dimanche 28 juin 2026

 

4e dimanche après la Pentecôte

(Guérison du serviteur du centurion)

Matthieu 8:5-13

Nous ne sommes pas guéris par l’exercice de la foi ou de la prière en tant que réalités en soi, mais par notre participation à la Personne du Christ, par la foi et par la prière.

 

L'Évangile du quatrième dimanche après la Pentecôte révèle une multitude de vérités, et de significations utiles pour notre salut. Ces dernières se découvrent généralement dans les Évangiles, lorsque l'homme s'approche de Jésus-Christ. Dans cette rencontre, de nombreux mystères de la vie humaine sont éclairés, et en particulier : l'ordre que Dieu a établi pour l'homme et le monde. Le Sauveur, le Christ, est venu au monde précisément pour cela : rencontrer l'homme dans les diverses circonstances concrètes de sa vie et lui montrer le chemin du Royaume. L'Évangile d'aujourd'hui nous offre l'image de la rencontre entre le Christ Sauveur et un officier romain, avec au centre la souffrance de cet homme, pour son serviteur. Cette rencontre révèle, d'une part, le lien péché-maladie-souffrance, et d'autre part, le lien foi-prière-guérison.

La rencontre entre le Christ et le centurion à Capharnaüm, le dialogue et la conclusion concernant ceux d'Orient et d'Occident qui s'assiéront à la table du Royaume des Cieux avec les patriarches Abraham, Isaac et Jacob, révèlent l'universalité du salut du genre humain, l'appel de tous les peuples à la nouvelle dimension de la vie découverte en Jésus-Christ et la perspective eschatologique assumée par la foi. Parallèlement, la foi du centurion montre que non seulement le peuple d'Israël était préparé à la venue du Messie, mais aussi les peuples païens, de manière mystérieuse et naturelle, par le Logos éternel du Père, à son incarnation dans l'histoire. Autrement dit, le Logos a préparé son incarnation dans l'histoire non seulement par la Loi et les Prophètes, mais aussi parmi les peuples païens, par révélation naturelle, dans l'harmonie du monde et de l'homme. Le centurion romain était un adepte du paganisme, un adorateur d'idoles, et pourtant il était capable de professer une foi qu'on ne trouvait pas en Israël, c'est-à-dire au sein du peuple préparé par la foi d'Abraham à la venue du Messie. Ce fait montre que les païens étaient eux aussi prêts à recevoir et à confesser la foi dans le Fils de Dieu incarné.

Le texte de l'Évangile nous offre l'image concrète de l'homme qui, bien que païen, est capable de compassion, de sensibilité, de renoncement pour autrui et rompre le lien rigide maître-serviteur. De plus, il nous révèle l'image de l'homme priant pour les autres et confessant sa foi dans le pouvoir guérisseur de Jésus-Christ.

D'où vient la grande foi du centurion ? Du fait qu'il se rapporte au Christ comme à la Parole de vie, et non comme à un magicien ou un guérisseur qui a besoin de toucher le corps malade pour guérir. Le centurion fait appel au pouvoir guérisseur de la Parole, au-delà de l'objectivité du monde, de l'espace, par la force de la foi unie à la prière.

Jésus-Christ, accueille favorablement la demande du centurion de guérir son serviteur et confirme sa venue chez lui pour exaucer son souhait. L'attitude du centurion demeure fermement ancrée dans la foi. Il reconnaît le contraste entre la sainteté du Christ et sa propre condition limitée – « Je suis un homme pécheur » – et cette reconnaissance devient un fondement de sa foi, l'ouvrant à une réalité de guérison plus vaste et implicite. Le centurion transpose alors l'ordre militaire à l'ordre de la grâce. Là encore, sa pensée est ancrée dans la foi, dans la conviction que ce qui est confié à ceux qui sont sous son commandement est accompli. Dans l'ordre de la foi, il reconnaît le Christ comme Celui qui est capable de tout changer par sa seule parole. Par la foi, il perçoit intuitivement la souveraineté du Christ, qui s'inscrit dans un ordre inaccessible aux forces du monde visible, et, implicitement, le pouvoir de guérison de l'homme à l'origine et à la cause de la souffrance et de la maladie. L'attitude du centurion illustre l'établissement d'une nouvelle relation Maître-esclave que la foi instaure jusqu'à sa transformation, verticalement, en une relation Père-fils, et horizontalement, en une relation fraternelle dans le dialogue avec le Christ, Fils de Dieu incarné, notre Frère aîné. Ainsi, la relation Maître-esclave est non seulement humanisée, mais transformée en une relation fraternelle horizontale, centrée sur la relation Père-fils verticale dans le Fils, modèle absolu de l'homme.

Historiquement, le centurion l’envahisseur « gouvernait » le peuple juif, et sa maison était bien perçue dans cette perspective de pouvoir humain. Mais, face à la rencontre avec le Christ et au dépassement de sa condition limitée, il reconnaît son impuissance face à la maladie et à la souffrance. Son attitude révèle qu'il existe des réalités qu'il ne peut contrôler, des réalités qui ne répondent pas à ses ordres. Mais elle nous dévoile aussi la dimension interpersonnelle de la guérison, l'importance de la prière pour autrui, et la puissance de la prière qui découle de la force de la foi. On observe que la foi du centurion n'était pas une simple adhésion intellectuelle aux enseignements du Christ, mais une foi agissante : il engage sa position professionnelle et sociale en implorant Jésus pour l'un de ses serviteurs. Cette foi ne visait pas un enseignement théorique déconnecté de la vie, mais le pouvoir guérisseur de la Personne. La guérison ne survient pas directement et miraculeusement par la foi, ni même par la prière, en tant que réalités en soi, mais par Celui que nous prions et en qui nous croyons. Ainsi, le Christ est le Guérisseur, le Docteur des âmes et des corps, et la guérison est le fruit de notre participation, par la foi et la prière, à sa vie, à la Personne du Christ.

Nous ne sommes pas guéris par l’exercice de la foi ou de la prière en tant que réalités en soi, mais par notre participation à la Personne du Christ, par la foi et par la prière.

Ainsi, l’Évangile du quatrième dimanche après la Pentecôte nous révèle l’amour de Dieu pour tous et la valeur de chaque personne. Chacun est appelé à participer à la lumière du Christ, source de guérison, et a la possibilité de confesser sa foi.

L’Église, le nouvel Israël, les chrétiens, les disciples des apôtres et des Pères de l’Église, sont appelés à confesser leur foi en Christ et à faire preuve de condescendance envers chaque personne humaine, en ayant devant les yeux spirituels la rencontre instructive entre le Christ et un païen, capable d’une foi inédite en Israël. Dans un monde accablé par la souffrance, la guérison par la foi ne vise pas seulement le corps, ni seulement l’âme, mais l’homme dans la totalité de son être. Cette guérison s’accomplit par la communion d’amour et de foi avec la Personne du Christ, présent et agissant dans l’Esprit, dans l’Église et dans le monde jusqu’à la fin des temps. Enfin, la prière pour les autres est le signe d’une foi vivante et agissante, et de l’amour que nous attendons aussi de Dieu et de notre prochain. À travers le dialogue avec le centurion, le Christ Sauveur nous révèle le potentiel et la valeur de chaque personne, il nous révèle l’univers spirituel auquel, parfois, même un païen peut accéder.

Amin.

révérend professeur docteur Cristinel Ioja 

– 17 juillet 2016

Source : Doxologia.ro