Lettre pastorale du Saint-Synode
de l’Église orthodoxe roumaine
pour le Dimanche de
l’Orthodoxie 2026
Bien-aimés clercs,
communautés monastiques et fidèles confesseurs de la vraie foi du Patriarcat
roumain
Grâce, paix et joie de la part de Dieu Père, Fils et saint Esprit
Et bénédiction pontificale de notre
part !
Révérends et Très révérends Pères,
Bien-aimés Frères et Sœurs
dans le Seigneur,
Dans la lumière divine sur laquelle s’ouvre le saint et grand
Carême, l’Église nous propose, première étape de notre montée vers la
Résurrection, le Dimanche de l’Orthodoxie : fête de la victoire de la vraie foi
sur toutes les hérésies et les déviations, et Dimanche du rétablissement de la
vénération des saintes icônes à Constantinople en 843.
Pour bien comprendre cette victoire, il est bon de rappeler
brièvement le parcours difficile de l’Église aux VIIIème et IXème siècles. A
l’époque, les empereurs Léon II l’Isaurien et Constantin V Copronyme furent
confrontés à des pressions politiques et militaires de la part des peuples
voisins ; ils voulurent coopérer avec les nations non chrétiennes d’Orient et
déclenchèrent une lutte féroce contre la vénération des icônes. Cet essai de
compromis politico religieux produisit une blessure profonde dans la vie des
fidèles et des moines de Constantinople.
Par les soins de deux impératrices de sainte vie, Irène et
Théodora, Dieu inspira la formulation de la foi orthodoxe en ce qui concerne la
vénération des icônes. Ainsi, à Nicée, en 787, les saints Pères du Septième
concile œcuménique établirent le dogme de cette vénération ; en 843, par le
concile réuni à Constantinople et la proclamation effectuée par le patriarche
Méthode, l’Orthodoxie connut la victoire totale. Depuis lors, le premier
dimanche du grand Carême est devenu la fête du triomphe de la vraie foi.
Deux grandes impératrices, deux femmes à la vie sainte – Irène
et Théodora – réussirent à accomplir de façon miraculeuse la volonté de Dieu
dans une époque où, que Dieu pardonne, certains hommes, des empereurs, se
firent les persécuteurs des saintes icônes.
Saint Jean Damascène – « trompette de l’Esprit saint contre
les iconoclastes » - disait au VIIème siècle : « Je me prosterne, non devant la
matière, mais devant le créateur de la matière, qui s’est fait pour moi matière
» (Contre les iconoclastes 1, 16). Et saint Théodore Studite, au IXème siècle,
confirmait cette vérité de la foi selon laquelle « l’Invisible s’est rendu
visible pour que nous voyions son image et désirions lui ressembler » (Contre
les iconoclastes).
L’icône est devenue ainsi fenêtre du Royaume de Dieu, lieu de
présence de la grâce, appel à la sainteté et confession de la vérité selon
laquelle le Christ est l’Image du Dieu invisible (Col 1, 15).
A la lumière de ces enseignements, le Dimanche de l’Orthodoxie
est l’occasion d’une profonde gratitude à l’égard des confesseurs de la vraie
foi hiérarques, moines, théologiens et foule des fidèles de vie pure – qui
gardèrent la vérité au prix même de leur vie. Ils représentent l’immense nuée
de témoins (He 12, 1) qui nous accompagne aujourd’hui encore sur la voie du
jeûne et du repentir.
Bien-aimés Fils et Filles
dans l’Esprit saint,
Le Dimanche de l’Orthodoxie nous montre que l’homme est
l’icône vivante de Dieu, créé à son image (Gn 1, 26), appelé à refléter dans ce
monde l’amour, la pureté et la gloire de celui qui l’a créé. Saint Grégoire le
Théologien a cette exhortation : « Glorifie Dieu par ta propre personne, car tu
es son image » (Discours I, 4, PG 35, col. 397)
L’icône des saints est, non seulement un souvenir, mais le
témoignage vivant de l’accomplissement de l’homme ; une preuve que la grâce
peut transfigurer une vie ordinaire et peut l’élever à la ressemblance à Dieu.
Saint Basile le Grand écrit : « L’hommage rendu à l’icône s’adresse à son
prototype » (Sur le saint Esprit 18) ; et l’hommage rendu aux saints s’adresse
à Dieu. Par conséquent, l’icône nous révèle deux grandes idées :
• Qui est Dieu pour l’homme : Celui qui s’est rendu visible,
proche, c’est-àdire le Dieu Homme ;
• Qui peut devenir l’homme dans sa relation avec Dieu :
ressemblant à Dieu par grâce, lumière et sainteté.
Quand nous regardons l’icône, nous comprenons que chaque
visage humain est appelé à la vie éternelle. Dans un monde qui souvent humilie,
manipule ou estompe la valeur de la personne, l’Église défend et affirme la
valeur unique et éternelle de chaque homme : enfant, vieillard, malade,
réfugié, solitaire, marginalisé, puisqu’il est une icône de Dieu ; dans les
plus humbles resplendit véritablement l’image du Christ (Mt 25, 40).
L’année 2026 a été déclarée par notre Saint-Synode « Année en
hommage à la pastorale de la famille chrétienne » et « Année commémorative des
saintes femmes du calendrier (myrrhophores, martyres, moniales, épouses et
mères) ». Nous sommes appelés à considérer avec une plus grande attention la
dignité du visage humain illuminé par la grâce : en famille, dans le sacrifice
discret des mères, dans l’abnégation des épouses et dans la stabilité des
femmes croyantes qui tiennent allumé dans leur maison le flambeau de l’amour.
En cette année commémorative, l’Église a ajouté au calendrier
liturgique encore 16 femmes, canonisées l’an dernier (2025) par le Saint-Synode
: par leur vie pleine de lumière et par leur témoignage, elles sont entrées
dans l’assemblée des saints du Ciel. De même, nous faisons mémoire avec piété
des saintes femmes qui ont sanctifié l’histoire de l’Église et ont, au long des
temps, défendu la vraie foi avec toute leur sainteté : parmi elles nous nommons
les impératrices Irène et Théodora, par lesquelles Dieu a opéré la victoire de
l’Église sur l’hérésie iconoclaste. Elles ont assumé la dureté de leur époque
avec un cœur courageux et avec un amour immuable pour le Christ ; elles sont
devenues des images lumineuses de la foi chrétienne et des modèles de vie pour
tous les chrétiens. Par elles et par tous les saints contemporains – pères
spirituels, confesseurs et serviteurs infatigables – nous comprenons que la
véritable sainteté naît dans le cœur, là où l’amour, le pardon et la paix
restaurent l’image du Dieu de miséricorde en chacun de nous. Aujourd’hui, nous
célébrons le triomphe de l’Orthodoxie, c’est-à-dire la victoire de la foi vraie
et vivante : la foi doit être vécue, et pas seulement proclamée. L’Orthodoxie
signifie la vraie foi, mais également la vraie intelligence, la vraie pensée,
et la vraie louange : la vraie représentation (l’iconographie) et le chant
véritable (l’hymnographie) ; le vrai renoncement (l’ascèse), et la mesure, le
vrai discernement (vertu de toutes les vertus, comme l’ont bien les Pères de
l’Église).
Nous voyons tout cela et l’inscrivons dans notre cœur ; nous
comprenons que l’Orthodoxie est également la vraie vision de Dieu. Elle guide
également notre pensée et notre vision parce que nous sommes des êtres créés
selon son image sainte. Elle guide notre propre croissance selon l’Esprit et
notre glorification de celui qui nous a donné la vie ; elle guide notre louange
et notre repentir personnels, ainsi que notre ascèse et notre prière, notre foi
et notre vie véritables.
L’Orthodoxie n’est pas autre que la nature humaine sanctifiée,
telle qu’elle nous a été révélée par le Dieu-Homme, Jésus Christ, le Fils
éternel de Dieu.
Bien-aimés Frères et Sœurs
en Dieu,
Si les icônes de l’église nous montrent la gloire du Royaume
de Dieu, l’icône qu’est notre frère ou notre sœur éprouvé nous indique la façon
concrète selon laquelle nous pouvons connaître cette gloire.
L’amour pour le prochain est la lumière de l’Orthodoxie dans
la vie de tous les jours. Le saint apôtre Jean nous interroge : Si quelqu’un possède
la richesse de ce monde et voit son frère dans le besoin, et qu’il ferme son
cœur à toute compassion, comment l’amour de Dieu demeurerait-il en lui ? (1 Jn
3, 17) Et saint Jean Chrysostome exhorte : « Veux-tu honorer le corps du Christ
? - ne le méprise pas quand tu le vois affamé ou nu » (Homélie 50, 3).
La philanthropie est ainsi l’icône vivante de notre foi. Elle
n’est pas un simple geste social : elle est une opération de l’Esprit, un
prolongement de l’amour de Dieu dans le monde. Ainsi, le Dimanche de
l’Orthodoxie devient le jour où l’Église entière tend la main aux éprouvés :
les hommes accablés par le besoin et la souffrance, les communautés en
difficulté, les missions qui portent la croix dans des lieux difficiles et les
paroisses dont les ressources sont maigres, mais l’espérance grande.
Comme chaque année, en ce dimanche béni, on organise une
collecte offerte au Fond Missionnaire Central, organisé par le Saint-Synode
comme manifestation de la solidarité dans la vie de l’Église.
Ce fond soutient le travail social et philanthropique de notre
Église, et aide :
• les diocèses, les paroisses et les monastères en difficulté
;
• les familles vulnérables, les enfants privés de soins et les
personnes qui souffrent ;
• les programmes éducatifs, sociaux, philanthropiques et
missionnaires ;
• les communautés des zones défavorisées, qui ont besoin de
force et d’espérance.
Grâce à ce travail béni, chaque chrétien devient participant
de la vie et les besoins de l’Église, de sorte qu’il n’y ait pas de division
dans le corps, et que les membres aient un commun souci les uns des autres (1
Co 12, 25). Dans le don de chaque chrétien orthodoxe, qu’il soit grand ou
petit, se trouve la puissance de restaurer une icône vivante : un visage humain
affligé, un enfant abandonné, un vieillard isolé, une paroisse en grande
difficulté. Fidèles confesseurs de la vraie foi, En ce Dimanche de
l’Orthodoxie, approchons-nous des saintes icônes avec un cœur pur, pour y
découvrir la beauté de la vocation que Dieu a semée en chacun de nous.
Regardons, avec la même piété, le visage de notre prochain en difficulté et
secourons-le comme nous le pouvons, en témoignage vivant de l’amour du Christ.
En cette première étape spirituelle du Grand Carême, efforçons-nous d’imiter
toujours davantage le Seigneur Jésus Christ, l’Image du Père et la source de
notre sanctification. En ces jours bénis, chacun de nous est appelé à montrer
la lumière de la foi par ses actes, pour que les hommes voient nos œuvres de
bien et rendent gloire à notre Père qui est aux cieux (Mt 5, 16). Nous vous
remercions pour la générosité que vous avez montrée pendant tant d’années pour
réaliser le Fond Missionnaire Central.
Avec amour paternel nous vous adressons à tous la bénédiction
apostolique : Que la grâce de notre Seigneur Jésus Christ, l’amour de Dieu le
Père et la communion du saint Esprit soient avec vous tous ! (2 Co 13, 13). Le
président du Saint-Synode de l’Église orthodoxe roumaine
† Daniel,
Archevêque
de Bucarest, Métropolite de Muntenie et de Dobroudja, Lieutenant du siège de
Césarée de Cappadoce et Patriarche de l’Église orthodoxe roumaine Avec tous les
membres du Saint-Synode