mercredi 29 avril 2026

 

Harmonie conjugale

ou lutte pour la suprématie ?

Dana Alecu

Photo : Oana Nechifor

Des termes comme obéissance sont aujourd'hui interprétés en lien étroit avec la domination, les rapports de force, et des relations où le seul but est de prouver sa supériorité, sa valeur, sa force.


 

Les relations entre mari et femme au sein de la famille semblent être réécrites, redéfinies et éloignées du sens établi par Dieu et transmis très clairement par la Bible. Interprétés à l'aune des conceptions actuelles, les passages concernés peuvent susciter des réactions diverses, oscillant entre amusement, dédain, voire révolte.

Des termes comme obéissance sont aujourd'hui interprétés en lien étroit avec la domination, les rapports de force, et des relations où le seul but est de prouver sa supériorité, sa valeur, sa force. Cette distorsion du sens reflète, dans une certaine mesure, la distorsion des relations interpersonnelles, avec des répercussions sur les relations familiales. Lorsque les rôles de mari et de femme ne sont ni définis, ni acceptés, ni assumés, une lutte pour la domination s'installe et se manifeste de manière à la fois subtile et manifeste. « Qui a le plus raison ? », « Qui a le dernier mot ? », « Qui parvient à imposer son point de vue ? » deviennent des objectifs en soi, et la lutte pour les atteindre révèle et développe chez les deux conjoints des traits de personnalité nuisibles à eux-mêmes, à leur partenaire et à leur relation conjugale.

« Un double jeu, dans lequel chaque conjoint tente de surpasser l'autre. »

Les sources de cette lutte de pouvoir au sein du couple sont parfois très profondes. Il peut s'agir d'un manque de confiance en soi chez l'un des conjoints, qui ressent constamment le besoin d'imposer sa domination, de prendre le dessus. On peut également y trouver des peurs : la peur de l'abandon, la peur de perdre le respect de l'autre en découvrant ses faiblesses, d'où la tentative permanente de démontrer sa valeur, ses capacités, en toutes circonstances, et parfois même malgré les circonstances. Certains éléments de cette lutte de pouvoir sont transmis dès l'éducation, les réactions envers le conjoint étant influencées à la fois par la relation parentale et par les messages, pourtant bien intentionnés, transmis par les parents : « Impressionne-toi dès le début et tu verras que tout ira bien », « Un homme doit dominer la femme, c'est pour ça qu'il est un homme », « Fais comme lui ».

Dans ces rapports de force, la victoire est malheureusement amère et douloureuse. Le ressentiment et la peur accumulés par le partenaire dominé constituent un fardeau émotionnel qui peut le suivre tout au long de la relation et être à l'origine de nombreux actes de sabotage ou d'auto-sabotage. L'incapacité à reconnaître et à apprécier sincèrement les qualités de l'autre, le fait de s'opposer à sa progression personnelle ou professionnelle, le refus de tout développement personnel ou professionnel, et une relation de dépendance ne sont que quelques exemples des mécanismes de sabotage et d'auto-sabotage.

Dans leur ouvrage « Le mariage : difficultés et solutions », les pères Filoteu Faros et Stavros Kofinas dressent un tableau précis des relations conjugales perturbées par la lutte pour la domination de l'un des conjoints : « Cette lutte pathologique pour la suprématie est très intense. Chaque époux cherche à soumettre l'autre. Le conflit prend également des formes telles que la compétition pour le contrôle de l'argent, l'amour des enfants, l'envie des succès de l'autre et l'accusation permanente de ses faiblesses, ainsi que l'opposition systématique aux opinions de l'autre sur la plupart des sujets, ce qui engendre une lutte incessante. Le conjoint hostile éprouve constamment le besoin de prouver sa supériorité, manquant de respect à son partenaire. Cette tentative est un double jeu, dans lequel chaque conjoint cherche à surpasser l'autre. »

Obéissance et amour

Ces mêmes auteurs proposent une solution concrète pour sortir de ces relations toxiques, qui épuisent l'énergie, dénaturent les relations interpersonnelles et compromettent la personnalité et le but même du mariage : « La lutte pour la suprématie ou la domination ne peut être maîtrisée que si chaque conjoint décide d'y mettre fin de son propre chef, et non lorsque l'autre le lui demande. Si l'un des conjoints modifie son attitude destructrice, même pour lui-même, l'autre peut alors, dans une certaine mesure, faire de même. La lutte pour la domination cessera si l'un des deux conjoints décide de se taire ou de renoncer à dominer l'autre , s'il s'engage pour le bonheur de son partenaire et s'il cultive un intérêt sincère pour lui, afin de satisfaire ses besoins physiques, intellectuels, spirituels et émotionnels. »

La relation entre mari et femme, telle qu'elle est présentée dans la Bible, sans être déformée ni altérée par des craintes névrotiques, offre un juste équilibre, fondé sur le respect et l'amour, entre les époux. L'obéissance de la femme envers son mari n'a rien à voir avec l'humiliation ou la négociation acharnée ; elle est directement liée à l'amour, à la protection, au soutien et à l'esprit de sacrifice qu'elle lui doit. De plus, affirmer le mari comme chef de famille vise également à prévenir l'émergence de tendances passionnelles préexistantes, telles que le désir de contrôle chez les femmes et la tendance des hommes à devenir passifs, dominateurs, voire abusifs, en usant d'un abus de pouvoir.

Source : Doxologia.ro