4e
dimanche après la Pentecôte
(Guérison
du serviteur du centurion)
Matthieu
8:5-13
Nous ne sommes pas guéris par l’exercice de la foi ou de la prière en tant que réalités en soi, mais par notre participation à la Personne du Christ, par la foi et par la prière.
L'Évangile du quatrième dimanche après la Pentecôte révèle une
multitude de vérités, et de significations utiles pour notre salut. Ces
dernières se découvrent généralement dans les Évangiles, lorsque l'homme
s'approche de Jésus-Christ. Dans cette rencontre, de nombreux mystères de la
vie humaine sont éclairés, et en particulier : l'ordre que Dieu a établi
pour l'homme et le monde. Le Sauveur, le Christ, est venu au monde précisément
pour cela : rencontrer l'homme dans les diverses circonstances concrètes de sa
vie et lui montrer le chemin du Royaume. L'Évangile d'aujourd'hui nous offre
l'image de la rencontre entre le Christ Sauveur et un officier romain, avec au
centre la souffrance de cet homme, pour son serviteur. Cette rencontre révèle,
d'une part, le lien péché-maladie-souffrance, et d'autre part, le lien
foi-prière-guérison.
La rencontre entre le Christ et le centurion à Capharnaüm, le
dialogue et la conclusion concernant ceux d'Orient et d'Occident qui s'assiéront
à la table du Royaume des Cieux avec les patriarches Abraham, Isaac et Jacob,
révèlent l'universalité du salut du genre humain, l'appel de tous les peuples à
la nouvelle dimension de la vie découverte en Jésus-Christ et la perspective
eschatologique assumée par la foi. Parallèlement, la foi du centurion montre
que non seulement le peuple d'Israël était préparé à la venue du Messie, mais
aussi les peuples païens, de manière mystérieuse et naturelle, par le Logos
éternel du Père, à son incarnation dans l'histoire. Autrement dit, le Logos a
préparé son incarnation dans l'histoire non seulement par la Loi et les
Prophètes, mais aussi parmi les peuples païens, par révélation naturelle, dans
l'harmonie du monde et de l'homme. Le centurion romain était un adepte du
paganisme, un adorateur d'idoles, et pourtant il était capable de professer une
foi qu'on ne trouvait pas en Israël, c'est-à-dire au sein du peuple préparé par
la foi d'Abraham à la venue du Messie. Ce fait montre que les païens étaient
eux aussi prêts à recevoir et à confesser la foi dans le Fils de Dieu incarné.
Le texte de l'Évangile nous offre l'image concrète de l'homme
qui, bien que païen, est capable de compassion, de sensibilité, de renoncement
pour autrui et rompre le lien rigide maître-serviteur. De plus, il nous révèle
l'image de l'homme priant pour les autres et confessant sa foi dans le pouvoir
guérisseur de Jésus-Christ.
D'où vient la grande foi du centurion ? Du fait qu'il se
rapporte au Christ comme à la Parole de vie, et non comme à un magicien ou un
guérisseur qui a besoin de toucher le corps malade pour guérir. Le centurion
fait appel au pouvoir guérisseur de la Parole, au-delà de l'objectivité du
monde, de l'espace, par la force de la foi unie à la prière.
Jésus-Christ, accueille favorablement la demande du centurion
de guérir son serviteur et confirme sa venue chez lui pour exaucer son souhait.
L'attitude du centurion demeure fermement ancrée dans la foi. Il reconnaît le
contraste entre la sainteté du Christ et sa propre condition limitée – « Je
suis un homme pécheur » – et cette reconnaissance devient un fondement de sa
foi, l'ouvrant à une réalité de guérison plus vaste et implicite. Le centurion
transpose alors l'ordre militaire à l'ordre de la grâce. Là encore, sa pensée
est ancrée dans la foi, dans la conviction que ce qui est confié à ceux qui
sont sous son commandement est accompli. Dans l'ordre de la foi, il reconnaît
le Christ comme Celui qui est capable de tout changer par sa seule parole. Par
la foi, il perçoit intuitivement la souveraineté du Christ, qui s'inscrit dans
un ordre inaccessible aux forces du monde visible, et, implicitement, le
pouvoir de guérison de l'homme à l'origine et à la cause de la souffrance et de
la maladie. L'attitude du centurion illustre l'établissement d'une nouvelle
relation Maître-esclave que la foi instaure jusqu'à sa transformation,
verticalement, en une relation Père-fils, et horizontalement, en une relation
fraternelle dans le dialogue avec le Christ, Fils de Dieu incarné, notre Frère
aîné. Ainsi, la relation Maître-esclave est non seulement humanisée, mais
transformée en une relation fraternelle horizontale, centrée sur la relation
Père-fils verticale dans le Fils, modèle absolu de l'homme.
Historiquement, le centurion l’envahisseur « gouvernait » le
peuple juif, et sa maison était bien perçue dans cette perspective de pouvoir
humain. Mais, face à la rencontre avec le Christ et au dépassement de sa
condition limitée, il reconnaît son impuissance face à la maladie et à la
souffrance. Son attitude révèle qu'il existe des réalités qu'il ne peut
contrôler, des réalités qui ne répondent pas à ses ordres. Mais elle nous
dévoile aussi la dimension interpersonnelle de la guérison, l'importance de la
prière pour autrui, et la puissance de la prière qui découle de la force de la
foi. On observe que la foi du centurion n'était pas une simple adhésion
intellectuelle aux enseignements du Christ, mais une foi agissante : il
engage sa position professionnelle et sociale en implorant Jésus pour l'un de
ses serviteurs. Cette foi ne visait pas un enseignement théorique déconnecté de
la vie, mais le pouvoir guérisseur de la Personne. La guérison ne survient pas
directement et miraculeusement par la foi, ni même par la prière, en tant que
réalités en soi, mais par Celui que nous prions et en qui nous croyons. Ainsi,
le Christ est le Guérisseur, le Docteur des âmes et des corps, et la guérison
est le fruit de notre participation, par la foi et la prière, à sa vie, à la
Personne du Christ.
Nous
ne sommes pas guéris par l’exercice de la foi ou de la prière en tant que
réalités en soi, mais par notre participation à la Personne du Christ, par la
foi et par la prière.
Ainsi, l’Évangile du quatrième dimanche après la Pentecôte
nous révèle l’amour de Dieu pour tous et la valeur de chaque personne. Chacun
est appelé à participer à la lumière du Christ, source de guérison, et a la
possibilité de confesser sa foi.
L’Église, le nouvel Israël, les chrétiens, les disciples des
apôtres et des Pères de l’Église, sont appelés à confesser leur foi en Christ
et à faire preuve de condescendance envers chaque personne humaine, en ayant
devant les yeux spirituels la rencontre instructive entre le Christ et un
païen, capable d’une foi inédite en Israël. Dans un monde accablé par la
souffrance, la guérison par la foi ne vise pas seulement le corps, ni seulement
l’âme, mais l’homme dans la totalité de son être. Cette guérison s’accomplit par
la communion d’amour et de foi avec la Personne du Christ, présent et agissant
dans l’Esprit, dans l’Église et dans le monde jusqu’à la fin des temps. Enfin,
la prière pour les autres est le signe d’une foi vivante et agissante, et de
l’amour que nous attendons aussi de Dieu et de notre prochain. À travers le
dialogue avec le centurion, le Christ Sauveur nous révèle le potentiel et la
valeur de chaque personne, il nous révèle l’univers spirituel auquel, parfois,
même un païen peut accéder.
Amin.
révérend
professeur docteur Cristinel Ioja
– 17 juillet 2016
Source : Doxologia.ro