La discipline pénitentielle
dans l'Église orthodoxe de Grèce
Revue des sciences religieuses
Année 1953 27-4 pp.
374-399
Il ne suffit pas d'ouvrir l'Euchologe pour se faire une idée précise de l'acolouthie (Déroulement) de l'exomologèse (Confession) ; les rubriques y sont rares et sommaires, et le livre reste muet sur des points essentiels tels que la nature et la forme de l'aveu, les peines à infliger, le fonctionnement pratique de la discipline pénitentielle.
De plus, la liturgie
que décrit le livre officiel des prières des Eglises orientales, a subi des
modifications plus ou moins profondes dans la pratique ; certains rites sont
tombés en désuétude, d'autres ont été adaptés. Pour peu que l'on veuille sortir
des approximations, il est indispensable d'envisager chaque pays de foi
orthodoxe en particulier, car les diverses Eglises orientales séparées de Rome
n'administrent pas d'une manière identique le sacrement de pénitence.
Nous nous proposons de décrire ici comment est organisée la
discipline pénitentielle dans l'Eglise orthodoxe autocéphale du Royaume de
Grèce. Comme nous n'envisageons que la période contemporaine, le lecteur ne
trouvera pas, dans cet article, de renseignements sur l'histoire de la
pénitence en Orient, domaine encore très peu exploré.
La tâche est ardue. Les manuels des confesseurs et les
directoires rédigés pour leur usage sont fort rares, peu accessibles et ne
représentent en tout état de cause que l'opinion personnelle de celui qui les a
écrits. Aucun confesseur grec ne se sent lié par les recommandations qui y sont
données. Rien de comparable à nos volumes de morale générale et spéciale, à nos
Casus consdentiae et à nos Sommes de moralistes. Les prêtres grecs eux-mêmes se
trouvent parfois dans l'embarras devant certaines difficultés pratiques
élémentaires. Ce n'est pas sans raison qu'à Apostoliki Diakonia d'Athènes
(organisme central de renouveau ecclésiastique et spirituel) fonctionne depuis
quelques années un bureau officiel de l'Exomologèse destiné à orienter et à éclairer
les confesseurs.
Il faut donc nécessairement compléter les instructions écrites
par les témoignages oraux recueillis auprès des confesseurs et des fidèles.
Nous tenons à remercier les ecclésiastiques orthodoxes qui ont bien voulu nous
renseigner avec une entière loyauté et une courtoisie parfaite. En confrontant
les directives données par les ouvrages spécialisés avec les dires des
confesseurs en exercice, il est possible de se faire une image assez exacte et
valable de la physionomie actuelle du sacrement de pénitence, sous réserve de
l'initiative très grande laissée à chaque confesseur et des divergences réelles
qui existent entre eux.
Enfin, pour compliquer encore les choses, des notions qui
paraissent acquises en théorie et dans la pratique habituelle sont mises en
question par les canonistes et les historiens de profession de l'Eglise
grecque. D'après ces derniers, tous les auteurs orthodoxes qui ont traité de
pénitence ont subi, involontairement, l'influence de l'Eglise latine, qui se
manifeste, par exemple, dans l'importance accordée à l'exomologèse (= aveu) au
détriment de la métania (= pénitence). Nous n'avons pas, dans notre étude, à
tenir compte de ces tendances, car elles ne semblent pas, pour le moment, avoir
eu de répercussions sensibles sur la pratique.
Est-il besoin d'ajouter que nous avons été guidé par le seul
souci de fournir des renseignements valables, sans autre préoccupation ? Nous
tentons de faire pour les lecteurs de la Revue ce que M. l'archimandrite T.
Papoutsakis a fait pour les lecteurs du Bulletin officiel de l'Eglise grecque,
en décrivant la pénitence en France à l'époque actuelle. Rien de plus.
I. — Les
Manuels des confesseurs
Les guides imprimés, destinés à orienter le confesseur dans sa
tâche, sont peu nombreux et peu développés. A cet égard encore, rien de
comparable à la floraison de nos Sommes de confesseurs ou de traités de morale
ou de casuistique. Pratiquement ils se réduisent à trois, dont deux sont introuvables
dans le commerce.
Le petit ouvrage de K. Ralli, Traité de la Pénitence et de V
Onction des malades, est le seul qui expose l'aspect canonique des sacrements
en question. D'une manière très classique, l'auteur traite des divers aspects
de la pénitence-sacrement, en citant régulièrement les sources latines
(Bullaire, concile de Trente, entre autres). Fréquemment Ralli fait usage de la
terminologie latine. Il expose successivement la notion du sacrement de
pénitence (en employant les catégories de matière et de forme), le ministre et
le sujet du sacrement, les problèmes relatifs à la juridiction, les qualités de
la confession (secrète, personnelle, orale, etc.), le rituel de l'absolution,
les peines, le rapport entre pénitence et les autres sacrements, le moment de
la confession. La solliciato ad turpia est évoquée discrètement à propos de la
prudence indispensable au confesseur, mais une note importante donne l'état de
la question dans l'Eglise latine. L'auteur termine par un long chapitre sur tous
les ouvrages que nous citons sont écrits en grec moderne, à l'exception de
l'Euchologe. Nous en donnons la traduction française sans reproduire le texte
original, nous contentant de donner les références exactes en note. Pour les
noms propres nous suivons la transcription phonétique moderne. — Nous ne
mentionnons pas les grandes collections en usage dans l'Eglise orthodoxe (comme
le Pidalion ou le Syntagma de Ralli et Potli), qui concernent l'ensemble du
droit canonique. Ce sont des recueils des conciles œcuméniques et topiques,
d'extraits de Pères, et de commentaires divers. M. Alivizatos, professeur de
droit canonique à la faculté orthodoxe d'Athènes, a réuni les canons et les
lois qui régissent l'Eglise grecque contemporaine dans un volume commode, Les
saints canons (en grec), Athènes, 1949. Nous le remercions ici des
renseignements qu'il a eu l'obligeance de nous donner.
Le secret de la confession. L'ensemble des problèmes est
résumé en 108 pages, ce qui constitue un véritable tour de force. La doctrine
est sensiblement la même que celle qu'enseigne l'Eglise romaine, sauf de
légères divergences qui seront signalées par la suite (nature des œuvres
satisfactoires, formule de l'absolution, usage du confessionnal).
Le Manuel de Nicodème veut être une Somme pratique à l'usage
des confesseurs. L'auteur, moine du Mont Athos, a vécu de 1748-1749 à 1809. Son
Manuel en était déjà à sa troisième édition en 1818 et a été constamment
réédité. C'est le seul ouvrage de ce genre encore disponible en librairie;
l'exemplaire que nous avons sous les yeux, est postérieur à la seconde guerre
mondiale et est une réimpression faite sur la huitième édition parue à Venise.
L'ouvrage se décompose en trois parties : la première traite des vertus
requises chez le confesseur, des péchés mortels, des dix commandements de Dieu,
de l'aveu des fautes, des diverses peines à imposer par le confesseur, de
l'absolution et du secret de la confession. Elle se termine par un
questionnaire pénitentiel (E). La deuxième partie est exclusivement consacrée
aux canons dits de Jean le Jeûneur (582-595) et aux commentaires qu'y ajoute Nicodème.
Le moine agiorite recommande instamment aux confesseurs de s'en tenir à cette
vénérable collection pour tarifer les pénitences. La troisième et dernière
partie se compose de discours édifiants sur la malice du péché, les bienfaits
de l'exomologèse et s'achève avec une méditation sur la vie spirituelle.
Le Manuel de l'archimandrite E. Karpathios est plus moderne.
L'auteur, professeur de religion au gymnase de Nea-Philadelphie ù Athènes,
s'était proposé d'écrire une trilogie, le premier tome étant consacré aux
principes généraux de l'administration de l'exo- mologèse, le second aux divers
péchés et aux pénitences appropriées à chacun d'eux, le troisième devant former
un manuel de direction spirituelle. Le premier volume (principes généraux) a
seul paru le 15 janvier 1940, dans un tirage limité à 500 exemplaires, et est
complètement épuisé à l'heure actuelle (1). En voici le plan: Introduction,
définition de l'exomologèse et sources (2).
— A. Le sacrement de l'exomologèse (nature, relation avec
l'onction des malades, aperçu historique, la confession chez les latins et chez
les protestants). — B. Le confesseur (pouvoir des clefs, juridiction, refus de
l'absolution). — C. Le pénitent (âge, note sur la pénitence publique, les
péchés dont il faut se confesser). — D. Le péché (nature, gravité, listes des
péchés dont il faut se confesser).
— D. Le péché (nature, gravité, listes des péchés mortels, les
diverses étapes de la vie du pécheur). — E. La confession (temps, lieu,
liturgie, absolution, nécessité de l'aveu, la thérapeutique spirituelle, la
confession des enfants). — F. Questionnaires pénitentiels suivant les diverses
catégories de pécheurs. — G. Les peines (notion, tarifs divers).
Ajoutons à ces trois ouvrages, deux minces opuscules, l'un du
métropolite de Corfoue et Paxos, Methodios, l'autre de l'archimandrite Androni qui ont leur importance parce qu'ils insistent
sur un point spécial, cher à l'Eglise grecque, la valeur psychiatrique de
l'exomologèse. Enfin, l'archimandrite S. Papa- kosta a publié un petit volume
d'allure édifiante destiné aux fidèles, dans lequel on chercherait en vain les
« examens de conscience » auxquels sont habitués les pénitents latins.
II. —
Remarques générales sur l'exomologèse orthodoxe
Nous avons signalé plus haut l'opinion de quelques canonistes
grecs suivant laquelle l'aveu détaillé, surtout sous la forme de questionnaire,
serait étranger à la théologie orthodoxe du sacrement de pénitence. Les auteurs
qui la recommandent seraient tous, à des degrés divers, sous l'influence des
moralistes latins. Il conviendrait, suivant ces canonistes, de parler de
metania (vertu de pénitence) plutôt que Vexomologesis (confession) qui n'est
pas un élément essentiel de la discipline pénitentielle. Aucun ouvrage écrit ne
fait état de ces vues ; nous ne pouvons donc que les signaler, sans les
discuter, d'autant plus qu'ils n'ont pas jusqu'à présent, exercé d'influencer
sur la pratique courante qui seule nous occupe ici.
Pour l'essentiel, la théologie orthodoxe est identique à la
théologie catholique en ce qui concerne le sacrement de pénitence : nécessité
absolue de la conversion pour obtenir le pardon, mais aussi obligation pour le
pécheur de venir devant le confesseur avouer ses fautes afin d'en recevoir
l'absolution. La vertu de pénitence (metania) sans confession (exomologesls) ne
suffit pas. Un des derniers numéros de Ephimerios, Supplément pastoral du
Bulletin officiel de l'Eglise de Grèce, rappelle qu'il est interdit sévèrement
de lire les prières absolutoires avant la communion sans que les fidèles se soient
confessés au préalable. Certains confesseurs (surtout pendant l'occupation
turque) ont réconcilié parfois les fidèles sans exomologèse antécédente, après
une sorte de confession générale et collective; il n'est pas exclu que des
prêtres grecs peu au courant ou éloignés des grands centres continuent encore à
agir ainsi. L'Eglise orthodoxe grecque a toujours vivement réagi contre cet
abus. Les prières absolutoires ne sauraient remplacer l'exomologèse qu'en
certains cas d'absolue nécessité (navire en perdition, soldats montant à
l'attaque). Dans ces circonstances, le prêtre pourra se contenter de la formule
: Vos péchés vous sont remis. Nul autre que le prêtre muni de la juridiction ne
saurait recevoir la confession des fidèles. L'exomologèse faite devant -des
laïcs ou un prêtre non pourvu de juridiction est invalide, sauf en cas de
danger de mort où tout prêtre confesse validement. En l'absence d'un confesseur
et dans les circonstances exceptionnelles, les moines non prêtres peuvent
recevoir les confessions, mais doivent avertir les pénitents qu'ils ne sont pas
dans les ordres. Les supérieures de monastère ne peuvent pas confesser les
religieuses.
Les critiques formulées par les orthodoxes contre le système
pénitentiel latin d'aujourd'hui concernent trois points de détail : la formule
absolutoire latine Ego te absolvo qui semblerait suggérer que le prêtre, et non
Dieu, accorde le pardon ; le caractère satisfactoire des œuvres de pénitence,
alors que, suivant la doctrine orthodoxe, le pécheur est justifié par les seuls
mérites de la Rédemption ; enfin, l'usage de confessionnaux qui gêneraient le
dialogue entre pécheur et confesseur. Critiques de détail peu consistantes, car
les formules absolutoires orthodoxes mentionnent, elles aussi, que le pardon
est obtenu par l'intermédiaire du ministre de l'Eglise; les mérites, suivant la
théologie catholique, ont leur fondement dans la grâce et donc dans l'œuvre
rédemptrice du Christ; enfin, le confessionnal apparaît, à m'en tenir aux
conversations que j'ai eues, comme hautement souhaitable à bien des confesseurs
orthodoxes eux-mêmes, pour la discrétion qu'il offre au pénitent et la garantie
qu'il présente pour le prêtre.
Les théologiens orthodoxes insistent plus que les moralistes
latins sur l'aspect psychologique, — psychanalytique pourrait-on dire, — de la
confession qui tourne à une véritable analyse et cure d'âme et doit s'achever normalement par la direction
spirituelle. Le terme même employé pour désigner le confesseur est en harmonie
avec cette conception, il est dit Père Spirituel.
Le ministre ordinaire de la confession est l'évêque, mais par
le fait de l'ordination, chaque prêtre reçoit le pouvoir de remettre les péchés,
bien qu'il ait besoin de la juridiction de l'évêque pour exercer son pouvoir.
L'Euchologe prévoit une acolouthie spéciale chaque fois que l'évêque confère la
juridiction ; pratiquement cette liturgie est tombée en désuétude et l'évêque
se contente de remettre au confesseur une lettre de juridiction. En cas de
danger de mort, chaque prêtre peut et doit absoudre tous les péchés quels
qu'ils soient. En dehors de ce cas, le confesseur ne peut pas absoudre les
fautes que l'évêque s'est réservées, et inversement, l'évêque ne saurait
modifier ou annuler la sentence du confesseur, sauf si ce dernier se trompe
manifestement.
Assez fréquemment, les confesseurs grecs sont des hiéromoines
ou des archimandrites (prêtres non mariés), mais tout prêtre peut recevoir la
juridiction. Ralli nous dit dans quelles conditions et dans quelles limites :
le prêtre doit être honorable, posséder une instruction suffisante et être
pourvu d'une lettre spéciale de son évêque attestant qu'il a la mission de
confesser. La faculté d'entendre les confessions vaut seulement dans les
limites de l'éparchie (diocèse) de l'évêque qui a accordé la juridiction; dans
une autre éparchie, la permission de l'ordinaire du lien est requise. L'évêque
garde toujours le droit de révoquer pour une raison juste l'autorisation
donnée, mais cette autorisation ne devient pas caduque du fait de la mort de
l'évêque qui l'a accordée ou de son transfert à un autre siège.
L'enregistrement de l'acte écrit revient au kartophylax du diocèse, à l'exarque
du patriarche dans les monastères stauropigiaques et au protos dans les
monastères du mont Athos. Les confesseurs ont la préséance sur les autres
clercs ou prêtres. Signalons enfin une tâche essentielle du confesseur
orthodoxe : guider et examiner les candidats au sacerdoce et leur délivrer, ou
leur refuser, les lettres testimoniales.
Le fidèle orthodoxe ne saurait être réconcilié que par un
confesseur orthodoxe ; ainsi il leur est interdit de s'adresser à des
confesseurs anglicans même dans les régions où il n'y a pas de prêtre orthodoxes.
Le confesseur orthodoxe ne voit pas de difficulté à absoudre un pénitent
catholique, si celui-ci croit à la valeur de l'absolution donnée.
Les prêtres sont tenus de se confesser comme les laïcs; ce
précepte leur a été rappelé dernièrement encore par l'Organe officiel de
l'Eglise grecque (3). Des confesseurs spéciaux leur sont normalement réservés ;
Karpathios donne le conseil de se confesser à l'évêque (4). Chaque année, le
confesseur commis à l'exomoiogèse des clercs doit rendre compte de sa charge à
l'évêque, sans toutefois mentionner si l'absolution a été donnée ou refusée. Le
cas est le même quand il s'agit de statistiques à transmettre à l'évêché,
relatives à l'exomogèse.
L'âge de la confession, suivant la réponse classique de Balsa-
mon, serait de lé ans pour les garçons et de 12 ans pour les filles, parce qu'à
partir de ce moment, les enfants sont capables de luxure; mieux vaut cependant
se confesser à partir de la septième année (6).
La confession publique reste possible dans l'Eglise de Grèce,
mais doit être autorisée par l'évêque.
Normalement la confession s'accomplit à l'église. A la
cathédrale d'Athènes, un paravent est installé du côté de l'Epître, devant
l'iconostase; le prêtre s'installe derrière une table, ayant le pénitent en
face de lui, ou sur un des côtés; les deux sont assis. Mais le prêtre est
autorisé à recevoir les confessions à domicile, n'importe où, même dans une
maison de tolérance, s'il y est appelé (8).
L'idéal serait que chaque fidèle orthodoxe se confesse quand
la conscience lui reproche des fautes graves. Pratiquement, l'Eglise recommande
la confession aux périodes de jeûne, avant certaines grandes fêtes : Nativité
de Notre-Seigneur, Pâques, les Saints
Apôtres (29 juin), la dormition de la Vierge (15 août). Dans
les séminaires ou internats religieux, la confession est généralement
obligatoire quatre fois l'an, aux périodes indiquées; ainsi à Halki
(Constantinople) et à l'Apostoliki Diakonia d'Athènes. L'immense majorité des
fidèles se contente de la confession annuelle. La confession dite de dévotion
est inconnue dans la pratique pastorale.
Normalement la confession précède la communion, mais il est
évident que le fidèle peut s'approcher des Saints Mystères, sans exomologèse,
s'il n'a pas de fautes graves à se reprocher.
La confession a lieu à n'importe quel moment de la journée. A
la métropole d'Athènes, deux archimandrites se tiennent à la disposition des
fidèles, matin et soir, comme dans nos églises.
Tout comme le confesseur latin, le Pneumatikos grec est tenu
au secret le plus absolu, et il lui est formellement interdit d'accepter des
honoraires à l'occasion de l'exomologèse.
La confession ne précède pas nécessairement les autres
sacrements (ordre, mariage, onction de malades). In extremis, le moribond est
réconcilié avec le viatique (sans confession antécédente) suivant l'ancienne
pratique recommandée par le concile de Nicée, bien que le malade, s'il le peut,
soit invité à se confesser. Cette réconciliation par le viatique seul est
cependant refusée à ceux qui ont mené une vie notoirement scandaleuse ou n'ont
jamais communié.
Nous donnons, pour finir, les listes des péchés mortels telles
que Karpathios les a établies. Dans le classement, l'influence monastique est
évidente.
A. —
Péchés capitaux :
L'orgueil, l'avarice, la fornication et l'adultère, le
meurtre, la gourmandise et l'ivrognerie, la colère, la paresse.
B. —
Péchés contre le Saint-Esprit :
1) la confiance téméraire en la grâce de Dieu,
2) les insultes contre le Saint-Esprit,
3) le désespoir en la miséricorde de Dieu,
4) la résistance obstinée à la foi orthodoxe,
5) le reniement de la foi orthodoxe et la persévérance dans le
reniement.
C. — Les
péchés criant vengeance au ciel :
1) l'homicide volontaire et prémédité,
2) l'injustice à l'égard des pauvres, des veuves et des
orphelins et la violence infligée aux faibles,
3) la retenue du salaire dû aux ouvriers; mauvais traitements
et violences;
4) l'ingratitude à l'égard des parents,
5) la sodomie,
6) le vol des biens d'autrui pendant qu'il est dans le
malheur.
III. — Le
cadre liturgique de l'exomologèse
Avant d'exposer en détail le déroulement de la liturgie pénitentielle,
une remarque importante s'impose. La pénitence latine s'accomplit aujourd'hui
en trois temps : aveu - absolution - pénitence (insignifiante le plus souvent).
Dans le rite orthodoxe, ce schéma est inversé : aveu - pénitence (sévère et de
durée plus ou moins longue) - absolution (après que le pécheur a accompli sa
pénitence). Il découle de là que dans l'immense majorité des cas, le fidèle
n'est pas absous immédiatement après l'aveu, mais après avoir accompli un
certain temps de mortifications. Il se présente donc deux fois devant son
confesseur, une première fois pour faire l'aveu et recevoir la pénitence, une
seconde fois pour rendre compte de la manière dont il s'est acquitté de la
peine imposée et pour recevoir l'absolution. Le confesseur qui absout doit être
le même que celui devant qui l'aveu a été fait, sauf en cas de danger de mort.
L'absolution s'accomplit pendant que le prêtre pose la main
droite sur la tête du pénitent, avec ou sans épitrachile (étole large), et
récite une des nombreuses prières absolutoires prévues dans PEuchologe et
reprises dans les Agiasynataria (sorte de rituels).
Voici maintenant les divers moments de la liturgie :
A. —
Prières préparatoires
Le confesseur porte l'épitrachile. A côté de lui se tient le
pénitent, la tête découverte (les femmes restent couvertes, sauf quand la
confession a lieu à domicile), devant une icône du Seigneur ou devant
l'iconostase à droite de la porte centrale, ou devant une icône du Sauveur si
la confession a lieu en dehors de l'église. Dans les écoles ou pensionnats,
l'exomologèse peut se dérouler dans n'importe quel lieu convenable (salon,
parloir, etc.), mais si possible devant une image du Christ crucifié. Dans les internats
de jeunes filles, il est recommandé de laisser la porte de la salle ouverte; la
règle n'est pas absolue cependant. Le prêtre fait trois inclinaisons et dit :
Béni soit le Règne du Père et du Fils et du Saint-Esprit,
maintenant, etc. Amen.
Ensuite le confesseur dit les Irenika, auxquelles le pénitent
répond chaque fois par l'invocation : Seigneur, ayez pitié de nous ! En paix,
prions le Seigneur
Pour la paix qui vient d'en-haut et pour le salut de nos âmes,
prions le Seigneur.
Pour la rémission des péchés, pour l'absolution des fautes du
serviteur de Dieu (un tel), pour le pardon de toutes ses transgressions,
volontaires et involontaires, prions le Seigneur. Pour que le Seigneur, notre
Dieu, lui accorde la rémission des péchés et le temps de pénitence, prions le
Seigneur. Pour qu'il soit sauvé, lui et nous tous, de toute affliction, colère,
danger et nécessité, prions le Seigneur. Accueillez-nous, sauvez-nous, ayez
pitié de nous et gardez-nous, ô Dieu, dans votre grâce. Nous souvenant de
Notre-Dame, la très sainte, immaculée, bénie et glorieuse Mère de Dieu, Marie,
toujours Vierge, avec tous les saints, nous nous recommandons nous-mêmes et les
uns les autres ainsi que notre vie entière au Christ Dieu. Le pénitent : A toi,
Christ.
(1) Nous empruntons la description des rites à Karpathios, op.
cit., p. 206-213. Les prières sont traduites sur YEuchologe (éd. de Venise ;
1891), p. 221-231. On trouvera une traduction intégrale des prières dans
Stoudion, 1925, p. 38-44. — La liturgie abrégée nous a été décrite, prières et
rites, par divers confesseurs orthodoxes.
Le prêtre :
A toi revient toute gloire, honneur et adoration, au Père, au
Fils et au Saint-Esprit, maintenant et toujours, etc. Amen.
Le prêtre peut dire ici la prière de saint Jean Chrysostome,
prévue dans PEuchologe (p. 225). Confesseur et pénitent disent le Trisagion :
Dieu Saint, Dieu Puissant, Dieu immortel, ayez pitié de nous
(Trois fois).
Ensuite le pénitent dit ou lit le psaume 50 ou, à volonté, les
psaumes 6, 24, 31, 69).
Ensuite, le prêtre et le pénitent, si possible, disent les
tropaires suivants :
Ayez pitié de nous, Seigneur, ayez pitié de nous, nous avons besoin
de protection; pécheurs, nous vous offrons nos prières, à vous, Notre Seigneur,
ayez pitié de nous. Gloire soit au Père, etc.
Seigneur, ayez pitié de nous, nous nous confions en vous; ne vous
irritez pas contre nous, oubliez nos fautes, regardez-nous avec miséricorde et
sauvez-nous de nos ennemis, car vous êtes notre Dieu et nous sommées votre
peuple; nous sommes tous l'œuvre de vos mains, nous invoquons votre Nom. Bénie
Mère de Dieu, ouvrez-nous la porte de la miséricorde; nous avons confiance en
vous et nous ne serons point déçus; par vous, nous serons délivrés des dangers
qui nous entourent, car vous êtes le salut des chrétiens.
Si le pénitent ne connaît pas ces prières, il dira simplement
: J'ai péché, Seigneur, pardonnez-moi. Que Dieu me fasse miséricorde, à moi
pécheur.
B. — La
confession
Le pénitent fait trois inclinaisons devant l'icône du Christ.
Le confesseur s'assied sur un siège un peu élevé, le pénitent s'agenouille ou
s'assied plus bas devant le confesseur, les mains croisées sur la poitrine. Le
confesseur exhorte le pénitent à dire ses péchés ; en même temps, le confesseur
pourra dire la prière dite de saint Jean Chrysostome (s'il ne l'a pas déjà dite
plus haut).
Ensuite le pécheur commence les aveux :
Père, Seigneur, créateur du ciel et de la terre, je vous
confesse tous les secrets de mon cœur, mes pensées, tout ce que j’ai fait
jusqu'à ce jour. J'en demande pardon à vous, Juge juste et miséricordieux, et
la grâce de ne plus pécher.
Le confesseur, à voix haute :
Frère, ne rougis pas d'être venu devant Dieu et devant moi-
même; ce n'est pas à moi que tu fais tes aveux, mais à Dieu, en présence duquel
tu te trouves.
Ont lieu les aveux. Ils se font soit sous forme directe si le
pénitent en est capable, soit sous forme dialoguée avec questions précises
posées par le confesseur. Il est recommandé au confesseur de tenir les yeux
baissés, la tête penchée en avant.
C. —
Imposition de la pénitence et renvoi
Le confesseur indique la pénitence, si l'accusation a révélé
des fautes graves, en explique la raison d'être et renvoie le pénitent. Si
l'empêchement à l'absolution est la luxure sous ses diverses formes, le
confesseur dira la prière : 0 Dieu des Puissances (Euchologe, p. 230), en
avertissant le pénitent que ce n'est pas une absolution.
D. —
Absolution
A la fin de sa pénitence, le pénitent vient se présenter
devant le confesseur, qui, s'il le juge à propos, donne l'absolution de la
manière suivante. Il pose sur la tête du pécheur l'extrémité de son épitrachile
et étend également la main droite sur la tête du pénitent en disant les prières
suivantes :
Dieu, notre Sauveur, qui par l'intermédiaire de votre prophète
Nathan a accordé à David repentant le pardon de ses fautes et a accueilli la
prière pénitente de Mariasse, le même Dieu reçoive dans sa bienveillance
accoutumée son serviteur (un tel) faisant pénitence pour les péchés commis,
sans considérer ses actions, Lui qui pardonne les injustices et passe sur les
iniquités. Seigneur, vous avez dit : Je ne désire point la mort du pécheur,
mais qu'il se convertisse et vive. Vous avez dit : Il faut pardonner les péchés
jusqu'à soixante-dix fois sept fois. Votre magnanimité est incomparable et
votre miséricorde sans mesure. Si vous considérez les iniquités, qui pourra se
maintenir devant vous f Vous êtes le Dieu des pénitents, et à vous nous rendons
gloire, au Père, au Fils, etc.
A la place de la prière indiquée, le confesseur peut choisir
toute autre prière figurant dans l'Euchologe. Les thèmes développés sont
toujours les mêmes. Enfin le confesseur terminera par la prière suivante :
Dieu qui a pardonné à David confessant ses fautes, à cotise du prophète
Nathan; qui a pardonné le reniement à Pierre répandant des larmes amères; qui a
pardonné à la pécheresse en pleurs à ses pieds, de même qu'au publicain et au
fils prodigue, ce même Dieu te pardonne à toi, par l'intermédiaire de moi
pécheur, maintenant et dans Vautre monde, et te pardonne dans son redoutable
tribunal. N'aie aucune préoccupation au sujet des fautes que tu as confessées
et va en paix.
Si le pénitent est malade, le prêtre récitera la prière pour
la guérison : Seigneur, Dieu tout puissant, médecin des âmes et du corps, etc.
(Euchologe, p. 231).
Après l'absolution, il serait bon de lire le passage de
l'Evangile selon Luc XV, 1-10.
Actuellement, une liturgie abrégée tend à s'introduire dans la
pratique. Nous en donnons ici la description telle que nous l'a faite un
confesseur orthodoxe.
L'épitrachile n'est pas nécessaire, ni l'icône du Sauveur, —
quoique hautement recommandés. La confession se déroule soit à l'église, soit à
domicile, sans qu'il soit fait de distinction entre hommes et femmes.
Prêtre et pénitent, debout, récitent la prière suivante — ou
toute autre prière d'allure identique :
Roi du ciel, Paraclet, Esprit de vérité, qui êtes présent
partout et achevez tout, trésor des bons et donateur de vie, venez, habitez en
nous et purifiez-nous de toute souillure et sauvez nos âmes, Esprit très bon.
Prêtre et pénitent sont assis pendant l'aveu. Après
l'accusation, le confesseur indique la pénitence et renvoie le pécheur.
La pénitence accomplie, le pécheur vient retrouver son
confesseur qui le réconcilie en lui imposant la main et en récitant une prière
absolutoire, que le confesseur peut composer lui-même. A titre d'exemple, nous
traduisons celle que nous a citée un archimandrite orthodoxe :
Roi du ciel, envoyez la grâce de votre Esprit Très-Saint sur
votre serviteur (servante) ici présent et pardonnez les faute » qu'il
[elle) a commues en paroles, actions ou en pensées; purifiez son cœur, éclairez
son intelligence, affermissez sa volonté et rendez-le digne d'accomplir sur
terre sa vocation.
Sanctifiez son âme et rendez-le digne de votre royaume céleste
à cause de la grandeur de votre saint nom.
Le confesseur trace le signe de croix sur le pénitent :
La grâce de l'Esprit Saint, par l'intermédiaire de mon humble
personne, vous pardonne vos péchés et vous délie.
IV. —
L'aveu
Nous avons dit plus haut que le pécheur est tenu d'avouer ses
péchés ; il doit les dire de manière à être entendu par le confesseur, sans
témoins. La présence d'un tiers ne rend cependant pas la confession invalide.
Un interprète est admis. L'aveu par téléphone, télégraphe ou par lettres est
interdit. Le pécheur ne peut pas se contenter de présenter au confesseur une
liste écrite de ses péchés, sauf si le malade ne peut plus parler, mais sait
encore tracer des signes, ou s'il s'agit de sourds-muets, d'un confesseur dur
d'oreille, ou d'un prêtre qui sait lire la langue du pénitent sans la
comprendre quand elle est parlée.
L'aveu doit être complet et détaillé; un aveu général de
culpabilité ne suffit pas. Pereat pudor, ne pereat anima, cite Ralli en latin
dans son texte. Le pécheur ne nommera pas les tiers et n'indiquera pas le
complex peccati, sauf quand cette indication est indispensable, par exemple en
cas d'inceste avec la mère ou le père ou entre frères et sœurs . Certains
confesseurs considèrent l'aveu comme tellement important qu'ils conseillent à
leurs dirigés, résidant au loin et ne trouvant pas de confesseur, de rédiger
par écrit leurs aveux. Il reste entendu que, en principe, le confesseur ne peut
pas accorder l'absolution à distance.
Comme pour le pneumatikos orthodoxe l'exomologèse ne consiste
pas en une sèche énumération des fautes commises, la confession tend à devenir
un dialogue, une véritable analyse de l'âme du pécheur et dure parfois fort
longtemps. Normalement d'ailleurs la confession orthodoxe évolue vers une
direction spirituelle. D'où aussi la critique du confessionnal latin qui
empêche le contact intime entre confesseur et pénitent ou pénitente.
Pour la même raison, les confesseurs itinérants qui passent de
paroisse en paroisse ne correspondent pas exactement aux exigences religieuses
des orthodoxes. L'idéal serait que chaque fidèle garde toujours le même
confesseur. Les moines ont contribué sans aucun doute à mettre l'aveu au premier
plan de la thérapeutique spirituelle. De fait, la plupart des confesseurs et
des auteurs qui ont traité de pénitence sont des moines ou des prêtres qui leur
sont plus ou moins assimilés (les archimandrites, par exemple).
Nos auteurs sont d'accord pour recommander au confesseur de ne
pas commencer par interroger les pénitents, mais de les laisser parler.
Cependant, l'interrogatoire s'imposera presque toujours en raison de
l'incapacité où se trouve le pénitent de faire un aveu détaillé. Karpathios indique
en quels cas il convient d'interroger :
1° quand le pénitent vient pour la première fois; 2° quand il
y a longtemps que le pécheur ne s'est plus confessé; 3° quand le pécheur n'est
pas capable d'exposer l'état de sa conscience ;
4° quand l'interrogatoire est nécessaire pour la bonne administration
de la pénitence.
Nicodème a établi un questionnaire assez développé en suivant
les commandements de Dieu. Karpathios varie ses interrogatoires d'après les
diverses catégories de fidèles, les professions, l'âge (3). A titre d'exemple,
nous donnons ici la traduction intégrale des questionnaires destinés aux
enfants de moins de 16 ans, aux jeunes gens et aux jeunes filles de plus de 16
ans et enfin l'interrogatoire du prêtre ou du diacre marié.
A. — Enfants
des deux sexes en dessous de 16 ans
1) Obéis-tu à ton père et à ta mère ? Fais-tu avec
empressement leurs volontés ? Mon enfant, aimes-tu tes frères et sœurs ? Es- tu
franc en jouant avec eux ou avec tes amis ? N'y commets-tu pas d'injustice ?
2) Es-tu charitable avec tes petits voisins et te »
compagnons à l'école ? Ne prends-tu jamais leurs affaires ? Ne t'en sers-tu pas
sans qu'ils le sachent ? Veux-tu toujours être le premier ?
Quand tu perds au jeu, ne te fâches-tu pas et ne te
disputes-tu pas avec les autres ?
3) Vas-tu régulièrement à l'église ? Aimes-tu chanter ?
Lis-tu, mon enfant, de bons livres qui traitent de choses religieuses ? Fais-tu
régulièrement tes prières ? Es-tu disposé à faire du bien aux enfants pauvres
de ton voisinage ?
4) Ne t'arrive-t-il pas, mon enfant, de prendre le bien
d'autrui et de te l'approprier ? Que fais-tu lorsque tu vois que son possesseur
le cherche ? Ne dis-tu pas des mensonges pour le tromper ?
5) Ne dis-tu pas des paroles inconvenantes ? Ne dis-tu pas des
mensonges pour rire ? Ne te moques-tu pas des défauts d'autrui ? Est-ce que tu
tortures les bêtes ? N'affliges-tu pas les autres avec tes caprices ?
B. —
Jeunes gens de plus de 16 ans
1) Vivez-vous dans la crainte de Dieu, c.-à-d. vous
gardez-vous de l'offenser ? Veillez-vous à ne jamais tomber dans un péché
mortel ? Gardez-vous la pureté, et pour cela, invoquez-vous la grâce et l'aide
de Dieu ? Faites-vous des lectures édifiantes ? Priez- vous régulièrement ?
Allez-vous régulièrement à l'église ? Communiez-vous aux époques fixées pour
l'accomplissement de ce saint devoir ?
2) Etes-vous vaniteux ? Aimez-vous faire le beau ? Etes-vous
paresseux ? Réfléchissez-vous à la destinée morale de l'homme et à l'idéal du
chrétien ? Rêvez-vous de richesses et de gains matériels ? Pensez-vous à la
dignité de la personne et à la nécessité du sens moral ?
3) N'avez-vous pas une trop grande idée de vous-même, au lieu
de reconnaître vos faiblesses et d'entreprendre de vous corriger ? Votre idéal
est-il de vous enrichir et de jouir de la vie ?
4) Choisissez- vous comme amis des jeunes gens honnêtes qui ne
sont pas trop épris de liberté ? Entretenez-vous des rapports familiers avec
des jeunes filles de votre âge ? (Ici le confesseur interrogera en détail pour
apprécier la gravité du péché).
6) Pensez-vous que vous aurez le temps de songer à votre salut
quand vous serez devenus vieux ? Pensez-vous à la vie future ? La préparez-vous
en Notre Seigneur ?
G) Aimez-vous le travail ? Etes-vous consciencieux dans votre
profession ? Travaillez-vous en paix avec vos compagnons ? Etes- vous zélé dans
l'exercice de votre profession ? Parlez-vous mal de vos compagnons de travail ?
Les relations avec votre employeur sont-elles confiantes et spontanées ?
7) Vous efforcez-vous de vous relever de vos erreurs, de vos
chutes et de vos faiblesses ? Aidez-vous les autres à se relever ? Vous
efforcez-vous d'imiter les bons exemples que vous voye& autour de vous ?
Etes-vous querelleur, enclin à la haine et à la vengeance ? Parlez-vous trop,
alors qu'il sied à votre âge d'écouter beaucoup et de parler peu ?
8) Etes-vous attaché à votre famille ? à votre foi et à votre
patrie ? Lisez-vous des écrits minant l'ordre public de votre pays et visant à
renverser les mœurs et coutumes de votre peuple ? Soutenez-vous, autant qu'il
dépend de vous les pieux usages, nos traditions morales et religieuses ?
C. —
Jeunes filles au-dessus de 16 ans
1) Mon enfant, examinez-vous votre conscience ? Ne
blessez-vous en rien votre innocence et votre pudeur ? Gardez-vous la pureté,
le plus grand trésor que puisse posséder une jeune fille ? N'aimez-vous pas ce
qui se passe en dehors de votre maison, paraître dans les lieux publics,
assister aux danses, aux réunions et aux soirées mondaines ?
2) Etes-vous vaniteuse et coquette ? Ce sont là des vices qui
rapidement conduisent au péché. Etes-vous portée au luxe ? Pensez-vous à la
beauté de votre âme, à la pureté qui est le plus grand trésor ?
3) Fuyez-vous la fréquentation trop intime et les beaux
discours des jeunes gens mondains qui cherchent une occasion pour passer les
temps au détriment de l'honneur et du respect dû aux personnes honnêtes ? Vous
liez- vous d'amitié avec les jeunes gens que vous rencontrez pour la première
fois — à l'insu de vos parents ? — ; ces liaisons peuvent vous causer un
dommage irréparable.
4) Priez-vous régulièrement Dieu, l'appelez vous à votre aide
dan » votre cheminement vers la vertu ? Ne faites-vous pas de lectures
déplacées dont le but est de corrompre la pureté et qui allument en vous des
sensations coupables et souvent dangereuses ?
5) Fuyez- vous la paresse et l'inaction ? Vous plaisez-vous
aux danses, aux amusements, aux spectacles? Y assistez-vous seule on avec vos
parents ? Aimez-vous fréquenter l'église ? Ecoutez- vous les prêches ?
Participez-vous aux œuvres charitables ?
6) Evitez-vous de faire des lectures légères, déshonnêtes,
capables de causer la ruine de votre pureté et de votre innocence ? Les
mauvaises lectures sont pour la santé morale ce que le poison est pour le
corps. Lisez-vous avec sérieux des ouvrages religieux, moraux, patriotiques ?
7) Surveillez-vous votre démarche, vos paroles, votre
conduite, comme l'exigent les convenances ? Aimez-vous voir des images qui font
rougir une jeune fille honnête ? Ne prêtez-vous pas trop d'attention à votre
toilette, à votre présentation extérieure ? Ne tombez-vous jamais victime de
promesses mensongères ?
8) Pensez-vous qu'une jeune fille chrétienne soit obligée de
suivre les extravagances de la mode, telles que l'emploi du rouge à lèvres, le
vernissage des ongles, la teinture des sourcils et des cheveux, l'usage du
tabac ? Etes-vous de celles qui pensent qu'avez de la retenue et de la modestie
une jeune fille d'aujourd'hui a de la peine à s'établir en ménage ?
9) Pratiquez-vous l'examen de conscience ? N'avez-vous rien
caché par rapport à ce que je vous ai demandé ? N'ayez aucune honte de
découvrir vos péchés; cette honte mal comprise est une grande faute. Quel est
votre péché que vous considérez comme le plus grave ? Vous parlez à Dieu
lorsque vous êtes en présence de votre confesseur. N'employez-vous pas pour réussir
des moyens peu avouables ?
D. —
Interrogatoire spécial pour le prêtre ou le diacre marié
Vous abstenez-vous complètement des relations conjugales la
veille du jour où vous voulez célébrer, donc avant l'action liturgique, et, de
même, après l'action liturgique, le jour même de la célébration ? (Cf.
Euchologe, p. 34).
Il faut avoir présent à l'esprit ce que dit à ce sujet Mgr
Siméon, archevêque de Théssalonique : « A ceux qui ont été jugés dignes de
contempler la montagne Sinai entourée de fumées et d'entendre la voix de la
trompette, il a été ordonné de ne pas s'approcher de leur femme avant trois
jours; le grand-prêtre Abiathar lorsque David demanda de manger les pains de la
Proposition, l'interrogea s'il s'était uni cette nuit à une femme, et seulement
à sa réponse négative lui en donna l'autorisation. Qui de nous alors sera aussi
téméraire d'entrer dans le sanctuaire après s'être uni intimement à sa femme ?
Et surtout la nuit avant le sacrifice, alors qu'il est convenable de ne pas
célébrer même à la suite de rêves lascifs faits durant la nuit. »
V. — Les
pénitences
Nous avons indiqué plus haut que normalement le pécheur
n'était pas absous immédiatement après la confession. Après l'aveu le
confesseur indique la pénitence et renvoie le pécheur. Dans quelles
circonstances le confesseur ajournera-t-il l'absolution ?
Quelques règles générales d'abord. Le prêtre refusera
l'absolution à ceux qui n'ont ni repentir ni ferme propos, à ceux qui ignorent
ou refusent d'admettre les vérités de foi de l'Eglise orthodoxe, aux
habitudinaires, à ceux dont la sincérité est douteuse, à ceux qui refusent de
pardonner et de réparer le mal qu'ils ont causé, à ceux enfin qui ne fuient pas
les occasions prochaines de pécher. Pratiquement, renseignements pris auprès
des confesseurs orthodoxes en exercice, l'absolution est différée pour un temps
plus ou moins long quand le pécheur s'accuse de meurtre (y compris
l'avortement), de vol grave, de simonie, d'apostasie et de fautes sexuelles de
tout genre (adultère, fornication, onanisme, sodomie, bestialité, actions
impudiques diverses). Si l'on veut bien se souvenir que les fautes d'impureté
sont celles qui reviennent le plus souvent dans les confessions — et la Grèce
ne fait pas exception à la règle générale —, on comprendra sans peine pourquoi
presque toujours l'absolution est différée. Dans le cas où le confesseur se
trouve devant une faute exceptionnelle (nos manuels ne précisent pas
davantage), il devra demander conseil à son évêque sans révéler le nom du pénitent.
Reste à imposer une pénitence juste. Comment procède le
confesseur ? Il n'existe pas de pratique uniforme dans la manière de traiter
les pénitents. Les divergences sont grandes de confesseur à confesseur ; à en
croire les fidèles les archimandrites seraient bien plus sévères dans leurs
tarifs que les prêtres mariés et moins sévères que les moines. Quelques
principes se trouvent énoncés ci et là dans les livres spécialisés. Ainsi Ralli
recommande de considérer non seulement la gravité du péché commis mais aussi la
situation et les possibilités du pécheur. En vertu de ce principe, le
confesseur pourra imposer une pénitence dure à ceux qui ont péché faiblement —
si, par là le pécheur sera poussé à vivre plus saintement — , et une pénitence
plus douce à ceux qui ont péché gravement, mais qui sont trop faibles pour
supporter une correction sévère. Nicodème et Karpathios recommandent la
sévérité, le second en se référant à une lettre synodale du 14 juillet 1853.
Nicodème dans son Manuel — toujours réimprimé, rappelons-le — veut qu'on s'en
tienne aux canons pénitentiels de Jean le Jeûneur. Mais en aucun cas il ne faut
pousser le pécheur au désespoir.
Les pénitences les plus usuelles sont les suivantes : le jeûne
(abstention de viandes, de laitages, d'œufs et d'huile), la xéro- phagie
(abstention d'aliments cuits ou bouillis), les génuflexions, les veilles, les
lectures dans les Saintes Ecritures, les prières prolongées, les aumônes, les
pèlerinages aux lieux saints, l'abstention de l'Eucharistie pour un temps
déterminé et la défense de pénétrer dans l'église. De plus, le confesseur peut
recommander les diverses œuvres de miséricorde. La durée varie de quelques
jours à quelques mois, voire à quelques années. Le confesseur ne peut pas
imposer l'entrée en religion ni la consommation du mariage. Il ne peut pas non
plus prononcer l'excommunication sans avis de l'évêque, cette peine étant
réglée par des dispositions concordataires.
Les fautes sexuelles ont toujours retenu particulièrement
l'attention des confesseurs et sont parmi celles qui réclament des pénitences
sévères. L'on est à peine étonné de constater que sur les 35 canons attribués à
Jean le Jeûneur, 20 concernent l'impudicité.
Les fidèles orthodoxes ressentent une crainte plus grande que
les latins à s'approcher de l'Eucharistie; tant que le souvenir de leurs fautes
les hante, ou qu'ils n'ont pas réussi à extirper de leur cœur la haine ou la
rancœur ils s'abstiennent de la communion, parfois pour des années, sans pour
autant cesser de prier et de fréquenter l'église. Nous avons eu à ce sujet
quelques témoignages émouvants dont on ne saurait faire état ici.
La nature des peines fournit aux polémistes un sujet de
querelle toujours nouveau. Les peines qu'impose le confesseur ne sont pas,
disent nos auteurs, des châtiments et encore moins des œuvres satisfactoires,
mais des moyens pour se corriger, des remédia animae (1). Et certains
d'attaquer la doctrine catholique du mérite (2). Sans vouloir aller au fond de
la querelle — assez mince — , on peut remarquer cependant que les théologiens
orthodoxes ne sont pas tous aussi absolus. Ainsi pour ne citer qu'un exemple,
Moschopoulos, dans son Abrégé de théologie dogmatique considère les peines
comme une satisfaction à la justice divine (3).
***
Tels sont les divers aspects de la discipline pénitentielle
orthodoxe dans le Royaume de Grèce. C'est encore à la pénitence prônée par nos
Libri poenitentiules qu'elle s'apparente le plus. Discipline sévère, trop
sévère disent certains, même parmi les confesseurs. Les statistiques font
défaut pour qu'on puisse établir dans quelle mesure les fidèles y ont recours.
Une chose semble certaine, ceux ou celles qui s'y soumettent, le font avec un
sérieux et une gravité dignes d'éloge.
L'avenir dira si les efforts aboutiront qui sont actuellement
faits en vue de l'adapter à la vie moderne et aux âmes moins robustes des
contemporains.
Cyrille Vogel.
Appendices
A. — Empêchements aux ordres dans l'Église orthodoxe grecque. Les
empêchements ci-dessous concernent le diaconat, la prêtrise etl'épiscopat.
L'enquête est à faire par le Pneumatikos du candidat.
1 Le confesseur doit
rechercher la raison pour laquelle le candidat désire le sacerdoce. S'il se
rend compte que le candidat veut « gagner son pain ou qu'il considère le
sacerdoce comme un métier lui permettant de vivre, le confesseur doit refuser
son consentement ou du moins différer la remise des lettres testimoniales
jusqu'à ce que, ayant éclairé le candidat sur la nature et les responsabilités
du sacerdoce, il constate chez lui un changement effectif de dispositions.
2 Le confesseur doit examiner avec soin la vie du candidat,
non seulement la vie privée, mais encore la vie familiale et civile. Si
quelqu'un a vécu dans la débauche jusqu'à 20 ans, ou au delà, et a ensuite
seulement pratiqué la vertu, il ne doit pas être ordonné, car l'autel doit être
immaculé.
3 L'eunuque, s'il a perdu ses organes virils soit dans la
persécution ou par la maladie, contre sa volonté, est admis aux ordres, si par
ailleurs il en est digne. Pareillement si quelqu'un est eunuque de naissance.
Mais celui qui s'est mutilé ne peut pas être admis aux ordres.
4 Les chrétiens orthodoxes qui sont tombés dans l'hérésie de
leur propre gré et reviennent ensuite à leur Mère l'Eglise ne sont pas admis
aux ordres.
5 De même ceux qui après leur baptême se sont mariés deux
fois.
6 Les homicides, volontaires ou involontaires, ne sont pas
admis aux ordres.
7 Les devins, les avares et les gens cupides sont écartés du
sacerdoce.
8 Ceux qui sont convaincus de fornication ou d'adultère sont
écartés du sacerdoce.
9 Ceux dont la femme a été convaincue d'adultère ne doivent
pas être ordonnés et ceci même si personne ne le sait, lorsque le mari lésé le
confesse à son Père spirituel. Les commentateurs du Pidalion expliquent que le
laïc dont la femme a commis l'adultère peut être ordonné, si immédiatement il se
sépare d'elle, lorsqu'il a connaissance de l'adultère.
10 L'enfant (jusqu'à l'âge de 7 ans, cf. le Pidalion à propos
du canon 19 de Jean le Jeûneur) convaincu d'avoir été corrompu par sodomie ne
doit pas être ordonné. Si tamen effusionem seminis solum inter femora acceperit
— quod dicitur « sugkilismon » pati — non prohibetur, pœni- tentia
convenienti accepta.
12 Ne sera pas ordonné celui qui est pris en flagrant délit de
voL 12° II ne convient pas d'ordonner celui qui, orthodoxe de naissance, s'est
marié avec une flemme hérétique, à moins qu'il ne convertisse à l'orthodoxie
tous ceux de sa maison, c-à-d. sa femme et ses enfants. Celui qui, né dans
l'hérésie, s'est converti par la suite à la foi orthodoxe, est autorisé à se
faire ordonner, s'il n'y a pas d'autre empêchement canonique, même si sa femme
et ses enfants ne sont pas encore devenus orthodoxes.
13 Peut être ordonné celui qui perçoit des intérêts, s'il
consent à consacrer le gain injuste aux pauvres et s'il est exempt d'avarice.
14 Les enfants nés d'une concubine, de parents bigames ou
trigames, s'ils mènent une vie digne, sont admis au sacerdoce, mais non celui
qui entretient une concubine ou qui est bigame.
15 Celui qui s'est laissé aller à la masturbation
peut être ordonné, après avoir reçu une pénitence convenable, sauf s'il sait
que ce vice est un empêchement au sacerdoce.
16 Si la femme de quelqu'un, tourmentée par la maladie, se
jette elle- même à la mer et se noie, il n'est pas défendu à son mari de se
faire ordonner.
17 N'est pas apte au sacerdoce celui qui épouse une veuve, une
femme renvoyée par son mari, une prostituée, une esclave {non une servante),
une actrice. Le clerc doit avoir une épouse décente.
18 De même doit être refusé aux ordres celui qui a
épousé deux sœurs, ou celui qui a contracté tout autre mariage prohibé par le
sang ou par l'alliance.
19 Ceux qui jouent aux dés ou aux cartes, ainsi que les
ivrognes ne sont pas admis au sacerdoce.
20 N'est pas admis aux ordres l'homme majeur coupable de
sodomie soit active, soit passive.
21 Si quelqu'un est borgne ou privé de l'usage d'une jambe,
s'il est digne, il ne doit pas être refusé aux ordres. Seront écartés du
sacerdoce, les sourds et les aveugles, non parce qu'ils sont coupables, mais
pour que les fonctions ecclésiastiques ne soient pas entravées.
B. —
Spécimen de lettre de juridiction
Notre Humilité, par la présente lettre, vous confie, Très
Honoré Hié- romoine (un tel), la fonction die Père Spirituel, en vertu de
laquelle il vous faut accueillir l'aveu des pensées, des actions et des divers
vices de ceux qui auront recours à vous dans l'Exomologèse, et administrer la pénitence
selon les forces de chacun et selon la diversité des fautes, pour leur salut;
retenir les fautes qui doivent être retenues, absoudre celles qui doivent être
absoutes, sans accepter de rétribution, car le divin est gratuit.
Il vous faut réprimander les moines, de moyenne et de grande
observance, d'après les règlements en vigueur chez eux, examiner soigneusement
les candidats au sacerdoce et vous enquérir à leur sujet, comme l'exige le
droit apostolique et canonique, pour qu'il ne se fasse complice des péchés des
autres, par négligence ou présomption, selon la parole de l'Apôtre.
En foi de quoi, sont établies les présentes lettres de
juridiction et vous sont remises comme attestation.
Mois .... année ....
(signature de l'évêque).
C. —
Spécimen de testimoniales établies par le Père Spirituel
Les Apôtres, hérauts de Dieu, qui ont si bien disposé toutes
choses, et, après eux les Saints Pères, ont établi que personne ne puisse
accéder à l'ordre divin du sacerdoce sans examen attentif et enquête
scrupuleuse préalable, pour que les actions saintes ne soient accomplies par
des hommes indignes.
Mon fils spirituel (X), fils de (X), de (lieu d'origine),
s'est adressé à moi, désireux de se charger de la grande dignité du sacerdoce.
En présence de la sainte icône de Notre- Seigneur, Dieu et Sauveur, 1© Christ
Jésus, j'ai scruté les profondeurs de son cœur, informations prises auprès de
témoins dignes de foi, connaissant sa conduite, et je n'ai trouvé en lui aucun
empêchement canonique; j'atteste qu'il est digne- du sacerdoce, et de l'âge
voulu, comme l'exigent les saints canons.
En foi de quoi je lui ai délivré la présente comme certificat,
authentiquée par ma signature et par les témoignages de gens dignes de foi.
A, le (signature du Père
spirituel) .
Source : https://www.persee.fr/doc/rscir_0035-2217_1953_num_27_4_2026