Les enseignements salvateurs
tirés des paroles de l'Évangile :
« Les
Paroles vivantes » - de saint Arsène de Prislop
Un article de : Archimandrite
Andrei Coroian
- 30 novembre 2025
Le saint père Arsène, confesseur de Prislop est un saint qui a uni la parole à l'action, vivant dans la connaissance ; ainsi, ses paroles sont vivantes et salvatrices, si elles sont mises en pratique.
Homme
vivant et connaissant parfaitement l'Évangile du Christ, il portait dans le
mystère de sa vie et de sa personne les sommets spirituels de la vie angélique
(propres au vœu monastique qu'il a prononcé), doublés par la profondeur de la
contemplation théologique, d'une compréhension illuminée par l'Esprit Saint et
exprimée par la puissance de la Parole du Christ.
Saint Arsène, le plus aimé des chrétiens, portait en son âme
un amour et une patience infinis envers chaque âme, une bonté, une douceur et
une tendresse maternelles. La délicatesse spirituelle et paternelle avec
laquelle il soignait les blessures, les maladies et les faiblesses spirituelles
et physiques des croyants faisait de son tombeau une source pour les assoiffés.
Les foules innombrables qui affluent vers sa tombe y vivent le mystère de la
réconciliation avec Dieu par son intercession.
Les paroles de saint Arsène sont profondes, agréables et
lumineuses, pénétrant jusqu'au plus profond de l'être, jusqu'à la séparation de
l'âme et du corps. Elles sont emplies de la lumière, de la puissance et de la
douceur du Saint-Esprit, telles les paroles du Seigneur, frappant le cœur comme
des flèches acérées, éveillant, illuminant, adoucissant et guérissant l'âme.
Saint Arsène écrivit sous la pression des circonstances, face
à des besoins pastoraux pressants propres à son époque. Il rédigea les quatre
volumes : « Le Chemin du Royaume », « Paroles
vivantes », « La Pratique de la vie monastique » et
« Écrits inédits », tous publiés à titre posthume, qui renferment toute
la richesse de l’enseignement nécessaire au salut et à la perfection.
La richesse des significations spirituelles, les nuances des
messages salvifiques, la profondeur et la hauteur des paroles, la souplesse des
expressions et la lumière de ses écrits ont un but précis : être un
enseignement pour les générations futures, nécessaire au salut et à la
sanctification de l’humanité. C’est pourquoi nous nous approchons de saint
Arsène avec humilité et prière, comme d’une source de guérison spirituelle et
physique, à l’instar des centaines de milliers de personnes assoiffées qui
viennent à son tombeau, fontaine de grâce, mais aussi avec attention,
obéissance et une âme ouverte pour recevoir ses paroles, les accueillir dans
nos cœurs et les mettre en pratique.
Le chemin
du royaume
L'œuvre la plus célèbre de saint Arsène est « Le Chemin
du Royaume », un ouvrage né d'un besoin pastoral et spirituel, synthèse de
l'enseignement de la Philocalie roumaine, fondé sur les Saintes Écritures et
structuré selon la pensée de saint Maxime le Confesseur. Ses sept chapitres
correspondent aux sept étapes de l'ascension spirituelle. À ce sujet, saint
Arsène nous confie :
« Tant de mots se sont rassemblés ici – réponses à tant de
larmes… Certains se sont réunis à la table du saint confessionnal, où la
miséricorde de Dieu brillait en eux comme le soleil dans la rosée. Ces lueurs,
capturées dans les larmes, nous les transmettons ensemble – Père et parents –
de génération en génération à nos descendants, afin qu’eux aussi ne s’égarent
plus dans la nuit de l’ignorance et du manque de conseils, d’où proviennent
tous les maux qui tourmentent les hommes et obscurcissent les temps… Il n’y a
qu’un seul chemin serein : vivre l’enseignement chrétien, dans toute sa
profondeur et avec toute notre sincérité. C’est le seul chemin sûr, que nous
devons toujours apprendre, chacun à notre manière. »
Paroles
vivantes
Son second ouvrage est la « Parole vivante », ou Cazania de
Prislop, comme l'appelle Sa Sainteté le Père Daniil Stoenescu, son disciple. Les
interprétations des textes évangéliques tirées des cent trente-sept sermons du
Père, écrits à différentes époques et en différents lieux, sont des paroles
utiles, de véritables essais spirituels, des hermines emplies de la puissance
et de la douceur du Saint-Esprit, peintes dans le feu et les couleurs de
l'amour du Père céleste, et imprégnées de la lumière et de la puissance du
Christ.
***
J'ai choisi les deux premiers sermons, dans lesquels, avec
sagesse et illumination divine, le Saint Père Arsenie, interprétant les paroles
du Sauveur Jésus-Christ, nous livre des enseignements salvifiques.
Le premier est : « Le
jeune homme riche » (samedi 25 novembre 1946, Living Words, pp. 9-11).
À partir de la conversation du Seigneur avec le jeune homme
riche, le saint père développe trois thèmes spirituels : le problème de la
perfection, le problème de la richesse et le problème de la conversion.
1.
L'enseignement de la perfection :
« Si tu veux entrer dans la vie, observe les commandements. »
Le jeune homme, « désireux d’être juste » (certains parents disent, selon saint
Arsène, qu’il voulait se glorifier devant le Sauveur), confesse les avoir tous
observés depuis sa jeunesse. Il faut le croire ; les familles élues
observaient les commandements de la Loi. Cependant, ce jeune homme, bien
qu’ayant accompli les commandements, persistait dans l’insatisfaction envers
lui-même et sa bonté humaine (qui ne lui apportait pas la paix intérieure)… Le
Sauveur poursuit : « Veux-tu être parfait ? Va, vends ce que tu
possèdes et distribue-le aux pauvres, et tu auras un trésor au ciel ; puis
viens et suis-moi ! » Jésus n’avait jamais demandé à personne,
jusqu’alors, de vendre ses biens ! Le jeune homme désirait plus qu’entrer
dans la vie en accomplissant les commandements : il recherchait la
perfection. « Veux-tu être parfait ? » « Suivez les conseils ! »
Le monachisme est fondé sur cette parole. Voici donc la promesse que font les
moines : accomplir plus que les commandements ; ils promettent de suivre les
conseils : de pauvreté, de vie pure et de suivre le Sauveur, en devenant
obéissants au Sauveur et à leurs conseillers.
2. Le
problème de la richesse
Le jeune homme, quelque peu surpris, ne comprit pas qui
l'appelait ni ce qu'on lui demandait. Il ne s'attarda pas sur la réponse du
Sauveur et s'en alla, tout triste. Le Sauveur vit que son cœur était attaché
aux richesses et dit aux disciples : « Qu'il est difficile pour les riches
d'entrer dans le royaume de Dieu ! » (Marc 10, 17), faisant allusion aux
dangers et aux tentations liés à la richesse. Saint Arsène éclaircit la
perplexité des apôtres : « Seigneur, qui donc peut être sauvé ? », car ils
croyaient que les riches pouvaient être sauvés plus facilement, comme ceux qui
possédaient des agneaux et des bœufs et pouvaient offrir des sacrifices,
contrairement aux pauvres. Le Sauveur évoque alors son propre sacrifice, qui
sauve le monde. « Ce qui est impossible aux hommes est possible à Dieu. » Les
sacrifices des hommes, conclut le saint, ne peuvent sauver les hommes, mais
seul le sacrifice du Sauveur sur la Croix nous est offert pour le salut.
En conclusion, saint Arsène nous laisse un véritable
enseignement sur le sens de la richesse :
« La pauvreté ne te sauve pas, la richesse ne te condamne pas
; de même, la richesse ne te sauve pas, la pauvreté ne te condamne pas, mais
tout dépend de l'attitude de ton âme face à la richesse et à la pauvreté. Tu es
pauvre et ton âme est pressée de courir après la richesse, sache que ta
pauvreté ne te sauve pas. Tu es riche, mais ton cœur est ouvert à ta richesse,
sache que ta richesse ne te met pas en danger. Ton salut ou ta damnation dépend
de la façon dont tu te comportes face à l'une et à l'autre. »
3. Le
mystère de la conversion
Saint Arsène regarde avec les yeux de l'esprit au plus profond
des âmes et voit la lumière au plus profond de l'histoire :
« De plus, la tradition nous apprend qu'après la crucifixion
du Sauveur et sa résurrection, qui prouvèrent sa divinité, après l'Ascension et
la Pentecôte, le jeune homme riche entendit parler de tout cela et ce n'est
qu'alors qu'il comprit à qui il avait parlé sans le comprendre. Lorsqu'il vit
le meurtre d'Étienne et sa paix céleste, ainsi que la prédication ouverte et
courageuse des Apôtres, il rentra chez lui et confessa sa foi chrétienne,
reniant tout, comme Jésus le lui avait conseillé. »
***
Deuxième sermon : «
Creusez plus profondément » ( Samedi 5 septembre 1948. Paroles vivantes,
pp. 12-13)
À travers les mots « labourer plus profondément », saint
Arsène entrevoit la fin de la souffrance et de la futilité humaines,
conséquences de la vie superficielle que l'homme mène souvent sur terre.
Par ces paroles, le Christ Sauveur « met fin au labeur
nocturne de quelques pêcheurs, le transformant en une telle joie qu’ils en
vinrent à reconnaître que Jésus est Dieu ».
Spirituellement, ces mots signifient la descente de l'esprit
dans le cœur et l'accomplissement de la prière depuis les profondeurs de
l'être, par lesquels l'homme se libère de ses faiblesses, de son opinion
personnelle, de son autojustification et de son insatisfaction, se remplissant
de foi, de paix et de joie spirituelle.
« Pierre », dit le Père, ressentant son indignité en présence
de Dieu, prononce des paroles qui peuvent être à la fois appropriées et
inappropriées : « Seigneur, éloigne-toi de moi, car je suis un pécheur ! » On
peut les comprendre aussi bien comme une humilité devant Dieu que comme un
rejet de Dieu. Chez le saint Apôtre, c'était le premier sens, et le Seigneur,
dit saint Arsène, non seulement ne l'écouta pas s'éloigner de lui, mais
l'appela à lui, parmi les premiers disciples : « Il l'appela de la mer des
poissons où il n'eut qu'une nuit d'épreuve, à la mer de la société humaine ; apôtre,
pêcheur d'hommes, où les épreuves de l'Évangile durent toute une vie… »
Quelles leçons pouvons-nous tirer des paroles de Jésus : «
Creusez plus profondément » ? se demande le Saint-Père Arsenie.
1. Que dans tous nos efforts, même les plus louables, nous
cherchions à aller plus loin. Les difficultés, les obstacles et les épreuves
sont là pour être surmontés, non pour nous décourager ou nous faire rebrousser
chemin.
2. Dieu bénit toutes sortes d’épreuves qu’il envoie aux hommes
afin que, par elles, nous puissions le rencontrer.
3. Comme toujours, chaque fois que nous rencontrons Dieu dans
les difficultés, nous les comprenons toutes comme des appels à nous rapprocher
de Lui, à être Ses disciples, à ne pas rester silencieux sur les bienfaits
qu'Il nous a accordés.
4. Approfondissons donc les buts de cette vie et toutes ses
épreuves, car leur fin est la mort du péché et la rencontre avec Dieu.
5. Que sans trouver Dieu dans les épreuves de la vie, notre
vie ne serait qu'une nuit de labeur vain.
Nous ne comprenons pas la vie sans Dieu. Mais nous comprenons
Dieu à travers les épreuves de la vie – qui sont toutes bonnes – et c’est à
partir d’elles que nous annonçons Dieu… Et nous le prêchons aussi !
***