samedi 31 janvier 2026

 

Pourquoi notre époque est terrible

Marius Iordachioaia

/ Photo : Valentina Bîrgăoanu

Ce court texte n'est autre que le cri du percepteur, d'une âme lasse de son moi pharisaïque ; c'est le coup de poing dans la poitrine par lequel la conscience cherche à écraser le « bébé serpent ». Et une larme, fruit de ce cri amer par lequel j'essaie d'expulser mon ego.


« Sachez-le bien, dans les derniers jours, il y aura des temps difficiles. Car les hommes seront égoïstes. » (2 Timothée 3:1-2)

Le centre de l'Évangile, de chaque séquence évangélique, est le Christ. Et ses paroles sont le moyen par lequel il peut devenir le centre de notre être.

Et à travers la parabole d’aujourd’hui, comme à travers toutes ses paroles, le Christ veut nous sauver, c’est-à-dire nous faire passer du milieu de l’Évangile au milieu de nos vies, actuellement occupées par un imposteur né de la Chute, la « race de vipères » appelée moi.

En chaque chrétien coexistent un pharisien et un publicain. Le seul qui puisse s'approcher du Christ et s'unir à lui est le publicain en nous, celui qui se frappe la poitrine du poing empli du venin de son ego, celui qui ne peut que baisser les yeux car en lui-même il n'y a et n'y aura jamais rien de digne du ciel. L'ego ne peut hériter du Royaume des Cieux, car il n'est pas une création de Dieu. Il doit être lapidé, tué par la Pierre tombée du ciel, car il est enfant de Babylone et doit être écrasé par la Pierre appelée Christ, afin que le peuple de Dieu puisse goûter au bonheur de la liberté (Psaume 136:8-9).

Tout chrétien doit, à un moment donné, choisir entre le Christ et lui-même, comme les Juifs il y a deux millénaires, entre Jésus et Barabbas. Car le moi ne se manifeste-t-il pas lorsqu'il se « convertit », tel un assassin zélé ? N'embrasse-t-il pas alors, dans la vie de l'Église, que les extrêmes, que ces « nobles causes » de la foi qui lui donnent l'occasion de tuer, d'éliminer par l'épée du mépris, au moins, autrui ?

Et cette manifestation n'est-elle pas l'acné juvénile de la foi, l'adolescence turbulente et névrotique du cheminement vers la piété qui, pour certains d'entre nous, plus imbus de nous-mêmes, ne passe jamais ?

À l’instar d’Abraham, le père des croyants, chaque chrétien est appelé à offrir à Dieu le premier-né de sa foi en sacrifice.

Et qui mourra ? Lequel des deux qui nous composent intérieurement allons-nous tuer : l’hypocrite religieux imbu de lui-même ou le pécheur rongé par le dégoût de lui-même ? Bien souvent, notre foi n’est rien d’autre qu’une alternance incessante, tout au long de notre vie, entre ces deux facettes de notre être…

Nous quittons notre foyer comme des collecteurs d'impôts et arrivons à l'église comme des pharisiens. Que s'est-il passé en chemin ? Rien. Si nous avions suivi la voie du renoncement à nous-même, comme le Christ nous y a appelés, nous serions arrivés à l'église davantage tournés vers le Royaume de Dieu, la seule voie du salut.

C’est le choix intérieur que fait chaque chrétien. Et, le plus souvent, on préfère le pharisien, par amour-propre auquel nous sommes habitués depuis toujours et que le monde nous a inculqués. À l’heure de la mort, le pharisien qui a brillé toute sa vie comme un modèle religieux s’effondre : seul le publicain en deuil qui sommeille en nous a pu passer indemne, et nous l’avons tué et enterré depuis longtemps dans le cimetière rempli de victimes connues et inconnues de l’affirmation de soi.

À notre époque imprégnée de l'évangile de l'antéchrist (aimez-vous vous-même), il est peut-être nécessaire de reformuler, dans le même langage d'intelligence artificielle qu'est la psychologie, la conclusion finale : quiconque investit dans l'ascension de son égo récoltera un épuisement sans fin appelé géhenne.

Et celui qui s'investit dans l'abnégation récoltera la réconciliation avec Dieu, la paix, et dans cette paix intérieure, le passage du monde au Royaume de Dieu, appelé salut.

Ce court texte n'est autre que le cri du percepteur, d'une âme lasse de son moi pharisaïque ; c'est le coup de poing dans la poitrine par lequel la conscience cherche à écraser le « bébé serpent ». Et une larme, fruit de ce cri amer par lequel j'essaie d'expulser mon ego.

Le rejet de Satan lors du baptême se poursuit par le rejet de son fils en nous, notre propre moi. Un exorcisme de toute une vie qui ne peut s'accomplir qu'en portant sa croix et en suivant le Christ.

Source : DOXOLOGIA.RO