Vêpres du Pardon : quel sens ?
Vêpres de
Carême –
Le dimanche du Pardon, après la divine liturgie et une petite
coupure pour bien distinguer les deux offices, nous célébrons le service de
vêpres. Il s’agit des vêpres du lundi de la première semaine de Carême, un très
bel office. Pendant le prokimenon (ou graduel) qui suit l’entrée et l’hymne
Lumière joyeuse, nous remplaçons les parements clairs de l’autel par des
ornements sombres, de couleur pourpre. Ceux qui servent dans le sanctuaire
endossent des vêtements de la même couleur.
La
demande mutuelle
À la fin de l’office, on place le saint Évangile devant les
portes saintes. Prêtres et diacres s’alignent à la suite du côté de la Mère de
Dieu, le premier tenant la Croix. Ils se prosternent l’un devant l’autre, après
avoir embrassé l’Évangile et la Croix, en disant : « pardonne-moi,
Père, et prie pour moi » et en échangeant une accolade. Tous les fidèles
viennent alors en faire autant et s’alignent à la suite du même côté. Pendant
l’échange du pardon, les chantres psalmodient très doucement les hymnes de
Pâque. Quand tout le monde est venu, on se retire en silence.
La
pourpre royale
Le changement des parements d’autel et des vêtements signifie
que l’on entre dans la semaine de Carême. Le vendredi soir, on reprendra
jusqu’au soir du dimanche les vêtements clairs puisque chaque dimanche est une
célébration de la résurrection pendant tout le Carême. Pendant toute cette
période, les couleurs alterneront ainsi. La couleur sombre est une couleur de
deuil : ce ne devrait pourtant jamais être le noir, qui n’est pas une couleur
liturgique (on ne le trouve pas dans l’icône, par exemple). C’est plutôt la
couleur royale dont le Christ fut revêtu par dérision, et qui signifie pourtant
son authentique royauté, et celle de ses membres qui le suivent dans sa
Passion. La pourpre – violet sombre – est également celle du manteau de la Mère
de Dieu sur l’icône.
Annoncer
la gloire
Le Carême est, certes, le temps du deuil et du repentir ;
mais il prépare la gloire, la restauration de l’état paradisiaque et la
glorification à la droite du Père – sur l’icône de l’Ascension, les vêtements
du Christ sont rouges ou pourpres, parce qu’ils sont teints par le vin issu du
pressoir, par le sang purificateur coulé depuis la Croix sur le peuple de
Dieu, et par la gloire royale du Fils de Dieu : la vénération du saint
Évangile et de la Croix et l’échange du baiser annoncent le baiser pascal à la
fin des matines de la Résurrection. C’est la raison pour laquelle pendant le
rite du pardon, on chante les hymnes de Pâques. L’esprit orthodoxe est toujours
une orientation de la mort vers la résurrection, des larmes de deuil vers
celles de la joie du Christ. C’est un rythme spirituel qui correspond aux
prosternations toujours suivies du redressement devant la face de Dieu.
Le pardon
Sauf le Christ, qui est innocent ? Nous demandons pardon
les uns aux autres, non seulement pour nous être mutuellement offensés –
souvent à notre insu -, mais également pour toutes les souffrances du monde,
dont nous ne pouvons nous dire innocents, et devant lesquelles nous nous sentons
impuissants. Nous demandons l’intercession de nos frères pour que le Seigneur
nous pardonne nos innombrables fautes volontaires et involontaires, conscientes
et inconscientes, et l’omission du bien que nous pouvions faire. Même la
souffrance des créatures comme les animaux, les plantes et les pierres, la
souffrance de la Création entière, ne laisse pas les saints exempts de
repentir. Et nous avons besoin les uns des autres pour intercéder devant la
face de Dieu.
Le
pouvoir souverain
« Pardonne-moi et prie pour moi » veut dire
« prie Dieu de me pardonner ! » Les baptisés forment une
communauté sacerdotale à laquelle a été donnée, par le charisme apostolique, la
capacité de lier et de délier : mais c’est le Christ, non les pécheurs que
nous sommes, qui, en nous, est Celui qui pardonne. Les chrétiens sont dans le
monde une gigantesque force de pardon et leur carême doit bouleverser la
société civile et la création tout entière, le visible et l’invisible.
L’entrée
en Carême
Le pardon mutuel est une consécration au repentir et à
l’acquisition de la joie pascale. Nous entrons ensemble, communautairement,
dans la voie royale des disciples du Christ, la voie souveraine de la
responsabilité. Pendant tout le Carême, nous garderons l’habitude de nous
saluer ainsi : « pardonne-moi et prie pour moi ! »
Cette demande a également le contenu d’une épiclèse : car c’est l’Esprit
saint qui, descendu comme une flamme ou une colombe sur chacun de nous à la
demande des frères, nous lavera de nos péchés et nous consolera dans notre
repentir.
Source : Sagesse
Orthodoxe