Obtient-on
le pardon du Seigneur
en dehors
de la confession sacramentelle ?
La
paternité de Dieu
Le Seigneur connaît tout ce que la créature humaine pense, dit ou fait. Il bénit toute démarche de notre part qui nous rapproche de son amour paternel. Il se réjouit de la conversion de toute personne et Il a dit que les anges eux-mêmes se réjouissent pour le repentir d’un seul pécheur (Luc 15, 10).
La personne qui, dans son cœur, ayant commis une faute, en demande pardon
immédiatement à son Sauveur, lui est aussitôt agréable. Nos prières disent que
notre Dieu est « un dieu de miséricorde, plein de bonté et d’amour pour
l’homme ». Cela signifie que la disposition au pardon est une disposition
permanente en Dieu, et c’est pourquoi nous lui donnons le nom de Père.
Le dieu
révélé par Jésus Christ
Dire de Dieu qu’Il est « un dieu de miséricorde »
est une façon d’identifier le dieu des chrétiens. Nous avons, par le saint
Évangile, accès à une image de Dieu qui se trouve bien sûr chez les prophètes
et dans l’ensemble des livres bibliques. Mais cette image magnifique et
généreuse est révélée de façon éclatante par Jésus Christ : en tant que
Fils de Dieu, c’est Lui qui a dévoilé l’amour de son Père (cf. Jean 12,
45 ; 14, 9). Nous avons, par le Christ, connaissance d’un dieu qui
pardonne tout, toujours et à tous. Le Père céleste que nous fait connaître son
Fils est dans une disposition naturelle à la miséricorde et au pardon. Seul
celui qui se ferme au pardon en est privé ; en revanche, dès que tu ouvres
ton cœur par le repentir, le pardon préparé pour toi te rejoint naturellement.
Le repentir
Le repentir est indispensable parce qu’il est la porte par
laquelle la personne humaine peut connaître la miséricorde du Père. C’est pour
cela que nous confessons nos péchés au sein de la démarche eucharistique :
c’est une initiation à la miséricorde ; nous apprenons à ouvrir notre
intelligence et notre cœur à ce qui est la manifestation la plus claire de la
Divinité. Et la confession seulement formelle de nos fautes ne suffit
pas ; la conscience morale ou mentale de nos péchés ou de notre état de pécheur
ne pousse pas la porte merveilleuse du banquet de l’amour divin. Seul le
repentir, ce regret douloureux des fautes qui nous ont séparés de l’amour divin
du Père, du Fils et de l’Esprit, nous donne la connaissance expérimentale du
Seigneur. Le rite n’est donc pas suffisant ; les sacrements ne sont pas
efficaces par eux-mêmes : le Seigneur y agit et s’y révèle comme amour par
son Esprit venu couronner notre foi et notre repentir.
Le
témoignage des prêtres
Toutefois, le Seigneur Lui-même nous conseille de prendre un
témoin de notre repentir et du pardon dont nous jouissons. « Allez, vous
montrer aux prêtres » (Luc 17). L’attestation d’un témoin mandaté n’épuise
pas le mystère du pardon. Mais il est doux d’entendre l’évêque ou le prêtre
nous communiquer la voix du Seigneur : « va… tes péchés sont
pardonnés… va, et ne pèche plus… » et toutes ces paroles vivifiantes que
le Sauveur prononce dans l’Évangile. Dans le sacrement du déliement, l’Église
agit par le ministère pastoral à la fois pour attester de ce que Dieu fait pour
nous et pour être le porte-parole du Verbe – et Celui-ci agit par elle.
La prière
de l’Église
La grâce du pardon, divine en elle-même, issue d’un dieu qui
est pardon en Personne, est communiquée par la prière de l’Église. Celle-ci, en
tant que Corps et Sang de Dieu fait chair, est l’instrument permanent de la
miséricorde divine. Elle a le Verbe, le Fils de Dieu, pour tête, et le saint
Esprit la comble par sa présence. Autant dire que le Père agit en elle et par
elle par son Fils et son Esprit, ses « deux mains » (saint Irénée).
L’Église est le lieu du témoignage de la présence invisible du Fils de
Dieu ; elle est le lieu de la présence de l’Esprit par ses dons et ses
énergies incréées ; elle est le lieu où s’accomplit ce miracle
étonnant : ce que le ministère apostolique délie sur terre est délié dans
les cieux (Matt. 16, 19 ; 18, 18 ; Jean 20, 23) !
« Pardon,
Seigneur Jésus, pardon ! »
Dès que le saint Esprit nous le montre, confessons
immédiatement notre péché, sans attendre de jouir du sacrement : «
Pardonne-moi, Seigneur, j’ai jugé ! » ou j’ai jalousé, j’ai convoité, ou pire :
j’ai prié formellement, j’ai fait l’aumône sans amour, je me suis flatté du
bien que j’avais fait, comme un voleur, au lieu de le rendre à toi, Seigneur,
qui en est la Source et l’Inspirateur. Regrettons nos fautes immédiatement,
pour ne pas les laisser s’implanter en nous comme de méchants virus ! Nous
serons immédiatement pardonnés à la mesure de notre repentir, et nous irons
ensuite à l’église demander au prêtre de témoigner de la miséricorde du Père et
de nous délier en son Nom.
(a.p. Marc-Antoine)
***
Une
confession
La prière
« Devant le Seigneur je me tiens et je lui demande
d’éclairer mon âme enténébrée : qu’Il me montre les souillures et les
maladies de mon cœur et de mon esprit, tout ce qui m’empêche d’être en
communion avec lui et de l’aimer comme mon Créateur et mon Sauveur. Mon cœur
est tiède, presque froid, il n’y a pas beaucoup d’amour en moi car tout mon
intérêt est tourné vers moi-même. C’est moi qui suis assis sur l’autel de mon
cœur ; j’en ai chassé le Seigneur. Je me vautre dans la paresse et la
négligence, prétextant ma fatigue et mes douleurs pour ne pas travailler à
retourner vers le Paradis.
Le
découragement
« Souvent j’essaye de changer cela et alors mon âme est
écrasée par le découragement : depuis tant d’années le Seigneur m’appelle
et me montre sa miséricorde, et je suis toujours paralysé par les liens
invisibles de l’amour de moi-même ; je suis dans l’incapacité absolue
d’aimer Dieu et mon prochain, ni moi-même, d’ailleurs, dont je n’ai pas
vraiment compassion. La constatation de ma misère, de ma nudité totale, de
l’horreur de ma maladie intérieure – c’est comme un ver qui m’habite et me
ronge – sont une telle insulte à ma vanité que je ne peux accepter d’être
ainsi ; j’invente alors des substituts pour cacher la réalité : avec
une piété hypocrite, des larmes de dépit, une certaine jouissance d’être
victime comme si c’était là la réalité de mon être.
L’ingratitude
« Je confesse par-dessus tout mon ingratitude à l’égard
de Dieu : depuis mon enfance, Il m’appelle, me montre sa bonté et sa
douceur, sa longanimité ; Il me comble de ses richesses et même Il m’a
fait voir le resplendissement d’un de ses saints. Et moi je continue de me
complaire dans la vision de ma misère. Comme si je préférais cette malheureuse
vision qui est celle de mon âme et de mon corps, à la vision de la gloire du
Seigneur qui est ressuscité et qui veut me sauver. C’est insensé et stupide, ce
choix ; mais j’ai peur, en me tournant délibérément vers le Seigneur,
d’oublier le souci de mon âme et de ne pas répondre à son appel quand Il nous
dit : Repentez-vous…
L’indifférence
à autrui
« La conséquence de tout cela est ma froideur, mon
insouciance à l’égard des autres. Il n’y a pas en moi de réelle compassion –
quand mon cœur s’ouvre un peu à mon prochain, il retourne très vite à sa propre
faute, au mal qu’il a fait à la multitude des gens que j’ai croisés depuis ma
jeunesse. La souffrance de mes proches me ramène à mon péché. J’ai conscience
d’avoir grandement nui à beaucoup de gens, par ma vanité, le jugement de mes
frères, la jalousie, l’ingratitude, l’agacement. Toutes ces paroles, ces
regards, ces pensées méprisantes ont détruit mon entourage. Je sais que Dieu
les aide et les aidera, mais aujourd’hui je demande sincèrement le pardon pour
chacun d’entre eux, les morts et les vivants. La liste est innombrable.
Demande
de pardon
« Si le Seigneur veut
m’enlever la vie – car c’est vrai que j’occupe la terre inutilement – je te
supplie, toi mon prêtre, mon père, et si j’osais : mon ami et mon frère,
prie le Christ qu’Il me pardonne, qu’Il me lave entièrement, qu’Il fasse disparaître
les multiples blessures que j’ai infligées, à toi et à tous, et qu’Il fasse
resplendir la lumière de sa face dans nos cœurs affligés. Pardonne-moi et prie
pour moi… »
Source :
Sagesse Orthodoxe