La
mauvaise école
Les paroles de Marc l'Ascète sont brèves et incisives : « Ne deviens pas disciple de celui qui se vante, de peur qu'au lieu de l'humble contemplation, tu n'apprennes l'orgueil. »
Cet avertissement semble, à première vue, facile à appliquer.
Celui qui se vante est visible, détectable, presque caricatural. Le problème,
c'est que celui qui se vante dangereusement ne ressemble en rien à un vantard.
Il ressemble plutôt à celui qui vous explique, avec une modestie apparente, la
difficulté de son parcours, les obstacles qu'il a dû surmonter, les sacrifices
qu'il a consentis pour parvenir à ses fins. L'auto-glorification se présente
souvent sous la forme d'une confession, d'une autobiographie exemplaire, d'une
leçon de vie généreusement partagée, qui vous ouvre les portes de l'intimité.
Et, à chaque fois, il y a un repli sur soi, une dangereuse autoréférence.
L'auditeur – surtout s'il s'agit d'un jeune homme en quête
d'un point de repère et suffisamment honnête pour reconnaître ses limites –
prend pour argent comptant ce qui n'est, en réalité, qu'une construction.
L'autoprésentation de l'orgueilleux est si élaborée, si convaincante dans ses
détails, qu'elle produit une illusion de cohérence. Les qualités qu'il décrit
semblent réelles car elles sont décrites avec précision. La sagesse qu'il
affiche paraît profonde car elle est exprimée avec humilité. Le véritable
disciple, celui qui écoute avec confiance, commence à voir le monde à travers
les yeux du maître.
La déception survient plus tard, généralement lorsqu'il est
déjà trop tard pour y échapper. À un moment donné, le décalage entre l'image
construite et la réalité de la personne devient flagrant, à travers
l'accumulation de petits détails qui ne collent plus. Alors, on comprend à quel
point ce qui paraissait authentique n'était, en réalité, qu'une histoire bien
ficelée.
Il est curieux que Marc l'Ascète ne parle pas de déception.
Après tout, la déception serait un mal supportable : on en paie le prix,
on en tire une leçon, et on passe à autre chose. Ce qui le préoccupe est autre
chose, plus grave et plus discret : l'apprentissage auprès des orgueilleux
ne laisse aucune trace sur celui qui l'apprend. L'homme se façonne selon les
modèles qu'il suit longtemps. La manière dont l'orgueilleux se rapporte à
lui-même, aux autres, à la vérité, à sa propre image – tout cela se transmet
par l'atmosphère qu'il crée, par sa façon de parler, par les réflexes qu'il
cultive chez son entourage.
Ce que le disciple croyait recevoir, c'était une humble
contemplation. En réalité, il reçut la structure intérieure de l'orgueil :
le désir d'être reconnu, le besoin de confirmation, le rapport aux autres comme
à un public. Plus troublant encore : au terme de cet apprentissage, l'homme
ne se rend peut-être compte de rien de suspect. L'orgueil qu'il a appris
possède le même vocabulaire spirituel, les mêmes gestes de modestie, la même
capacité à se construire une image convaincante. Là où aurait dû s'épanouir
l'humble contemplation, s'est installée, paisiblement et confortablement,
l'image de l'orgueil semée par le maître.
C’est pourquoi les paroles de Marc l’Ascète sont un
avertissement sur la façon dont le mal le plus dangereux vient de l’intérieur,
patiemment enseigné, assimilé de bonne foi et confondu, jusqu’à la fin, avec le
bien que l’on recherchait.
Article du père Paul Siladi
– 9 juillet 2026
Source : Ziarul
Lumina