'on célèbre la
liturgie des Dons pré¬ sanctifiés, la liturgie de saint Jean Chrysostome
s'impose comme la plus connue et la plus populaire. Nous ferons donc référence
à elle, en tant que représentante des liturgies eucharistiques. Nous nous rap¬
porterons également aux fonctions liturgiques et symboliques du vin dans la
liturgie des présanctifiés, étant donné son caractère tout à fait particulier:
les dons du pain et du vin n'y font pas l'objet d'une consécration eucharistique.
Au niveau de la liturgie eucharistique, la fonction principale
du vin est de constituer l'offrande essentielle pour l'accomplissement de la
consécration des espèces eucharistiques (dont il fait partie, à côté du pain)
et leur transformation spirituelle, mystique, dans le corps et (dans le cas
précis du vin) le sang du Christ. La nature des offrandes change par rapport à
l'Ancien Testament et pendant la partie introductive de la liturgie
eucharistique
-la proscomédie
-, les fidèles apportent au sanctuaire du vin et des
prosphores, autrement dit du vin et du pain, considérés comme les aliments
principaux nécessaires à l'existence de l'homme.
Du point de vue symbolique, le vin représente l'union de tous
les membres de l'Église qui constituent un seul corps, union soutenue
symboliquement par l'analogie avec les grains de raisin mêlés dans le pressoir
pour obtenir le vin. Le vin apparaît donc plusieurs fois lors de la célébration
de la liturgie eucharistique. Pendant la proscomédie (première partie de la liturgie
eucharistique, qui se déroule dans une niche latérale du côté nord du
sanctuaire, et qui consiste en la préparation des saints Dons: pain et vin), il
est apporté comme offrande au sanctuaire par les fidèles et préparé par le
prêtre afin de le transformer en dons bénis (avec les prosphores), qui seront
consacrés pendant la liturgie des fidèles, lors de l'épiclèse. Autrement dit,
les fonctions liturgiques du vin, étayées par une symbolique très riche que
nous essaierons de surprendre, peuvent être relevées à plusieurs niveaux:
-un savoir-faire gestuel et rituel du prêtre-célébrant , qui
le prépare en tant qu'offrande lors de la proscomédie, en versant du vin et de
l'eau dans le calice, qu'il recouvre ensuite des voiles liturgiques, tout en prononçant
la prière par laquelle il demande au Seigneur de bénir les offrandes ainsi
présentées (car le vin est accompagné du pain découpé des prosphores2 et posé
sur le diskos (3) ou la patène) et de se souvenir de ceux qui les ont apportées
au sanctuaire. Du point de vue symbolique, le geste de découper le cœur
-l'agneau de la prosphore -symbolise selon certains herméneutes liturgistes la
nativité du Christ du sein de la Vierge Marie4, ou bien l'immolation du Christ
sur la Croix5; le geste de verser du vin avec de l'eau dans le calice symbolise
le moment de la crucifixion du Christ, très précisément le geste du soldat
romain qui perce le côté de Jésus, d'où ont jailli de l'eau et du sang (Jean
19,34). Le voile (AEÏR) posé sur le calice symbolise le suaire dont le corps du
Christ a été enveloppé pour sa mise au tombeau, tandis que le voile qui
recouvre le diskos ou la patène symbolise les langes dont la Vierge Marie a
habillé Jésus lors de sa nativité. La nativité et la crucifixion du Christ se
trouvent ainsi réunies symboliquement lors du rituel de la proscomédie, en
préfiguration du sacrifice eucharistique couronné par la résurrection. Quant au
calice, rappelant la coupe que le Christ tendit à boire à ses disciples lors de
la dernière Cène6, il évoque symboliquement sa passion et sa mort. La
proportion de vin et d'eau versés dans le calice varie dans les Églises
orientales. L'Église orthodoxe ne détermine pas vraiment la quantité d'eau,
précisant seulement dans les euchologes1 que le célébrant doit verser un peu
d'eau avec le vin. Par contre, elle insiste sur la symbolique de cette union,
l'eau et le vin représentant l'eau et le sang qui ont jailli du flanc du
Christ, lors de la crucifixion8; l'eau représenterait également l'essence et
l'activité du don divin (9).
-un savoir-faire gestuel des fidèles-participants, qui
apportent du vin en offrande pendant la proscomédie, contribuant ainsi à
l'accomplissement du rituel eucharistique. De nos jours, dans les églises
orthodoxes roumaines, le geste de porter des offrandes au sanctuaire pendant la
proscomédie connaît une forme plus moderne, la dimension traditionnelle
canonique de l'offrande étant sensiblement réduite et ne comportant presque plus
de vin. Les offrandes traditionnelles comprenaient du vin et des prosphores
-pour le sacrifice eucharistique
-de l'huile pour les veilleuses, de l'encens pour l'encensoir,
ainsi que les intentions de prières de ceux qui les apportaient-les dytiques.
La pratique contemporaine s'avère être plus pragmatique dans
l'ensemble: lorsqu'ils se contentent d'apporter au sanctuaire une ou plusieurs
prosphores, accompagnées d'un cierge allumé et des dytiques comprenant leurs
intentions de prières, la plupart des fidèles cherchent davantage à obtenir une
efficacité rituelle (par l'intermédiaire des prières prononcées par le prêtre
pour ceux dont les noms sont marqués sur les dytiques) et moins une
participation symbolique à l'accomplissement de l'eucharistie. Cependant, il y
a encore -heureusement pour la survie rituelle et symbolique de la liturgie
-des fidèles initiés qui portent du vin au sanctuaire comme offrande: du vin
rouge ou blanc, plutôt sucré (en tout cas, pas aigre) et non mélangé avec de
l'eau. Il n'y a pas de consignes spéciales en ce qui concerne les récipients:
en général, il s'agit de petites bouteilles ayant contenu d'autres produits
liquides achetés dans le commerce (surtout eau minérale ou soda). Avant 1989,
il s'agissait de petites bouteilles en verre; les bouteilles en plastique,
apparues par la suite, furent bientôt utilisées pour apporter le vin comme
offrande. Pourquoi plutôt du vin rouge? Pour respecter la tradition fondée sur
le récit évangélique de la Cène, qui décrit le rituel d'un repas pascal,
pendant lequel Jésus n'a fait que reprendre les gestes traditionnels du père de
famille, en bénissant le vin rituel judaïque, rouge et sucré, mélangé avec de
l'eau. Cet argument historique invoqué pour l'emploi liturgique du vin rouge
est souvent corroboré par un autre, d'ordre symbolique, la couleur rouge
faisant référence au sang du Christ versé sur la croix. Néanmoins, le vin blanc
est utilisé aussi pour l'eucharistie; il doit être -comme le vin rouge
-biologique, obtenu donc de façon naturelle. Pour cette raison, les célébrants
emploient du vin produit dans des domaines monastiques et étiqueté vin
liturgique. À la campagne roumaine, les paysans apportent au sanctuaire de leur
propre vin; dans les villes, les fidèles achètent de ce vin liturgique, produit
sur des domaines monastiques. L'autre qualité requise du vin, le bon goût,
légèrement sucré, a un double motif. Le premier est pratique: que les enfants
qui, dans l'orthodoxie, communient dès leur baptême aiment le goût du vin; le
deuxième est symbolique: que tous ceux qui communient aiment ce goût, selon les
dires du psaume 33, chantés lors de la communion des fidèles: « Goûtez et
voyez que le Seigneur est bon... ».
-la tradition, exprimée par un métalangage rituel ou plutôt
par un métadiscours. Les fidèles l'apprennent par la catéchèse et les célébrants
grâce à leur formation théologique. Ces derniers connaissent les fonctions
liturgiques et la symbolique du vin grâce à leur familiarité avec les livres
liturgiques et théologiques qui les décrivent en détail. Les fidèles y sont
initiés par la catéchèse, par la tradition orale, par la lecture d'ouvrages de spiritualité
orthodoxe et d'explication de la symbolique des rituels liturgiques.
Toujours au niveau de la liturgie eucharistique orthodoxe, on
peut parler d'une autre fonction symbolique essentielle du vin, celle de se
transformer mystiquement dans le sang du Christ lors de l'épiclèse, la prière
de l'anaphore, de la consécration des saints dons, que le prêtre prononce en
général à voix basse, derrière les rideaux fermés du sanctuaire pour suggérer
l'importance du mystère: le Saint Esprit descend pour consacrer le pain et le
vin, les transformant mystiquement dans le Corps et le Sang du Christ. Une fois
la consécration finie, le(s) célé¬ brantes) commence(nt) à se préparer pour la
communion; il bénit donc le vin qui se trouve dans le calice, y ayant déposé la
parcelle avec l'insigne IC, ainsi qu'un peu d'eau chaude (le zéon), qui
symbolise la chaleur du Saint Esprit, chaleur de la vie dont le Saint Esprit,
lors de la résurrection, fait revivre les corps décédés. En même temps, il y a
aussi une symbolique rituelle très pratique et concrète de ce mélange de l'eau
chaude au vin eucharistique: au moment de la communion les fidèles ont vraiment
le sentiment de consommer le sang vivant et chaud du Christ, qui -en ce moment
précis où le temps liturgique actualise l'épisode biblique -jaillit encore de
son côté transpercé par la lance du soldat. Ensuite, le prêtre célébrant
communie au pain (qu'il a dans sa main droite) et au vin (à même le calice), et
donne la communion aux fidèles. Les fidèles communient aux deux espèces eucharistiques,
dans une cuiller proposée par le prêtre, qui contient des miettes des autres
parcelles de prosphores déposées dans le calice (avec les insignes NI et KA) et
du vin.
La symbolique est très forte, le vin représentant le sang du
Christ versé pour la rémission des péchés et le salut de l'humanité. Communiant
au sang et au corps du Christ, les fidèles deviennent « théophores »(10),
en recevant le Christ dans leur être. De là, deux interdictions symboliques qui
règlent la préparation spéciale requise par la communion: il faut communier à jeun
et, une fois la communion reçue, ne pas manger tout de suite des choses
profanes. Les fidèles consomment donc de Antidoron (11) et boivent une gorgée
de vin, le pain bénit et le vin étant considérés comme des denrées saines et
saintes, une espèce de seuil symbolique entre la nourriture spirituelle et
celle terrestre, profane(12). Ainsi, outre sa fonction liturgique cen trale,
celle de l'espèce eucharistique, absolument nécessaire à l'accomplissement
rituel de la liturgie eucharistique et représentant mystiquement le sang du
Christ, mis en Croix, mort pour la rémission des péchés, enseveli et ressuscité
le troisième jour, le vin bénéficie également de la fonction de sanctification
de l'humain par sa consommation, son ingurgitation rituelle. On le consomme en
eucharistie et le corps humain, sanctifié, transfiguré, devient théophore.
Cette symbolique de représentation mystique du sang du Christ
étaye aussi une autre fonction du vin, toujours de sanctification, mais aussi
de guérison et de bénédiction, par la « contagion », le contact
rituel (dans le cadre de la liturgie eucharistique, et à des moments précis de
celle-ci), mais indirect, avec le calice qui le contient. Lors de la grande
entrée -procession qui se déroule pendant la liturgie des fidèles (troisième
partie de la liturgie eucharistique) -, lorsque le célébrant sort avec les
saints dons, pour rentrer ensuite par les portes royales, certains prêtres
touchent les têtes des fidèles avec le calice qu'ils gardent dans leur main
droite, en signe de bénédiction et afin de leur faire part de la sainteté
attribuée au calice qui contient le vin liturgique, d'en faire les
bénéficiaires de la guérison et de la sanctification. Ce geste est repris une
deuxième fois dans l'économie du scénario liturgique, avec la même fonction de
diffusion symbolique d'efficacité rituelle, de bénédiction, de guérison, de
sanctification, lorsque le prêtre invite verbalement les fidèles à s'approcher
pour la communion: « Avec crainte de Dieu, foi et amour, approchez ».
Normalement, le geste rituel des fidèles en réponse à cette invitation serait
celui de s'approcher des portes royales pour recevoir la communion. Comme
celle-ci est devenue rare dans l'orthodoxie roumaine, les fidèles communiant
généralement quatre fois par an, pendant les carêmes qui précèdent ses grandes
fêtes (Pâques, Noël, la Dormition de la Mère de Dieu, les Saints Apôtres Pierre
et Paul), certains prêtres(13) accomplissent ce geste compensatoire de la
communion, afin de faire partager aux fidèles les bénéfices rituels de la
sainteté du vin consacré (à ce moment précis du scénario liturgique) contenu
dans le calice. Précisons que dans l'un et l'autre cas, cette fonction
symbolique est manifestée uniquement par le vin liturgique, le prêtre ne
touchant jamais les fronts ou les têtes inclinés des fidèles avec la patène ou
le diskos (sur lequel se trouvent les parcelles de pain eucharistique).
Pour la fête de Pâques -la plus grande fête de l'orthodoxie,
la « fête des fêtes » -, le vin manifeste une autre fonction
liturgique, toujours au niveau de sa consommation: un type particulier d'Antidoron,
trempé dans du vin, ou aspergé de vin (selon la quantité requise par le nombre
des fidèles), est distribué à la fin de l'office aux participants à la liturgie
eucharistique. En l'absence de participation large à la consommation des espèces
eucharistiques, participation conditionnée par le jeûne, la confession et
l'obtention de la permission de communier de la part d'un père spirituel, on
retrouve ici, par la consommation des espèces bénites, la fonction de
sanctification de l'assemblée eucharistique symbolisée par l'ensemble des
fidèles participant à la liturgie pascale, fonction doublée de celle
d'identification en tant que membre spirituel appartenant au seul et unique
corps du Christ représenté par l'Église.
On rencontre à peu près le même type de symbolique
sous-jacente aux fonctions liturgiques du vin au niveau de la liturgie des
présanctifiés. Celle-ci représente une combinaison rituelle des vêpres et de la
liturgie eucharistique, avec néanmoins une différence significative: les
espèces consacrées lors d'une liturgie eucharistique précédente sont gardées
sur l'autel. En fait, seul l'agneau de la prosphore est consacré à l'avance, le
vin n'étant soumis à aucune consécration spéciale. Il est seulement versé dans
le calice, avec de l'eau, au début de la proscomédie, sans que ce geste
d'offrande s'accompagne d'une prière de bénédiction de la part du prêtre; il
est ensuite transporté dans le calice, lors de la grande entrée (par les portes
royales), sur la table de l'autel, sans que le prêtre touche avec lui les têtes
des fidèles. Par conséquent, ses fonctions liturgiques sont celles de
l'offrande eucharistique, grâce au geste du prêtre qui le verse dans le calice,
et de l'espèce eucharistique, par « contagion » dans le calice avec
la parcelle IC (consacrée à l'avance), que le prêtre émiette avant sa communion
personnelle.
Le vin liturgique est présent également dans un autre rituel,
celui de la litie, un office incorporé dans les vêpres, sans existence
liturgique séparée, et qui consiste en une série de prières de supplication,
avec une bénédiction d'offrandes. Justement, parmi ces offrandes il y a du vin,
outre de l'huile, du blé et du pain. Une fois bénits, le pain et le vin sont
distribués à la fin de l'office aux fidèles-participants, le vin servant à
asperger les morceaux de pain que le prêtre propose aux fidèles. La fonction
liturgique du vin est donc celle d'une offrande apportée au Seigneur, au début
de la litie, et d'une bénédiction rituelle, par sa consommation, sur le pain
bénit, à la fin de celle-ci. Il n'y a aucune interdiction d'ordre alimentaire:
les fidèles peuvent manger le pain aspergé de vin sans être à jeun.
Le
sacrement du mariage
Le sacrement du mariage connaît également une symbolique du
vin, qui étaye une fonction liturgique importante, celle de la communion symbolique
des deux époux, lors du rituel, à un même verre de vin, qu'on appelle
d'ailleurs, le verre « commun » du sacrement du mariage. Le vin est
conservé dans un petit verre, posé sur une table dans la nef de l'église,
l'endroit liturgique indiqué pour la célébration de ce sacre¬ ment. Il est béni
par le prêtre par une simple formule de bénédiction, ce qui veut dire que la
symbolique sous-jacente à cette fonction liturgique précise est contenue dans
la symbolique générale attribuée au vin dans la tradition orthodoxe: d'une
part, la joie et l'exubérance des noces, de l'autre, l'union des deux époux
désormais invités à tout partager selon l'exemple du partage d'un même verre de
vin, à affronter ensemble les joies et les chagrins de leur vie commune à venir
(unité et indissolubilité du mariage). Après avoir bu le vin de ce verre commun,
le prêtre leur fait manger aussi un petit morceau de pain (ou de brioche), en
signe de communion spirituelle et d'union symbolique pour le reste de leur vie
commune. Il est intéressant de noter la primauté du vin: toute cette symbolique
est étayée par les significations attribuées au vin liturgique, auxquelles
s'ajoutent par corroboration à peu près les mêmes significations symboliques
concernant le pain. Le vin employé doit correspondre, par ses caractéristiques,
au type de vin utilisé pour la liturgie eucharistique: biologique, de
préférence rouge et légèrement sucré ou, en tout cas, agréable de goût. Pour le
sacrement du mariage, il est conservé sur une table à usage rituel, non
consacrée (à la différence de l'autel du sanctuaire), et dans un verre à usage
domestique, qui se charge de symbolique spirituelle grâce à son contenu.
La
consécration des églises
Le rituel de la consécration des églises orthodoxes suppose
aussi un emploi liturgique du vin, précisément lors de la consécration de
l'autel, l'endroit considéré comme le plus chargé de sainteté et de symbolique
religieuse. L'évêque -le seul acteur autorisé à célébrer ce genre de rituel
-asperge d'abord d'eau bénite le pied (ou le support central) de l'autel, à la
base duquel sont emmurées des reliques de saint(e)s martyr(e)s, purifiant ainsi
(sous la forme d'un baptême) de toutes connotations profanes l'endroit qui
deviendra par la consécration le lieu le plus saint de l'église, symboliquement
capable de supporter le sacrifice eucharistique; l'évêque continue cette
opération de purification en lavant carrément avec de l'eau chaude et du savon
l'ensemble de l'autel et en l'essuyant avec des éponges non seulement propres,
mais neuves, réservées à cet usage. Le rituel de la purification augmente en
intensité symbolique par le geste de l'évêque qui verse sur cette table de
l'autel, en dessinant une croix, du vin mélangé à des essences de fleurs, en
principe de l'eau de rose, geste repris -toujours de façon symbolique! -trois
fois. Le vin acquiert donc une fonction liturgique de purification par excellence,
sous-tendue par la symbolique spirituelle et mystique du sang purificateur du
Christ, versé pour la rémission des péchés du monde, afin de laver le péché
originel, sur le Golgotha, l'endroit de sa mise en croix. L'essence de fleurs
ou l'eau de rose rappelle la bonne odeur spirituelle que doit exhaler l'autel
qui, par ce rituel de purification doublé d'un rituel de bénédiction par des
prières de supplication, devient l'endroit le plus saint de l'ensemble de
l'église orthodoxe. Pour sceller cette consécration, l'évêque enduit de Myron,
au centre et aux quatre coins, l'autel (qui sera par la suite recouvert de sa
chemise blanche et de l’ antimenssion (15), aspergés au préalable d'eau bénite
et bénis par des prières de bénédiction), le sanctuaire, ainsi que l'église
tout entière (à des endroits codifiés du point de vue symbolique). Pour ce qui
est des autres consécrations (vêtements, vases liturgiques, icônes, etc.), la
fonction purificatrice est accomplie seulement par l'eau bénite et le Myron, le
vin n'étant employé que pour la consécration de l'autel, dans la continuité
donc de la symbolique du sang purificateur du Christ, versé sur le Golgotha.
Les rituels
pour les défunts
Enfin, le vin se charge d'autres fonctions liturgiques dans le
cadre du rituel de l'enterrement ainsi que de rituels auxiliaires qui concernent
la mémoire des défunts et les prières pour le salut de leurs âmes (les
pannykides (16)). Il s'agit en principe de deux types de fonctions, approximativement
les mêmes que celles actualisées dans les autres contextes rituels. La première
(selon le déroulement du rituel) est celle d'une offrande, portée devant le
convoi funéraire qui va jusqu'au tom¬ beau du défunt. Le cortège est
traditionnellement structuré comme suit: en tête, la croix du défunt (portée
par un proche), ensuite le(s) porteur(s) des offrandes spécifiques à
l'enterrement -les colyves (17) et le vin -, puis les drapeaux funéraires
ecclésiastiques, les porteurs des couronnes de fleurs (s'il y en a), les
porteurs des chandeliers, le prêtre et son chantre, le cercueil, enfin les
parents du défunt et les autres participants. La signification symbolique des colyves
est celle de la résurrection, soutenue par l'analogie métaphorique entre les
grains de blé dont est fait ce gâteau rituel, porteurs du germe de la vie, et
la vie ultérieure du mort, engendrée par la foi dans la résurrection des corps(18).
Selon d'autres exégètes liturgistes, les colyves représenteraient le corps même
du défunt, puisque le blé constitue l'aliment de base de l'homme(19). De même,
le vin symbolise le sang qui coule dans le corps humain, le gardant ainsi en
vie. En tant qu'offrande rituelle, il signifie la foi et l'espérance dans la
résurrection. Dans la continuité de cette symbolique, il servira à enduire le
corps du mort, le purifiant et le préparant de la sorte pour la résurrection
(symbolique soutenue par une analogie supplémentaire entre le vin et le sang du
Christ des espèces eucharistiques).
Nous voici parvenus à l'autre fonction liturgique du vin dans
ce contexte, celle de purification rituelle. Arrivé devant la tombe, le prêtre
célébrant verse un peu d'huile sainte et de vin, en dessinant le signe de la
croix sur le défunt. Précisons que dans l'orthodoxie, le cercueil reste ouvert
tout le long de l'office de l'enterrement, étant refermé juste avant sa
descente dans le tombeau. Le geste de verser du vin est explicité du point de
vue symbolique par le verset du Psaume que le prêtre récite pour accompagner sa
gestuelle: « Purifie-moi avec l'hysope, et je serai pur; lave-moi, et je
serai plus blanc que la neige » (Ps 50,8). Le vin a donc le rôle
symbolique de purifier le corps du défunt des péchés commis pendant sa vie
terrestre, afin de le préparer pour la vie éternelle. Une fois le cercueil
refermé et descendu dans le tombeau, le geste de purification avec le vin est
refait, le prêtre versant de nouveau un peu de vin et d'huile bénite sur le
cercueil. Dans ce contexte rituel immédiat, la fonction de purification du vin
est étayée par une signification supplémentaire, le vin représentant
symboliquement les aromates qui ont servi à enduire le corps du Christ avant
d'être enveloppé d'un linceul et mis dans le sépulcre (Luc 23,53). On retrouve
également l'autre symbolique: la résurrection des corps pour la vie éternelle
(lors de l'Avènement du Christ) et l'immortalité de l'âme, soutenue par l'analogie
métaphorique avec le sang, source et essence de la vie humaine.
Lors des pannykides en l'absence du corps du défunt, si
celles-ci sont accomplies sur le tombeau, le prêtre fera le geste de
purification spirituelle en versant un peu de vin (apporté en offrande par les
membres de la famille du défunt) sur la pierre tombale; ou bien, si l'office
des pannykides a lieu dans l'église, après la liturgie eucharistique, il verse
un peu de vin sur les autres aliments portés par les parents du défunt pour être
ensuite distribués en aumône aux pauvres. Ce geste est actualisé aussi par les
participants au repas organisé par la famille du défunt après l'enterrement:
avant de boire du vin, certains en versent un peu à terre en mémoire du défunt,
toujours dans la continuité d'une symbolique de purification de l'âme, dont
dépend la résurrection du corps; ce geste, banni par l'Église (qui le considère
comme porteur de significations païennes), se perpétue surtout à la campagne,
lors des repas en plein air, pour ne pas salir l'intérieur des maisons.
Soulignons encore que, pour actualiser toutes ces significations symboliques
lors des rituels d'enterrement, la couleur du vin est obligatoirement rouge,
pour rappeler la couleur du sang.
Le vin a encore une autre fonction liturgique, toujours à
l'intérieur de ce paradigme rituel centré sur l'enterrement et la mémoire du
défunt, à savoir celle de laver les ossements des corps déterrés sept ans après
leur ensevelissement. Accepté par l'Église, ce rituel consiste à laver les
ossements avec du vin et les enduire de Myron, afin de les déposer dans un
petit cercueil, ou un petit sac de toile blanche, à côté de la dépouille d'un
nouvel arrivant dans le tombeau. Cet usage est apparu surtout dans les villes
où l'on commençait à se heurter au manque de places pour les tombeaux.
En tout état de cause, on peut remarquer la symbolique de
purification qui sous-tend les fonctions liturgiques du vin au niveau de ce
paradigme rituel centré sur l'enterrement et le repos des défunts. Si pour les
vivants, pour les bénédictions de maisons, de vêtements ou d'objets liturgiques
etc., on asperge d'eau bénite (symbole de l'eau du baptême qui fait renaître
dans le Christ, qui rend immaculé du point de vue spirituel), pour les défunts,
cette fonction purificatrice est détenue et accomplie par le vin, en vertu de
son analogie symbolique avec le sang (source de vie et sang du Christ versé
pour la rémission des péchés du monde et, en l'occurrence, pour le salut des
âmes des défunts). Le vin est versé sur le corps du mort, sur son cercueil
ainsi que sur ses provisions alimentaires (en signe de mémoire et de purification
symbolique), dans l'espoir de la résurrection des corps ainsi purifiés par son
contact symbolique et rendus à la terre dont ils sont originaires. C'est encore
ce que montre un autre geste du prêtre: après la descente du cercueil dans la
tombe, il jette une poignée de terre à l'intérieur de celle-ci.
Nous n'avons rien dit des récipients qui contiennent le vin
destiné à ces fonctions liturgiques et symboliques dans le contexte de
l'enterre¬ ment et des pannykides. Il s'agit de récipients
« profanes » à usage domestique, des bouteilles, de moins en moins
souvent en verre (comme dans le cas, signalé plus haut, du vin porté en offrande
au sanctuaire lors de la proscomédie), en général en plastique: une vraie
immersion du social et du profane dans le contexte rituel sacré. Vidées de leur
contenu d'origine, lavées, elles deviennent propres à contenir le vin, dans une
sorte de continuité symbolique de leur usage domestique, propre à la vie de
l'homme, qui ne devrait pas changer au moment de la mort, celle-ci étant
interprétée dans le sens d'une étape intermédiaire, précédant la résurrection
dans le Christ, et donc, l'entrée dans la vie éternelle.
Conclusions
Nous avons mis en lumière la richesse symbolique qui étaye cet
ensemble de fonctions liturgiques actualisées par le vin dans l'orthodoxie
roumaine(20) (et dans l'orthodoxie, en général). Cette actualisation dépend
strictement de la mise en œuvre de quelques conditions essentielles, propres à
l'anthropologie religieuse: l'espace sacré, le temps sacré et le contexte
rituel créé par la communication de type symbolique(21). Les fonctions
symboliques du vin sont manifestées exclusivement à l'intérieur de l'espace
sacré de l'église byzantine, consacré par un évêque afin de le transformer
rituellement en demeure de Dieu, de la Sainte Trinité(22) ou, selon
l'expression d'un philosophe roumain, en vase (au sens de récipient, de
contenant) qui puisse recevoir le transcendant qui descend(23). C'est le cas de
toutes les fonctions actualisées dans les contextes rituels de la liturgie
eucharistique, de celle des dons présanctifiés, de la litie, du sacrement du mariage
et du rituel de la consécration des églises, ainsi que des pannykides célébrées
dans cet espace sacré. De plus, dans le cas de la liturgie eucharistique, la
manifestation de la fonction liturgique de se constituer en espèce
eucharistique consommée par le célébrant et les fidèles, dans le sang du
Christ, est rendue possible du point de vue symbolique grâce à une autre
coordonnée d'anthropologie religieuse: l'intégration dans le temps liturgique.
Ce temps liturgique est un présent unique, contemporain du présent de
l'existence historique du Christ, ouvert par la vertu du sacrement
eucharistique vers le futur eschatologique. Par la remémoration de la vie du
Christ, le « mimodrame liturgique »(24) ou le « jeu
liturgique »(25) transforme les fidèles du XXIe siècle en contemporains de
l'existence humaine du Christ, et en interlocuteurs dans le processus complexe
de communication actualisé par ce rituel(26). En ce qui concerne les fonctions
liturgiques du vin actualisées lors de l'enterrement, la symbolique qui les
sous-tend est engendrée par le contexte rituel précis de l'enterrement
orthodoxe. La fonction purificatrice du vin y va de pair avec l'efficacité
rituelle du geste du prêtre de verser du vin sur le corps du défunt dans
l'espérance de sa résurrection prochaine, afin de le préparer pour la vie
éternelle. Le vin devient ainsi, par le biais d'un processus d'analogie
métaphorique, une métonymie symbolique de la vie qui se répandra de nouveau
dans les membres du défunt, lors de la résurrection espérée de son corps.
Dans la liturgie eucharistique, on remarque la même efficacité
rituelle déclenchée par la consommation du sang du Christ, représenté symboliquement
par le vin eucharistique. Pareillement, le vin, par un processus d'analogie
métaphorique, devient une métonymie symbolique du Christ, de la Divinité, que
les fidèles consomment, dans l'espoir de leur purification spirituelle, de leur
sanctification, et de leur préparation pour le salut de l'âme. Ils deviennent
ainsi théophores, porteurs du Christ, de la Divinité. L'écrivain roumain
d'expression française Virgil Gheorghiu (qui était également prêtre orthodoxe)
en parle dans ses Mémoires: « Après chaque communion, je me sentais non
seulement lavé de tout péché, mais encore divinisé, car j'avais dans le corps
le même sang que Dieu. J'étais le fils de Dieu par le sang. Je portais Dieu en
moi. J'étais théophore, porteur de Dieu. J'ai compris pourquoi les fidèles sont
transfigurés, beaux comme sous les feux de la rampe, quand ils sortent de la
Divine Liturgie. C'est Dieu qu'ils portent en eux, dans leurs corps, et qui les
illumine. »(27) En même temps, le prêtre devient celui qui garde dans ses
mains le Christ, représenté toujours par une métonymie symbolique, par le pain
et le sang eucharistiques: « Si on rencontre dans la rue un prêtre et un
ange, il faut saluer d'abord le prêtre. Le prêtre transforme le pain et le vin
en corps et sang du Christ. L'ange ne peut pas faire cela. Toi, prêtre, tu
tiens Dieu dans tes mains, chaque dimanche »(28). La prise de conscience
de cette isotopie symbolique engendre chez les fidèles, à la fin de la
liturgie, le geste de vénération par lequel on embrasse la main droite du
prêtre, celle qui opère le mystère eucharistique.
On peut donc remarquer la richesse symbolique assez impressionnante
qui étaye les diverses fonctions liturgiques accomplies par le vin dans
l'orthodoxie. D'abord, l'obtention d'une efficacité rituelle extraordinaire:
par sa consommation sous la forme de la communion, les fidèles deviennent
théophores, porteurs de Dieu, et les défunts -grâce à son contact purificateur
-porteurs de l'espoir de la vie future, de leur résurrection. Ensuite,
l'actualisation de la communication symbolique caractéristique du mimodrame
liturgique: l'accomplissement du sacrement Eucharistique actualise l'unité de
l'Église par la réactualisation de l'existence du Christ. Enfin, l'alimentation
du sentiment religieux chez les fidèles: le geste du prêtre de toucher avec le
vin contenu dans le calice les têtes des fidèles (lors de la grande entrée ou
après l'invitation à la communion) les aide à gravir les échelons de leur
avancée spirituelle vers le salut de l'âme. Nous sommes là en présence d'une
symbolique et de fonctions liturgiques d'une richesse probablement sans
équivalent dans le cas d'autres réalités alimentaires (pain, huile. . .)
passées du paradigme profane au paradigme religieux de la vie spirituelle
transfigurée par l'union avec le Christ.
RO -7001 10 Iasi, Felicia
Dumas
Strada Nicolae Gane, 32 A.
Maître de conférences
Bloc C2, et 2, app. 5
Université «Alexandru Ioan Cuza»
NOTES :
1 Office incorporé dans
les vêpres, sans existence liturgique à part, qui consiste en une série de
prières de supplication et de bénédiction du pain aspergé de vin, du blé et de
l'huile.
2 Petit pain rond, levé,
utilisé pour la célébration eucharistique, fait de deux parties superposées
qui symbolisent les deux natures du Christ et marqué d'une croix et de
l'inscription ICHS NIKA (Jésus Christ vainqueur).
3 Objet liturgique, en
forme de plateau, dont la fonction est de garder les parcelles de pain
eucharistique, qui seront consacrées.
4 Ghenadie, fost episcop
de Arge§, Liturgica sau explicatia serviciului divin, Bucure§ti, Tipografia
Curtii, 1877, p. 80.
5 Henrik Paprocki, Le
mystère de l'Eucharistie. Genèse et interprétation de la liturgie eucharistique
byzantine, traduit du polonais par Françoise Lhoest, préface par Irénée-Henri
Dalmais, Paris, Cerf, 1993.
6 Paprocki, Le mystère de
l'Eucharistie, p. 200.
7 L'équivalent du Rituel,
livre de prières à l'usage du prêtre, qui contient l'office de la liturgie eucharistique
ainsi que différents autres offices sacramentels.
8 Vasile Mitrofanovici,
Liturgica Bisericei Ortodoxe, Editura Consiliului Epa-rhial Român din Bucovina,
Cernàuti, 1929, p. 529.
9 Idem, p. 244.
10 Littéralement, en grec,
«porteurs de Dieu».
11 Fragments de pain
bénit, coupés des petits pains d'où ont été extraites les parcelles
consacrées au cours de la Liturgie et que le prêtre distribue aux fidèles à la
fin de l'office eucharistique.
12 Traditionnellement,
surtout dans les milieux monastiques, il s'agit de ce qu'on appelle les
«ablutions», c'est-à-dire du pain et du vin mêlé d'eau chaude, que les fidèles
consomment tout de suite après avoir communié.
13 Pas tous, car nous
avons affaire dans ce cas à un geste liturgique autochtone, développé sur le
terrain de l'orthodoxie roumaine, avec l'accord de certains prêtres-célébrants.
14 Huile consacrée, servant lors de la chrismation et d'autres
consécrations d'églises, d'icônes, d'antimenssions.
15 Nappe qui repose sur l'autel pendant la liturgie et dans
laquelle sont cousus quelques fragments de corps saints ; l'usage est d'y
broder l'ensevelissement du Christ.
16 Office de l'Église en commémoration des défunts, célébré
d'habitude entre le décès et les funérailles, ainsi que le troisième, le
septième et le quarantième jour après le décès et aux anniversaires, aux jours
fixés par l'Eglise (surtout certains samedis) ; à l'origine, cet office durait
toute la nuit, comme une nuit de veillée avant la mise au tombeau.
17 Gâteau orthodoxe fait à
base de blé et de fruits secs, mélangés souvent avec du miel, consommé à la
mémoire des défunts.
18 Mitrofanovici,
Liturgica Bisericei Ortodoxe, p. 895.
19 Ene Braniçte, Liturgica
specialâ pentru Institutele teologice, Bucureçti, Edi-tura Institutului Biblic
§i de Misiune al Bisericii Ortodoxe Române, 1985, p. 554.
20 Nous avons fait
référence tout particulièrement à des gestes et des pratiques rituelles qui
nous sont familiers, actualisés dans le cadre autochtone, roumain, de
l'orthodoxi
21 D. Sperber, «La pensée
symbolique est-elle prérationnelle ?», dans La fonction symbolique. Essais
d'anthropologie réunis par M. Izard et P. Smith, Paris, Galli¬ mard, 1979, p.
27 : la communication se produit par le déclenchement, au niveau du destinataire,
d'un processus d'évocation.
22 Simeon Sfîntul (dit «le
nouveau théologien»), Tratat asupra tuturor dogme -lor credintei noastre
ortodoxe, dupâ adevâratele principii puse de Domnul nostru Iisus Hristos §i de
urmaçii sâi, Bucureçti, Tipografia Toma Teodorescu, 1865, p. 121. Voir aussi
l'ouvrage du grand théologien roumain Dumitru Stâniloae : Spiritualitate §i
comuniune în liturghia ortodoxà, Craiova, Editura Mitropoliei Olteniei, 1986,
p. 46.
23 Lucian Blaga,
«Transcendentul care coboarà», dans Spatiul mioritic, Bucureçti, Humanitas,
1994, p. 72.
24 Marcel Jousse,
L'Anthropologie du geste, Paris, Gallimard, 1974.
25 J. Wunenburger, Le
Sacré, Paris, P.U.F., 1981, p. 34 : «un jeu capable de réac¬ tualiser la vie de
la divinité».
26 Felicia Dumas, Gest §i
expresie în liturghia ortodoxà. Studiu sémiologie, pre-fatà de prof. Dr. Maria
Carpov, la§i, Institutul European, 2000, p. 86.
27 C. Virgil Gheorghiu, De
la vingt-cinquième heure à l'heure éternelle, Paris, Pion, 1965, p. 83.
28 C. Virgil Gheorghiu,
Mémoires. Le témoin de la vingt-cinquième heure, Paris, Pion, 1986, p. 86.