Monachisme
intériorisé
Article du père Paul Siladi
– 22 avril 2026
La sainteté monastique et la
sainteté conjugale sont les deux versants du mont Thabor ; et toutes deux
convergent vers le même sommet, l’Esprit Saint.
Paul Evdokimov, l'une des voix les plus marquantes de l'exil
russe du XXe siècle, aborde dans son ouvrage de maturité, Les Âges de la
vie spirituelle, ce qu'il nomme le « monachisme intériorisé ». Même s'il ne
l'affirme pas explicitement, il suggère néanmoins, dans sa monographie
consacrée à l'orthodoxie, que le monachisme possède une dimension universelle
puisqu'« il faut le comprendre avant tout comme la révolte la plus radicale
contre le mal, en ce qu'il dit non de la manière la plus catégorique à tout
compromis, à tout conformisme ».
Concernant la relation entre le monachisme et le mariage,
Evdokimov écrit : « La sainteté monastique et la sainteté
conjugale sont les deux versants du mont Thabor ; et toutes deux
convergent vers le même sommet, l’Esprit Saint. Ceux qui atteignent ce sommet,
par l’un ou l’autre chemin, entrent dans le repos de Dieu, dans la joie du
Seigneur. Ainsi, les deux voies, apparemment contradictoires pour la raison
humaine, se révèlent intérieurement unies, mystérieusement identiques. Nous
voyons ici que la meilleure, et peut-être la seule, méthode pour approfondir la
valeur spécifique du mariage est de comprendre la grandeur du sens du
monachisme. C’est à la lumière et à l’école du monachisme que nous comprendrons
mieux la vocation conjugale. »
Ces extraits du livre « Le Mystère de l'Amour » nous
montrent comment, dans la pensée de Paul Evdokimov, le concept de monachisme
intériorisé s'est progressivement cristallisé. La crise actuelle du monachisme
peut suggérer la fin d'un cycle historique, mais il ne faut pas confondre les
formes passagères avec son principe permanent. Bien qu'un déclin des vocations
authentiques soit observé, il peut ouvrir la voie à la redécouverte d'une
vocation monastique universelle, vécue de manières nouvelles, fidèle à la
tradition. Le monachisme ne disparaît pas, mais connaît des cycles
d'épanouissement et de régression, demeurant, hors de son contexte, l'expression
radicale de l'Évangile, dans la continuité de l'esprit martyr des premiers
siècles. La spiritualité monastique possède donc une dimension universelle, qui
relève de l'universalisme de l'Évangile. Evdokimov cite George Florovsky, qui
affirmait que « le caractère provisoire du monachisme est trop souvent oublié
», et les monastères ne sont nécessaires que parce que le monde n'est pas
pleinement chrétien, observait saint Jean Chrysostome.
La crise du monachisme, qu’il perçoit en Occident dans la seconde
moitié du XXe siècle, est en même temps l’occasion d’universaliser l’exigence
évangélique radicale. Cette universalisation s’accomplit par la compréhension
spirituelle des vœux monastiques, qui constituent la « grande charte de la
liberté humaine ». « La pauvreté volontaire libère de l’emprise de la matière,
ce qui signifie une transmutation baptismale en créature nouvelle ; la chasteté
libère de l’emprise de la chair, ce qui signifie le mystère nuptial de l’amour
chrétien (agapè) ; l’obéissance libère de l’emprise idolâtre du moi, ce qui
signifie l’adoption divine par le Père. Tous, moines ou non, demandent ces
choses à Dieu, suivant la structure tripartite du Notre Père : la soumission à
la volonté du Père ; la pauvreté de celui qui n’a faim que du pain de l’être,
l’Eucharistie ; la chasteté, c’est-à-dire la purification du mal » (Les Âges de
la Vie Spirituelle).
Source : Ziarul
Lumina