Métropolite Tikhon [Shevkunov]
de Simferopol et de Crimée
TON
DRAGON, TA LANCE, TON CHOIX
Le vainqueur n'est pas celui qui a survécu,
mais
celui qui n'a pas cédé.
Le monde nous murmure que la victoire est la survie. Il
dessine un héros debout en triomphe sur l'ennemi vaincu. Mais l'icône du
martyre du saint guerrier Georges s'y oppose silencieusement : la victoire
n'est pas d'éviter la mort, mais que la mort devienne une naissance dans
l'éternité.
Le vainqueur n'est pas celui qui a survécu, mais celui qui n'a
pas cédé. George le Victorieux, le cavalier perçant le dragon, est l'icône
visible de cette victoire principale et invisible. Un vrai dragon s'est
recroquevillé non pas aux pieds d'un cheval, mais dans le cœur d'un homme. Et
la lance avec laquelle le serpent est abattu n'est pas forgée dans la forge,
mais dans l'esprit.
Georges n'a pas vaincu parce que son corps a survécu, il était
justement mis en pièces. Il a gagné parce que sa peur n'a pas survécu. Cette
peur ancienne qui paralyse les âmes de milliards de personnes. La peur, c'est
la peur qui est le vrai et le plus cynique bourreau de l'humanité. La mort
n'exécute que la peine. Le vainqueur est celui qui a cessé d'avoir peur avant
d'arrêter de respirer. Et c'est pourquoi la mort se retrouve ridiculisée : elle
a brandi sa faux- et il n'y a rien à faucher. La vie qu’elle venait
prendre ne lui appartient plus, elle appartient désormais au Christ.
George est un tueur de dragons et le héraut d'une vérité
connue de longue date, simple et terrible : la bataille principale de l'homme
se poursuit en lui-même - contre tout ce qui incarne un dragon.
Contre l'attachement à la terre. Contre un calcul froid qui
murmure : "renonce et vis". Contre la peur de la douleur, peur de
perdre le nom, la propriété, le corps, demain. Contre la prudence terrestre,
qui est en fait la lâcheté déguisée en sage pompeux et compréhensif. Contre le
désespoir qui suggère de se rendre. Contre toutes les voix calmes qui
persuadent de trahir pour trouver la paix.
Le dragon légendaire n'est pas du tout une légende. En fait,
c'est une voix bien connue en nous, nous persuadant patiemment de nous sauver
au prix de perdre notre âme. C'est notre "je", recroquevillé en un
anneau autour du cœur et ne laissant pas entrer Dieu.
Et la lance qui le frappe est une foi qui ne recule pas.
Seulement elle. Aucune autre arme n'atteint cette bête - parce qu'elle vit là
où l'épée d'acier n'atteint pas et où la force des muscles est impuissante.
C'est pourquoi Georges sur l'icône n'est pas en colère, mais
au repos. Son visage n'est pas déformé par la bataille ; la lance dans sa main
tient facilement, presque en apesanteur. Le vrai guerrier du Christ étonne le
dragon non pas avec rage, mais avec le silence d'un cœur inflexible. Pas avec
un coup, mais avec un refus de battre en retraite.
Et quand nous regardons cette icône, elle nous regarde en
retour. Et demande à tout le monde : quel est ton dragon ? Où s'est-il
recroquevillé ? Que nourrit-il ? Avec quel genre de voix te parle-t-il ? Et -
oseras-tu lever ta lance sur lui ?
Parce que chacun de nous a son propre dragon. Et chacun a sa
propre lance. Et chacun a sa propre journée, au cours de laquelle il devra
choisir : rester avec le dragon ou se tenir à côté de Georges.
Version française Claude
Lopez-Ginisty
D’après
Source : Orthodoxologie .com