Pourquoi
notre époque est terrible
/ Photo : Valentina Bîrgăoanu
Ce court texte n'est autre que le cri du percepteur, d'une âme
lasse de son moi pharisaïque ; c'est le coup de poing dans la poitrine par
lequel la conscience cherche à écraser le « bébé serpent ». Et une
larme, fruit de ce cri amer par lequel j'essaie d'expulser mon ego.
« Sachez-le bien, dans les derniers jours, il y aura des temps
difficiles. Car les hommes seront égoïstes. » (2 Timothée 3:1-2)
Le centre de l'Évangile, de chaque séquence évangélique, est
le Christ. Et ses paroles sont le moyen par lequel il peut devenir le centre de
notre être.
Et à travers la parabole d’aujourd’hui, comme à travers toutes
ses paroles, le Christ veut nous sauver, c’est-à-dire nous faire passer du
milieu de l’Évangile au milieu de nos vies, actuellement occupées par un
imposteur né de la Chute, la « race de vipères » appelée moi.
En chaque chrétien coexistent un pharisien et un publicain. Le
seul qui puisse s'approcher du Christ et s'unir à lui est le publicain en nous,
celui qui se frappe la poitrine du poing empli du venin de son ego, celui qui
ne peut que baisser les yeux car en lui-même il n'y a et n'y aura jamais rien
de digne du ciel. L'ego ne peut hériter du Royaume des Cieux, car il n'est pas
une création de Dieu. Il doit être lapidé, tué par la Pierre tombée du ciel,
car il est enfant de Babylone et doit être écrasé par la Pierre appelée Christ,
afin que le peuple de Dieu puisse goûter au bonheur de la liberté (Psaume
136:8-9).
Tout chrétien doit, à un moment donné, choisir entre le Christ
et lui-même, comme les Juifs il y a deux millénaires, entre Jésus et Barabbas.
Car le moi ne se manifeste-t-il pas lorsqu'il se « convertit », tel un assassin
zélé ? N'embrasse-t-il pas alors, dans la vie de l'Église, que les extrêmes,
que ces « nobles causes » de la foi qui lui donnent l'occasion de
tuer, d'éliminer par l'épée du mépris, au moins, autrui ?
Et cette manifestation n'est-elle pas l'acné juvénile de la
foi, l'adolescence turbulente et névrotique du cheminement vers la piété qui,
pour certains d'entre nous, plus imbus de nous-mêmes, ne passe jamais ?
À l’instar d’Abraham, le père des croyants, chaque chrétien
est appelé à offrir à Dieu le premier-né de sa foi en sacrifice.
Et qui mourra ? Lequel des deux qui nous composent
intérieurement allons-nous tuer : l’hypocrite religieux imbu de lui-même ou le
pécheur rongé par le dégoût de lui-même ? Bien souvent, notre foi n’est rien
d’autre qu’une alternance incessante, tout au long de notre vie, entre ces deux
facettes de notre être…
Nous quittons notre foyer comme des collecteurs d'impôts et
arrivons à l'église comme des pharisiens. Que s'est-il passé en chemin ? Rien.
Si nous avions suivi la voie du renoncement à nous-même, comme le Christ nous y
a appelés, nous serions arrivés à l'église davantage tournés vers le Royaume de
Dieu, la seule voie du salut.
C’est le choix intérieur que fait chaque chrétien. Et, le plus
souvent, on préfère le pharisien, par amour-propre auquel nous sommes habitués
depuis toujours et que le monde nous a inculqués. À l’heure de la mort, le
pharisien qui a brillé toute sa vie comme un modèle religieux s’effondre :
seul le publicain en deuil qui sommeille en nous a pu passer indemne, et nous
l’avons tué et enterré depuis longtemps dans le cimetière rempli de victimes
connues et inconnues de l’affirmation de soi.
À notre époque imprégnée de l'évangile de l'antéchrist (aimez-vous
vous-même), il est peut-être nécessaire de reformuler, dans le même langage
d'intelligence artificielle qu'est la psychologie, la conclusion finale :
quiconque investit dans l'ascension de son égo récoltera un épuisement sans fin
appelé géhenne.
Et celui qui s'investit dans l'abnégation récoltera la
réconciliation avec Dieu, la paix, et dans cette paix intérieure, le passage du
monde au Royaume de Dieu, appelé salut.
Ce court texte n'est autre que le cri du percepteur, d'une âme
lasse de son moi pharisaïque ; c'est le coup de poing dans la poitrine par
lequel la conscience cherche à écraser le « bébé serpent ». Et une
larme, fruit de ce cri amer par lequel j'essaie d'expulser mon ego.
Le rejet de Satan lors du baptême se poursuit par le rejet de
son fils en nous, notre propre moi. Un exorcisme de toute une vie qui ne peut
s'accomplir qu'en portant sa croix et en suivant le Christ.
Source : DOXOLOGIA.RO