Saint Pierre Damascène
sur la prière pure
– 8 juillet 2026
Dans la vie de tout chrétien pratiquant, la prière occupe une place essentielle. Le perfectionnement constant de cette œuvre spirituelle est l'un des objectifs que la soif de la grâce divine éveille en nos âmes. Et, comme dans tout ce que nous faisons et pensons, nous devons tendre vers le sommet de la prière pure.
Saint Pierre Damascène est un Père "philolocalique" qui, outre
une riche expérience spirituelle personnelle, a su synthétiser avec brio le
savoir et l'expérience des Pères qui l'ont précédé. Concernant la prière pure,
saint Pierre Damascène affirme que, pour l'acquérir, il est nécessaire de lire
les Saintes Écritures et de méditer patiemment sur les paroles prononcées. De plus, il faut absolument éviter tout
recours à l'imagination dans la prière, car le plus dangereux est celui qui
nous donne une image de perfection et qui ne reflète qu'une haute opinion de
nous-mêmes, fruit de l'orgueil. Saint Pierre Damascène affirme : « En
effet, la prière est aidée par la lecture en silence, et la lecture, par la
prière pure, lorsqu'on prête attention à ce qui est dit et qu'on ne lit ni ne
chante à la hâte. Autrement, on ne peut saisir pleinement le sens des paroles,
à cause des ténèbres des passions. De plus, nous nous égarons souvent par notre
propre imagination. C'est particulièrement le cas de ceux qui s'imaginent
posséder la sagesse de ce monde, ignorant que la connaissance par les actes est
nécessaire pour comprendre ces choses. » (Saint Pierre Damascène, «
Enseignements spirituels », I, dans : Philocalie)(Vol. 5, trad. par le
Père Dumitru Stăniloae, Bucarest, Éditions Humanitas, 2006, p. 48).
L’estime de soi naît dans l’âme du priant non seulement de
l’ignorance ou du manque de connaissance, mais aussi lorsque, fort d’un savoir
plus riche acquis par diverses lectures, il finit par être convaincu de savoir
parfaitement ce qu’il doit faire. La pratique de la prière doit s’unir à
l’humilité et à la lecture des textes sacrés, sans être obscurcie par une haute
estime de soi. « Car, de même que si le laboureur ne travaille pas sa terre,
elle devient stérile, aussi bonne soit-elle, de même l'esprit, s'il ne se
recueille pas dans la prière et la lecture, s'il ne s'en occupe pas,
s'engourdit et sombre dans l'ignorance. Et de même que la terre, même arrosée
par la pluie et parcourue par le soleil, ne profite pas au laboureur s'il ne la
sème pas et ne la garde pas, de même l'esprit ne peut acquérir la connaissance
sans action morale, même s'il l'a reçue de la grâce ; mais, se tournant peu à
peu, par négligence, vers les passions, il s'égare aussitôt. Et même s'il
parvient à discerner quelque chose, du fait de sa propre opinion, il est
abandonné par la grâce » (Cuv. Petru Damaschin, « Învățături duhovnicești »,
II, p. 207).
Dans ce passage, saint Pierre Damascène exprime clairement que
l'esprit humain se purifie par la prière, mais aussi par la lecture d'ouvrages
spirituels, et s'illumine progressivement, se préparant ainsi à recevoir la
grâce divine. En revanche, si nous ne prions ni ne lisons, notre esprit
s'endurcit, s'obscurcit et se cantonne à la seule recherche des choses
matérielles et à l'assouvissement des passions spirituelles. Dès lors,
l'orgueil se nourrit, faisant écran à la grâce divine et accentuant l'égarement
spirituel de l'homme, le privant du discernement nécessaire aux choix éclairés.
Préparation
ascétique à la prière
La prière exige aussi une préparation ascétique intense. Mais
l’exercice ascétique le plus difficile ne consiste ni en un jeûne physique ni
en des heures consacrées à la prière, mais
en la libération de notre esprit de toute pensée et de toute imagination.
La vigilance de l’esprit englobe précisément cet effort constant pour nous
libérer spirituellement des soucis et des images, des pensées et des
raisonnements par lesquels les démons tentent de nous séduire pendant la
prière, afin de nous détacher de notre dialogue incessant avec Dieu. Saint
Pierre Damascène a observé ce qui suit : « Car si quelqu’un se détache de tout
et ne se soucie que des œuvres corporelles et spirituelles, que les Pères
appellent piété, et, d’autre part, ne croit à aucun rêve ni à aucune pensée qui
lui soit propre et qui ne trouve aucun témoignage dans l’Écriture, et fuit
toute vaine réunion afin de n’entendre ni de lire rien d’inutile, et surtout
rien qui concerne les hérésies, les larmes de compréhension et de joie se
multiplieront en lui, de sorte qu’il pourra s’en abreuver ; et il atteindra
l’autre prière, la prière pure, qui convient au voyant (contemplatif) » (Cuv.
Pierre Damascène, « Enseignements spirituels », I, p. 57).
Nous remarquons comment saint Pierre Damascène ajoute aux
conditions d’acquisition de la prière pure énumérées ci-dessus l’élimination
des dialogues ou des rencontres inutiles avec des personnes qui distraient
notre attention et chargent notre esprit et notre cœur de commérages, de
calomnies ou de paroles déplacées qu’elles prononcent constamment. Étonnamment,
saint Pierre Damascène attire ici aussi l'attention sur les lectures
inappropriées : la prière pure ne peut être atteinte par celui qui lit des
livres dépourvus de bienfaits spirituels. En revanche, chez celui qui se
prépare ascétiquement et prie avec humilité, surgit d'abord l'œuvre des larmes
spirituelles, qui purifie son cœur et son esprit et lui assure l'élévation vers
le stade de la contemplation. Par là, il peut observer, dans le silence et la
pureté, les desseins divins cachés dans la création.
Guérir l'esprit
- effet de la prière pure
Le travail spirituel des larmes ouvre fructueusement la voie à
l'acquisition de la prière pure, laquelle conduit à l'union avec Dieu d'une
manière merveilleuse, comme nous l'enseigne saint Pierre Damascène : « Car tout travail corporel, c'est-à-dire le
jeûne, les veilles, la psalmodie et la lecture, le recueillement et le repos, a
pour but de purifier l'esprit. Et l'esprit, sans les larmes, ne peut être
purifié pour s'unir à Dieu dans la prière pure, qui le dépouille de toute
signification et le rend sans forme ni apparence » (Cuv. Pierre Damascène,
« Enseignements spirituels », I, p. 78).
Le stade de la contemplation est ainsi dépassé, et l'esprit,
uni à la grâce divine, transcende les significations du monde créé et participe
à la joie et à la lumière spirituelles. Les fruits de la prière pure sont
inestimables et nous devons les rechercher de toute notre âme, de toute notre
vie. Et même si nous n'atteignons pas les plus hauts sommets, efforçons-nous au
moins de nous préserver spirituellement de toute opinion personnelle, de toute
imagination et de toute pensée lorsque nous prions. Ce sera également un très
grand bienfait spirituel.
Source : Ziarul
Lumina