lundi 20 juillet 2026

 

Réflexion :

Ces inutiles qui ont peur


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Combien sont-ils depuis ce sinistre 15 juillet, où la France a légalisé l’euthanasie des "éligibles", à avoir peur de se sentir inutiles et de mourir ? Pour échapper à la souffrance, s’indigne notre chroniqueur Jean-Etienne Rime, on les déclare dignes d’être abandonnés, alors que ces témoins d’humanité n’ont jamais été aussi nécessaires.

Elle sera bientôt centenaire, elle a quitté sa maison et vit depuis peu dans ce que l’on appelle encore élégamment Ehpad et que l’on va rebaptiser Maison France Autonomie (comme si l’on gardait de l’autonomie dans ces lieux). Elle a été contrainte à rejoindre ce type de résidence par la nécessité de soins réguliers. Elle ne sert plus à personne, elle coûte à la société, percevant une retraite et coûtant cher à la Sécurité sociale. Elle est éligible à cette loi pas encore promulguée qui s’appelle pudiquement "fin de vie, droit de mourir dans la dignité". Elle le sait et elle a peur, cette angoisse hante ses nuits d’autant plus qu’elle a des pertes cognitives et tout s’emmêle dans son cerveau. Combien sont-ils depuis ce sinistre 15 juillet à avoir peur tout simplement parce qu’ils ont atteint un âge avancé ?

Utile à personne ?

Comme ces nouveaux angoissés, elle a eu une vie active et sans vague. Elle était une femme active qui a élevé ses enfants puis a beaucoup reçu ses petits-enfants tout en s’engageant dans la vie associative, elle a donné du temps, de l’énergie et tant d’amitié à ceux qui était dans la solitude ou dans la pauvreté matérielle. Elle a aussi étudié jusque dans ces dernières années, intéressée par l’actualité et les changements du monde. Cette femme active a joué pleinement son rôle dans la société et lorsque son mari est mort, elle a continué à s’engager par fidélité à la mission qu’elle s’était donnée : aider les autres. 

Plus tard, ses activités se sont réduites mais elle a maintenu ses relations amicales et sociales. Puis la grande vieillesse est venue, elle a été malade, proche de la mort mais s’est battue pour vivre. Elle est maintenant dans cette maison-mouroir, elle ne sert plus à rien. Elle n’est utile à personne. Comme tous les vieillards, elle n’est plus utile à personne si tant est que ce mot "utile" soit moralement acceptable.

À elle seule, tout un message

Personne ? En regardant de plus près, elle est devenue à elle toute seule un message, un enseignement, une espérance. Un message, celui d’une vie digne et charitable, un mot que l’on n’ose plus employer et qui est si beau. Charitable dans le sens du cœur ouvert, modèle de vie pour tant d’autres à commencer par sa famille. Il faut des modèles, des références. On se plaît à lire les vies de saints qui sont édifiantes mais les proches, ceux qui respirent le même air que nous sont des modèles accessibles et de plus, ceux sont eux qui ont formé nos existences. 

Nos vieux, nos très vieux — appelons-les ainsi, c’est plus juste que le "grand âge" — n’ont pas eu une vie toujours exemplaire mais par ce qu’ils ont réalisé, ils nous laissent ce message de l’engagement, de l’amour familial, de la relation aux autres et de la dignité. 

Le témoignage d’une espérance

C’est un enseignement. On parle tant de cette jeunesse délinquante et violente et c’est une réalité croissante parce qu’il manque de modèles, de cadres, de tuteurs. Si les personnes âgées ne peuvent être des référents de tous les jours, ils ont une expérience, une parole, une aura et on ne doit pas les cacher aux jeunes, au contraire, favoriser des rencontres qui sont fertiles et joyeuses pour les uns et les autres. En Afrique, les cheveux blancs sont respectés, en Europe, ils sont marginalisés, mis hors de la société alors qu’ils ont tant à dire aux générations plus jeunes.

Les vieux comme cette presque centenaire sont espérance. Il suffit pour comprendre d’observer ceux qui lui rendent visite. Ses enfants, les visiteurs, car elle n’a plus d’amis — ils sont tous passés au-delà — les soignants, viennent la voir avec douceur. Elle parle, elle raconte sa vie d’hier et d’avant-hier avec parfois des limites ou des lacunes mais ce n’est pas grave, elle témoigne des joies de sa famille, des peines aussi et de la façon dont elle a affronté les difficultés, relevé les défis. Elle a donné de l’amour, montré son amitié et reçu beaucoup d’affection et de tendresse. C’est une espérance pour ceux qui la rencontrent, une ligne à tracer dans leur propre vie. La valeur d’un sourire échangé est inestimable… et utile ! 

L’énergie de l’amour

Comme ils sont "utiles", ces vieux, très vieux. Ils représentent cette humanité en marche, courageuse et déterminée, alimentée par la seule énergie qui reste quand on a tout abandonné, l’énergie de l’amour de son prochain. Ils sont les garants. Ne les laissons pas dans l’angoisse des conséquences d’une loi inhumaine.

Jean-Étienne Rime 

- publié le 20/07/26

Source : Aleteia